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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 14:57

Je me trouvais dernièrement en Mayenne pour des dédicaces concernant mon dernier livre : "Le candidat au certif"...

A Villaines la Juhel exactement puisque l'action se déroule dans ce canton du nord de la Mayenne. Mon ami Gustave m'accompagnait. C'est lui qui m'avait permis de donner à ce roman son assise historique en m'indiquant le nom des commerçants de Villaines en 1956-1957, époque où j'ai situé mon roman.

J'ai dédicacé au Super U le 22 décembre puis à la Médiathèque le 23. Le public fut au rendez-vous...

Or donc, le midi du 22, après avoir bien travaillé le matin au magasin Super U, nous avons déjeuné au restaurant "L'hostellerie de la Juhel", bonne table, simple et copieuse, susceptible de satisfaire des estomacs affamés comme les nôtres...

Auparavant, Gustave proposa un apéritif. Il aimait bien la Suze, mais pour varier un peu, il demanda un "fond de culotte"...

Stupeur de la serveuse qui ne connaissait point cela. Avec un petit sourire en coin, il expliqua :

-Mais c'est tout simplement un Suze-cassis !

Je pourrais vous laisser sur cette réponse, mais comme je suis bon bougre, je vais vous fournir l'explication que vous attendez... Il continua donc :

-On appelle cela un fond de culotte, parce que ça ne s'use qu'assis !

Allez, ne riez pas trop fort, vous allez vous faire remarquer !

Ceux qui n'auraient pas compris m'en feront la demande par le truchement du blog... Je ferai un plaisir de les éclairer.

Je vous laisse sur cette appellation... contrôlée...

Allez,à plus...

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 16:43

Je me demande si je ne vous ai pas déjà proposé cette histoire en forme de conte de Noël. Mais en ces temps de fraternisations, j'ai pensé qu'il serait intéressant de vous la soumettre à nouveau.

Elle est extraite de mon livre "D'Armor et d'Argoat", éditions Cheminements.

°°°°°

Depuis le 8 août 1915, le 41è Régiment d’Infanterie de Rennes s’était installé dans le secteur du Four-de-Paris en Argonne.

Ce valeureux régiment comprenait presque exclusivement des Bretons, puisque son recrutement avait été fait dans les subdivisions de Rennes, Vannes et Saint-Brieuc. Il avait quitté la caserne Mac-Mahon de Rennes le 5 août 1914 au matin. Il s’était illustré à la bataille de la Marne, à Craonne, au Chemin des Dames, à Neuville-Vitasse où il avait perdu les deux tiers de son effectif et la presque totalité de ses officiers. Reconstitué en novembre 1914, il était commandé par le lieutenant-colonel Federhpil.

Un mois après son arrivée en Argonne, le 8 septembre 1915, les Allemands avaient attaqué sur la gauche du régiment et pénétré dans ses lignes. Mais les cuisiniers installés sur la route de La Harazée-Four-de-Paris avaient vu la manœuvre. N’écoutant que leur courage, en bras de chemise, le fusil à la main, emmenés par le caporal d’ordinaire Blanchard de la 10è compagnie, ils avaient repoussé une section allemande et fait des prisonniers. A midi, l’attaque était enrayée. Le 41è RI retrouvait ses positions, le caporal Blanchard était nommé sergent et décoré de la médaille militaire.

Depuis, le régiment s’était enterré dans des tranchées, comme les Allemands qui se trouvaient en face, à peu de distance, si bien qu’on avait parfois l’impression que les tranchées se touchaient et que l’on pouvait passer facilement des unes aux autres. Impression trompeuse… Les combattants se livraient une guerre de mine, ponctuée de coups de mains. Il fallait tenir à n’importe quel prix. Le régiment subissait d’importantes pertes, mais résistait vaillamment.

Les semaines et les mois passaient, semblables les uns aux autres. Le sol de l’Argonne est humide et froid, la terre argileuse et gluante. Comme le terrain est imperméable, la moindre averse le transforme en marécage où les trous d’eau sont nombreux. Les Poilus pataugeaient dans ce bourbier, grognant un peu parfois, mais répondant toujours « présent » lorsqu’il fallait des volontaires pour un coup de main.

Décembre arriva, amenant le froid et la neige. Dans les tranchées, les soldats semblaient transformés en statues de boue ou en bonshommes de neige lorsqu’ils revenaient d’une mission. On allait bientôt fêter le deuxième Noël de guerre, un Noël dans les tranchées, loin de la chaleur familiale et du sapin illuminé. Ici, c’étaient les bombardements d’artillerie qui illuminaient parfois le ciel. Les obus n’avaient rien de pacifique. Les Poilus rentraient la tête dans les épaules et attendaient que l’averse mortelle soit terminée. Il n’était pas prévu de permission pour Noël. Le front était trop fragile, pas question de le dégarnir inutilement.

La journée du 24 décembre avait été mouvementée. Après une préparation d’artillerie, les Allemands avaient lancé une attaque sur le flanc droit du régiment. Mais on s’aperçut que c’était sans réelle intention de percer, juste un harcèlement destiné à entretenir les troupes dans une vigilance active. Un obus tous les quarts d’heure. La routine…

Vers 11 heures du soir, le silence se fit sur le front. Dans le ciel où couraient des nuages cotonneux, une lune gibbeuse dispensait une lueur blafarde.

- « On va peut-être pouvoir déguster en paix le gueuleton que nous a préparé l’Intendance ! fit le soldat Bozec.

- Pour sûr ! Ça nous changera du « singe »…

Comme les hommes ne pouvaient partir en permission, le Haut Commandement avait décidé d’améliorer l’ordinaire des troupes placées en première ligne, en recommandant de garder un œil bien ouvert… et même deux. C’était certes loin d’être un gueuleton comme le prétendait le soldat Bozec… mais c’était mieux que les boîtes de singe, appellation non contrôlée… pour désigner des boîtes de corned-beef… du boeuf si l’on préfère. Fricassé à la poêle avec des petits oignons, c’est bon… j’en ai fait l’expérience en Algérie… mais ici il fallait le manger froid… comme la vengeance…

L’escouade du caporal Brénéol se rassembla sous une avancée du parapet et s’assit tant bien que mal. Il commençait à geler, la nuit était glaciale. Mais nos hommes avaient l’habitude.

- Sers-nous une rasade, caporal ! fit Bozec. Cela nous réchauffera !

- Je vous rappelle, fit le caporal, qu’il faut garder les esprits clairs !

- C’est pas nous qui sommes de garde, c’est ceux de la 4è compagnie ! répondit Le Goff.

- Peut-être… Mais si les Boches se décident à lancer une attaque cette nuit, il faut être capables de les repousser…

- Pas cette nuit, quand même ! lança Moullec. C’est la nuit de Noël !

- Et tu crois que ceux d’en face tiennent compte de cela ? Ils profiteront peut-être de cette nuit, pensant que nous sommes occupés à fêter Noël… justement…

- C’est pas normal, ça ! Une nuit comme celle-ci… on devrait au moins faire la paix…

- La paix ! répondit en écho le caporal. Elle n’est pas pour demain ! Allez, en attendant, prenez un peu de viande !

Soudain, dans le silence de la nuit, une voix se fit entendre :

- Es ist weihnachten !

Le soldat Moullec, qui s’apprêtait à saisir une cuisse de poulet, suspendit son geste.

- Vous avez entendu ? fit-il.

La voix sortit à nouveau de l’ombre. Cette fois, elle parlait en français, mais avec un fort accent allemand :

- C’est Noël… Braves soldats français, nous vous souhaitons une bonne fête de Noël !

La stupeur pouvait se lire sur tous les visages.

- Eh bien ! Ils sont gonflés, les boches !

- Tais-toi ! fit Brénéol. Tu préférerais qu’ils te souhaitent Noël en t’envoyant des pruneaux ?

- Non… mais… après nous avoir arrosé toute la journée, ils nous souhaitent une bonne fête !

- Ne cherche pas à comprendre, c’est la guerre !

- Eh bien, si tu veux mon avis, c’est idiot, la guerre ! On se bat contre qui ? Tu peux me dire ? Des gens comme nous… Qui pensent à leur famille… comme nous ! Des paumés… comme nous…

- Tu ne crois pas, caporal, qu’on serait mieux chez nous, et eux aussi…

- Tout ça, c’est la faute à Guillaume !... lança Le Goff qu’une rasade de rhum avait soudain rendu belliqueux.

Le caporal haussa les épaules d’un air d’impuissance. Dans la nuit claire, un chant s’éleva alors :

« Stille Nacht! Heilige Nacht!

Alles schläft; einsam wacht

Nur das traute heilige Paar.

Holder Knab im lockigten Haar,

Schlafe in himmlischer Ruh!

Schlafe in himmlischer Ruh! »

Les soldats s’étaient figés. Un chant qui leur rappelait Noël au milieu des tranchées… Ils écoutaient cette belle chanson qu’ils connaissaient avec d’autres paroles. Certains essuyaient une larme. Dans la tranchée, tous s’étaient levés. Lorsque le chant fut terminé, le silence se fit, un silence rempli de ferveur contenue. Tous regardaient devant eux. Soudain, une silhouette se montra, sortant de la tranchée allemande, puis deux, puis trois. Au bout de quelque temps, tous les Allemands se trouvaient debout devant leur tranchée.

Après quelques minutes de silence, le chant reprit. Plus exactement, les soldats entonnèrent les autres couplets. Alors, une voix s’éleva du côté français, suivie par beaucoup d’autres, et se joignit au chant :

« Douce nuit, sainte nuit… »

Et peu à peu, les soldats sortirent des tranchées françaises. Bientôt, les deux troupes, debout l’une en face de l’autre, unissaient leur voix dans la paix de Noël. La paix était encore bien lointaine. Mais en ce 25 décembre 1915, elle était là, au milieu des hommes qui chantaient d’une seule voix, les uns en allemand, les autres en français. Ce n’était plus des ennemis prêts à s’entretuer. Ce n’était plus que des frères d’armes, des frères de misère, vêtus du même costume de boue et de sang, qui communiaient ensemble dans la paix de Noël.

Lorsque le chant fut terminé, un grand silence tomba. Les deux adversaires, alliés d’un moment, restèrent un long moment immobiles, comme pétrifiés. L’émotion sans doute, mais aussi le froid. Puis, peu à peu, les hommes descendirent dans leurs tranchées. Une dernière fois, du côté allemand, une voix troua la nuit et lança :

- Gute Nacht Weihnachten ! Bonne nuit de Noël !

Oui, bonne nuit de Noël à tous ces braves gens que des intérêts qui les dépassaient avaient jeté les uns contre les autres…

Dans la tranchée française, l’escouade du caporal Brénéol restait silencieuse. Tous étaient perdus dans leurs pensées. Ils se voyaient dans leur maison, devant le sapin et la crèche, entourés de leur famille, dans la chaude ambiance de Noël. Les yeux embués, ils ne voyaient plus rien, n’entendaient plus rien. Ils nageaient dans une douce euphorie qui leur faisait chaud au cœur, dans une ivresse lucide et raisonnée. Dans la tranchée, il gelait. Mais personne n’y faisait attention. Cela dura longtemps.

Soudain, il pouvait être alors une heure du matin, le bombardement reprit. Les hommes furent vite dégrisés.

- Eh bien ! fit le caporal, ils n’auront pas perdu de temps !

- C’est pas ceux qui chantaient avec nous qui nous tirent dessus… C’en est d’autres plus loin. Ils ne savent pas ! répondit Moullec.

- Ils ne savent pas quoi ? qu’on chantait ensemble ? Tu veux que j’aille leur dire : Eh ! Il y a erreur ! On ne tire pas sur des gens qui chantaient en chœur !

Le tac-tac d’une mitrailleuse tirant de la tranchée allemande se fit alors entendre, faisant voler des mottes de terre sur le parapet de la tranchée française.

- Tiens ! Voilà nos choristes qui nous donnent une aubade à leur façon ! Elle est bien bonne… leur bonne nuit de Noël !

- Alors… Elle ne sert à rien la nuit de Noël ? fit Le Goff. Juste une petite chanson… et… tac tac tac…

Il poussa un grognement de colère et s’écria d’une voix furieuse :

- Mais alors, ce que c’est con la guerre ! Qu’est-ce que c’est con ! »

Allez, à plus...

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 09:49

Voici maintenant un conte de Noël que j'ai écrit. Il est extrait de mon livre "Anjou, les histoires extraordinaires de mon grand-père". A quelques jours de la fête de Noël, et dans les jours que nous vivons, il n'est pas mauvais de rappeler que Noël, c'est l'espérance qui vient sur la Terre... Ne l'oublions pas... N'oubliez pas non plus qu'un bienfait n'est jamais perdu...

On peut dire qu'il était riche, le père Merleret ! Les champs, les prés, les bois, les fermes, qu'il possédait dans son village du Beaugeois, ne se comptaient plus sur les doigts des deux mains... Il avait même des propriétés en dehors de la paroisse... Crésus à côté de lui faisait figure de pauvre...

Tous les ans, à la saint Michel, les fermiers venaient un à un lui apporter le produit de leur fermage, dans de petits sacs de cuir remplis d'écus qu'ils déversaient sur la grande table. Le père Merleret comptait et recomptait les louis d'or, les empilait devant lui pour mieux les admirer, trouvant que c'était la plus belle chose au monde.

Puis il les serrait dans des sacs ou les entassait dans de grands pots en terre qu'il rangeait soigneusement dans un endroit connu de lui seul. Avec tout cet or, il aurait pu loger dans une somptueuse demeure, un château même, entouré d'un parc dans lequel auraient poussé toutes les plantes qui existent sous le soleil.

Mais non ! Il vivait chichement dans une vieille et méchante masure, la plus laide et la plus sale de tout le village, la plus délabrée aussi. La porte et les volets disjoints grinçaient sur leurs gonds et claquaient au moindre vent, le toit s'était effondré dans un bout, si bien que les jours de grande bourrasque, la maison entière craquait tel un navire pris dans la tempête, et les voisins se demandaient avec une certaine jubilation si la cabane du père Merleret n'allait pas s'envoler pour de bon...

Car notre homme était avare, de la plus vilaine espèce qui existe. Peu lui importait que sa maison prenne l'eau, pourvu que les écus s'entassent dans ses jarres ! Il était hors de question pour lui d'en dépenser ne serait-ce qu'un, fût-ce pour l'amélioration de sa maison... Son plaisir consistait à les contempler tous, et je suis sûr qu'il aurait remarqué l'absence d'un seul louis au seul bruit qu'ils faisaient... Un méchant avare en vérité... Il possédait quelques bêtes faméliques, car elles n'étaient pas mieux loties que leur maître.

Une pauvre fille misérable l'aidait dans les travaux de la maison et aussi de la ferme. Petite et contrefaite, boiteuse de surcroit, elle travaillait néanmoins comme quatre, sans jamais exiger d'être payée convenablement ; il valait mieux car on peut deviner la réaction du vieux grigou... Mais comme elle était orpheline, personne ne risquait de venir se plaindre à son sujet, et le vieux en profitait.

Avait-il un peu d'affection pour elle ? De la reconnaissance ? Même pas, il réservait cela pour son or... Seul le curé de la paroisse avait la permission de venir lui rendre visite, et encore pas souvent. Chaque fois qu'il venait, le bon prêtre lui répétait :

-Père Merleret, vous allez vous damner, c'est moi qui vous le dis ! Que vous servira votre or quand vous vous trouverez devant notre Souverain Juge ? Croyez-moi, si vous voulez vous faire une toute petite place au ciel, ou du moins passer par le purgatoire plutôt que d'aller directement en enfer, vous devez utiliser vos richesses pour faire un peu de bien autour de vous... Un peu de bonté, de charité, vous aiderait sans doute à obtenir votre salut éternel !

Mais le vieil avare n'entendait point ce langage. Donner de son bel or ? Quelle drôle d'idée ! Il le garderait tout pour lui !

Le bon Dieu, qui sait tout et voit tout, connaissait bien le père Merleret évidemment, mais avant de le punir, il voulait lui donner une chance... Il convoqua donc Satan et lui dit :

-Si tu le fais pécher cinq fois, je te donne son âme !

Diable ! Voilà qui est étonnant de la part de quelqu'un qui est miséricorde... Mais le bon Dieu était vraiment très fâché contre le bonhomme... D'autre part, il lui laissait la possibilité de choisir : pécher... ou ne pas pécher... Dieu nous laisse toujours le choix... L'avez-vous remarqué ?... Mais revenons à nos moutons... je veux dire... à notre histoire.

Vous pensez que le diable ne se le fit pas dire deux fois. Il se présenta dans le village du vieux, en ayant bien pris soin de cacher ses pieds de bouc sous une grande houppelande et ses cornes sous un immense chapeau noir. Il laissa sa fourche, dans une meule de foin à l'entrée du village et se présenta à la cure. Il entra par le trou de la serrure... et constata que le bon curé faisait sa sieste journalière. Il enfila une vieille soutane du prêtre et transforma son visage pour lui ressembler. Sa transformation était si parfaite que la vieille servante du curé, croyant le voir, dit :

-Déjà réveillé ? Monsieur le Curé ? Vous n'avez pas dormi longtemps aujourd'hui...

Mais le diable déguisé en curé était déjà chez le père Merleret, qui fut surpris de le voir une nouvelle fois car sa dernière visite datait d'une semaine. Mais comme il ne voulait pas froisser le prêtre, il l'accueillit bien. Satan, qui voulait jouer son rôle parfaitement, prit un air dévot pour dire :

-Dans deux jours, c'est la fête de Noël, jour de la charité... Il va falloir couper les cordons de votre bourse pour faire un peu de bien comme je vous l'ai dit. Comment cela il y a un gros nœud... (le diable faisait les questions et les réponses...) Mais prenez un gros couteau, et coupez-le ! Et rappelez-vous de ce qu'a dit... Notre Seigneur...(Ah ! Que ces mots étaient difficiles à prononcer... ) : qui donne aux pauvres, prête à Dieu ! (ce dernier mot provoqua chez lui une grimace atroce...).

Mais le vieux ne la vit pas. Il n'avait retenu que le mot pauvre... Il répondit :

-Mais, Monsieur le Curé... J'en suis un... Je suis pauvre, moi...

Le curé enfin... le diable, sortit dignement... en se frottant les mains. Et d'un ! Il était certain d'avoir bientôt une âme de plus...

Toute la nuit, la neige tomba dru. Le matin, il neigeait encore et on se demandait quand cette neige allait s'arrêter. La neige est souvent attendue pour Noël. Mais là, il y en avait trop. Le père Merleret pestait car il allait être obligé de rester enfermé. De plus, sa petite servante s'était cassé la jambe en glissant sur le verglas deux jours avant. Il allait devoir s'occuper un peu dans la maison... du moins, faire un minimum s'il voulait manger... et cela ne lui plaisait pas du tout. Il était dans une humeur noire quand deux coups brefs furent frappés à la porte.

C'était l'un de ses fermiers qui avait parcouru près de trois lieues toute la nuit pour venir demander une petite aide à son propriétaire. Sa femme était couchée depuis deux mois, le prix du blé avait baissé, il n'arrivait pas à vendre sa récolte. L'air misérable, tenant maladroitement sa casquette entre ses doigts, regardant par terre, il implorait un petit secours, juste quelque sous, qu'il rembourserait évidemment lorsque les affaires iraient mieux... Le père Merleret explosa :

-Me demander de l'argent ? A moi ? Quelle audace ! Mais je n'ai pas d'argent ! Je n'ai rien à te donner ! Sors d'ici, misérable !

Et sur ces mauvaises paroles il le poussa dehors et claqua violemment la porte. Le diable, qui s'était dissimulé dans un trou de la cheminée, bien au chaud dans la suie et la fumée, ne cachait pas sa joie. Un de plus ! Se dit-il.

Un peu plus tard, il entendit frapper à nouveau. C'était un autre fermier qui venait demander une diminution du prix du fermage car ses affaires n'avaient pas été bonnes à cause du temps.

-Mais ils se sont tous donné le mot ! tonna le père Merleret. Non, rien de rien, je ne baisserai rien ! Dehors !

Le diable jubilait. Et de trois ! Encore deux et il sera à moi !

Vers midi, on frappa encore. C'était une veuve qui venait demander un peu de bois pour réchauffer son petit qui était malade, et un peu de pain pour elle.

-Je n'en ai pas ! rugit le vieux grigou en tapant rageusement du pied.

Et de quatre se dit le diable. Encore un...

Mais le bon Dieu, qui voit tout et entend tout, se rendait compte que le père Merleret se dirigeait tout droit vers les flammes éternelles... Oui mes enfants, il se damnait... Une âme de plus ou de moins, qu'est-ce que cela faisait ?... Mais sa bonté naturelle et sa grande miséricorde ne l'entendaient pas ainsi. Pour lui, dans son troupeau d'âmes, une brebis perdue qu'il fallait aller chercher avait plus de valeur que 99 brebis serrées bien au chaud dans la bergerie. Il décida de donner une dernière chance au mécréant. Il en avait certes eu quatre... Mais il voulait cette fois une vraie chance...

En fin d'après-midi, en ce 24 décembre, alors que le vieux grignotait un croûton de pain rassis avec un morceau de fromage, un vrai réveillon de Noël pour un avare comme lui, il entendit encore deux coups timides à la porte : toc toc...

Il alla ouvrir et se trouva devant une jeune femme tenant quelque chose dans les bras, accompagnée de son mari.

-Par pitié, Monsieur, fit-elle, nous ne connaissons personne chez qui nous mettre à l'abri de la neige et du froid... Mon enfant que voici est fragile et fatigué, nous le sommes aussi. Un coin de votre grange nous suffirait pour la nuit...

Il allait la renvoyer comme les autres, et répondre quelque grossièreté, quand elle découvrit un pan du grand manteau et découvrit ce qu'elle portait. Il vit alors le visage lumineux d'un l'enfant qui lui souriait en tendant ses petits bras. Que se passa-t-il dans la tête du vieux mécréant ? Une grosse larme coula sur sa joue, qu'il essuya d'un revers de manche pour ne pas qu'on la voie. Puis il dit d'une voix bourrue :

-... Dans la grange... oui... si vous voulez... Y a de la paille... vous s' rez au chaud au moins pour la nuit...

-Merci mon bon Monsieur... répondit la jeune mère...

Le père Merleret rentra, tout remué. C'était bien la première fois qu'on l'appelait « mon bon monsieur »... Il se rendit compte aussi que c'était la première fois qu'il faisait une bonne action... La première fois...

Il se rassit à la table et reprit le frugal repas qu'il avait commencé. Puis il se coucha et s'endormit très vite.

Soudain, au moment où minuit sonnait, il lui sembla entendre des chants et de la musique, comme si l'église s'était transportée près de sa maison. Intrigué, il se leva et ouvrit la porte : sa grange était violemment illuminée de l'intérieur. De plus, les chants venaient de là. Il s'approcha, posa sa main sur la clenche et tira le battant à lui. Ce qu'il vit le stupéfia : devant lui, tous les bergers des environs et d'autres encore, appuyés sur leur grand bâton, chantaient des cantiques. Devant eux, il reconnut la femme qui avait frappé à sa porte avec son nouveau-né et à qui il avait permis de se réfugier dans la grange. Un peu en arrière, l'âne remuait ses grandes oreilles et le bœuf ruminait paisiblement. Et au milieu, sur la paille, l'enfant qui lui avait souri et qui lui souriait encore était couché et lui tendait les bras.

-L'enfant Jésus ! s'écria le vieux bonhomme... C'était Lui...

Alors une voix s'éleva et dit :

-Oui, c'était Lui, et tu ne L'as pas refoulé comme les autres... Ce geste de bonté et la larme que tu versas rachètent toutes tes mauvaises actions...

Dès le lendemain, le père Merleret alla se confesser et depuis ce jour, il fait le bien autour de lui chaque fois qu'il le peut. On ne fait plus appel à lui en vain.

Le diable dut rentrer bredouille, une fois encore...

Allez, à plus... Et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté... et pensez qu'une bonne action peut effacer beaucoup de mauvaises...

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 10:56

Eh oui... 6 ans déjà que vous pouvez lire les bonnes histoires de mon blog...

6 ans aujourd'hui, ce qui signifie que ce blog a été créé le 26 novembre 2009.

Comme le temps passe...

Mais où étais-je donc il y a 6 ans... et à quelle occasion ai-je eu l'idée de créer un blog ? ? ?

J'y suis ! Je venais d'arriver en Australie et j'ai voulu vous faire profiter de mes découvertes dans cet immense pays. C'est la raison pour laquelle je l'ai appelé "nouvellesduboutdumonde"... Car je me trouvais au bout du monde... pas exactement aux antipodes de la France puisqu'il est convenu d'admettre que les antipodes de la France se trouvent en Nouvelle-Zélande. Antipodes... pieds opposés... puisque les personnes y habitant étaient supposée marcher "à l'envers", puisque de l'autre côté du globe...

Un point de détail pendant que nous y sommes : la commune de Bouillé-Ménard, département de Maine et Loire, est exactement aux antipodes de l'archipel principal des îles Bounty (dont les révoltés vous sont certainement connus...) qui appartiennent à la Nouvelle Zélande. Fermez le ban...

Je suis (nous sommes serait plus exact...) retourné (s) en Australie en 2011 et mon blog a été une nouvelle fois d'actualité.

Depuis, bien que je ne sois plus aux antipodes.... (et encore, cela dépend de l'endroit où je me trouve... Pour un Néo-Zélandais, et même un Australien, je suis aux antipodes lorsque je me trouve à Angers... ) Donc disais-je, je suis toujours aux antipodes de quelqu'un !

Bref ! J'ai conservé à mon blog son titre, bien que les nouvelles que vous pouvez y lire soient plus "podes" qu'antipodes... et que le bout du monde soit un peu moins loin...

Et cela me donne l'occasion de saluer tous mes lecteurs, et je sais qu'ils sont fort nombreux [certes pas aussi nombreux que ceux du blog de (mettez ici un nom connu...) ] mais je m'en contente, et j'en suis fort aise. Je reçois régulièrement des mails de lecteurs, transmis par over-blog, et qui disent avoir apprécié telle ou telle histoire. C'est pour moi une grande joie..

Il en est de même avec les lecteurs de mes quatorze livres car pour un écrivain, la plus grande satisfaction est d'avoir donné un peu de bonheur à des inconnus qui de ce fait ne le sont plus.

Merci encore. Alors, on repart pour un nouveau bail ? ? ?

Let us go ! comme disent les Aussies... Allons-y comme nous disons plus simplement...

Et... à plus !

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 16:57

Mon 14è livre (et premier roman) est paru (" Le candidat au Certif "). On peut le trouver dans les meilleures librairies (et même les autres...). Je vous rappelle que ce livre raconte la vie d'un instituteur pendant l'année scolaire 1956-1957, dans une classe unique de la campagne mayennaise. C'est un document qui fait revivre une école qui n'existe plus...

Pour vous mettre en appétit, voici un chapitre, qui raconte la rentrée des classes. Et si vous désirez en savoir plus, vous pouvez toujours vous le procurer.

En attendant, bonne lecture !...

Le lundi matin, Bernard se réveilla un peu avant 7 heures. Les yeux embrumés de sommeil, il ouvrit la fenêtre. Il faisait encore nuit et un air frais dans lequel se mélangeaient les acres parfums de l'automne lui fouetta la figure. Il humait l'haleine forte de la terre fraîchement labourée, l'odeur douceâtre des feuilles mortes qui pourrissaient au pieds des arbres, les effluves odorants des pommes cachées dans les hautes herbes. Une brume légère flottait, enveloppant le paysage de son manteau ouaté. Tout respirait le calme et la paix... La cloche de l'église toute proche sonna l'angélus.

Mais à cette vue paisible de la campagne mayennaise, son cœur se serra : et s'il n'était pas à la hauteur de sa tâche ? Dans moins de deux heures il se trouverait confronté à ses élèves dont il ne connaissait rien. Comment se comporterait-il ? Saurait-il donner à ces jeunes l'instruction indispensable qui leur permettra d'affronter les difficultés de la vie ? Et les parents qui comptaient sur lui, seraient-ils satisfaits ?

Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête ; l'ampleur et la responsabilité de sa tâche lui apparurent soudain. Jusqu'à présent, le métier d'instituteur lui avait semblé lointain, comme désincarné. Mais là, il allait se matérialiser. Le trac le prit soudain, subit, violent. Il se mit à frissonner de tous ses membres. Il devait se ressaisir. Il serra les poings et pensa à la phrase latine reprise par Châteaubriand dans ses « Mémoires d'outre-tombe » : « Macte animo, generose puer ! » (courage noble enfant !) et cette évocation le fit sourire malgré lui ; il se détendit, respira bien fort et retrouva son calme.

Pour se distraire, il alluma son poste de radio. Des flots de musique s'en échappèrent. C'était l'heure de l'émission de Pierre-Marcel Ondher sur Radio France. Présentateur de musique légère, de genre et de divertissement, PMO comme on l'appelait offrait aux oreilles matinales de la musique récréative. On pouvait y entendre des orchestres comme ceux de Jacques Hélian, Roger Roger, ainsi que la musique de Leroy Anderson et son fameux « Promenade en traîneau ». Dans un genre légèrement différent, Leroy Anderson avait enflammé la France entière en 1952 avec son célèbre « Tango bleu ». Voilà de la belle musique comme Bernard aimait en entendre !

Il avait retrouvé son optimisme naturel et accompagnait les airs qu'ils connaissait en sifflotant.

Il pensa qu'un solide petit déjeuner était indispensable. Il se prépara du café avec un peu de chicorée, comme sa mère le faisait. Il mangeait des biscuits BN, car il ne fallait pas compter avoir du pain frais. Il avait donc opté pour cette solution : des biscuits qu'il achetait par cartons entiers. De plus, il aimait cela ! Pourquoi s'en priver ? L'appétit n'était pas très grand, mais il se força un peu : il lui faudrait tenir jusqu'à midi... Avant de quitter sa chambre, il lança avec détermination et un brin de défi : « Saint-Rémy-sur-Vergogne, à nous deux ! »

A 8 h, il était dans sa classe pour une rentrée prévue à 9 h. Il était un peu fébrile mais qui ne le serait pas dans sa situation ?

Plutôt qu'un discours ennuyeux sur les vertus de l'école, dans le genre : « Vous travaillez pour votre avenir ! »... qui tomberait sur les têtes blondes comme la grêle sur les blés, il préféra inscrire au tableau la maxime suivante : « Toutes les fleurs de demain sont dans les semences d'aujourd'hui ». Cette phrase mystérieuse exciterait peut-être leur curiosité et faciliterait certainement les échanges.

Vers 8 h 30 des bruits se firent entendre sur la cour. Il se présenta : amenés par leurs parents, deux nouveaux élèves qu'il inscrivit soigneusement... Ses deux premiers élèves !

Les arrivées se firent plus rapprochées. Les anciens restaient jouer dans la cour dans un joyeux désordre. A 9 h, il fit mettre en rangs par deux. Debout, les bras croisés, l'air sévère, il toisa longuement ses élèves jusqu'à ce que le silence se fît. Dans les derniers rangs, un ancien tira la manche de son voisin en ricanant bêtement. Bernard le fusilla du regard et l'indocile se figea immédiatement dans une immobilité attentive et respectueuse. Il devait leur en imposer dès le début afin de s'éviter des déboires futurs. Les quelques parents encore présents hochèrent la tête dans un geste d'approbation. Voilà un maître énergique qui savait se faire respecter et avait obtenu le silence sans prononcer un mot.

Il n'avait pas oublié les conseils de son collègue Georges...

L'entrée en classe se fit en silence. Il leur demanda de s'asseoir comme ils le désiraient. Les places définitives seraient déterminées plus tard.

Assis à son bureau, il se livra à un calcul rapide tout en jetant un œil sur ses élèves, qui se tenaient immobiles, les bras croisés. Il avait fait enlever l'estrade trop encombrante et se trouvait à leur niveau. Il avait certes une vue moins globale de la classe, mais de toutes façons, pensa-t-il, je ne serai pas souvent assis à mon bureau.

Il n'avait certes pas 40 élèves... mais 32, ce qui représente un bon nombre. Une première répartition lui donna les effectifs suivants : 5 SE, 5 CP, 4 CE1, 3 CE2, 4 CM1, 4 CM2, 2 FE1, 5 FE2 (candidats au CEP), soit 32 élèves. Certaines tables étaient inoccupées. Il pensa qu'il faudrait les enlever pour avoir plus de place.

Il posa son crayon, souffla un peu et pensa : « C'est le moment ! »... Puis il dit posément :

-Lisez la phrase inscrite au tableau et dites-moi ce que vous comprenez.

Il sentit chez ses élèves une grande concentration, mis à part les plus petits pour qui elle ressemblait à du tchécoslovaque... Mais les rares élèves qui répondirent pensaient qu'on allait parler de botanique... Il dut leur expliquer que tout ce qu'ils apprendraient leur servirait plus tard. Tel le jardinier qui arrose un massif dans lequel il a semé des graines mais où aucune fleur ne se voit encore... Celles qui jailliront de la terre au printemps se trouvaient bien dans les semences de l'automne ! Quelques visages s'éclaircirent : ils semblaient avoir compris.

-Eh bien, fit-il, ceux qui ont compris expliqueront aux autres... et nous en reparlerons demain. Et maintenant, nous allons composer notre classe si vous le voulez bien !

Avec l'aide des élèves, il détermina les nouveaux cours. Les tables en trop furent rangées dans un réduit situé entre la maison et la remise à bois. « On verra par la suite s'ils se sont trompés ! Pour le moment, je suis bien obligé de procéder ainsi ! ».

Comme il l'avait envisagé, il disposa des groupes afin de pouvoir donner son cours sans trop gêner les autres. Outre un grand tableau devant, la classe en possédait deux autres fixés aux murs : en entrant, l'un sur le mur de droite, l'autre sur celui de gauche. Un tableau pivotant sur pied complétait l'ensemble.

Les SE-CP sur deux rangées de 3 tables regardaient le côté droit, les CP devant bien entendu. Les CE étaient orientés vers la gauche. Les CM et CFE se trouvaient au milieu, dirigés vers l'avant. Il avait placé les tables deux par deux l'une en face de l'autre.

-Il est inutile pensa-t-il que tous regardent vers l'avant, mais ils peuvent le faire en se tournant un peu si besoin est. Nous verrons bien ce que cette disposition donnera à l'usage. Il se peut que je l'adapte... ou la change complètement... Pour le moment, nous pouvons commencer !

Soigneusement répartis dans la classe, les élèves étaient désormais prêts à travailler... Il pensa que le moment était venu de remplir les godets... Il sortit la bouteille de son coin et à sa vue l'un des grands s'écria :

-M' sieu, c'est moi que je remplissais les encriers l'année dernière !

En l'entendant, Bernard mesura tout le travail à accomplir.

Il crut bon de corriger :

-C'est moi qui remplissais les encriers...

Le garçon le regarda bizarrement et eut un geste pour se désigner. Bernard comprit qu'il se méprenait et rectifia :

-On dit : c'est moi qui remplissais... et non c'est moi que je remplissais... Bon. Eh bien, vas-y, mais surtout ne t'avise pas à verser l'encre par terre, car tu aurais affaire à moi !

Il avait prononcé ces mots d'une voix sévère et l'enfant répondit peureusement :

-Oh ! Non, M' sieu, j'ai l'habitude...

Pendant que le garçon versait le liquide violet, il avait empilé les livres sur le bureau ainsi que des cahiers trouvés sur les étagères. Il les distribua selon les cours et décida de s'occuper en priorité des élèves de CP. Aux autres, il donna quelques exercices à faire, extraits du livre unique de français de Dumas. Ce livre renfermait tout ce qui concernait l'enseignement de la langue française à l'école primaire : grammaire, conjugaison, lecture, vocabulaire, orthographe, élocution, composition française. Il était considéré par les utilisateurs comme la bible de l'enseignement du français de l'époque. Certes, les exemplaires dont disposait Bernard étaient défraîchis et dataient un peu. Mais ils constituaient une base de travail fort intéressante. « Ces exercices, pensa-t-il, me permettront de jauger leurs connaissances et vérifier s'ils sont bien dans le cours approprié ! »

Il posa également au tableau quelques opérations plus ou moins difficiles selon les cours.

-Voilà pour vous occuper leur lança-t-il. Et si vous le désirez, vous pouvez dessiner. Les murs de notre classe auraient bien besoin d'être ravivés par des couleurs fraîches. Alors, n'hésitez pas !

Le verseur avait terminé et reposé la bouteille à sa place. Les dos se penchèrent sur les tables et l'on entendit le cra-cra léger des plumes grattant le papier. Tous étant occupés, il ouvrit le livre « la méthode Boscher » et commença la leçon de lecture pour les CP.

Peu à peu la classe se mettait au travail. Il allait d'un groupe à l'autre, conseillant les uns, corrigeant les autres. Il ne vit pas passer la matinée. L'après-midi il introduisit la géographie, les sciences et surtout l'Histoire qui était sa matière de prédilection. Il la racontait d'une façon attrayante et sentait les élèves captivés, même ceux à qui la leçon ne s'adressait pas.

Quand les élèvent partirent à 5 heures et qu'il se retrouva seul dans la classe, il s'assit au bureau et resta pensif quelques instants.

- Allons, se dit-il, cela ne s'est pas trop mal passé pour un débutant ! Je vois un peu mieux ce qu'il faut faire. Il faut un peu plus de matériel pour travailler, j'en parlerai au maire. Mais d'abord, une priorité absolue : un vélomoteur ! La marche à pied est certes très agréable, mais je perds trop de temps en déplacements. En attendant, préparons la journée de demain !

Le lendemain, il pensait que la journée se déroulerait aussi bien. Hélas ! Il avait péché par optimisme, croyant naïvement que tout irait de la meilleure façon qui soit. L'enseignement est un art difficile ; quand on croit l'appréhender, il se dérobe... Et l'expérience de notre novice se mesurait à la journée : une !... Le mercredi ne fut pas meilleur. Certes, il géra à peu près les différentes leçons. Mais il avait en face de lui des élèves absents, distraits, voire dissipés... Rien ne semblait les intéresser. Était-ce déjà de la lassitude ou une habitude contractée au cours des années passées ? Nous n'étions qu'en début d'année... Cela promettait des jours difficiles... Il remarqua particulièrement parmi les CE 2 un élève très dissipé. Après une première journée où il s'était tenu tranquille, ne connaissant pas le nouveau maître, il laissait désormais libre cours à son tempérament dissipé et espiègle. Il s'appelait Ernest Gaillard. Dans la liste des conseillers municipaux que lui avait confiée le maire, figurait un Gaillard.

-Ce doit être son fils... Eh bien mon gaillard... se dit-il, il va falloir que ça change ! Sans doute croit-il avoir l'immunité... municipale !

Toujours est-il que le soir, il était complètement découragé. Le repos du jeudi tombait à pic !

-Espérons que je verrai plus clair vendredi ! Demain une journée bien remplie m'attend... Il va falloir me procurer les livres dont Georges m'a parlé...

Allez, à plus !

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 16:37

C'est décidé : je change de nom ! J'en ai assez qu'on me demande sans cesse, quand je donne mon nom :

-Nédellec : comment ça s'écrit ?

Comme s'il s'agissait d'un nom kalmouk ou tchécoslovaque... Alors, j'épelle soigneusement mon nom, mais parfois on me dit :

-Vous allez trop vite !

Ou bien on me demande de préciser :

-N...E...D...E...L...E K...?

-Non ! D'abord il y a deux L, ensuite à la fin c'est un C, comme Corentin !

-Comme quoi ?... Corentin avec un e ou un a ?

-On s'en f... peu importe : Corentin, qui commence par un C...

-Ah ! Corentin avec un e... Il fallait le dire tout de suite...

Et c'est chaque fois la même chose. Aussi, j'ai décidé de m'appeler... Dupont ! Là au moins, on ne me demandera pas comment cela s'écrit... du moins, je l'espère.

Dernièrement j'ai changé d'opérateur Internet et j'ai donné mon nouveau nom...

Mais là encore on m'a dit :

-Dupont... avec un t ou avec un d ?...

Mais l'orthographe a été rapidement établie. J'étais content de moi. L'ennui, c'est que depuis ce jour, je n'ai plus Internet... Le nouveau fournisseur d'accès internet ne connaissait ni Dupont ni Dupond... L'ancien, oui... mais cela ne servait à rien puisque je l'avais supprimé...

Comme disait un philosophe peu connu : « La vie est un tissu de coups de poignards qu'il faut boire goutte à goutte... »

C'est bien vrai, ça ! ! !

Allez, à plus...

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 17:20

Voici une histoire que vous pouvez lire dans mon livre "Anjou, les histoires extraordinaires de mon grand-père"

Les deux frères Hallebaud étaient nés dans les vignobles du Layon où leurs parents étaient vignerons. A la mort de leurs parents, l'aîné, Pierre, que tous appelaient Pelaud, avait repris la succession de l'exploitation, qu'il dirigeait de main de maître, ayant été à bonne école sous la direction de son père, un maître vigneron, réputé dans tout le Layon. Son frère cadet, Auguste, que tous appelaient Dudu, était parti travailler à Nantes, où il exerçait le métier d'employé du gaz. C'est lui qui venait relever les compteurs chez les clients. Cela l'occupait grandement, et il était satisfait de son travail ; mais l'air pur de la campagne angevine lui manquait.

Comme il n'était pas très loin, il n'aurait raté pour rien au monde la séance de dégustation qui suivait les vendanges. Bien que le cadet eût quitté les vignobles, il avait la réputation d'avoir un nez, et surtout un palais, dignes de son frère et des meilleurs œnologues. C'est pourquoi l'aîné ne voulait personne d'autre que son cadet pour cette séance d'appréciation de la nouvelle récolte. Elle était considérée comme l'examen de passage du vin qui avait été mis en barriques. Passage dans les bouteilles, puis chez les commerçants et ensuite sur les tables des particuliers. La qualité d'un vin déterminait son prix, c'est dire si la chose était d'importance.

Il prenait donc le train à Nantes et son frère venait le chercher à la gare d'Angers. Comme d'habitude dans ces cas, il était curieux de tester les qualités gustatives du vin. On commençait par un bon repas pris en famille, sans abuser du divin breuvage car il fallait réserver pour la suite un palais, non pas vierge... mais capable de goûter et d'apprécier.

Puis les deux frères se dirigeaient vers la cave où s'alignaient dans un ordre parfait, presque militaire, des rangées impressionnantes de tonneaux. Le travail des deux frères consistait à classer chaque fût d'après la qualité de son contenu.

Travail d'initiés, de spécialistes, de fines bouches ou plutôt de fins gosiers, bref, un art qui n'était pas à la portée du premier venu !

Pour bien comparer chaque fût, il faut évidemment goûter, déguster, revenir parfois en arrière en cas de doute, car les nuances entre chaque tonneau sont si subtiles qu'elles demandent un second... voire un troisième passage dans le gosier... Lorsque le contenu d'une barrique est bien déterminé, une inscription à la craie sur le fût indique son classement et sa catégorie.

Bien entendu, il ne s'agit pas de s'enfiler des grands verres ! Une toute petite chinchée de chaque fût suffit à de tels spécialistes. Habituellement, après avoir goûté le vin, on le recrache dans un récipient idoine car il faut garder la tête froide. Mais quand il est bon, et c'est le cas ici, on éprouve quelques scrupules à ne pas sentir cet élixir glisser doucement dans le gosier... Ce serait un péché de perdre une si bonne marchandise. Alors, on l'avale avec beaucoup de plaisir à petites gorgées, on le sirote, on le déguste... Et cette opération se renouvelle des fois et des fois pendant l'après-midi. A force d'avaler de petites chinchées, ça en fait des verres !... Ils ont peut-être l'habitude, mais ils sentent une douce euphorie s'emparer d'eux.

Au bout de quelques heures, le classement est enfin terminé, les meilleures barriques sont bien notées. Alors, pour se récompenser d'avoir si bien travaillé, nos deux frères reviennent vers ces barriques prestigieuses afin de faire une ultime vérification... et cette fois ils y vont à pleins verres, car il ne s'agit plus de tester, mais d'apprécier...

Tout d'un coup, Dudu sort sa montre de son gousset et dit :

-Sapristi ! Le temps passe vite ici ! Pelaud, i va êt' temps que tu m' reconduises à la gare si je n' veux pas rater mon train !

-Eh ben ! Allons-y ! J' t' emmène ! Suis-moi !

Les deux frères sortent de la cave, et au grand jour on peut admirer leur air réjoui, leur trogne enluminée. Ils en ont bu autant qu'ils le pouvaient sans perdre l'équilibre, mais leur démarche est chaloupée, ébrieuse... Pelaud sort la voiture du garage. Au passage, il l' accroche un peu à la porte... mais elle sort quand même... Et les voilà embarqués.

-Faut pas lambiner, dit l'aîné, on a juste le temps pour le train !

Sur la route, la voiture fait quelques embardées, mais il n'y a personne en face, et c'est tant mieux. A cette époque, on pouvait prendre le volant dans ces conditions... car si le chauffeur avait dû souffler dans le ballon, il l'aurait vraisemblablement fait exploser !

Soudain, dans un virage plus prononcé, Pelaud manque son coup et en moins de temps qu'il faut pour l'écrire, la voiture se renverse dans le fossé et finit sa course sur le toit. Les deux frères se retrouvent cul par dessus tête, tout étourdis !

Reprenant ses esprits, Pelaud sort en rampant de la voiture et cherche son frère.

-Dudu ! Où c'est-ti que t'es coulé ? M'entends-tu ? Réponds-moi donc !

Mais, personne ne répond. Il remonte sur la route et regarde dans le fossé, puis dans les haies des deux côtés de la route : personne !

-Mon Dieu ! Éyou don qu'il est parti ?

Enfin, il trouve son frère encore abasourdi, se demandant ce qui lui arrivait. Il avait été éjecté de la voiture et avait atterri dans un roncier. Pelaud s'approche, se penche vers lui et dit :

-Dudu ! Dudu ! Réponds-moué ! Dudu, es-tu mort ?

Au bout de quelque secondes, Dudu il articula faiblement :

-Non !...

-Ah ! Merci mon Dieu ! J'avais grand peur que tu me dises oui !...

Allez, à plus...

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 10:53

Vous ai-je déjà conté cette histoire écrite dans mes débuts ?...

Dans le doute, la voici... ou ... la re voici...

A tous ceux qui connaissent ou ne connaissent pas la théorie des quanta

Je m'étais éclipsé "à l'anglaise", comme disent les Français. C'est inouï, pensais-je en descendant les escaliers, certains ne veulent pas admettre l'opinion des autres et sont réfractaires à toute forme d'humour. Il faut dire qu'en la circonstance, il s'agissait d'un humour grinçant, voire agressif. On aurait voulu régler des comptes que je n'en serais pas surpris.

C'était vrai, et pourtant cette soirée chez le Président Lepetit-Poussais, président à mortier du Parlement de La Membrolle sur Longuenée avait commencé sous les meilleurs auspices. Malheureusement, la discussion avait dégénéré, ce qui avait provoqué mon départ, et l'on pouvait craindre qu'elle ne se terminât dans les meilleurs hospices tant les insultes et horions volaient bas juste avant que je ne quittasse la pièce. Mais j'aurais dû penser que la président à mortier avait la tête près du bonnet...

Il était féru de mathématiques et de sciences. Ses parents ayant contrarié cette vocation en l'obligeant à entrer dans la magistrature, il faisait de cet amour des mathématiques plus qu’un violon d'Ingres, disons une contrebasse d’Ingres… Il ne ratait aucune occasion d'exposer son érudition à la face des personnalités qui avaient la chance, ou la malchance d'être ses hôtes. C'est la raison pour laquelle il donnait souvent des dîners, où n'étaient invitées que des personnages importants. Etant le maître de maison, personne n'osait le contredire trop ouvertement. Il prenait la direction de la conversation au début du repas et la gardait jusqu'à la fin. Malgré cet inconvénient rédhibitoire, les convives ne boudaient pas les dîners de Monsieur le Président à mortier car la cuisine était exquise.

Ce soir-là, il s'était lancé dans une tirade d'une rare intensité. Il était question de physique quantique, de mécanique quantique, sujet passionnant s'il en est. Les invités écoutaient poliment (comment faire autrement ?) en dégustant un vol-au-vent financière, à moins que ce ne soit un vol-au-vent à la Beaujon... je ne me souviens plus...

Me tournant vers mon voisin de droite, je lui murmurai :

- « Il est disert !

- Déjà ? répondit-il tout haut en regardant sa montre. Il va falloir que j'y aille.

- Non, je ne vous donne pas l'heure. Je vous dis qu'il est disert, répliquai-je dans un souffle en désignant le président qui continuait ses explications à l'assemblée.

- Ah ? Lui aussi a rendez-vous à dix heures ?

- Asseyez-vous donc, fis-je sèchement, il va perdre le fil.

- Le fil ? Quel fil ? répondit-il stupidement.

D'où sortait donc cet olibrius ? Par quel miracle avait-il été invité au dîner de Monsieur le Président ? Il ne pouvait y avoir qu'une explication : ce devait être un camarade de régiment.

Mais le président n'entendait que le son de sa voix et se gargarisait manifestement avec le mot "quantique" qu'il s'appliquait à prononcer "couantique" d'un air supérieur. Il en avait plein la bouche et remuait légèrement la tête pour déguster toutes les lettres de ce mot délectable. Un léger agacement commençait à se manifester dans l'assistance. Le ferraillement des fourchettes s’était tu, les assiettes étaient vides.

Le Vice-Consul du Patatragua murmura à l'oreille de son voisin :

- Je préfère le Cantique des Cantiques ! en imitant la voix du président.

Celui-ci, qui avait l'ouïe fine, l'entendit. Il s'arrêta net et fusillant l'intrus du regard :

- La théorie des quanta ne vous intéresse donc pas ? C'est pourtant la base de la physique moderne. Monsieur n'aime pas Planck ?

Le Vice-Consul devait être très agacé. Pourtant un diplomate doit toujours rester maître de lui. Sans doute assistait-il souvent à de tels dîners. La coupe devait être pleine. Il répondit suavement :

- Je conçois que vous aimiez Planck... Ce mot doit éveiller chez vous des sonorités familières. Quant à moi…

- Que voulez-vous dire par là ? fit le président surpris et vaguement inquiet.

- Je veux dire, continua le Vice-Consul de la même voix douce, que les quanta ne me passionnent pas particulièrement. Mais pour vous, je comprends que le nom de Planck doit vous rappeler de vieux souvenirs. Cela dit, vous ne l'écriviez vraisemblablement pas ainsi à l'époque !

Le président avait pâli. Chacun savait en effet que durant la dernière guerre, le président, jeune sous-lieutenant, avait fait jouer ses relations pour être nommé responsable d'un magasin d'habillement, loin du front, loin du danger. Là, hors d'atteinte des balles, à l'exception de celles de tennis ou de ping-pong, il coulait des jours heureux, rentrant souvent chez lui afin de faire admirer son galon doré qui doubla rapidement, par le miracle du piston, puis tripla, et la fin de la guerre vit le capitaine Lepetit-Poussais rentrer au bercail, resplendissant de santé, ce qui était loin d'être le cas de ceux qui avaient la chance de revenir. Il arborait de plus la médaille des blessés car il s’était foulé le poignet au tennis.

C'est peu de temps après qu'on commença à jaser sur la façon dont il avait passé les mois d'épreuves, et qu'on associa son magasin d'habillement à une planque. On l'appela un temps "le planqué", les années passèrent, il gravit les échelons de la magistrature, on semblait avoir oublié "le planqué".

Pas tout le monde apparemment ! Le Vice-Consul réveillait là une plaie mal refermée. Le président avait-il éprouvé quelque remords ? On peut en douter. Il pensait avoir agi au mieux de ses intérêts, comme d'habitude. Pourquoi l'en blâmerait-on ? Les autres auraient bien pu en faire autant s'ils trouvaient cette situation si enviable ! Sa position était maintenant bien assise, il faisait partie des notables. Mais le rappel de cette maladresse d'un jeune sous-lieutenant à un respectable et moins jeune président à mortier lui fit perdre toute contenance. Suffoquant d'indignation et rouge de colère, il éructa :

- Monsieur, je ne vous permets pas....

Il ne trouvait plus ses mots, il bafouillait, lui qui laissait tomber son érudition en ondée bienfaisante il n’y avait pas deux minutes. Il est vrai que le sujet lui était moins familier.

- Je ne vous permets pas de mettre en doute l'honneur d'un homme !

- Comment mettre en doute quelque chose dont on n'est pas tout à fait sûr de l'existence !… laissa tomber le Vice-Consul d'une voix glaciale. »

Des cris de fureur lui répondirent. L'assistance s'était partagée en deux clans dressés l'un contre l'autre. En voulant lever le bras afin de réclamer un peu plus de dignité, le comte Ladessu-et-Boileau donna involontairement un coup de coude dans la mâchoire du général sud-américain Ramasstonbazar. Ce dernier cria à l'agression et tomba sur le comte à coups de poings, imité par d'autres invités qui se jetèrent sur leurs voisins qui à coups de canne, qui à coups de parapluie.

Le président trépignait de rage. Il écumait, bredouillant des mots sans suite parmi lesquels des oreilles averties affirmèrent plus tard avoir reconnu "Planck" ou "planque", et surtout "couantique". Le bel ordonnancement du repas était bouleversé. Les chaises gisaient entre des serviettes froissées, des couverts en argent, la rosette d'officier des Palmes Académiques que l'inspecteur d'Académie avait dû perdre dans la lutte, trois chaussures, un porte-cigarette en ivoire et une dent en or.

Des insultes fusaient, qui auraient eu leur place dans un corps de garde. On ne savait plus qui était pour qui, on se tapait dessus au jugé, pour entretenir l'ambiance.

Le président, assis dans un fauteuil, le col de la chemise défait, semblait défaillir. On lui apporta un verre d'eau.

La mêlée était confuse, c'est le moment que je choisis pour me retirer en passant par l'escalier de service afin qu'on ne me vît point.

Le lendemain, la première page de "L'Echo de la Membrolle", barrée de noir, annonçait le décès du président Lepetit-Poussais, héros de la guerre, victime d'une crise cardiaque lors d'un repas entre amis à son domicile.

Allez, à plus...

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 17:10

Et si je laissait s'épanouir ma verve poétique ? ? ?

Chiche :

Eh bien, vous l'aurez voulu !

Dès le moment où nous nous vîmes,

Il est certain que nous nous plûmes...

Pourtant cela n'est pas un crime :

A aucun moment nous le crûmes.

Mais c'est le plaisir que nous prîmes,

Dès que nous nous en aperçûmes,

Qui fait que nous nous écrivîmes,

Ayant soin de prendre la plume.

Toutes les démarches que nous fîmes,

Et tous les endroits où nous fûmes,

Nous donnèrent un plaisir infime...

Mais je sens que je vous enfume...

Ah ! fallait-il que je vous plusse,

Fallait-il que vous me plussiez,

Sans que jamais je ne le susse

Pas plus que vous ne le sussiez.

Vouliez-vous donc que je vous crusse ?

J'aimerais que vous le pussiez.

Car pour que je m'en aperçusse,

Il faudrait que vous voulussiez !

Il fallait bien que je vous visse,

De même que vous me vissiez,

Afin que je vous écrivisse,

Convenablement comme il sied !

Vous aimeriez que je vous disse

Les discours que vous appréciez,

Afin que ces mots vous surprissent,

Ou même que vous en rissiez !

Car je devine que vous rîtes

A ces quelques mots que vous lûtes.

Vous n'y trouviez aucun mérite :

Mieux vaudrait jouer de la flûte !

Mais je termine ma harangue,

Je voudrais bien me reposer :

J'ai assez trituré la langue...

Je vais cesser d'élucubrer...

Allez, à plus...

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:47

… ou si vous préférez : il était une fois... un homme qui se prenait pour un alchimiste et recherchait la transmutation du plomb en or. Comme il n'y arrivait pas, il signa un pacte avec le diable. Nous étions le 5 octobre de l'an de grâce 1573. Comme cela se pratiquait déjà couramment, il s'agissait d'un bail 3-6-9, c'est à dire pour 3 ans, reconductible deux fois pour arriver à 9 ans, date à laquelle il prenait fin. Au bout de ces 9 ans, jour pour jour, au terme du contrat, le signataire s'engageait à donner son âme au diable.

L'alchimiste signa avec son sang et les deux personnages se séparèrent satisfaits. La première année, le diable lui accorda le secret de l'or et il devint très riche. Au bout de 3 ans, il aurait pu résilier le bail mais le diable, malin, lui offrit le secret de la puissance. Il devint alors une personnalité très importante. Au bout de 6 ans, l'alchimiste pouvait encore résilier la bail mais le diable lui donna le secret de jouvence : l'homme cessa de vieillir et resta jeune. Il avait ainsi les trois choses que l'on désire le plus... enfin certains : la richesse, la puissance, la jeunesse.

Les années passèrent ainsi et arriva la 9è année. Le 4 octobre, dans la soirée, le diable se présenta à celui qu'il comptait ramener avec lui dans les enfers. Des laquais en livrées cousues d'or vinrent lui ouvrir, il pénétra dans un fastueux palais et on le dirigea vers une salle somptueuse au milieu de laquelle une table était dressée, recouverte des mets les plus succulents et des vins les plus fins, mais avec seulement deux couverts.

-Je m'aperçois, fit le diable, que tu veux quitter ce monde en pleine allégresse...

-Ce n'est pas exactement cela... Mais prenez place, je vous attendais, messire Satan. Je vous prie de bien vouloir accepter de souper avec moi.

Il était 10 heures du soir, le diable pensa qu'il y avait encore deux bonnes heures avant le moment fatidique. De plus, la perspective d'un bon repas n'était pas pour lui déplaire. On peut être diable mais aussi aimer la bonne chère !...

Il s'assit donc et les deux hommes commencèrent à festoyer. Mais de temps en temps le regard du diable se portait vers la grande pendule qui égrenait les heures. Son plaisir de goûter des plats savoureux ne l'empêchait pas d'imaginer le bonheur qui l'attendait quand l'âme de ce chrétien serait sienne.

Les deux heures s'écoulèrent et enfin les aiguilles marquèrent minuit moins deux minutes. N'y tenant plus, le diable s'exclama :

-Mon cher ami, tout cela est bel et bon... mais il faut maintenant songer à venir avec moi ! Dans deux minutes, nous serons au jour suivant. Il nous faut respecter ce qui a été conclu !

-Ce qui signifie ? Demanda l'alchimiste.

-Ce qui signifie clairement que le 5 octobre 1573 tu as signé un contrat avec moi, par lequel tu me donnerais ton âme 9 ans après jour pour jour. Ce qui est dit est dit, personne ne peut aller contre.

-Quand devrais-je vous donner mon âme, messire Satan ?

-Le 5 octobre, c'est à dire dans... une minute et trente secondes...

-Êtes-vous donc si pressé ?

-Le pacte mentionne le 5 octobre et non un autre jour... donc... dans une minute.

-Vous avez bien dit le 5 octobre ?

-Oui, je dis et répète, le 5 octobre exactement... Pas le 4, ni le 6, mais le 5 ! Et nous y sommes !

-Un moment s'il vous plait, messire Satan.

L'alchimiste saisit une sonnette qui se trouvait sur la table, l'agita et deux moines encapuchonnés entrèrent dans la pièce.

-Que viennent faire ici ces deux moines ? Ils ne peuvent rien à ce qui a été signé ! Tu es perdu !

Les douze coups de minuit retentirent alors dans un silence de mort et le diable continua :

-Voilà, c'est l'heure : nous sommes maintenant le 5 octobre, ton âme m'appartient !

-Vous vous trompez, messire Satan. Demandez donc à ces moines, ils doivent dire la vérité. Si nous sommes le 5 octobre, je consens à vous laisser mon âme.

-Eh bien, demanda Satan, dites-moi donc quel jour nous sommes ?

-Aujourd'hui nous sommes le 15 octobre de l'an de grâce 1582, par décision de sa Sainteté le pape Grégoire XIII, qui vient de réformer le calendrier Julien. Dans tous les états catholiques du monde, c'est à dire partout, nous sommes bien le 15 octobre !

-Vous le jurez ? Demanda Satan très pâle, ce qui pour un diable est assez rare...

-Nous le jurons devant Dieu ! Répondirent les deux moines.

Le diable disparut alors dans un grand tourbillon de flammes et de fumée et on ne revit plus...

(C'était parfaitement exact : pour rattraper les 10 jours que le Temps avait perdu par rapport au calendrier de Jules César, le pape Grégoire XIII décida que du 4 octobre 1582 on passerait directement au 15 octobre ! Il n'y a donc pas eu de 5 octobre 1582, pas plus que de 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14... Et depuis nous vivons avec le calendrier grégorien, sans que vous le sussiez sans doute... Heureusement, je suis là pour vous le rappeler ! Que feriez-vous sans moi...)

Allez, à plus !

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Published by Gerard Nedellec
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