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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 13:40

 

 

 

Voilà 400 ans que ce grand penseur a été enlevé prématurément à l'affection des siens à l'âge de 85 ans et demi.

Je ne voudrais pas que nous l'oubliassions.

Adhémar Hocquart est né à Tours à la fin du XVè siècle. Très vite il stupéfia ses maîtres par la profondeur de son esprit. Vers l'âge de 10 ans il commença à lancer des apophtegmes dont la plupart sont malheureusement ignorées de nos jours. D'autres penseurs se sont attribué ces maximes dont on croit maintenant qu'ils en sont les auteurs. Je vous donne quelques exemples :

-Celui qui dort n'a plus sommeil.

-Le principal, c'est l'essentiel.

-Qui vole une hache vole une vache.

-Le travail c'est du labeur.

-Quand le soleil se lève, les ténèbres se dissipent.

-Je raisonne donc je vis.

C'est ce dernier aphorisme qui inspira Descartes lorsqu'il le simplifia pour énoncer : je pense donc je suis.

Vers l'âge de 20 ans, il commença à être connu sous le nom d'Adhémar Hocquart, de Tours. A cette époque il existait un adage fameux : tout est dans tout. Notre jeune penseur en avait eu connaissance mais il se disait qu'il manquait quelque chose. Il cherchait, mais vainement, ce qui n'était pas habituel chez lui.

Une nuit qu'il dormait, il eut une idée fulgurante, lumineuse, géniale. Il se redressa sur sa couche et dit d'une voix toute imprégnée de son sujet : tout est dans tout... et réciproquement !

Il avait trouvé ce qui faisait d'une banale formule un précepte formidable qui allait révolutionner la pensée française. Car ce sont bien ces deux mots ajoutés qui donnent à la maxime sa force, sa puissance, sa vérité : tout est dans tout, certes... mais et réciproquement !

Tout était dit et les penseurs qui se sont succédé ont longuement tenté de faire mieux. En vain...

C'est pourquoi le nom d'Adhémar Hocquart, de Tours, doit rester dans nos mémoires tel un phare au milieu de la nuit afin d'éclairer notre ignorance de sa lumineuse clarté...

Voilà ce qu'on peut dire de ce grand penseur et je voulais que vous le sussiez.

Allez, à plus...

 

 

 

 

 

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 09:15

 

Voici quelques éléments de réflexions que je vous livre... Ce texte est paru dans l'almanach de l'Orléanais 2015, dans lequel je sévis également...

 

Si en France l'histoire du nucléaire commence vers les années 1930 avec les travaux de Pierre et Marie Curie, on peut considérer les années 1960 comme le départ réel de la prise de conscience de l'énergie nucléaire, la seule énergie qui ne nécessite aucun apport venant de l'étranger et pour laquelle nous pouvons être autonomes... A quel prix diront certains... Certes, j'en suis pleinement conscient... mais là n'est pas aujourd'hui mon propos.

1960 ouvrait une ère nouvelle... Que de changements...

On vole communément à 1000 km/h... L'automobile volante sur cousins d'air comprimé est une nouveauté 1959... Une locomotive française dépasse les 300 km/h... Les premiers sous-marins atomiques (américains...) font leur apparition. La France patientera un peu (le Redoutable attendra une bonne dizaine d'années...).

Il existe des nouveautés plus....anecdotiques...

Les Américains utilisent pour se soigner le chewing-gum à l'aspirine... On invente les skis en fibre de verre... la bicyclette pliante qui se glisse dans le coffre d'une voiture... un ouvre-boîte à pelle pour mieux extraire les sardines...

Les Américains équipent les salles de jeu de Palm Beach d'appareils TV pour surveiller les joueurs. La vidéo surveillance est en marche !

Berlin-Ouest met au point des bouteilles de bière carrées (plus exactement parallélépipédiques...) qui, une fois vides, peuvent être employées comme briques de construction... (il y en a là-dedans ! ! !)

Les Russes travaillent pour fabriquer le Tétra-Pak, le lait en briques cartonnées...

En France... l'autoroute du sud doit ouvrir en avril. D'autres autoroutes sont prévues... Dans la Poste, on imagine des bureaux où le client se servira tout seul. Vous avez bien lu : tout seul ! (lisez cela avec des yeux de … 1960...)

Le pont de Tancarville a été ouvert en 1959. Il raccourcit de 100 km le trajet Caen-Le Havre. En plus, il est le pont le plus long d'Europe, et le plus haut du monde pour la hauteur de ses pylônes en béton.

Au dernier salon de l'équipement de bureau, on a remarqué un signal électronique déclenchant l'alarme à distance en cas de vol...

Le transistor s'impose comme une nouveauté sensationnelle... En plus, il ne chauffe pas comme une lampe, il reste froid et la réception est instantanée. Il est léger, on peut le transporter avec soi. Merveille !

Eh oui mes amis... J'ai vécu tout cela, moi qui vous parle... pardon... écris... sans que je n'en susse rien !

Je vous demande de comparer avec l'époque actuelle pour mesurer le chemin parcouru en un demi siècle...

 

Allez, à plus...

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 08:36

 

Dans la lignée des farces et des farceurs, voici une histoire extraite de mon livre "Maine, les histoires extraordinaires de mon grand-père"...

 

De tous temps, il y a eu des personnes qui adoraient faire des farces à leur prochain. C'était plus fort qu'eux et si parfois la plaisanterie n'était pas toujours du meilleur goût, n'oublions pas que cela se passait il y a fort longtemps et qu'on avait pas alors toutes les distractions de maintenant... Ceci explique peut-être cela...

A Evron, le roi des farceurs s'appelait Petitbois, qui demeurait rue de Sainte-Gemmes. On ne compte plus le nombre de tours, tromperies, mystifications, qu'il a commis et si parfois il exagérait un peu, il ne voulait qu'une chose : faire rire, fût-ce au détriment de son ou ses meilleurs amis... Toujours à l'affût d'une plaisanterie, il ne résistait pas dès qu'il en entrevoyait l'ombre d'une...

Un jour, un habitant des paroisses situées au Nord-Ouest de Montaigu, et qu'on surnommait les Bas-Vessiers, allez savoir pourquoi, était installé dans les Vieilles Halles pour vendre sa marchandise. Il tenait un panier d'œufs dans les bras et les proposait aux clients pour quatre sous et demi la douzaine. Petitbois arrive, fait celui qui veut vérifier de plus près la qualité des œufs et subrepticement, avec son couteau, coupe la chaignette qui tenait le pont de la culotte du vendeur.

Vous savez ce qu'est une culotte à pont, je vous l'ai expliqué. Donc obligatoirement le pont tombe... pour la plus grande joie des personnes présentes. Bientôt toute la Halle éclate d'un rire énorme, tonitruant. Le bonhomme finit par s'apercevoir qu'il est la cause de ce déferlement de rires et pour cacher ce qui ne devait pas être vu, en un geste machinal, il laisse choir à terre son panier d'œufs afin de remédier au désordre de sa tenue...

Bien sûr les œufs se cassent... Mais notre farceur ne voulait que faire rire. Il paie les dégâts, mais le vendeur d'œufs lui a gardé longtemps une certaine rancune...

 

Je ne vous conseille pas de faire de telles farces car il faut assumer ensuite... D'autant plus qu'il arrive parfois que se réalise l'adage : tel est pris qui croyait prendre... Écoutez plutôt...

Un beau jour, Petitbois qui se promenait dans la campagne arrive à la ferme de la Rousselière, tenue par la mère Loison. Comme il la connaît, il entre afin de se faire payer un coup de cidre. La fermière était en train de baratter sa crème pour faire du beurre. Elle laisse sa baratte pour aller chercher un pichet de cidre dans le cellier.

Pendant ce temps, Petitbois, toujours aux aguets, entend miauler et remarque sous le lit une portée de petits chats. Immédiatement, il entrevoit une belle niche à faire ! Il saisit un petit chat blanc, le jette dans la baratte, replace le couvercle et se met à baratter consciencieusement. Quand la fermière revient, il lui dit qu'il n' pas voulu laisser la crème reposer...

-Vous êtes ben aimable, M. Petitbois. Buvez donc un coup d'cid' ! Vous allez voir comme il est bon ! Il est d'la dernière récolte !

Le lendemain était jour de marché. Comme d'habitude, Petitbois déambulait entre les allées, en quête d'un mauvais coup... je veux dire... d'une farce, bonne ou mauvaise... Il rencontra ses amis Cosnard et Dauphinière. Il leur raconta bien sûr sa farce de la veille, le chat dans la crème qui allait se retrouver dans le beurre...

A ce moment arrive Mme Loison qui vient vendre son beurre.

-M. Petitbois, lui dit-elle, je viens de porter du beurre à votre dame car la mère Thomas à qui il était destiné n'en voulait pas aujourd'hui. J'espère que cela vous fera plaisir !

Plaisir ? Voire... Dans la motte de beurre, Petitbois retrouva quantité de minuscules poils blancs avec en prime le cadavre du pauvre minet de la Rousselière...

 

Et voici maintenant ce que j'appellerai sa dernière farce. Petitbois était bien malade et venait de recevoir l'extrême-onction des mains de l'abbé Dubourgneuf. Notre farceur était unanimement connu et malgré ses farces pas toujours heureuses comme vous avez pu le constater, on l'aimait bien. C'était une figure évronnaise qui allait disparaître et sous les Halles, les conversations allaient bon train. On se rappelait avec de grands rires ses meilleures facéties, mais on déplorait sa fin inévitable. Les larmes succédaient aux rires...

Soudain, M. Nourry, le cirier, dit à M. Mouette et aux autres :

-Regardez ! Voici la servante de notre cher malade qui vient par ici. Ne serait-ce point pour nous annoncer une triste nouvelle ?

-M. Mouette, et vous aussi M. Nourry, dit-elle, venez vite. Mon maître veut vous voir. Vous êtes ses amis les plus intimes et aussi ses plus proches voisins. Il désire vous parler.

Fiers d'avoir ainsi été remarqués parmi tous les autres présents, les deux bonshommes se dépêchent de se rendre au Coq Hardi où habite leur ami Petitbois.

Ils arrivent tout haletants et le trouvent couché avec une figure livide, lui qui était habituellement plutôt rougeaud de mine.

-Ah ! Mes bons amis ! Fit-il en les voyant. Toi, Mouette, mets-toi ici auprès du lit, et toi Nourry, passe de l'autre côté dans la ruelle.

L'embonpoint de ce dernier lui posa quelques difficultés à s'insinuer entre le lit et le mur...

-Mes chers amis, continua Petitbois, je n'ai pas voulu faire le grand saut sans vous voir. Ce matin, j'ai mis de l'ordre à mes affaires et M. le Curé m'a dit que j'étais propre comme un sou neuf... ce sont ses mots... Il est probable que ce soir le souperai à la table des saints apôtres...

Mais une chose me contrariait... Je voulais en mourant être placé comme notre divin Rédempteur. Et, mes chers amis, grâce à votre bonne et fidèle amitié, aussi à votre amabilité, mes souhaits sont réalisés. En effet, Jésus est mort entre deux larrons... je meurs de même...

Vous imaginez aisément la tête des deux larrons... Ils auraient volontiers boxé cet incorrigible farceur qui même sur son lit de mort n'hésitait pas à se livrer à une dernière facétie...

Une heure plus tard, M. Petitbois était mort. Il emportait avec lui le souvenir de la tête ahurie de ses deux amis... Il est mort le sourire aux lèvres...

 

Allez, à plus...

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 10:27

 

 

 

Sigismond Laberlue était ce qu’on appelle couramment un farceur. Un marrant. Toutes les occasions étaient bonnes pour rire. Il n’avait pourtant que quatorze ans, mais il ne cessait pas de faire des blagues à tous ceux qu’il fréquentait. Au début c’est drôle, mais à la fin, cela pouvait être lassant.

Un jour, en rentrant de l’école, il dit à sa mère :

-  Il y a longtemps que l’on n’a pas mangé des mangroves !…..

Sa mère le regarda, surprise :

- Des mangroves ?…..Tu crois ?…..

- Puisque je te le dis !…..Tu devrais en acheter demain !

- J’irai chez…..chez le charcutier.

- Chez un charcutier acheter des mangroves !…..pouffa Sigismond. Tu n’y es pas ! Il n’y a qu’un boulanger qui puisse en faire !

Ses yeux pétillants de malice avaient convaincu sa mère qu’il mijotait encore une de ces plaisanteries dont il avait le secret. C’est qu’elle le connaissait, son oiseau…..

- J’en achèterai pour demain.

Et mon espiègle sortit en riant sous cape. Il avait entendu son professeur de géographie parler de ce mot. Il avait vaguement écouté son explication. Tout ce qu’il avait retenu, c’est que des mangroves, cela ne se mangeait pas !…..Mais le mot lui avait des sonorités harmonieuses et pleines de mystère. Il pouvait passer pour quelque préparation exotique.

A peine parti, la mère se précipita sur son dictionnaire. Elle prit le Larousse Universel en deux volumes datant de 1922 en se disant que ce mot datait certainement et ne figurait plus sur les dictionnaires modernes.

Pas de mangrove ! Manglier, mangonneau, mangora, mangouste, mangrone…Ah !…Voilà ! Mais on passait directement à mangue ! Un Focus de 1964 supprimait la mangora, genre d’araignée lisse, et ajoutait le mangoustan, fruit du mangoustanier, la saveur de la framboise dans la taille de l’orange….Humm !….Ce doit être meilleur que la mangrove ! se dit-elle.….Mais la mangrove brillait là aussi par son absence !

Le Petit Robert de 1993 lui fournit la clé de l’énigme : "Mangrove n.f. 1902 ; mot angl., du malais. Formation végétale caractéristique des littoraux marins tropicaux où dominent les palétuviers surélevés sur leurs racines. Les mangroves du sud de la Floride."

Rien de comestible dans tout cela ! Même en salade ! Ah ! Ah ! Mon gaillard, se dit-elle, je vais t’en donner moi, des mangroves !….

Elle avait été trompée plusieurs fois par notre espiègle et là, elle entendait bien prendre sa revanche !

Elle passa sa journée du lendemain à confectionner des espèces de tourtes individuelles dans lesquelles elle mit une farce de viande et petits légumes, sauf dans une qu’elle destinait à notre mangeur de mangroves…..Dans celle-là elle plaça bien à plat et en quantité des petits morceaux de foin coupés menus, ainsi que des bouts d’herbe comme celle qu’on donne habituellement aux lapins, et même de bois...  Elle ajouta on ne sait trop pourquoi une nouille cuite. Tout en confectionnant sa "mangrove" elle marmonnait toute seule :

_ Ah !…Monsieur veut faire une farce…..Je vais lui en donner, moi, de la farce ! Des mangroves à la farce !…..

Lorsque le plat fut terminé, on ne distinguait pas les tourtes entre elles. Seule la cuisinière savait par un petit bout de foin qu’elle avait laissé dépasser…..

Le soir, lorsque la famille, le père, la mère et les deux enfants, se mirent à table, elle laissa tomber négligemment :

- Aujourd’hui, je vous ai préparé des mangroves…..

- Qu’est-ce que c’est ? fit la petite sœur curieuse.

- Tu le demanderas à ton grand frère !…..Il aime cela.

Elle servit tour à tour chacun, en commençant par le père, et réserva la tourte spéciale à notre farceur, qui ne s’aperçut de rien.

- Hum…..fit le père, ça sent bon…..Je vais mordre directement dedans, ce sera plus facile.

- Moi aussi fit la gamine qui imitait tout ce que faisait son père.

A la première bouchée, ce furent des cris de satisfaction. Sigismond, qui avait regardé ces tourtes avec un certain scepticisme, se demandant bien ce que la mère avait bien pu mijoter, se décida à mordre dans la sienne, puisque tout le monde s’accordait pour reconnaître que c’était fameux.

La première impression fut…bizarre. Cela n’avait pas de goût….ou plutôt un goût de paille séchée….ou de foin…..ou de quelque chose d’équivalent. Il mâchait consciencieusement, persuadé qu’il allait trouver cela aussi bon que le disaient les autres. Il essayait vainement d’avaler, mais les petits bouts de foin prenaient possession de la totalité de sa bouche, provoquant une quinte de toux, si bien qu’au lieu d’avaler, il expulsa bruyamment la bouchée qui éclata en une multitude de miettes sur la table.

- Sigismond, voyons !….fit la mère qui essayait de prendre un air fâché, tu pourrais manger proprement !….

- Mais….Qu’est-ce que c’est que cela ?….toussa notre gastronome en culotte courte et en sortant de sa bouche des petits morceaux d’herbe et de bois. C’est dégoûtant !….De l’herbe !….Du bois !... Pouah !...

- Ma mon chéri, répondit suavement la mère, il ne faut pas s’attendre à trouver autre chose dans les mangroves !…..Estime-toi heureux de n’y point trouver de racines de palétuviers  !….

A ce moment, il sortit avec effarement le morceau de nouille que sa mère avait placé dans la préparation.

- Un ver !……fit-il, horrifié.

- Cela arrive parfois dans les mangroves…..Les vers adorent ce genre de formation végétale….

- Formation végétale ?…….Qu’est-ce que tu me racontes là ?…..Tu ne vas pas me dire que je mange une formation végétale ?…..

- Mais si, mon chéri, répondit la mère d’une voix angélique. C’est ce que tu voulais, n’est-ce pas ?…..Tu m’as bien dit que tu voulais manger des mangroves ?….Eh bien ! Sois satisfait !

- Mais…..Je ne savais même pas ce que c’était, des mangroves !…..suffoqua-t-il. J’ai entendu le mot hier au cours de la leçon de géographie. Je l’ai trouvé joli. J’ai voulu m’amuser un peu…..

- Je m’en doute bien ! C’est pour cela que j’ai voulu m’amuser moi aussi et te donner une leçon.

- Mais….les autres ?… Ils mangent la même chose que moi ?…

- Non bien sûr ! Ils n’ont pas dit qu’ils aimaient les mangroves, eux….Je leur ai confectionné de délicieuses tourtes avec plein de bonnes choses dedans….Pas de l’herbe….

- Je suis bien puni…..J’aurais mieux fait de me taire au lieu de vouloir me moquer de toi.

- Si tu en es conscient, c’est déjà bien. Faire des farces, ça va un moment. Mais à la longue, ça indispose. Allez, je ne suis pas si méchante que cela. Je t’ai fait une tourte aussi. Tu pourras ainsi faire la différence avec les mangroves et voir ce que tu préfères !….. 

 

Moralité... à vous d'en trouver une... Pour ma part je mettrai :


« Car c’est double plaisir de tromper le trompeur. » (La Fontaine)

 

Et si vous trouvez une moralité qui convienne, n'hésitez pas à m'en faire profiter !...

 

Allez, à plus !

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 14:58

 

 

Il y avait une fois un homme qui s'appelait Grillon. Oui, Grillon, comme un grillon... Cela vous étonne ? Il existe pourtant des Grillon... un peu moins que des grillons certes...

Ce Grillon-là était pauvre, mais alors pauvre, comme il n'est pas permis de l'être... Il ne mangeait pas souvent à sa faim et son rêve était de faire trois bons repas... et peut-être plus... mais trois suffisaient à son bonheur... immédiat.

Il ne suffisait pas de le vouloir... il fallait passer à la concrétisation... si je puis dire... Mais comment ? Après avoir passé en revue toutes les idées qui pourraient l'aider à réaliser son rêve, il se dit qu'il pourrait passer pour un sorcier, un devin, proposer ses services, et ce serait bien étonnant s'il ne rencontrait pas un naïf qui accepterait de mettre ses talents à contribution... Dans sa tête il imagina un plan qui devait lui donner satisfaction... Il ne risquait rien d'essayer !...

Mais voilà : c'est plus facile à dire qu'à faire ! Il marcha longtemps, et un soir qu'il commençait à se décourager, il arriva devant un château où habitait une femme très riche. Il apprit qu'elle venait de perdre un diamant d'une grande valeur et se désolait de sa perte. L'occasion était trop bonne.

-Si vous le voulez, dit-il à la dame, je m'engage à retrouver votre diamant ; mais il y a une condition... Il me faut faire trois repas, un par jour, avec ce qu'il y a de meilleur, et dès que j'aurai terminé le troisième repas, je vous dirai où se trouve votre diamant !

Il s'avançait un peu... mais il comptait sur sa bonne étoile pour l'inspirer...

On lui servit donc un somptueux repas, servi par un domestique qui lui proposa les plats les plus exquis, les vins les plus fins. Il mangea et but deux longues heures sans s'arrêter, tant sa faim était grande. Puis, repu, gavé, il s'endormit sur sa chaise en disant :

-En voilà un d'attrapé !

Le lendemain, on lui offrit un autre repas, aussi plantureux que la veille, servi par un autre domestique qui s'affairait à le servir. Il mangea et but tout son soûl puis, rassasié, il s'endormit sur sa chaise en disant :

-Allons ! En voilà deux d'attrapés !

Le troisième repas ne fut pas moins succulent et copieux que les deux autres. Il était servi par un domestique différent. Il mangea et but jusqu'à plus soif et se laissant aller sur sa chaise, il dit :

-Eh bien ! Tu les as donc attrapés tous les trois !

A ce moment, les deux domestiques qui l'avaient servi les deux jours précédents entrèrent et se jetèrent à ses pieds, imités par le troisième compère :

-Seigneur sorcier, ne nous livrez pas ! Oui, c'est nous qui avons volé le diamant et vous nous avez démasqués puisque vous avez dit en nous voyant l'un après l'autre : en voilà un d'attrapé !

Grillon fut bien surpris, puisqu'il ne voulait parler des repas qu'il avait attrapés... comme il le voulait. Mais il sentit qu'il pouvait profiter de cette situation nouvelle...

-Certes oui, je savais que c'était vous qui aviez volé le diamant et je voulais voir comment vous réagiriez. J'avais bien entendu l'intention de vous dénoncer... Mais comme vous avez spontanément avoué, je vais tenir compte de votre repentir... Apportez-moi ce diamant, et en même temps, portez-moi un dindon de la basse-cour, qui soit facile à reconnaître parmi tous les autres.

Ravis de s'être tirés à si bon compte d'une situation qui aurait pu leur valoir la corde, les trois voleurs coururent chercher le diamant et un dindon. Avec sa queue en panache, faite de plumes vertes et blanches, il était reconnaissable entre tous. Il fit avaler le diamant au dindon et dit aux voleurs :

-Ramenez ce dindon avec ses congénères et dites à la dame du château qu'elle vienne me voir.

Elle arriva peu après.

-Madame, dit Grillon, n'avez-vous pas traversé la basse-cour voici trois jours ?

-Si fait !

-Eh bien, en traversant cette basse-cour, vous avez laissé tomber votre diamant et un dindon l'a avalé !

La dame ne se posa même pas la question de savoir si elle avait ce diamant avec elle en traversant la basse-cour... Elle répondit :

-Voilà qui est surprenant ! Et … ce dindon... sauriez-vous le reconnaître ?

-Rien ne m'est impossible... Évidemment que oui ! Suivez-moi, vous allez voir !

Ils se rendirent dans la basse-cour et Grillon dit :

-Amenez-moi les dindons et faites-les défiler devant moi !

Le nombre de dindons était vraiment impressionnant... Il y en avait des gros, des petits, des maigres, aux couleurs les plus variées.

-Vous allez le reconnaître parmi toux ceux-là ? Fit la dame légèrement sceptique...

-Voyons... doutez-vous de mes pouvoirs ?...

Lorsque le dindon à la queue empanachée de plumes blanches et vertes passa, Grillon prit un air de visionnaire, le frappa avec la baguette de coudrier qu'il avait crut bon de prendre pour lui donner un air plus « sorcier »... et laissa tomber ces mots :

-C'est lui ! Ouvrez-lui le ventre et vous trouverez le diamant !

On trouva bien entendu le diamant dans le dindon et la dame fut ravie de le retrouver.

-Vous êtes un grand sorcier, dit-elle. Restez au château tant que vous voudrez, mangez et buvez. Quand vous voudrez partir, je vous donnerai une bourse pleine de ducats !

Il ne fallait pas le dire deux fois et Grillon fit ainsi bombance pendant huit jours. Au bout de ce temps, le mari de la dame, qui était en voyage, rentra. La dame lui raconta ce qui s'était passé. Mais le mari était moins crédule que sa femme.

-Voilà plus de huit jours qu'il se goberge à nos frais ! Et tout cela pour avoir deviné juste... un hasard ! Moi je vais le mettre à l'épreuve. S'il est aussi grand sorcier qu'il le prétend, je le récompenserai comme tu le lui as promis. Sinon, c'est la corde !

Il avisa un grillon qui montait dans la cheminée, le cacha entre deux assiette et fit appeler le sorcier :

-Eh bien, si tu es un aussi grand sorcier que tu le prétends, dis-moi donc ce qu'il y a entre ces deux assiettes !

Cette fois, le pauvre Grillon sentit qu'il était pris à son tour... Il ne put qu'avouer sa défaite.

-Hélas ! Te voilà pris, mon pauvre Grillon !

Se méprenant sur la nature du grillon, le mari s 'écria :

-Vraiment, ma femme avait raison ! Tu es un grand sorcier. Voilà la bourse que ma femme t'avait promise !

Grillon ne demanda pas son reste et quitta le château, et pensa que le métier de sorcier était hasardeux, parfois risqué... Il avait une bourse pleine d'or qui lui permettait de bien vivre, il ne s'en priva pas!...

 

-Ce conte se retrouve dans d'autres régions, ce qui prouve que les contes sont universels et qu'ils ont été colportés d'une région à l'autre de la France par des colporteurs justement... qui transportaient leur marchandise sur leurs épaules et qui donnaient aussi des nouvelles...


 (extrait de mon livre "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père" éditions CPE)

 

Allez, à plus !...

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 10:38

 

Une légende maintenant ?... C'est parti !

 

 

Voilà trois jours que le vent ne soufflait plus. Pas la moindre bise, pas le plus léger zéphyr, rien. Les ailes du moulin restaient désespérément immobiles. Elles étaient pourtant bien déployées, largement ouvertes pour frémir au souffle le plus infime. Maître Jacques, le meunier du moulin de La Musardière, situé dans cette région de Normandie où les trois départements bas-normands se touchent, avait tendu toute la voilure sur les vergues croisées.

C’était un moulin à tour comme on en rencontrait fréquemment dans l’Ouest. Seule sa toiture conique supportant les ailes pivotait pour se mettre face au vent. Il l’avait tournée afin de présenter le moulin à une brise éventuelle. Mais de vent, il n’y en avait pas et le pauvre Jacques avait beau se cramponner à la tige qui permettait de bouger la toiture et courir d’un côté et de l’autre pour tourner et tourner encore, les grands bras du moulin se dressaient inertes, sans vie.

Pareil à un navire immobilisé dans une zone de calme plat, les voiles pendantes et comme inutiles, le vieux moulin semblait figé. Pourtant, il y avait du grain à moudre ! Jacques s’épuisait, pestant après Eole, le dieu des vents, qui aurait quand même pu faire un petit effort pour venir à son aide….

- « Si les ailes commencent à bouger un peu, je suis sûr que le reste suivra !... Allez, une bouffée… un souffle, même léger, deux mètres par seconde… je m’en contenterai…

Mais rien ne bougeait. Pour entraîner la meule tournante qui roulait sur la gisante, il ne suffisait pas de deux, mais de cinq à huit mètres par seconde. Rien de tel ici et Jacques était fatigué. Sa femme et ses enfants regardaient, impuissants.

- Faudra quand même trouver un autre système qui ne soit pas tributaire du ciel ! s’écria-t-il avec colère.

Mais en ce début du XVIIè siècle, la vapeur comme source d’énergie restait à découvrir. Les moulins actionnés par la force du vent avaient encore de beaux jours devant eux, encore fallait-il qu’il y eût de quoi les faire tourner !.....

Découragé, il restait debout, les bras croisés, et continuait à maugréer.

- Pourquoi faut-il que je m’échine à essayer de présenter les ailes au vent, puisqu’il n’y en a pas ! Autant présenter un seau d’eau à un âne qui n’a plus soif !....

Le soleil baissait. Bientôt la nuit serait complète. Encore une journée de perdue.

- A quoi bon chercher un vent absent !....Autant chercher un écu dans une bourse vide !....bougonna-t-il.

C’était désespérant. Il n’avait jamais connu une telle situation en trente ans de métier. Son père si, une fois. Il était alors tout gamin, mais s’en souvenait bien. Il y avait eu ainsi quatre jours sans le moindre souffle de vent. Quatre jours à se désespérer, comme lui aujourd’hui. Et puis tout d’un coup, une tempête énorme s’était levée et avait duré de longues journées. Sa fureur avait emporté dans une sarabande folle les ailes que son père avait laissées déployées. Il y avait eu de la casse…..

Il n’avait pas oublié. Il décida donc de réduire la toile en la repliant sur les vergues. Si par extraordinaire le vent se levait, aurait-il le temps de le faire avant qu’elles ne s’emballent ?... Avec les éléments, on ne sait jamais. La prudence est toujours la meilleure solution. Mais il ne voulait pas s’avouer vaincu. Dans un excès d’optimisme, il disposa ses ailes en position de croix grecque, ou de X, comme on veut. Cette position annonce un repos de courte durée, donc une reprise prochaine.

- On verra bien !... fit-il en haussant les épaules et comme pour se justifier. Il faut savoir forcer la chance. Ne sourit-elle pas aux audacieux ?...

Puis il s’assit, le dos appuyé au moulin, et attendit, en scrutant le ciel. Mais au bout d’un moment, ses yeux se mirent à papilloter et ses paupières devinrent très lourdes. Il sombra dans le sommeil.

Soudain, il sentit confusément que quelque chose se passait. Il ouvrit les yeux et entendit des craquements caractéristiques. Un souffle léger lui caressa le front. Le vent !... Le vent reprenait !... Rapidement debout, il s’aperçut que les ailes commençaient à tourner, lentement d’abord, puis de plus en plus vite.

- Eh ben garçon !... fit-il, heureusement que j’ai réduit la toile. On dirait une bonne petite brise qui se prépare. Ce n’est plus le moment de dormir !....

Il grimpa à l’étage où s’effectuait le travail. Le mouvement avait déjà été transmis à l’axe sous lequel était fixée la meule tournante. Entraînée par un jeu d’engrenages, elle roulait sur la meule dormante en produisant des étincelles. Il fallait rapidement lui donner sa nourriture de grain car il n’était pas rare que les étincelles produites par le deux meules en silex n’enflamment la farine provoquant l’incendie du moulin. Le cas s’était produit.

La trémie avait été remplie de grain. Il suffisait d’ouvrir le goulot qui le laissait tomber dans la partie centrale de la meule tournante, puis entre les deux meules où il était broyé. La routine pour notre meunier….

La tempête devenait de plus en plus forte, les ailes tournaient de plus en plus vite. Attentif à tout, penché au-dessus des meules, un œil sur les ailes, le meunier s’activait dans un nuage de farine immaculée. Il avait appelé sa fille aînée à son aide. Elle était déjà experte dans le fonctionnement d’un moulin pour avoir vu faire son père. Il faudra lui trouver un honnête garçon pour prendre ma suite. Un meunier évidemment ! Mais il chassa cette idée : le moment n’était pas aux projets d’avenir.

Soudain, un éclair aveuglant sillonna le ciel d’un noir d’encre. Le moulin tout entier fut illuminé de milliers de petites flammèches, comme un immense arbre de Noël. Puis l’obscurité revint, percée seulement par la lueur blafarde des chandelles de suif. La meule tournait toujours régulièrement, la farine était évacuée sur les bords par l’effet de la force centrifuge. Tout allait bien. Maître Jacques se frotta les mains de satisfaction. Il allait pouvoir rattraper son retard.

Mais un détail accrocha son œil exercé. Il se trouvait enveloppé dans un nuage non plus blanchâtre, mais d'un joli bleu azur. Il vérifia la farine qui sortait de la meule. Elle était bleue ! D'un, bleu intense, un magnifique bleu roi… Il se pinça… Non, il ne rêvait pas ! Son moulin produisait de la farine bleue !

Il regarda le grain dans la trémie. Il était d’un blond doré, comme d'habitude. Et la farine rejetée sur les bords était bleue ! Ça alors ! Lui-même était recouvert d’une fine poussière bleutée.

- Ce doit être la lumière des chandelles qui déforme les couleurs et me donne cette impression … car enfin, de la farine bleue, cela ne s'est jamais vu !... Demain au jour, ma farine sera bien blanche !...

Il continuait à s’occuper de son travail tout en parlant car la meule broyait régulièrement le grain qui tombait de la trémie. La tempête soufflait toujours et devant sa violence, il dut tourner la toiture pour la présenter un peu de biais. Cela suffisait. Car trop de vent n'est pas mieux que pas de vent du tout !... Il ne faut pas que la meule s'emballe… Le risque d'incendie est toujours présent.

Le lendemain au jour, la farine n’avait pas changé de couleur. Il remplissait les grands sacs de belle farine bleu roi… L'urgence du travail l'empêcha de se pencher sur ce problème curieux.

- Bah ! se dit-il, j'espère que le pain ne sera pas moins bon ! Mais que diront les fermiers lorsqu’ils en prendront livraison ?...

L'ouragan se déchaîna toute la nuit, ainsi que la journée suivante. Jacques était partout. Outre la surveillance du travail, il devait veiller à l'approvisionnement et monter les lourds sacs de blé par l'échelle étroite (une échelle de meunier, c'est tout dire…) et verser le grain dans la trémie. Il en profitait pour descendre les lourds sacs de farine afin de les ranger.

Peu à peu les sacs de blé entassés furent remplacés par des sacs de farine bien bleue. Sur une rasière de 80 kg, on retrouvait habituellement 51 kg de farine et 21 kg de son. Un peu plus de 60% de rendement. Mais ici, tout était converti en farine bleue. Pas la moindre trace de son… Du 100%... Il n'allait pas se plaindre d’un tel rendement ! Par contre, la farine bleue l'ennuyait un peu… Il verrait cela plus tard, lorsque le vent serait calmé…

Le troisième jour, le vent soufflait toujours, moins fort mais suffisamment pour continuer à moudre. Il avait augmenté un peu la surface portante des ailes. De tous les coins de l’horizon, arrivaient des ânes portant des sacs de blé doré. Un tel vent était une aubaine et tous voulaient en profiter. Jacques avait dû demander l'aide d’un jeune fermier des environs. Et les ailes tournaient, et les sacs de grain gravissaient l'échelle, portés par les épaules vigoureuses du jeune fermier qui avait voulu décharger le meunier de cette tâche pénible, et la farine bleue voletait…

Les fermiers repartaient avec des sacs de farine. Jacques avait bien été obligé d’expliquer sa couleur différente.

- Ne soyez pas surpris de trouver une farine bleue… C’est une nouvelle invention que j’ai mise au point !... Vous m’en direz des nouvelles !...

Là, il s'avançait un peu car il n'en savait rien. Mais il fallait bien rassurer ceux qui faisaient la moue devant cette couleur incongrue…

Au bout de cinq jours, le vent tomba. Tout avait été moulu et réduit en farine. Nos hommes étaient harassés, on le comprend. Mais c'était Eole qui commandait On aurait bien le temps de se reposer quand il ne soufflerait plus.

Ils n'avaient pas eu beaucoup de temps pour manger, juste de quoi ne pas tomber d'inanition.

- Je vous ai cuit de beaux pains avec la nouvelle farine, fit la meunière. Ils sont bizarres Venez les goûter !...

Ils découvrirent des pains à la croûte bleutée. Et lorsque le couteau s'enfonça et trancha de larges tartines, on découvrit une mie d'un beau bleu intense… De plus ces pains étaient délicieux, tout bonnement délicieux ! La croûte était finement croustillante. La mie bien aérée, d'un moelleux délicat, d'un goût exquis, fondait dans la bouche.

Des pains bleus au goût de brioches. Mais avec de la farine bleue, fallait-il s'attendre à obtenir des pains verts ?...

Le lendemain, des quantités d'ânes arrivèrent chargés de sacs de blé.

- Nous t'apportons tout le grain que nous avons trouvé dans le pays alentour afin que tu nous fasses de la bonne farine bleue. Le pain confectionné avec cette farine est un vrai délice.

A cette époque, les fermiers faisaient eux-mêmes le pain dont ils avaient besoin.

La réputation de Jacques se répandit dans tout le pays. Il engagea définitivement le jeune fermier qui l'avait aidé durant la tempête.

A partir de ce jour, le vent souffla tous les jours suffisamment pour faire tourner régulièrement les ailes. Il tombait un peu en fin de journée, mais c'était pour permettre au moulin de se reposer et mieux reprendre le lendemain. Les grandes ailes blanches semblaient alors prendre le large pour un voyage immobile. Le blé affluait de partout. On aurait dit que le pays tout entier s'était donné le mot pour venir moudre son grain dans le moulin de Maître Jacques. Les sacs de farine bleue repartaient dans une joyeuse animation.

Un beau jour d'été, le jeune fermier épousa la fille de Jacques. Sa succession était assurée. Le jour du mariage, tout le village se donna rendez-vous au moulin dont les ailes mises en position d'aile venante indiquaient un événement heureux. On dansa et chanta beaucoup.

La vie continua, les sacs de blés se transformaient en sacs de farine bleue, qui se transformaient à leur tour en sacs d'écus Le moulin tournait tous les jours à plein rendement car il y avait toujours une bonne brise.

Les années ont passé, le temps a fui inexorablement. Les jours ont succédé aux nuits, les nuits aux jours. Les jeunes ont remplacé le meunier, puis leurs enfants, et leurs petits-enfants, de générations en générations. Et toujours le vent qui entraînait les ailes, et toujours la belle et bonne farine bleue qui voletait dans tout le moulin, et toujours les beaux pains bleus qui faisaient le régal de tous.

Voilà la légende des pains bleus. Où se cache ce moulin merveilleux ? Quelque part dans un pays magique accessible à ceux qui ont gardé une âme d'enfant : le pays des Merveilles, le pays des contes…

 

(extrait de mon livre "De derrière les fagots")

 

Allez, à plus...

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 09:05

 

Changeons de registre... Les contes... vous connaissez ? Alors comptez sur moi !

 

Il était une fois un jeune garçon qui marchait vivement sur une route de campagne, s'aidant d'un solide gourdin pour écarter aussi bien les pierres du chemin que les malandrins qui auraient tenté de l'arrêter. On devinait en lui une très grande détermination. Il ne savait pas où il allait, mais il y allait résolument. Une musette en tissu marron lui battait les flancs mais il n'y prenait garde.

Au loin on devinait la masse compacte d'une forêt. Il y arriva bientôt et s'y engagea sans ralentir le pas. Peu à peu le chemin rétrécissait pour devenir un sentier. Le soir tombait, bientôt il fit complètement nuit. La lune était pleine et quelques rayons argentés se glissaient à travers le feuillage, dispensant une faible lueur suffisante pour les yeux avertis du jeune homme.

Il s'assit sur le tronc d'un arbre mort, sortit de sa musette un quignon de pain rassis et un morceau de fromage qui ne l'était pas moins... et y planta les dents : marcher ainsi donne faim !

Soudain, il sentit qu'il était épié. Il ne broncha pas, continuant son frugal repas. Au bout de quelques minutes, il lança :

-Voulez-vous partager mon repas ? Il n'est pas bien copieux mais il ne sera pas dit que Jean-Marie Labistrac laisse quelqu'un le regarder manger sans lui proposer de l'accompagner. Je vous attends !

Des minutes passèrent encore.

-J'attends ! Fit le jeune homme.

-Je... je suis là !... fit une petite voix tout près de lui.

-Où cela ? Je ne vois rien !

-Jute devant vous... Me voyez-vous maintenant ?

En face de lui, il distingua alors un petit homme habillé d'une drôle de façon et qui paraissait enveloppé d'un halo de lumière.

-J'ai allumé pour que vous me voyiez !

-C'est Jean-Marie qui fut surpris.

-Vous avez... allumé ? Fit-il de l'air de celui qui ne comprend pas bien.

-Oui... ainsi vous pouvez me voir. Sinon, je reste dans l'obscurité. Mais comme vous m'avez gentiment invité, me voilà ! Voyons... qu'avez-vous à manger ? De pain rassis et du fromage sec... Cela n'est guère engageant... Permettez-moi de vous inviter à mon tour.

Le petit homme fit quelques signes, le sol se couvrit de mets tous aussi appétissants les uns que les autres, tandis qu'une lumière d'un beau jaune d'or les enveloppait tous les deux.

-Ah ! Fit le petit homme, voilà qui est mieux ! Choisissez !

-C'est que... j'ai le gosier bien sec.. car manger un croûton de pain sec donne soif !

-Vous avez raison... Que préférez-vous ? Vin de Bordeaux, de Bourgogne, d'Alsace ? ... Mais pour étancher votre soif, que diriez-vous d'un Champagne léger et bien frappé ?

-Ma foi...

Jean-Marie commençait à ne s'étonner de rien.

-Je rêve se dit-il... je vais me réveiller bientôt...

Mais le bruit caractéristique d'un bouchon de champagne qui saute lui indiqua qu'il ne rêvait pas... Tout était réel et la vue des plats qui couvraient le sol lui sembla fort alléchante...

-Servez-vous ! Vous êtes mon invité.

Jean-Marie mangea et but copieusement tandis que le petit homme le regardait en souriant.

-Vous ne mangez pas ? Fit Jean-Marie la bouche pleine.

-Non... vous regarder manger et boire me nourrit suffisamment !...

Quand il eut terminé, il s'essuya la bouche d'un revers de manche et demanda :

-Et maintenant, que faisons-nous ?

-Où alliez-vous ? Demanda le lutin (car vous avez deviné que c'en était un...).

-Nulle part en particulier...

-C'est là que je vais également !

-Alors, allons-y !

Ils marchèrent ainsi pendant une bonne heure. Bien qu'il fît nuit, ils voyaient comme en plein jour : le sentier était parsemé de petites lumières qui s'allumaient dès qu'ils s'approchaient et s'éteignaient quand ils étaient passés.

Soudain, une chouette passa devant eux, les frôlant de ses ailes duveteuses.

-Elle aurait pu faire attention ! Fit Jean-Marie : elle a failli m'éborgner.

-Je vous demande de l'excuser... C'est un ami qui veut faire son intéressant... dit le lutin.

-Cette chouette... un ami ?...

-Certes ! Tous les animaux de la forêt sont mes amis !

Ils poursuivirent leur chemin.

-Ne vous arrive-t-il pas d'être fatigué ? Fit Jean-Marie à son camarade de marche.

-Fatigué, moi ?... Jamais ! Mais vous peut-être... Reposons-nous ici !

Il désigna un endroit moussu et ils s'assirent.

-Tiens ! Fit Jean-Marie en désignant le sol... qu'est-ce ceci ?

 

(à suivre...)


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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 15:43

 

  Changeons de registre si vous voulez bien...

 

  Je vous propose aujourd'hui (une fois n'est pas coutume...) une œuvre de Sully Prudhomme...

Les yeux


Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.

Oh ! qu'ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n'est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l'invisible ;

Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux qu'on ferme voient encore.



René François Sully Prudhomme (1839-1907)

(Stances et poèmes 1865)

 

Nous l'apprenions à l'école autrefois. C'est beau, n'est-ce pas ? ... Mais mon esprit iconoclaste d'alors... s'était emparé de cette œuvre pour la détourner et en faire une parodie (oh ! que c'est vilain !...). Il m'a suffi de changer... d'organe... et le tour était joué.

Je vous la livre ... en demandant votre indulgence... et surtout pardon à Sully (Prudhomme)...



Les nez...



Rouges ou noirs, tous jolis, tous beaux,

Des nez sans nombre ont bu du vin.

Ils dorment derrière les tonneaux,

Rubiconds, enflés ou divins.



Oh ! Qu'ils soient devenus patates...

Non, non, vous n'y êtes pas du tout !

C'est d'ailleurs ce qui nous épate :

Dites plutôt des trognons de chou...



Et comme les piles électriques

Éclairent quand il y a du jus,

Les pifs s'allument quand le pinard pique,

Et s'éteignent quand il n'y en a plus.



Rouges ou noirs, tous jolis, tous beaux,

Ouverts à quelque immense barrique,

De l'autre côté des tonneaux,

Les nez qui rougissent se piquent...



Dites-moi celle que vous préférez ! ! !



Allez, à plus...

 

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 15:53

couverture-Contes-du-Maine-et-de-l-Anjoiu.jpgEt ce livre-là, le connaissiez-vous ? ? ?

Ce sera mon  13è livre... Il paraîtra vers le 20 octobre prochain...

Il s'agit de contes de ces deux régions, que j'ai collectés et rassemblés.

 

Inutile de dire que je travaille sur un autre livre ! Je vous en parlerai en temps utile. Chaque chose en son temps !

 

Allez, à plus...

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 16:39

 

 

De nos jours, on entend rarement sonner les cloches. Il paraît que leur son heurte certaines oreilles sensibles... Même dans les campagnes où elles sonnaient jadis les moments de la journées, elles sont le plus souvent muettes...

La chose n'est pas nouvelle... Déjà au XVIè siècle... Mais laissez-moi vous narrer la chose...

Autrefois, la ville de Troyes était réputée pour la qualité de ses sonneries. En effet, elle comptait pas moins de soixante cloches, dont l'une appelée la grosse Marie pesait environ 15 tonnes...

Parmi les églises qui se glorifiaient de posséder de tels carillons, il y avait l'abbaye de Saint-Loup, et les églises collégiales de Saint-Etienne et de Saint-Urbain. L'abbaye de Saint-Loup possédait quatre cloches surnommées andouillettes... du nom de leur donateur... L'abbé Nicolas Forjot de Plancy décida de placer quatre autres cloches, encore plus grosses, dans la tour qu'il venait de faire construire.

Lorsque ces cloches étaient mises en branle, leurs voix puissantes et solennelles se faisaient entendre aux alentours, notamment dans la cathédrale Saint-Pierre qui était située pas très loin. Cela émut le chapitre de la cathédrale qui se rassembla à la hâte afin de trouver le remède capable de faire taire « les criardes du colombier de Saint-Loup »...

Les discussions furent longues et passionnées, les avis partagés. Les chanoines ne parvenaient pas à s'entendre. Le doyen se leva et prit alors la parole.

-Messieurs les chanoines, le voisinage de ces cloches bruyantes me gêne autant que vous. Les entendre tous les matins aux aurores trouble mon sommeil autant que le vôtre. Mais ce dommage qui nous est causé suffit-il à motiver notre plainte ? Nous écoutera-t-on lorsque nous dirons que ces cloches nous empêchent de dormir le matin ? Je ne le pense pas... En revanche, si nous disons que le tintamarre des cloches nous empêche de prier et d'entendre nos chants, bref, que ces bavardes perturbent nos célébrations liturgiques, nous trouverons certainement des oreilles plus attentives. Je vous le demande mes frères, l'esprit peut-il prier quand les oreilles sont continuellement fatiguées ? Voilà comment nous devons motiver nos doléances.

Il s'arrêta pour respirer car parler de la sorte l'avait essoufflé, exactement comme s'il venait de soulever une masse d'une tonne d'un seul bras... Les murmures d'approbation dans la docte assemblée lui montrèrent qu'il avait raison et l'incitèrent à continuer.

-Cela étant posé, et avéré, la justice nous refusera-t-elle ce qu'elle accorde aux autres, c'est à dire protéger nos personnes et nous rendre la tranquillité dont nous jouissions auparavant dans nos divins offices ?

Ils auraient applaudi s'ils l'avaient pu... mais cela ne se faisait pas au chapitre des chanoines... Il fut rapidement décidé qu'on allait sans tarder attaquer en justice ces maudites cloches afin de les faire taire et même les obliger à descendre de leur tour infernale...

L'attaque fut rapide et véhémente, mais la riposte ne le fut pas moins... Les chicaneries durèrent une bonne année et un beau jour les cloches de Saint-Loup sonnèrent à toute volée. Pourtant aucune fête n'était prévue dans le calendrier. Que se passait-il donc ?

La justice commençait par là où elles auraient dû commencer... Des commissaires avaient été envoyés pour vérifier si les cloches gênaient réellement les offices de Messieurs les chanoines.

Il n'en était rien... bien entendu... car seul avait été froissé l'orgueil des chanoines... La justice décida donc que les cloches resteraient dans leur tour et sonneraient comme bon leur semblerait. Mais dans son infinie bonté, elle accorda aux chanoines de Saint-Pierre la permission d'accrocher dans leur beffroi des cloches plus grosses, s'ils le désiraient !...

 

 

(extrait de mon dernier livre "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père")

 

Allez, à plus...

 

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