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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 09:03

 

 

 

Nous sommes dans les années 1960. Les élections législatives doivent se dérouler dans quelques semaines et les candidats battent la campagne pour convaincre les électeurs de voter pour eux.

le candidat d'un parti dont je tairai le nom pour ne pas influencer les électeurs... arrive dans une petite commune de ce qu'il est convenu d'appeler la France profonde (sans que personne ne sache exactement où la situer...) pour débiter son boniment. Comme les visiteurs sont rares dans cette commune habituellement oubliée, nombreux sont ceux qui ont tenu à faire le déplacement pour entendre et peut-être écouter un candidat venu de la ville... Car il faut bien faire la différence entre ces deux verbes : on entend le bruit des poubelles que les éboueurs ramassent le matin à 6 heures alors qu'on dort encore d'un bon sommeil réparateur... mais on écoute la 5è symphonie de Beethoven... ou une autre musique à votre convenance... 

La réunion a lieu sous le préau de l'école, bien qu'il ne pleuve pas... Le candidat est assisté de quelques conseillers dont le nombre est destiné à impressionner plus qu'à convaincre...

A la fin de son discours, il lance :

- Et croyez bien, chers électeurs, et je vous le dis du fond du coeur, n'hésitez pas à me rencontrer : mon appui vous sera toujours acquéri ! 

En entendant cette utilisation incorecte d'un verbe difficile à conjuguer certes, mais que tous se doivent de connaître... l'un de ses proches conseillers placé derrière lui lui glisse à l'oreille :

- Acquis ! Acquis ! 

Se retournant, le candidat répond :

- A qui ?

Puis s'adressant à l'assistance, ponctuant ses mots d'un geste large :

-Mais à tout le monde bien sûr !...

 

Je vous laisse sur ces fortes paroles...
Allez, à plus !


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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 07:58

 

Voici maintenant un conte comme on en raconte en Orient...

 

 

Le lion était malade. Couché sur un lit de feuilles mortes, le roi des animaux se lamentait sur son sort. Autour de lui, tous les animaux se tenaient, tristes, accablés, défaits. Le lion, la terreur des forêts, dont les rugissements remplissaient d’effroi tous ceux qui les entendaient, le lion gisait comme le commun des mortels, anéanti par la maladie.

Qu’allaient-ils devenir sans leur roi ? Il fallait sans tarder trouver un remède qui pût le guérir. On avait sollicité plusieurs animaux pour soulager l’illustre monarque : sans succès. On se décida enfin à aller chercher le singe, jugé le plus malin, donc le plus habile. Il ne fréquentait pas souvent le lion qui l’effrayait un peu. Oui, et on pourrait même dire qu’il en avait beaucoup peur……

Il arriva devant le lion en tremblant, et pour se donner une contenance, se livra à des contorsions grotesques en disant :

- « Grand roi, je te salue. Reçois les hommages de ton humble serviteur, et de plus……

- Cela suffit ! Arrête tes singeries ! Ne vois-tu pas que je souffre ? Je te dispense de tes simagrées. Viens ici près de moi !

Peu rassuré, le singe vint s’asseoir près du lion.

- Regarde-moi. Je suis malade, je n’ai plus de forces. Dis-moi ce que je dois faire pour guérir !

Le singe réfléchit un moment, puis il déclara doctement :

- Grand roi, il te faut manger la cervelle d’un renard !

- La cervelle d’un renard ?….Que me racontes-tu là, animal stupide ! As-tu l’intention par hasard de te moquer de moi ?

- Oh ! non, grand roi ! Pas le moins du monde ! C’est un remède qui m’a été indiqué par ma grand-mère qui l’a reçu elle-même de sa mère, laquelle l’a eu de la bouche de sa mère mourante, qui l’avait entendu dire par…..

- Vas-tu monter ainsi jusqu’à la vingtième génération des singes ?

- Oh non, grand roi ! J’avais presque fini ! C’était pour t’indiquer que ce remède est efficace….sauf pour les poules !

- Pour les poules ?….Et pourquoi donc ?

- Eh bien tout simplement parce que les poules n’ont jamais pu attraper de renard !……Tandis que toi….

- Tandis que moi….Bien sûr ! Je vais demander poliment à un renard de me donner sa cervelle……Ah ! Tu ne m’aides pas beaucoup.

- Mais grand roi, il ne s’agit pas d’employer la force, mais la ruse….

- Bien sûr !….La ruse !…….Je ne comprends pas davantage. Explique-toi.

- Eh bien……

Le singe toussota légèrement et continua :

- Je vais t’amener le renard. Lorsqu’il sera près de toi, tu lui donneras un grand coup de pattes pour lui ouvrir le crâne. Tu sais, un coup de pattes comme ceux que tu donnes pour abattre une gazelle. Il ne te restera plus qu’à manger sa cervelle ! Et voilà !

- Et voilà…..Tu en as de bonnes ! Crois-tu qu’il se laissera faire ?

- Mais enfin, s’anima le singe, qui est le lion ici ?…..Ne te sens-tu pas capable d’asséner au renard un coup de patte qui le laissera raide ?

- Si bien sûr….Mais…..

- Pas de mais. Tu veux guérir ?…Oui ?….Eh bien, fais comme je te l’ai dit. Pour le moment, ne bouge pas. Je vais chercher le renard.

- Crois-tu qu’il acceptera ?……

Mais le singe était déjà sorti. Il se rendit dans la tanière du renard, qui se méfiait du lion autant que lui.

- Salut, renard ! Tu sais que le lion notre roi est très malade ?

- Et que veux-tu que cela me fasse ?….Tu sais, moi, le lion……

- Eh bien, le lion est très affaibli. Il veut faire la paix avec les animaux, et les embrasser tous avant de mourir. Je viens te chercher afin que tu ailles toi aussi lui donner le baiser de paix.

- Tu plaisantes certainement ?

- Mais non, je ne plaisante pas. Ce que je te dis est vrai. Viens avec moi. Tu sais, le lion n’en a plus pour longtemps……

Convaincu par le singe, mais néanmoins sur ses gardes, le renard le suivit. Arrivés devant la tente du lion, le singe s’effaça pour laisser entrer le renard en disant simplement :

- Grand roi, le renard vient pour ce que vous savez…..

Le renard s’avança prudemment. Le lion rassembla les forces qui lui restaient et leva sa terrible patte pour l’assommer. Mais le renard fut plus prompt. A la vue de cette énorme patte velue qui se dressait devant lui, il détala à toutes jambes en poussant de cris perçants.

- Et voilà ! fit le singe qui suivait. Tu as voulu aller trop vite ! Tu es trop impatient ! Ce n’est pas ainsi que tu pourras manger sa cervelle et guérir !

- Je n’y arriverai pas !

- Ecoute-moi bien cette fois-ci. Je vais rechercher le renard.

- Il ne voudra pas revenir !

- Mais si te dis-je ! Fais-moi confiance. Donc, laisse entrer le renard. Laisse-le s’approcher de toi, tout près. Et quand tu sens que tu ne pourras pas le manquer, frappe !

Le singe retourna voir le renard qui se terrait dans sa tanière. Il voulut à peine le laisser entrer.

- Comment ?….se fâcha le singe, le lion ton roi t’ouvre les pattes pour te serrer dans ses bras et t’embrasser, et toi tu t’en vas comme un malotru ! Vraiment, tu lui as fait de la peine…..Beaucoup de peine…..Nous craignons tous qu’il ne passe pas la nuit. Il veut se réconcilier avec tous avant de partir pour les chasses éternelles. Lui refuseras-tu ce dernier bonheur ?….Auras-tu cette cruauté ?…..

Le renard se sentit honteux et coupable.

- Je ne veux pas qu’il soit dit qu’un renard aura refusé le baiser de paix d’un mourant.

- Voilà sages paroles…..Suis-moi, nous retournons près du lion. Fasse le ciel qu’il ne soit point mort……

Le renard entra pour la seconde fois dans la tente où le lion lui ouvrit les bras….je veux dire les pattes.

- Approche-toi bien près, plus près, que je te sente bien….fit le lion d’une voix doucereuse.

Lorsque le renard fut tout près, le lion lui asséna un formidable coup de patte qui l’étendit raide. Alors il se jeta sur lui pour lui ouvrir le crâne.

- GRRRRR grogna-t-il….Je ne trouve pas de cervelle !

- Ah ?…..répondit le singe d’une voix pateline, cela ne me surprend pas. C’est le contraire qui eût été étonnant. S’il avait eu un peu de cervelle, crois-tu qu’il serait revenu une seconde fois ?……. »

 

Allez, à plus...

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 08:47

 

 

 

Pour les Français, il est certain que l'on peut considérer comme miraculeux le sursaut victorieux des Français, après tant de reculades.

Le plan Joffre avait échoué en Lorraine. La bataille des frontières avait été perdue. La France était envahie et l'armée française battait en retraite. Qui pouvait sauver la France du désastre annoncé ?

Rappelons-nous : l'armée de Von Klück fonce vers Paris à marches forcées. Devant elle, rien... Soudain, elle bifurque vers le sud, offrant ainsi son flanc aux troupes restées dans Paris. Ordre est donné à l'armée française de faire demi tour et d'attaquer. Les troupes de Paris sont expédiées sur le front dans des taxis. Et c'est la victoire, inattendue, inespérée.

Cette volte face des Français plonge les Allemands dans une grande stupeur. Ils n'avaient pas prévu de se battre, ils étaient à bout de force, affamés, les pieds meurtris. Un trou béant s'ouvre entre les Ière et IIè armées allemandes. Il faut le combler immédiatement. Les Allemands donnent immédiatement l'ordre de repli.

La faute en incombe à Von Klück qui a trop présumé de ses forces, estimant avoir devant lui une armée en déroute incapable de réaction...

Sursaut miraculeux dû au courage, à la ténacité du soldat français...

Du côté allemand en revanche, il s'agit réellement d'un miracle et la chose paraît si incroyable que je me contenterai de signaler les faits fournis par « Le Courrier de la Manche » en 1917...

La Vierge a barré la route de Paris aux Allemands et 100 000 hommes l'ont vue !

Mais les autorités allemandes interdisent à quiconque de parler sous peine d'être fusillé... Le récit publié par ce journal explique parfaitement le retournement inespéré de la bataille qui tient du miracle puisqu'il se produit entre le premier vendredi de septembre 1914 et l'octave de la Nativité de la Vierge Marie.

Inutile de dire qu'on n'en a rien dit non plus du côté français !

L'article daté du 14 janvier 1917 s'intitule « Le Sacré-cœur de Jésus signe de la victoire ». On y retrouve la protection de Paris et de la France par la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre et l'influence de la Vierge Marie sur la clairvoyance de nos généraux et l'héroïsme de nos soldats.

Que s'est-il donc passé ce premier vendredi de septembre où l'armée allemande se détourna soudain de Paris pour aller se faire battre sur les bords de la Marne ?

C'est par les confidences des blessés allemands qu'on a appris ce qui s'était passé. Le 3 janvier 1915, un prêtre allemand fait prisonnier à la bataille de la Marne meurt dans une ambulance française où se trouvaient des religieuses. Avant de mourir, il leur a raconté les choses suivantes et invraisemblables : 

« Comme soldat, je devrais garder le silence, comme prêtre, je crois devoir dire ce que j'ai vu. Pendant la bataille de la Marne, nous étions surpris d'être refoulés car nous étions légion, comparés aux Français et nous comptions bien arriver à Paris. Mais nous vîmes la Sainte Vierge toute habillée de blanc avec une ceinture bleue, inclinée vers Paris... Elle nous tournait le dos et de la main droite semblait nous repousser... Cela je l'ai vu et un grand nombre des nôtres aussi. »

Au moment où ce prêtre parlait ainsi, deux officiers allemands, blessés et prisonniers comme lui, se trouvaient dans une ambulance de la Croix-Rouge, accompagnés par une infirmière parlant allemand. Pénétrant dans une salle où se trouvait une statue de Notre-Dame de Lourdes, ils se regardèrent et dirent : « Oh ! La Vierge de la Marne ! »

 

Un autre récit conforte ces faits. Une religieuse qui avait soigné des blessés après la bataille de la Marne raconte que parmi les blessés se trouvait un soldat grièvement atteint et jugé perdu. Les bons soins qu'il reçut prolongèrent sa vie d'un mois. Il était catholique pratiquant et les infirmiers qui le soignaient étaient tous des prêtres. Il reçut les secours de la religion, l'extrême-onction comme on l'appelait alors, le sacrement des malades comme il est désigné maintenant. Avant de mourir, il voulut raconter.
« Vous avez été étonnés de notre recul si subit, dit-il. Nous n'avons pas pu aller plus loin, la Vierge se tenait devant nous, les bras étendus, nous poussant chaque fois que nous avions l'ordre d'avancer. Nous avons compris que c'était la Sainte Vierge qui nous clouait sur place. Le 8 septembre, elle nous repoussa avec tant de force que tous, comme un seul homme, nous nous sommes enfuis. Nous sommes peut-être 100000 hommes à avoir vu cela... »

Voilà une histoire que certains jugeront invraisemblable. Pourtant, les miracles existent bien... Et j'ajoute que cela n'enlève rien à la clairvoyance des généraux et au courage des soldats !

Je vous laisse faire votre propre opinion. Mais avouez que c'est quand même... étonnant !

 

(Je voulais vous faire part de ce texte que j'ai écrit pour l'almanach du Champenois 2012. Et si vous ne croyez pas aux miracles, allez donc à Lourdes et renseignez-vous ! ! !)

 

Allez, à plus !

 

 

 

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 09:34

 

 

 

Nous sommes dans la cathédrale d'Angers, un beau dimanche de l'an de grâce... (je vous fais grâce de l'année...). Dans la chaire, le prédicateur, avec de grandes envolées de manches, répand sur l'assistance conquise des paroles destinées à revigorer une foi vacillante ou inciter certains à changer de vie. Tous écoutent bien sagement dans un profond recueillement. Si certains en effet prennent ces conseils pour des ordres, d'autres écoutent d'une oreille distraite en attendant « que ça se passe »... Mais le prédicateur était tellement persuasif qu'on pouvait avoir l'impression que tous faisaient leur miel des bonnes paroles du prêtre...

Tous ?... Pas exactement.. Sur un banc pas loin de la chaire, un petit homme contrefait remuait sans arrêt, agité de soubresauts nerveux, tout en répétant, voix basse mais néanmoins fort audible pour ses voisins :

-C'est incroyable ce qu'il faut entendre ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Le feu du ciel ne viendra-t-il pas foudroyer cet abbé ignorant ? En vérité, c'est à se faire athée ! Toujours la même sottise...

Impatientés par ces murmures, ses voisins de banc et même les autres commençaient à jeter des regards courroucés sur le bossu qui se taisait, mais pour mieux recommencer plus tard.

Cependant du haut de sa chaire le prêtre continuait imperturbablement à déverser sur ses ouailles ses bonnes paroles. Le brouhaha venant des bancs situés en-dessous de lui ne l'avait pas perturbé et vraisemblablement ne l'avait-il pas entendu.

Après un moment de calme, notre bossu continua de plus belle :

-Je n'ai jamais rien entendu de si peu vrai ! fulmina-t-il fort en colère. Il en a de bonnes, ce prêcheur ! Il ne sait pas de quoi il parle...

Des « chut »... tentèrent de faire taire l'insolent. Il se renfrogna, serrant les lèvres pour ne pas être tenté de continuer ses protestations. Mais ce fut plus fort que lui.

-C'est trop fort ! Je ne puis accepter cela... Je m'en vais lui dire son fait à la sortie... Ah mais ! Je ne vais pas laisser dire des inepties sans réagir...

Fort heureusement, le sermon se termina, l'abbé descendit dignement de sa chaire et regagna le chœur, ignorant le léger tumulte que ses propos avaient suscité...

La messe se termina sans autre manifestation intempestive et à la sortie, le bossu alla se poster à la sortie de l'église dans un renfoncement. Il attendait quelque chose... ou plutôt quelqu'un... Effectivement, au bout d'une quinzaine de minutes, le prédicateur, ayant quitté ses vêtements sacerdotaux, se dirigea vers la montée Saint-Maurice avec l'intention sans doute de prendre une rue de la Cité. Le bossu le suivit et comme il ne marchait pas aussi vite que le prêtre, il l'interpella :

-Eh ! Monsieur le prédicateur... Eh ! Eh !

Le prêtre s'arrêta, curieux de savoir qui l'apostrophait aussi familièrement.

-Est-ce moi que vous appelez ? Demanda-t-il.

-Vous-même, Monsieur l'Abbé, répondit le bossu en lui adressant un respectueux salut.

-Et... en quoi puis-je vous être utile, mon ami ?

-Vous pouvez, Monsieur l'Abbé, éclairer ma conscience sur un point de religion qui me paraît tellement obscur que je n'ai pas compris grand chose à vos propos !

Surpris par ces paroles sibyllines, le prêtre répondit :

-Je vous écoute... et si mes faibles lumières...

Le bossu ne le laissa pas terminer sa phrase et enchaîna immédiatement :

-Ce que je veux éclaircir est très simple. N'avez-vous pas dit tout à l'heure, lorsque du haut de votre chaire, en pleine église donc, et devant un auditoire nombreux, que Dieu a bien fait ce qu'il a fait ?

-Sans doute... Eh bien ?

-Eh bien, Monsieur l'Abbé, regardez-moi !

Et, ce disant, le bossu se mit à tourner le plus gracieusement possible devant lui, restant un bon moment le dos tourné afin qu'il remarque la proéminence qui déparait son dos et enlaidissait toute sa personne.

-Eh bien ! Répéta encore l'abbé un peu surpris... que voulez-vous dire ?

-Je veux dire, articula nettement le bossu, que si vous parvenez à me prouver que je suis bien fait, je consens à propager partout que vous avez fait tout à l'heure le sermon le plus magnifique qui soit, me réservant de déclarer, dans le cas contraire, que dans tout ce que j'ai entendu, il n'y avait pas une ombre de vérité et de bon sens !

Surpris par cette attaque frontale à laquelle il ne s'attendait pas, l'abbé fronça le sourcil en homme qui comprend la difficulté. Puis, reprenant son calme habituel, il répondit à son contradicteur :

-Mon bon ami, il ne faut pas vous y tromper... Vous êtes très bien fait... pour un bossu !

Puis il reprit tranquillement sa route, tandis que le questionneur restait là, un peu bête, abasourdi par tant d'assurance et d'à propos...

 

(Texte à paraître dans l'almanach de l'Anjou 2015 en septembre prochain. Vous en avez la primeur... Allez, à plus !...)

(Texte

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 10:33

 

 

 

 

Dans les veillées autrefois, lors des longues soirées d’hiver, devant un feu dans lequel on avait jeté une bourrée, la famille et les voisins se réunissaient pour écouter des histoires. Les histoires de fantômes et revenants étaient très prisées. Les jeunes enfants se cachaient sous les jupes de leur mère et l’auditoire frissonnait. Car il s’agissait d’histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête… En voulez-vous un exemple ? Vous l’aurez voulu !


Il y a très très longtemps, dans le pays de Bray, dans un château fort qui dominait l’Epte, vivait un puissant seigneur. Il était redouté de tous car dur avec les autres, comme il l’était avec lui-même. Il avait une fille, Alix, dont la beauté était grande. Les jeunes seigneurs des alentours voulaient tous l’avoir comme épouse. Son cœur avait choisi un beau voisin, Robert de Tierceville. Mais allez savoir pourquoi, les pères n’ont que rarement les mêmes opinions que leurs enfants… Le père avait donc choisi un autre prétendant, le sire de Bezancourt. Il ne voulait pas d’autre gendre que lui…

La fille essaya bien de résister au désir de son père, en vain. Une fille doit obéir en tout à son père ! De désespoir, Alix faillit mourir de chagrin. Robert de Tierceville ne fit pas que faillir : il trépassa de douleur en se rendant compte qu’il n’aurait jamais Alix. On l’enterra comme son rang l’exigeait et on n’y pensa plus.

On n’y pensa plus ? On aurait certes voulu ne plus y penser. Mais voilà : on l’aperçut de nombreuses fois, errant seul dans la forêt, comme une âme en peine – ce qui ici prend tout son sens – murmurant à voix à peine audible le doux nom d’Alix. Même certains affirmèrent avoir vu son âme voleter dans la forêt sous la forme d’une flamme bleue.

Alix résista longtemps mais un jour, lasse et résignée, elle accepta comme mari le sire de Bezancourt. La cérémonie de mariage se déroula d’abord avec tout le faste voulu comme il sied à la fille d’un puissant seigneur.

Alors que la noce, mariés en tête, allait pénétrer dans l’église pour la cérémonie religieuse, un fantôme apparut, enveloppé d’un linceul. Il fit un geste, saisit Alix par le bras et se dirigea vers le cimetière, suivi par toute l’assistance comme  ensorcelée. Resté seul au bas des marches de l’autel, le prêtre criait à la diablerie mais était incapable de bouger.

Arrivé devant une tombe ouverte, un prêtre inconnu en sortit et bénit les deux ex fiancés. Car le fantôme était celui de Robert de Tierceville. Saisie d’un délire diabolique, toute la noce se mit à danser devant la tombe ouverte. Au bout d’un moment le spectre s’écria d’une voix… sépulcrale :

- « Retirez-vous maintenant tous.

Puis s’adressant à Alix et désignant la tombe :

- Voici notre lit nuptial… »

Alix et Robert entrèrent dans le caveau, se couchèrent. La pierre tombale se referma.

On ne revit plus jamais Alix…

 

Allez... dormez bien ! et à plus...

 

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 15:10

Depuis un mois, j'ai participé un salon du livre et présenté deux dédicaces, le tout dans la Mayenne... pas la rivière... le département !

Voyons dans l'ordre : d'abord le salon du livre de Cossé le Vivien le 29 septembre dernier.

 

Gerard-1.JPG

Chaque auteur se trouvait placé devant un décor différent. Le mien représentait le milieu rural, avec de la paille,  et même des poules qui caquetaient joyeusement. Vous ne les apercevez pas sur cette photo, mais je vous assure qu'elles étaient bien là ! J'ai eu beaucoup de succès... je veux dire... les poules ont eu beaucoup de succès... principalement auprès des enfants.

-Oh ! des poules !...

C'est à se demander s'ils  avaient déjà vu  ces volatiles caquetantes !

Et comme le plus souvent les parents suivaient... j'en profitais pour vendre ma marchandise...

Et vous savez quoi ? ? ?

Le soir quand je suis parti, elles avaient pondu un oeuf !

Généreusement, on me l'a donné...Un oeuf frais du jour, je puis le certifier !

 

La dédicace suivante se déroulait au Super U de Mayenne le 19 octobre. J'y ai retrouvé mon ami Gustave, que j'ai connu lorsque j'ai travaillé sur le patois mayennais. Nous avons passé une bonne journée ensemble et vous pouvez le voir sur la photo.

 

Gustave-et-Gerard--2-.JPG

 

 

La dernière dédicace se déroulait samedi dernier 16 novembre, au magasin Cultura de St Berthevin (près de Laval).

Ce nouveau magasin, situé dans une zone commerciale, présente l'avantage non négligeable d'offrir des places de stationnement pour la voiture !  De nos jours, c'est appréciable. Il n'empêche que les magasins du centre ville sont désavantagés car bien souvent les places de stationnement manquent.

 

Gerard-1-copie-1.JPG

 

Certains peuvent penser que je n'ai pas l'air gai... Je souris pourtant... intérieurement. Oui, je sais : cela ne se voit pas. Que voulez-vous, tout le monde ne peut pas rire à gorge d'employé... comme disait une voisine qui était fâchée avec la langue française. La gorge déployée ne lui disait sans doute rien... tandis que la gorge d'employé, c'était du concret, du solide !

 

Ce n'est pas tout : le 7 décembre je vais à Ernée pour une autre dédicace ; le dimanche 15 décembre je participe au salon du livre d'Ecommoy, dans la Sarthe cette fois. Je vous montrerai les photos, si vous êtes sages !

C'est tout  pour cette année !

 

Allez, à plus !

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 09:18

 

Pendant cette conversation fort intéressante, les deux hommes traversaient champs et labours, mais seulement en lisière pour ne pas s'embourber dans la terre meuble. Il leur fallut aussi franchir des haies couvertes d'arbrisseaux épineux.

-Prenez garde de vous égratigner, M. l'abbé, criait le gars. En v' là un qu'a failli m'écorcher la goule !

-Merci mon ami... Et... reprit l'abbé qui pensait toujours au pauvre maître Martin qui était frappé de cette terrible maladie : l'araboute... de la sorte, rien n'a pu soulager M. Martin.

-N'y a point qu'eine affaire qui a eu l'air de li faire un petit de bien... c'est quand je nous sommes mis à le faire boire sus la marde de chien...

-Sur la... .? Que me racontez-vous là ?

a vous étonne, ça, M. l'abbé, ricana le gars. Vous ne savez donc pas qu'il n'y a ren de pus souverain ?

Devant l'air ahuri du prêtre, il continua :

-Vous ne connaissez pas encore tout, allez, malgré que vous êtes ben savant. Mais tout le monde boivent sus la marde de chien... J'en avons ramassé pour noute maître plus d'eine mesure... mais ren que de la marde ben propre par exemple.

Décidément, voilà un monde qui échappait totalement à l'abbé. En cette belle journée d'automne, le soleil tapait encore fort et traverser les fourrés épais où les ronces vous agrippaient sournoisement fatiguait grandement le prêtre, peu habitué à de tels exercices.

-Est-ce encore loin ? Fit-il d'une voix éteinte.

-Pus ren que six ou sept haies à sauter ; après, je serons rendus !

L'abbé fit appel à ses dernières forces et à tout son courage pour suivre le gars qui filait comme un chevreuil poursuivi par un dogue. Pour le coup, c'est bientôt lui qui allait souffler comme un jars ! Le voyant à la peine, le gars lui dit :

-Il en fait eune ousée de chaud ! C'est p' tête ben putout ça qui vous a tapé sus la cocarde ! Tenez, ajouta-t-il, vela le moulin. Nous y sommes !

Ils entrèrent dans les sortes de rues qui parcouraient tous les bâtiments de la ferme annexée au moulin, et effectivement, comme l'avait prévenu le gars, en prêtant l'oreille, l'abbé entendit les râles du malade. Sur le seuil de la maison, la meunière attendait, en larmes.

-Venez vite, M. l'abbé, dit-elle à mi-voix. Je crois qu'il est ben mal : il a l'araboute...

Le vicaire s'avança entre les nombreux domestiques et les voisines agenouillées en prières, jusqu'au lit du moribond. Il râlait et délirait.

-N'est-ce pas, M. l'abbé, qu'il a l'araboute, dit la meunière à voix basse.

-Je crois que oui, répondit l'abbé.

Il n'était plus possible de confesser l'agonisant. L'abbé se contenta de l'administrer ; puis, saluant gravement l'assistance, il reprit le chemin de la cure. En arrivant au bourg, il fut arrêté par une commère

-Pardon, M. l'abbé, je vois que vous venez de chez maître Martin. C'est mon tonton rapporté. Comment c'est-il qu'il est ?

-Bien bas, Madame, bien bas... Il a l'araboute ! Fit-il avec une grande conviction.

Puis, il rentra au presbytère. Le soir, au souper, l'abbé Bouffandeau était en train de remuer la salade, qui est, comme chacun sait, l'une des fonctions du second vicaire, quand le curé, un grand couteau à la main, s'apprêtant à découper le gigot, s'arrêta dans son geste et lui demanda soudain :

-Et... qu'a donc de pauvre père Martin, du Moulin du Grand Bois ?

-Il est au plus mal, M. le Curé, il a l'araboute.

-Ah mais ! Bravo, Monsieur le licencié ! Je vois que vous commencez à faire des progrès et à parler notre patois comme un vrai paysan !

-Peut-être, M. le Curé, répondit l'abbé surpris ; seulement, si je le parle, je ne le comprends pas. Ainsi, je n'ai pas pu arriver à savoir ce que c'est que cette maladie de l'araboute, dont tout le monde me parle depuis ce matin....

Le curé et le premier vicaire se mire à rire si fort que l'abbé Bouffandeau en aurait été vexé s'il avait été mieux que second vicaire...

-Mais, mon ami, dit le curé quand il eut cessé de rire, il n'y a pas de maladie de l'araboute ! Elle n'existe pas ! Tout simplement, on vous a dit que le malade avait l'ar à boute... ce qui en bon français, signifie qu'il avait l'air à bout !

Et devant l'air étonné de l'abbé, le curé expliqua :

-Voyez-vous, sur les bords de Loire, on aime appuyer énergiquement sur les consonnes fortes de la fin des mots, par exemple le t, mais il y en a d'autres. C'est ainsi qu'un lit, un bout, un coup, deviennent ein lite, ein boute, ein coupe... On ajoute même parfois un t final à des mots dans lesquels ils n'y en a pas. « Venez par icite... Mettez-vous à l'abrite... » Il faudra vous y faire, l'abbé si vous voulez devenir un parfait Angevin !

Lorsque deux ans plus tard, l'abbé Bouffandeau quittait Les Gardes pour un poste plus approprié à ses grandes compétences, il y avait bien longtemps qu'il était parfaitement à l'aise avec le patois et que les gros fermiers du coin ne juraient plus que par lui...

 

Voilà et j'espère que cela vous a plu. Il y a plein d'histoires comme celle-là dans mon livre  : "Anjou, les histoires extraordinaires de mon grand-père".

Allez, à plus !

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 13:54

 

Tout en marchant, il examinait de coin ce jeune gars de 17 ans, qui n'était plus un enfant mais pas encore un homme, à la carrure athlétique, aux joues bien pleines, tout ce qu'il n'était pas. Et il ne pouvait pas de s'empêcher d'envier sa bonne santé...

-Est-ce loin, le moulin du Grand Bois ? Demanda-t-il à la sortie du bourg.

-Moyennement... J'en avons pour eine petite heure...

-Ah quand même !... dit l'abbé qui allongea le pas et vint se placer à côté de son guide.

-Oui, reprit le gars, et j'en aurions ben plus qu' ça si j' voulions suivre les chemins ; mais j'allons couper par les traverses. Quand même, continua-t-il, ces chemins sont tout défoncés, y a d' la boue si ben qu' les charrettes, elles s'embourbent, comme c'est arrivé l'aut' jour. Il a fallu décharger la chârte pour la tirer d' là. Enfin, c'est nout' rente à nous, pauv' paysans... faut toujous travailler dur et avoir la ch' mise mouillée... Ah ! Monsieur l'abbé, vous avez un ben meilleur métier qu' nous autres !

L'abbé Bouffandeau eut un demi sourire contraint et haussa les épaules d'un geste vague.

-Alors, fit-il, vous êtes le valet de maître Martin ?

-Oui, dedpis la mi mars. Je suis gagé pour jusqu'à la Noël, après si j' fais l'affaire. Vingt-cinq pistoles et demie, ajouta-t-il fièrement.

Depuis un bon moment, ils avaient quitté la grand' route et cheminaient sur des sentiers herbeux. Par ci par là, des croix de bois se dressaient, laissés par des convois funèbres et toujours fleuries. A certains carrefours, de vrais calvaires en granit avaient été érigés par quelques riches fermiers. Les deux hommes avaient franchi un large ruisseau sur une planche étroite sans rien pour se tenir et l'abbé avait failli avoir un étourdissement à la vue de l'eau bouillonnante qui fuyait sous lui. Arrivé sur la terre ferme, si l'on peut dire, il demanda :

-Et... il est bien malade, votre patron ?

-Il a l'araboute ! C'est ben triste, allez, surtout qu'il a de si bon fait, qu'il a ramassé beaucoup d'argent par son travail, sans compter que sa bourgeoise avait un bon inventaire de son côté. Avec ça, ils n'ont point eu de quéneaux : ils auraient ben eu le moyen de vivre de leurs rentes et ils pensaient se retirer l'année procheune. Mais c'est ainsi... quand on croit voler, la pleume vous tombe...

-Il était sans doute maladif ?

-Pas du tout. De toute sa vie, il n'a jamais été malade. Dans l' temps, il était fort comme ein chevau, avec des joues comme des fesses, des mains comme des épaules de mouton. Avec ça, il avait la figure si rouge, qu'il en était violet... Asteure, il est quasiment aussi pâle comme vous, M. l'abbé...

L'abbé fit celui qui n'avait pas entendu.

-Comment cette affection a-t-elle commencé ? Interrogea-t-il.

-Dame, ça, je n'en sais rien ! Il paraît que c'est arrivé par une manière de v' lin d'eau qu'il a attrapé c' t' hiver.

-... Un v' lin d'eau ?...

-Oui... eine sorte de couleuv' d'eau. Ein jour qu'il rev' nait de chercher du grain, il a reçu une bonne dabée d'eau su l'dos, si ben qu' la raie du dos li servait d' gouttière. Le lendemain, on n' l'entendait point causer ; pis, pendant longtemps, il a été enroué et quand il parlait, on aurait dit nout' grande chârte quand c'est qu'a n'a point été graissée...

Pis, il s' est mis à railloter et à cracher que c'était pitié de l'entendre. Et dedpis, ça li jarzelle...

-Ça lui jarzelle ?...

-Oui, il souffle comme ein jars qui s' rait pris dans la porte du poulailler. En arrivant pas loin de la ferme, vous l'entendrez, c'est sûr. Il a ben l'araboute !

-Mais... que dit le médecin ?

-Les médecins, répondit le gars d'un air ironique, ils n'y connaissent ren ! J'avons été en chercher un c' te nuit : il l' a regardé berdi berda !

-Je ne vois pas...

-Oui, sa consultation, comme il dit, il l'a faite ben trop vite pour voir c' qu'il avait !

-Donc, M. Martin n'est pas soigné pour cette maladie.

-Je pense ben que si ! Il a été trois fois trouver le père Chamboriau qu'est une sorte de guérisseur. Il l'a secoué, il l'a serré contre lui comme s'il voulait l'écraser...

-Et... ce massage... l'a soulagé au moins ?

-Ah ben oui ! Il en a été que plus mal après ! Pendant trois jours, j'avons ben cru qu'il allait passer d' l'aut' côté. C'est là que j'ai commencé à voir que nout' maître filait ein mauvais coton et que ça finirait par lui jouer un vilain tour. Ça allait toujours de mal en pis.

-Et alors ?

-Je ne devrais pas vous dire ça... mais j'ai été quérir un conjureux pour le médeciner...

-Et... le conjureux... qu'a-t-il fait ?

-Ne m'en parlez pas ! Il a mis dans nout' four eine poule noire et ein grous crapaud pour faire cuire la maladie, qu'il a dit.

-Et... fit l'abbé qui découvrait là un monde inconnu... la maladie a été cuite ?

-Ouitche ! Les deux pauv' bêtes ont ben été cuites... si ben que c' qui en restait, c'était comme du charbon... Mais la maladie, point !

-Vous n'avez rien fait de plus ?

-Oh si ! J'en avons fait des tours et des ratours ! J'avons couru à l'aut' bout du canton pour trouver une sorte de rabouteux qui n'a ren fait du tout. Puis un vieux qui passait pour ben savant. Il m'a enseigné de faire une pommade avec de la graisse de blaireau. Mais ça n'a ren fait non pus. Ah ! J'en avons fait des potées de tisanes et des cataplâmes !

-Et ?

-C'est ben simple : c'est comme si j'avons pissé dans un violon pour li donner du son... sauf vout' raspect !

 

(à suivre...)

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 08:33

Voici une histoire extraite de mon avant-dernier livre : "Anjou : les histoires extraordinaires de mon grand-père" paru au printemps dernier. Le titre : L'araboute... On y parle un peu le patois angevin... bien entendu... car le menu peuple ne s'exprimait qu'ainsi à cette lointaine époque ;  mais j'ose espérer que vous comprendrez tout !


 

 

L'abbé Bouffandeau, qui venait juste de terminer ses études de théologie et sortait du séminaire, avait été nommé second vicaire dans une petite commune angevine.

Monseigneur l'Évêque aurait préféré en faire un professeur de seconde ou même de rhétorique dans l'un de ses petits séminaires. Mais la santé précaire du jeune prêtre, ébranlée par de longues années de scolarité, lui interdisait pour le moment cette activité certes enrichissante mais ô combien fatigante... Il lui fallait retrouver des forces dans l'atmosphère vivifiante de la campagne angevine et quel air est plus revigorant que celui des Gardes puisqu'on sait bien que le climat est meilleur pour la santé quand on s'élève en altitude... En plus d'un air sain, l'abbé bénéficiera d'un ministère relativement facile en tant que second vicaire... Le curé de cette paroisse était à l'époque (il y a quand même quelques années de cela...) un fin lettré doublé d'un gourmet émérite... dont la bibliothèque comme la table étaient réputées dans tout le diocèse... Le jeune abbé y trouvera un milieu favorable à son développement intellectuel et une table copieuse, bien faite pour réparer un organisme anémié.

Bachelier ès-sciences, licencié ès-lettres et en théologie, doté d'un solide savoir uniquement livresque, il ne savait pratiquement rien de la nature et de la vie... Mais surtout il ignorait totalement les us et coutumes de cette population rurale au milieu de laquelle il allait vivre. Quant au patois, n'en parlons pas... C'est tout juste s'il soupçonnait son existence...

Deux jours après son arrivée, comme nous étions dimanche, l'abbé monta en chaire pour la première fois afin de se présenter à ses ouailles. Voulant impressionner son auditoire et se montrer sous son jour le plus favorable, il leur adressa une homélie aussi solide dans le fond qu'élégante dans la forme. Mais seuls le curé et son premier vicaire purent prendre conscience de la grande valeur de leur confrère... La prédication du jeune prêtre tomba sur l'assistance comme grêle sur les blés... Des bâillements à peine dissimulés et même quelques ronflements ponctuèrent ce sermon un peu longuet...

C'était donc cela, leur nouveau vicaire, un jeune abbéion maigrichon, aux épaules étroites, même sous les plis flottants du rochet, aux gestes mesurés, dont la voix grêle arrivait à peine jusqu'aux paroissiens situés dans les bas-côtés de la nef... Ah ! Son prédécesseur, lui, c'était un solide gaillard, qui en aurait porté deux comme lui sous chaque bras, comme s'il s'agissait de deux poupées de chiffon... Et puis, il en avait une éloquence ! Quand il prêchait, on aurait cru entendre brailler un jeune bœuf de deux ans... Les vitraux de l'église en tremblaient et toute la chaire frémissait quand ses poings énormes s'abattaient sur le rebord, si bien qu'on croyait qu'elle allait s'écrouler...

L'abbé Bouffandeau n'était point de ce calibre... C'est pourquoi, à la sortie de la messe, les commentaires allaient bon train. C'est surtout sa maigreur qui avait impressionné les paroissiens, plus que le prêche...

-Il est si maigre, fit le gars Boulard, qu'avait toujours le mot pour rire, qu'on pourrait le glisser entre l' papier et l' mur !

Les plus pessimistes pensaient qu'il ne finirait pas l'année... et encore...

Ceux qui avaient essayé de suivre ses paroles, décrétèrent que l'abbé Bouffandeau prêchait on ne peut plus mal... et que d'ailleurs, ce n'était pas étonnant, puisqu'il avait la figure longue comme un essuie-mains... ce qui n'est pas peu dire !

Pendant ce temps, l'abbé était rentré à la cure, sans se douter qu'il avait été jugé à l'aune locale et que sa condamnation était sans appel...

Deux jours plus tard, il était resté seul à la cure, le curé et le premier vicaire ayant été appelés à l'extérieur. Il faisait les cent pas sous la charmille du jardin en lisant son bréviaire, quand la vieille servante Eulalie vint le chercher :

-Monsieur l'abbé, c'est le gars Caillard qui vient vous quérir pour ein malade...

Rentré au presbytère, l'abbé trouva dans le vestibule un jeune homme qui l'attendait en sautant d'un pied sur l'autre et en tournant gauchement son chapeau entre ses mains.

-Monsieur l'abbé, je sé venu vous charcher pour Maître Martin, le meunier du Moulin du Grand-bois : il est ben malade.

-Très bien, mon ami. Le temps de prendre mon chapeau, je vous suis.

-C'est que... reprit le gars, vous feriez vantiers ben de prendre voute sac à l'Estrême Onction. Le père Martin est quasiment à la fin : il a l'araboute...

Sans répliquer à cela, l'abbé s'en fut à la sacristie, prit le sac de lustrine noire contenant les burettes aux Saintes Huiles et suivit le gars.

 

(A suivre... bien entendu !)

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:47

 

 

 

Autant dire ... un dialogue de sourds...


Nous sommes au milieu du XIXè siècle à la foire de Guibray près de Falaise (ou à Lessay dans la Manche, à moins que ce ne soit un de ces marchés hebdomadaires qu'ils ne manqueraient pour un empire...). Deux braves Normands sont attablés au cabaret devant une moque de cidre. La discussion est… passionnante. Je vous la livre telle que je l’ai ouie lors d’un de mes voyages dans le temps…

- « Alors, dame…

- J’te crois… dame !

- Sur et certain que j’te dis… Dame !

Silence. Puis au bout d’un petit moment :

- … Qué qu’t’en dis, té ?

- Mé ?... Eh ben… J’ pense comme té !

- Je me doutais ben qu’ tu pensais comme mé !

- Pisque j’ te l’dis !

- C’est bé ce que j’ me disais !

- C’est sûr et certain que j’ te dis !

- J’ pense ben !

- Oui, je te l’acertaine !

- Mé itou !

- Ma fé…

- Mé n’n’tout ! (moi non plus)

- J’ai pas dit ça…

Nouveau silence pesant. Ils prennent la lourde moque et boivent goulûment en se jaugeant du coin de l'œil. Tant causer donne soif ! Puis au bout de quelques minutes, le dialogue palpitant reprend.

- C’est ben ce que j’ me disais…

- Qué que-tu disais ?

- Que j’ pensais comme té !

- Bié sûr ! Mais là, faudrait voir à voir…

- C’est pas tout vu.

- Dame non !

- Je te l’ fais pas dire…

- C’est jamais tout vu !

- Sûr et certain !

- Alors là, dame…

- Mé, j’ te dis : ça s’ pourrait ben !

- Ça c’est sûr ! Si en cas…

- Et la bourgeoise, qué qu’elle en dit ?

- Oh ! La bourgeoise… Alle dit rien !

- Rien ?

- Brin !

- La bourgeoise… tu sais ben…

- Ma fois, oui ! J’ comprends…

- Si qu’il fallait que les bourgeoises pensent à c’t’heure…

- Ça c’est ben vrai… Mé, c’que j’en dis…

- Nos n’saurais pu où donner d’la tête…

- Les bourgeoises, c’est bien pour faire la soupe…

- Et s’occuper des enfants...

- Quand qu’y en a…

- C’est ben c’que j’dis…

- Alors, voilà…

- Voilà…

Nouveau silence. Ils finissent leur moque de cidre, s’essuient la bouche d’un revers de manche et se lèvent.

- Jusqu’à…

- Jusqu’à… »

Puis d’un pas pesant, ils sortent sur la place, éblouis par la lumière crue du jour. Ils se sont donné rendez-vous jusqu’à… Jusqu’à quoi ou jusqu'à quand au juste ? Bien malin celui qui pourrait le dire. Jusqu’à la prochaine foire sans doute où ils reprendront leur conversation pleine de rebondissements…

 

Pierre Dac a bien résumé ce genre de situation dans une phrase dont il avait le secret, et qui peut s'appliquer à tous ceux qui parlent, qui parlent, jusqu'à ce qu'ils trouvent enfin quelque chose à dire... 

« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler, sont les deux principes fondamentaux de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir ! »

 

Fermez le ban... et à plus...

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