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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 14:46

 

La récente proposition du ministre de l'Education Nationale de supprimer les notes à l'école rajeunit d'un seul coup le vieux retraité que je suis...

Au cours de ma longue carrière, j'ai connu des suppressions en tous genres...

Tiens ! Par exemple... Un arrêté du 23 novembre 1956 réaménageait les horaires des écoles primaires. J'étais jeune, frais et pas encore moulu... et vous pensez si je m'en souviens ! Cette décision a fait un certain bruit... Il était expressément dit que les devoirs seraient prévus et effectués pendant le temps scolaire. La circulaire du 23 novembre supprimait sans équivoque les devoirs à la maison...

Il était écrit :

« Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l’enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application stricte. Libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisément le temps nécessaire à l’étude des leçons. » Fermez le ban ! ! !

On aura compris : la suppression des devoirs à la maison ne dispensait pas de l'étude des leçons. Pas de devoirs, mais des leçons ! La grande question était la suivante : qu'est-ce qui diffère un devoir d'une leçon ?... Au cours des années suivantes, bien des instituteurs jongleront avec cette notion indécise et continueront à donner le soir des devoirs déguisés en leçons, avec la bénédiction des parents...

C'est vrai, quand on a bien travaillé toute la journée, quel besoin de donner encore des devoirs à faire à la maison ? Quel travailleur rapporte du travail chez lui en rentrant le soir ? Le peintre ramène-t-il une porte qu'il n'a pas fini de peindre ? Le mécanicien emporte-t-il une voiture à réparer ? Le mineur emmène-t-il son filon pour terminer l'abattage ? ? ? Le juge d'instruction prend-il chez lui l'inculpé dont il n'a pas fini l'interrogatoire ? Un paysan amène-t-il son champ dans sa maison le soir? Je vous le demande !


En ce qui concerne les notes... Je ne me souviens plus de l'année, mais un beau jour on a décidé de les remplacer par des lettres : A, B, C. A c'était bon ; B, c'était moyen ; C, c'était mauvais... enfin... insuffisant...

Et puis un autre jour, on a pensé que ce n'était pas assez précis. Alors, on a joué les prolongation : D... E... Là, vous aviez très bien pour A, bien pour B, moyen pour C, moyen-moyen pour D, et mauvais pour E...

Et puis il y a eu A+ pour très très bien, et A- pour bien seulement... Et la suite à l'avenant...

Et puis on a dit que A+ correspondait en gros à 20 et 19 (sur 20) ; A-, c'était 17 et 18 ; B+ correspondait à 15 et 16 ; B-, 13 et 14 ; C+, 11 et 12 ; C-, 9 et 10 ; D+, 7 et 8 ; D-, 5 et 6 ; E+, 3 et 4 ; E-, 1 et 2...

Et voilà, tout le monde était content car tout le monde s'y retrouvait...

Alors, dites-moi dans ces conditions, où était l'intérêt de supprimer les notes ? ? ? Qu'y avait-il de changé ?

Je vous le demande !

Mais attendons de voir quelle sera la décision ministérielle... De toutes façons, elle ne me concerne plus depuis... depuis combien de temps au fait ?... 23 ans ?... Déjà... Comme le temps passe ! ! !

Allez, gardez votre optimisme naturel, et à plus !

 

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 18:41

 

 

 

Voici une légende qu'on racontait autrefois dans les veillées et qui se transmettait de générations en générations. Comme beaucoup de légendes, elle comportait une part de vérité et on pouvait en tirer une morale. La Fontaine s'est peut-être inspiré de cette histoire quand il a écrit sa fable ''Le savetier et le financier''... On peut retenir un enseignement parmi d'autres : l'argent ne fait pas le bonheur ! On ajoute parfois : il en faut certes, mais sans plus... D'autres disent : pourvu qu'il y ait un petit billet qui pousse l'autre... et Boris Vian ajoutait : l'argent ne fait pas le bonheur... de ceux qui n'en ont pas... Je sais... Cette citation a été attribuée à Pierre Dac... On ne prête qu'aux riches !

Mais revenons à nos moutons... si je puis dire...

 

Il y a de cela très très longtemps, vivait dans son beau château un seigneur tellement riche qu'il n'était pas obligé de travailler et passait ses journées à musarder, à flâner, si bien qu'il se trouvait désœuvré et s'ennuyait fort. Il regardait avec pitié et une certaine condescendance les malheureux qui étaient obligés de travailler dur du matin au soir pour gagner de quoi vivre chichement. Aussi, étant voué à l'inactivité, il ne savait rien faire de ses dix doigts.

A l'ombre du château, dans une misérable cabane, vivait un humble vannier qui gagnait pauvrement sa vie en tressant des corbeilles. Pour cela, il devait aller chercher des joncs au bord des ruisseaux des alentours s'il voulait obtenir la matière première pour son travail. Cela lui prenait beaucoup de temps, qui s'ajoutait à celui passé à confectionner ses paniers ou corbeilles. C'est dire que les journées n'étaient pas assez longues et qu'il travaillait dès le lever du soleil jusqu'à son coucher, et encore continuait-il parfois à la lueur d'une chandelle fumeuse...

Il aurait pu maudire le sort qui lui était contraire, et envier le riche seigneur qui faisait bombance tous les jours et passait ses journées dans le plus parfait désœuvrement... Mais jamais il ne s'était plaint ! Jamais il n'avait proféré la moindre récrimination ! Quand il avait vendu ses paniers, il s'achetait de quoi manger un peu, et se serrait la ceinture quand la vente était mauvaise. Que sa bourse soit garnie... ou plate, il gardait toujours une humeur égale, toujours plaisantant, toujours chantant quelque chanson joyeuse, comme si le roi avait été son cousin et qu'il eût été l'homme le plus fortuné du monde.

Cela agaçait au plus haut point son voisin le seigneur qui entrait dans une colère noire dès qu'il l'entendait chanter, ce qui arrivait souvent.

-Comment, éructait-il, ce maudit vannier n'a pas un liard vaillant, est plus pauvre que Job lui-même ! Il ne doit pas manger tous les jours à sa faim ! Pourtant, il chante comme s'il avait le ventre plein et possédait tous les trésors de l'univers ! Et moi, dont les coffres regorgent de tant de trésors que je ne sais qu'en faire, qui pourrais si j'en avais le désir m'offrir tous les plaisirs du monde, moi le seigneur de ce lieu, je suis triste et grincheux, je me morfonds tellement dans mon grand château, je m'ennuie comme une croûte derrière une malle ! Oui, je suis jaloux de ce gueux ! Cela ne peut plus durer ! Maudit vannier, je vais te clore le bec de belle façon !

Il appela ses gens :

-Hola vous autres mes valets ! Qu'on aille bien vitement me brûler cette misérable cabane de ce misérable vannier et que dans une heure il n'en reste plus que cendres !

Les valets exécutèrent l'ordre donné par leur seigneur. Comme la cabane était en bois, elle flamba comme une torche. En revenant de sa cueillette de joncs, portant le volumineux fagot sur l'épaule, le vannier ne put que constater que la disparition de son logis dont il ne restait que des cendres fumantes.

Un court instant il fut saisi par le découragement. Il y avait de quoi et j'en connais plus d'un qui auraient abandonné la lutte et seraient partis loin... Pas lui ! Très vite il serra les poings et décida que les choses ne s'arrêteraient pas là. Bien entendu, il avait deviné d'où venait ce coup bas. Mais que pouvait-il faire, pauvre vannier, contre son riche et puissant seigneur ?

On lui avait parlé, il y a longtemps, d'un magicien fameux, dont on disait qu'il avait au moins 100 ans... et dont la réputation de magie s'étendait sur toute la contrée. Voilà un homme qui, à défaut de l'aider, pourrait au moins lui donner des conseils. Il alla le trouver et raconta sa mésaventure, demandant humblement un conseil.

-Mon ami, dit le sorcier, cela m'est facile de te donner plus qu'un conseil et je vais te rendre ce service car tu es un brave et honnête vannier, tandis que ton seigneur est le seigneur le plus malveillant, le plus nuisible et le plus inutile qu'on puisse trouver. Je vais lui donner une leçon dont il se souviendra j'en suis sûr !

Au même moment, sans qu'il puisse expliquer comment cela s'était produit, la vannier se retrouva sur une île inconnue, en face de son seigneur tant redouté. Vous dire leur surprise à tous les deux serait superflu je pense car vous l'imaginez aisément. Mais ce n'était pas cela qui les inquiétait : ils étaient entourés par des sauvages qui tournaient autour d'eux en poussant des cris nettement inamicaux, en agitant des immenses sagaies. Il était clair qu'ils voulaient les tuer...

-Grâce ! Implora le vannier. Ne me tuez pas ! Je vous apprendrai des tas de choses que vous ne connaissez point et qui vous seront fort utiles ! Demandez-moi et vous verrez !

-Soit ! Nous acceptons de voir... Et ton compagnon ?

-Oh, mon compagnon... je ne m'en soucie guère ! Demandez-lui ce qu'il sait faire... Peut-être cela vous conviendra-t-il !

-C'est d'accord, nous attendrons pour lui comme pour toi...

Aussitôt, le vannier commença d'abord par rechercher de lianes fines qui pouvaient remplacer le jonc, et se mit à l'ouvrage avec ardeur. Il apprit à ces hommes sauvages comment on fabriquait des paniers et des corbeilles, fort utiles pour rapporter les oiseaux tués dans leurs chasses, les poissons pêchés dans la mer, ou encore les fruits cueillis aux arbres. Ces hommes ignorants furent tellement contents qu'ils voulurent faire du vannier le roi de leur île. En même temps, comme le seigneur n'avait pu rien leur apprendre, ils l'avaient attaché à un arbre et s'apprêtaient à le tuer à coups de flèches. Pourquoi en effet garder et nourrir une personne qui ne rendrait jamais le moindre service et serait toujours inutile ?

Au moment où l'un des sauvages bandait son arc pour décocher une flèche mortelle, le ciel devint d'un noir d'encre, tandis que le tonnerre se mit à gronder très fort et que des éclairs sillonnèrent le ciel. La mer se creusa et s'enfla tant qu'elle se dressa toute bouillonnante au-dessus de l'île, emportant le vannier et le seigneur qui se retrouvèrent comme par miracle devant le sorcier centenaire au milieu de la forêt.

-Alors, mauvais seigneur, dit-il, cette leçon t'aura-t-elle profité ? Ton or t'aura-t-il été d'un quelconque profit, si tu n'es pas capable de produire quelque chose d'utile ? D'après toi, à quoi servent les richesses si ce n'est pour en faire profiter son prochain ? Et dis-moi donc à quoi cela sert-il de vivre sur la terre si ce n'est pour secourir son frère malheureux ? Je suis curieux d'entendre ta réponse !

-Tu as raison, répondit le seigneur la tête basse et tout contrit. Oui cette leçon m'aura profité, j'ai compris ce que tu as voulu m'enseigner à travers ces épreuves. Je jure que désormais je ferai au vannier, mon ami, autant de bien que je lui ai fait de mal !

Le seigneur tint parole. A l'endroit où se dressait sa misérable cabane, il fit construire une coquette maisonnette et lui donna en plus un bon quart de sa fortune. Ainsi le vannier vécut riche, continuant à chanter et à plaisanter, et continuant aussi à fabriquer ses paniers et corbeilles en osier (il avait préféré ce matériau plus noble que le jonc...) car, disait-il : « le travail est vraiment la source de toutes les joies, de toutes les richesses. ».

Le seigneur pour sa part, accueillait avec bienveillance tous les miséreux qui venaient frapper à la porte du château. De plus, il avait voulu imiter son ami le vannier et s'était mis aussi au tressage de l'osier. Il ne s'ennuyait plus et même... on le dit... il s'était mis à chantonner tout en travaillant... Lui aussi pensait, comme La Fontaine le dira beaucoup plus tard, « que le travail est un trésor ! »

 

(Extrait de mon dernier livre : "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père")

 

Allez, à plus...

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 11:02

 

 

 

Le père François est près d'ses sous. C'est comme qui dirait un avare... un grippe-sou... et de la meilleure espèce. Quand il fait venir le vétérinaire pour une de ses bêtes, il en profite pour se soigner. Cela lui fait économiser une visite chez le médecin... Il n'y a pas de petites économies...

Un jour, v'là-ti pas qu' sa jument a une espèce de bronchite. Et lui, il tire la patte plus que d'habitude. Ça doit être les rhumatismes, la chose est fréquente, mais c'est très gênant. Il boîte, mais comme il dit finement, que d'une seule jambe !...

Alors il a une idée lumineuse, une de ces idées qui valent de l'or... et pour lui, ça compte !

Il doit d'abord penser à sa jument, c'est le plus important. Il faut donc appeler le vétérinaire. Et puis, pendant qu'il sera là, il pourra aussi lui donner quelque chose pour sa jambe qui traîne. Inutile d'appeler le médecin. Le vétérinaire a appris à soigner les bêtes, comme le médecin les gens. Au fond, c'est la même chose ! Le vétérinaire les soignera bien tous les deux !

Il arrive donc avec sa boîte d'instruments ; il regarde la bête, lui tâte la croupe, prend un papier et un crayon pour noter ce qu'il lui faut. Le père François s'empresse d'ajouter :

- « Et pis al a quieuqu'chose dans l'train arrière, une manière de sciatique qu'on dirait. Y aurait-ti point eun r'mède pour ça ? Y a quasiment des jours qu'è n'peut pus avancer, la pauv' bête !

Le père François pensait : y va m'donner des comprimés pour le ch'va... J'les couperai par la métié et c'est bin l'diabl' si ça ne me soulage point ! J'gagne eun' consultation !

Voilà qui était finement raisonné ! Mais le vétérinaire n'était pas né de la dernière averse. On avait dû lui faire le coup plusieurs fois. Il avait bien vu venir le père François et ses gros sabots ! Il ne fut pas dupe de son manège. Il répondit :

-Pour votre cheval, Père François, j'ai ce qu'il faut : un peu plus d'aspirine et un peu moins d'vin blanc ! Si au bout d'une quinzaine vous ne voyez pas de mieux pour votre jument, inutile de vous mettre en frais : ne m'appelez pas. Achetez-lui don eun' canne !

 

(Cette histoire est extraite de mon livre "Maine, les histoires extraordinaires de mon grand-père"... )

 

Allez, à plus...

 

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 08:32

 

Oui... tout le monde sait cela... Mais pour bien vous le prouver, rien de tel qu'un conte...

 

Un riche marchand perdit un jour une sacoche dans laquelle il y avait dix mille besants d'or ainsi qu'un porte-bonheur, sous la forme d'un scarabée d'or aux yeux de rubis. Il fit crier dans les rues qu'il serait donné cent besants à celui qui lui rapporterait sa sacoche.

Elle avait été trouvée par un pauvre homme qui voulut la rendre dès qu'il apprit que le propriétaire la réclamait.

Mais sa femme était cupide. Elle s'y opposa et dit :

-C'est Dieu qui nous envoie cette fortune... Nous serions bien bêtes de la rendre !

-Dieu n'a rien à voir la dedans ! Répondit son mari. Si nous gardions cette sacoche qui ne nous appartient pas, nous serions des voleurs et je doute fort que Dieu approuve un tel comportement. L'argent volé ne profite jamais. Honnêtes nous sommes, honnêtes nous resterons ! Et puis, les cent besants promis pour la récompense suffiront largement à nos besoins. A quoi cela nous servirait d'être plus riches ?

-Mon mari, tu es un sot ! Fit la femme par dépit.

-Peut-être, mais je préfère être un sot intègre qu'un sot malhonnête!


Il alla donc trouver le marchand pour lui rendre sa sacoche et lui demanda la récompense promise. Mais le marchand n'était pas honnête, lui... Ayant retrouvé son bien, il se dit qu'il n'était plus nécessaire de donner les cent besants promis. Il ouvrit la sacoche et s'écria avec tous les accents de la colère :

-Tu n'es qu'un vil voleur ! J'avais dans cette sacoche dix mille besants et deux scarabées d'or avec des yeux de rubis ! Il m'en manque un ! Ce ne peut être que toi qui l'as pris ! Tu t'es donc récompensé toi-même, je ne te dois plus rien !


La dispute qui s'ensuivit ameuta les marchands de la ville qui ne purent que soutenir leur confrère, bourgeois comme eux. Mais le bruit de cette querelle vint aux oreilles du comte qui demanda que les deux plaignants comparussent devant lui. Afin de préserver l'équité du jugement, il désigna un juge réputé pour son intégrité.

Ce dernier fit appeler le pauvre homme et demanda :

-Jurez-vous n'avoir rien pris dans cette sacoche ?

-Je le jure, je n'ai rien pris dans la sacoche !

-Eh bien, voilà ma sentence. D'un côté, nous avons le marchand, qui est un honorable bourgeois, et je ne lui ferai pas l'injure de penser une seconde qu'il veuille réclamer ce qui ne lui appartient pas. S'il prétend que sa sacoche contenait deux scarabées d'or aux yeux de rubis, cela doit être vrai !

D'un autre côté, nous avons un homme qui jure qu'il n'a rien pris dans la sacoche qu'il a trouvée. J'en conclus donc que cette sacoche n'est pas celle que le marchand a perdue ! Je lui conseille donc de faire crier à nouveau pour qu'on la retrouve si c'est possible.

En ce qui concerne la sacoche que voici, elle n'a donc pas de propriétaire et vous revient donc, sire comte, jusqu'à ce que le vrai propriétaire se présente pour la réclamer.

Cependant, cet honnête homme a eu la probité de la rapporter, comptant sur la récompense promise. Il est donc logique et équitable qu'il reçoive cette récompense !

Mais comme cent besants sont bien peu par rapport aux dix mille besants, je propose qu'il lui soit remis cinq cents besants d'or !


Le comte approuva cette sentence, suivi par toute l'assemblée.

Le marchand put méditer sur l'inconvénient qu'il y a à mentir...

 

(Extrait de mon livre "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père") 

Allez, à plus !

 

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 15:15

 

Une autre histoire champenoise extraite de mon livre dont je vous ai parlé sur le grand-père champenois ?  Allons-y !

 

Un brave viticulteur champenois était parti à la guerre la fleur au fusil en 1939. Il fut fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il resta cinq longues années. Employé dans une ferme du Wurtemberg, il n'y fut pas très malheureux, contrairement à ses frères de misère enfermés dans des stalags... Il eut le loisir de lier connaissance avec certains habitants. Ils n'étaient pas plus ravis que cela de cette guerre qui risquait de s'éterniser et qui au fil des années tournait à l'avantage des Alliés. Il put aussi apprécier les beaux paysages allemands.

Après sa libération, il avait retrouvé son exploitation et ses paysages champenois. Cependant, il désirait retourner un jour dans cette région d'Allemagne où il avait vécu cinq ans, revoir les gens qu'il avait connus et la ferme qui l'avait employé. Mais les années passaient et il y avait toujours quelque chose qui l'empêchait de partir : le temps et aussi les moyens...

Et un jour il prit sa retraite. Le problème du temps n'en était plus un... et il considérait avoir désormais les moyens matériels de faire ce voyage. Dans un premier temps, son épouse et lui décidèrent de se rendre dans le Bade-Wurtemberg afin de trouver une location pour un prochain séjour. Ils arrivèrent ainsi en Forêt Noire et un pasteur leur proposa une petite maison en bordure de la forêt. L'endroit était idéal pour son calme et plut aux Champenois. Ils demandèrent quelques jours de réflexion, promettant de donner leur accord dans une semaine.

Rentrés chez eux, ils étudient les documents qu'on leur a laissés et ne se souviennent plus avoir vu de toilettes dans cette maison. Y a-t-il des W.-C. dans cette maison ? La chose est importante, il convient de s'en assurer... Ils écrivent donc au pasteur, lui demandant s'il y a des W.-C. et où ils sont situés.

Le pasteur, bien qu'il maîtrise assez bien le français, n'est jamais venu en France et se demande de quoi il peut bien s'agir... Des W.-C. ?... Was ist das ?... Qu'est-ce que c'est ?... Il ne peut pas imaginer qu'il s'agit tout simplement des cabinets... en allemand, cela s'appelle « toiletten »... ce qui n'est pas loin de nos toilettes... mais notre Champenois n'a pas parlé des toilettes, mais des W.-C.

Après avoir bien cherché, il pense que W est l'abréviation de Wald (forêt) , et C celle de Kapelle, chapelle sans doute... Pas de doute : il s'agit de la chapelle de la forêt ! Ces gens sont très pieux et veulent pouvoir satisfaire leurs dévotions facilement et quand ils le veulent... Et s'ils ont écrit « les W.-C. » et non « la W.-C. », c'est parce qu'ils ne connaissent pas bien la langue allemande... Il prend donc sa plus belle plume et leur envoie cette lettre :

 

« Madame Monsieur, votre désir de savoir où de trouve la W.-C. vous honore et montre la profondeur de vos sentiments les plus intimes. Je n'ai personnellement jamais utilisé cet endroit privilégié car il est hors du territoire de ma paroisse. Croyez que je le regrette...En revanche, je peux vous dire qu'elle est très fréquentée.

La W.-C. est située à environ 5 km de la maison où vous habiterez, au milieu d'une forêt de sapins. Vous pourrez vous y rendre en voiture, une magnifique route forestière y conduit. Cependant, si vous n'êtes pas trop pressés, je vous conseille d'y aller plutôt à pied par un chemin ombragé propice à la méditation.

La W.-C. est ouverte les mercredis, vendredis et dimanches bien entendu, dès 8 heures. D'ailleurs, une cloche tinte pour annoncer l'ouverture cinq minutes avant. Je vous conseille d'y aller le dimanche de préférence ; ce jour-là, vous serez accompagné à l'orgue. L'acoustique est excellente et vous découvrirez tous les sons, même les plus variés.

Dans un souci de confort les responsables de la W.-C. ont fait recouvrir les sièges de velours rouge bordés de lisérés verts. Sur chaque siège, vous trouverez des feuilles de papier qui vous aideront à suivre la cérémonie. Pour éviter le gaspillage, on conseille de remettre les feuilles après utilisation car vous ne serez pas seuls, et d'autres viendront après vous. La W.-C. peut accueillir en effet 80 sièges, ce qui est peu. C'est pourquoi je ne peux que vous conseiller d'arriver en avance sinon vous risqueriez de rester debout, ce qui est très inconfortable vous en conviendrez. Certains ont évoqué la possibilité de retenir son siège à l'avance, mais il a été rétorqué que la W.-C. est ouverte à tous, même à ceux qui viennent d'ailleurs et dont le besoin les amène jusque là, ce qui est votre cas.

J'espère, Madame, Monsieur, que ces renseignements vous donneront toutes satisfactions et vous permettront de prendre vos dispositions en conséquence.

A bientôt et bonnes vacances !

Avec mes salutations les meilleures,

Pasteur Horst Muller Bansen »

 

Sans commentaire... et à plus !...

 

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 10:06

 

Puisque les fantômes semblent vous intéresser, voici une autre histoire, toujours extraite de mon livre "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père", éditions CPE, paru en mars 2014.

Elle m'a été donnée pour vraie... Et bien entendu, vous en penserez ce que vous voudrez, mais avouez qu'il se passe des choses... étonnantes ! ! !

J'ai juste modifié les noms...

 

 

Madame Painteaux était très soucieuse : elle venait de perdre son travail et se demandait comment elle allait pouvoir faire vivre sa famille.

Restée veuve avec deux enfants, elle se tracassait énormément. Le travail ne courait pas les rues, même cette époque...

Comme elle était très pieuse, elle pensa trouver quelque secours dans la prière et pour cela se rendit à l'église sainte Geneviève de Reims, sa paroisse. Ses enfants étaient à l'école, elle avait le temps. Elle alla prier devant la statue de sainte Geneviève, la patronne de l'église, lui demandant de l'aider dans ma misère où elle se trouvait. Puis elle sortit, réconfortée et persuadée que cette fois, elle allait trouver du travail.

En sortant dans la rue Cazin, elle croisa un jeune homme fort élégamment vêtu, qui l'arrêta d'un geste, lui disant ces mots ahurissants :

-Je vous prie de m'excuser, Madame... mais n'aimeriez-vous pas trouver du travail ?

Surprise, car elle s'imaginait qu'il allait lui demander son chemin, elle resta clouée sur place. Si elle aimerait avoir du travail... C'était son vœu le plus cher.

-Oh oui ! Monsieur, répondit-elle, j'en cherche et n'en trouve pas... Que Dieu m'aide à en trouver, c'est ce que j'étais venue demander à sainte Geneviève !

-Eh bien, c'est simple : allez rue de Courlancy, au numéro 42. C'est à deux pas d'ici... enfin, ce n'est pas très loin. Vous voyez ?

-Certainement Monsieur... Rue de Courlancy... Je vois très bien...

-Arrivée là-bas, vous demanderez Madame Clibert. Elle vous engagera ! Vous vous souviendrez ? Madame Clibert...

-Parfaitement Monsieur... Mais...

Le jeune homme était déjà parti. Madame Painteaux se dit que ce serait trop beau... un vrai miracle. Mais les miracles n'existent-ils pas ? Sainte Geneviève était peut-être intervenue « en haut lieu » en sa faveur... Elle chassa vite cette idée saugrenue et se dit qu'elle déraillait... Cependant, la rue de Courlancy existait bien, elle la connaissait ! Rien ne l'empêchait d'aller voir sur place...

Elle se rendit donc au numéro 42 de la rue de Courlancy. Elle chercha et trouva le nom de Mme Clibert. Elle monta au deuxième étage, frappa à la porte. Une femme plutôt distinguée vint lui ouvrir.

-Madame Clibert ?

-C'est moi.

-Vous avez besoin de quelqu'un pour vous aider ?

-En effet, j'ai besoin de quelqu'un... ou quelqu'une... Mais comment le savez-vous ? Je n'ai encore rien dit à personne...

-C'est un jeune homme que j'ai rencontré à la sortie de l'église sainte Geneviève qui m'a dit de m'adresser à vous.

-Comment cela peut-il se faire ? Je ne comprends pas...

Madame Painteaux avisa un portrait accroché au mur et représentant un jeune homme qu'elle reconnut aussitôt.

-C'est ce monsieur qui m'a dit de venir chez vous...

-Ce monsieur ? Mais c'est impossible...

-Je vous assure que si. Je l'ai rencontré il y a moins d'une demi heure...

-Je vous dis que c'est tout à fait impossible. Ce monsieur... c'est mon fils, et il est mort il y a cinq ans !...

 

 

Allez, à plus !

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 15:47

 

Une autre histoire extraite de mon livre "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père"... Et si vous croisez un revenant, dites-le moi !... C'est le grand-père qui raconte...

 

 

Vous allez penser que nous sommes entourés de personnes décédées...

Allez savoir !... Le maréchal de l'Air britannique Lord Dowding, qui dirigea avec succès la RAF pendant la Bataille d'Angleterre en 1940 assurait : « Dans une foule de cinq cents personnes, il y a toujours un ou deux morts qui se promènent... »

 

-Mais c'est effrayant ce que tu nous dis là grand-père !...

-Effrayant ? … Pourquoi donc ?... La mort ne fait-elle pas partie de la vie ?... Et puis dans la plupart des cas connus, les morts ne sont revenus sur Terre que pour accomplir une bonne action... Des Anges gardiens... en quelque sorte... Mais écoutez plutôt cette histoire qu'on m'a racontée et qu'on m'a assurée vraie...

 

Elle se déroule à Vitry le François dans la Marne, pendant la dernière guerre. Le débarquement a eu lieu mais l France n'est pas encore entièrement libérée.

En ce 27 juin 1944, l'abbé Jenneret, vicaire à la collégiale Notre Dame, se repose un peu après une journée harassante. Les bombardements de la soirée ont quelque peu perturbé les Vitryats et bien qu'il soit près de minuit, il n'a pas eu le temps de lire son bréviaire.

Il est donc plongé dans cette sainte lecture quand quelques coups frappés à la porte le font sursauter. Qui peut bien venir à cette heure tardive ? Il va ouvrir et se trouve devant une dame habillée de vêtements cossus, ce qui le surprend un peu car les restrictions dues à la guerre ont réduit sensiblement la garde-robe des femmes... Il se rappelle l'avoir rencontrée à l'église il y a quelques années. Mais la paroisse est grande, il ne peut se souvenir du nom de tous les fidèles...

-Monsieur l'abbé, dit-elle d'une voix haletante, venez vite, un jeune homme va mourir...

L'abbé Jenneret n'hésite pas une seconde.

-Je prends le nécessaire pour lui donner l'extrême-onction, et je vous suis.

-Mais... il ne se trouve pas chez moi...

-Eh ben, veuillez noter le nom et l'adresse sur mon agenda.

La dame entre, il la voit mieux. Elle a le visage encore jeune, bien qu'elle semble avoir une quarantaine d'années, mais il est tourmenté. Elle jette rapidement les renseignements demandés sur le calepin. L'abbé lit : Guy Changenot, rue Aristide Briand...

-Rue Aristide Briand... C'est vague...

-C'est facile à trouver : à l'angle de la Place d'Armes et de la rue Aristide Briand, vous avez la Caisse d'épargne... épargnée... (pardonnez-moi ce mauvais jeu de mot...) par les bombes de 1940.

-Je connais, c'est à côté...

-Eh bien, vous avez l'épicerie Bedet-Gidoin et l'hôtel de la Cloche. Le jeune homme en question habite dans la maison restée debout entre ces deux points de repère...

-Vous pouvez compter sur moi, Madame. Ce n'est pas très loin, j'y serai dans moins d' un quart d'heure...

Avant de partir, la dame lui dit :

-Vous êtes bien fatigué, pourtant vous n'avez pas hésité. Que votre charité soit récompensée et que Dieu vous protège au moment du danger...

Puis elle s'en va sur ces paroles énigmatiques... Après avoir pris le nécessaire pour administrer l'extrême-onction, le prêtre sort et se dirige à grands pas vers l'adresse indiquée. Les bombardements de mai 1940 ont laissé des traces et des baraquements ont remplacé les maisons dans bien des cas.

Le voilà rue Aristide Briand et cherche l'endroit indiqué. Il n'a aucun mal à le trouver. Il entre une sorte de hall et peut lire effectivement sur une boîte à lettres le nom qui lui a été donné. Il se rend devant la porte et frappe ; un jeune homme vient lui ouvrir, très surpris de voir un prêtre, surtout à cette heure tardive.

-Bonsoir M. l'abbé, fait-il poliment. Que désirez-vous ?

-Je viens pour un malade... un mourant...

Il sort son calepin et lit :

-Guy Changenot...

-C'est moi... et vous pouvez constater que je n'ai rien d'un malade... encore moins d'un mourant... Vous devez vous tromper...

-Pourtant... Une dame est venue il y a un quart d'heure, et m'a donné votre nom et votre adresse, me disant que c'était urgent... Tenez, lisez vous-même...

Le jeune homme regarde le calepin et dit :

-C'est bizarre... Il me semble que je reconnais cette écriture... Connaissez-vous cette dame ?

-C'est une paroissienne qui venait à la messe il y a quelques années ; mais c'était avant la guerre et depuis, je ne l'ai plus revue...

-Pouvez-vous me la décrire ?

-Ce n'est guère facile... elle paraissait âgée d'une quarantaine d'année, et était habillée comme les femmes l'étaient avant la guerre... Ce détail m'a surpris. Elle semblait extrêmement émue.

-Justement, dans son trouble, elle a pu se tromper... Mais je manque à tous mes devoirs, je vous reçois dehors... De plus, vous paraissez très fatigué. Voulez-vous entrer un moment et vous reposer avant de repartir ?

L'abbé est tellement épuisé qu'il accepte cette aimable invitation, il entre et s'assoit. Regardant plus attentivement son hôte, il lui dit soudain :

-Il me semble vous reconnaître... N'êtes-vous pas venu au catéchisme autrefois ?

-C'est vrai, mais il y a longtemps de cela...

-Et vous avez arrêté votre pratique ?

-Disons que cela ne s'est pas fait d'un seul coup... Vous savez ce que c'est... on n'assiste pas à une messe pour ce qu'on croit être une bonne raison, puis deux, trois... et un jour on ne va plus du tout à l'église.

-Je ne vois pas ce que c'est... comme vous dites... mais je comprends... Et... regrettez-vous votre comportement ?

-Il m'arrive de le regretter parfois, c'est vrai.

A ce moment de la conversation, l'abbé devine qu'il ne serait pas très difficile de ramener cette brebis égarée dans la maison du Père... C'est son rôle, sa mission. En quelques minutes, il prononce les paroles qu'il faut. Le jeune homme écoute avec une grande attention. Il parle de sa mère qui est morte en 1939 un peu avant la guerre. Puis, il déclare soudain qu'il désire se confesser. Ce qui est fait.

Après que le prêtre lui ait donné l'absolution, il le remercie chaleureusement :

-C'est le ciel qui vous a envoyé...

(Il ne croyait pas si bien dire...)

L'abbé le laissa en paix avec Dieu et réconcilié, si tant est qu'il avait été fâché... avec l'Église. Il était près de deux heures du matin quand il sortit pour rentrer au presbytère. Soudain, les sirènes se mirent encore à hurler. L'abbé pressa le pas, mais un nouveau bombardement commença et il n'eut que le temps que de se précipiter dans un abri.

Pendant près d'une longue demi heure, il entendit le fracas des bombes. Puis, les forteresses volantes s'éloignèrent : c'était fini. Il sortit et découvrit un spectacle de désolation. Partout c'étaient des cris, dans un nuage de fumée et de poussière. Il se rendit au poste de secours voisin afin de prodiguer les secours de la religion à ceux qui en auraient besoin. On avait aligné les morts et il en arrivait de nouveaux. Pour ceux-là, l'abbé ne pouvait plus rien faire. Cependant il ne put s'empêcher de les bénir.

Soudain, parmi les corps que les secouristes amenaient, il reconnut le jeune homme qu'il venait de quitter... ce jeune homme qui disait qu'il n'avait rien d'un mourant... et qui se trouvait pourtant au bout de sa courte vie bien qu'il n'en sût rien...

Il se penche sur lui, fouille sa veste et trouve une carte d'identité au nom de Guy Changenot, né en 1923... ainsi qu'une lettre et des photos ; l'une d'elles représente une femme qu'il reconnaît tout de suite : c'est la dame qui est venue lui demander de se rendre rue Aristide Briand où quelqu'un était en danger de mort...

Au dos de la photo, ce simple mot : « maman »... Il déplie la lettre et la lit : l'écriture est exactement la même que celle qui se trouve sur son agenda...

 

-Brrr... Et tu crois que nous allons dormir après cette histoire ?

-Mais elle n'a rien d'inquiétant... au contraire... Cela montre qu'il y a un « après »... ce qui est plutôt rassurant...

 

N'est-ce pas aussi votre avis ? ? ?

 

Je vous laisse sur cette pensée profonde... Allez, à plus !

 

 

 

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 07:47

 

Une autre histoire extraite de mon dernier livre "Champagne : les histoires extraordinaires de mon grand-père" paru en mars 2014...

Allons-y !

 

La mort a toujours été entourée de pratiques particulières. Je parle bien entendu d'une époque révolue, celle où l'on entourait nos défunts, où on les veillait... et cela quelle que soit la région...

Le père Marcambault de la Grande Ferme est mort. C'était un brave homme, qui jouissait de l'estime générale. Sa ferme était l'une des plus importantes de cette région qu'on a appelé autrefois la Champagne pouilleuse... et maintenant la Champagne crayeuse, autrefois région pauvre et dépeuplée, actuellement une des grandes régions agricoles de France par l'utilisation des engrais.

Sa mort, à la force de l'âge, fut durement ressentie dans tout le pays. Pensez donc ! Il n'avait que 55 ans ! Je sais qu'à cette époque, c'était déjà un bel âge... Mais il avait tant travaillé, et cela depuis son plus jeune âge ! Ah ! Il ne ménageait pas sa peine. Il faut dire qu'une ferme comme la sienne demande du travail, et malgré les quatre ou cinq domestiques qui l'aidaient, c'est toujours le patron qui en fait le plus, pas vrai ?

Un beau jour d'été, il était sur sa faucheuse pour couper le blé, suivi par des domestiques qui ramassaient les épis qui tombaient derrière pour les mettre en gerbes. Vous me direz que ce n'était pas bien difficile !... Voire ! Il lui fallait tenir solidement les rênes pour que le cheval avance bien droit et coupe la masse des épis sans écarts à droite et à gauche... C'est toujours le fermier qui s'assoit sur la machine, c'est son rôle.

Ce jour-là, il faisait une chaleur écrasante. Sa femme lui avait bien recommandé de se couvrir la tête. Mais sa grosse casquette de laine lui tenait si chaud qu'il l'avait ôtée. Le soleil tapait fort et soudain, on l'a vu vaciller sur son siège. Il a eu le temps d'arrêter le cheval et de descendre.

-Je ne me sens pas bien, a-t-il dit avant de s'écrouler.

Ce furent ses dernières paroles : il avait été foudroyé par une attaque cérébrale.

On le ramena à la maison, on appela le médecin mais il ne put que constater le décès.

Le couple dormait habituellement dans la grande salle, près de la cheminée, dans deux lits séparés, qu'on appelle maintenant des lits-jumeaux.

On l'installa sur son lit, on l'habilla avec ses habits du dimanche. Pour ce travail particulier, des voisines venaient aider la maîtresse de maison. C'était un travail de femmes. L'une d'elles, en lui enfilant sa veste, remarqua sa grosse montre ronde accrochée par une chaîne en or. Un oignon, comme on l'appelait...

-Croyez-vous qu'on doive lui mettre son oignon ? Fit-elle à sa femme.

-Il en était si fier ! Répondit-elle... Il l'avait acheté à la dernière foire de Troyes... Laissez-le lui... C'est le sien ! Et puis, il sera peut-être content de savoir l'heure !...

-Vous croyez ?

-Dame ! On ne sait pas ce qu'il va trouver là-haut !

Le soir, on avait occulté toutes les ouvertures, allumé une bougie sur la table de nuit, à côté d'un crucifix, et placé au devant du lit, sur une table basse, une coupelle avec un morceau de buis qui trempait dans de l'eau bénite. Au cours de la soirée, la famille, des amis, vinrent faire une visite, comme cela se pratiquait alors. Quand quelqu'un arrivait, il présentait ses condoléances à la veuve. Puis, il se plaçait au pied du lit, trempait la branche de buis dans l'eau bénite et aspergeait le corps. Ensuite il s'assoyait et discutait un peu avec les membres de la famille qui se trouvaient là.

Toute la nuit des voisins se relayèrent pour le veiller. Mais on s'en doute, comme la soirée avançait, les visites se firent plus rares et seuls restèrent ceux qui avaient prévu de passer une partie de la nuit.

Parmi ces veilleurs qui mettaient un point d'honneur à assurer la veillée funèbre, se trouvait le frère du défunt, de deux ans son cadet. Il avait tenu à passer la nuit entière et sur le matin il était bien fatigué, on le comprend. Sa belle-sœur, lui dit :

-Vous devriez vous reposer un peu Joseph, sinon la journée va être longue pour vous.

-Vous avez raison ; je vais m'étendre un peu sur le lit à côté, juste quelques minutes. Cela me suffira.

On se rappelle qu'il y avait des lits-jumeaux. Joseph s'allongea donc sur le lit placé juste à côté de celui où gisait son frère. Quelques minutes... il s'endormit profondément et sur le coup de 8 heures, il dormait encore.

-Laissons-le se reposer, dit sa belle-sœur : il n'a pas dormi de toute la nuit...

Une demi-heure plus tard, un premier visiteur arriva pour présenter ses respects au défunt et à sa famille. Malgré l'heure matinale, le soleil était déjà haut dans le ciel et tapait fort. Venant du dehors illuminé de soleil et pénétrant dans cette pièce sombre, il ne voyait plus rien, ébloui par la trop vive clarté. Il aperçut vaguement un lit sur lequel il devinait une forme allongée. « C'est le défunt »... se dit-il in petto...

Il attendit quelque instants avant de mieux voir. C'est alors qu'il remarqua les deux lits sur lesquels reposaient deux individus.

-Tiens ! Se dit-il... ou bien je vois double... ou bien il y a deux morts ! On ne m'avait parlé que d'un seul... Bizarre...

Autour de la pièce, les quelques membres de la famille qui continuaient la veillée, semblaient plongés dans leurs pensées. L'homme ne voulut pas les déranger. Il haussa les épaules d'un air d'incompréhension, saisit la branche de buis qui trempait toujours dans la coupelle, et entreprit de bénir les deux « cadavres »... Il commença par le « vrai »... sans le savoir évidemment, puis rechargea le buis dans l'eau et aspergea copieusement le second « mort » qui, sous l'effet de cette ondée bienfaisante, se réveilla...

En voyant le « mort » se dresser sur sa couche, l'homme poussa cri de saisissement et s'écroula raide sur le sol.

Fort heureusement, il n'était qu'évanoui... Surpris d'avoir occasionné une telle frayeur et n'en comprenant pas la raison, Joseph se pencha pour le ranimer en l'aspergeant... avec l'eau bénite car il n'en avait pas d'autre... Mais l'homme, voyant le « mort » penché au-dessus de lui, crut défaillir à nouveau...

-Alors, ça va mieux ? dit Joseph en lui tapotant la joue.

-Je suis déjà au paradis ? Fit l'homme....

-Hélas non ! Répondit Joseph... Pas encore du moins...

Revenu de sa surprise, on expliqua au visiteur ce qui s'était passé.

Je ne dirai pas que cela finit par un énorme éclat de rire... quand même pas... mais on n'en fut pas loin...

 

 

Allez, à plus !

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 16:15

 

Voici une autre histoire extraite du même livre.


 

Monseigneur Ménager était archevêque de Reims depuis 1973. Il avait pris l'habitude de visiter des congrégations religieuses, à moins qu'il ne fasse une tournée pastorale impromptue. Il aimait ces visites qui lui permettaient de rencontrer des gens simples et de bavarder avec eux. Dans ces occasions, lorsque les cérémonies étaient terminées, il se mettait en civil, sans doute pour passer inaperçu. Il avait participé activement au Concile de Vatican II, il n'était pas contre la modernité... au contraire...

Un soir, il revenait d'une tournée pastorale, incognito. Il ne roulait pas vite, se remémorant encore les excellents moments qu'il avait passés. Soudain, devant lui, marchant péniblement sur le bas-côté, il aperçoit un homme qui faisait de grandes embardées. Vraisemblablement, il avait sacrifié à Bacchus... comme on disait pudiquement... Disons clairement qu'il était en état d'ébriété... bref, qu'il était fin saoul ! L'évêque arrête sa voiture et demande :

-Où vas-tu ainsi, mon ami ?

-Mais... fit l'homme surpris, je rentre chez moi, pardi ! Ma journée est terminée et il a fait bien chaud ! Alors, j'ai bu parce que j'avais soif... et comme tu le vois, je suis complètement saoul !

-C'est déjà bien que tu t'en rendes compte... Heureusement que tu es à pied, tu ne risques pas de te tuer !

-Tu l'as dit ! Je suis peut-être saoul... mais je ne suis pas idiot ! J'ai laissé ma mobylette au chantier. Je suis trop saoul pour tenir dessus. C'est des coups à se casser la gueule !

-Voilà qui est raisonnable... Tu vois, il te reste quand même un peu de raison ! Et... tu habites loin ?

-Oh ! Y a bien 5 kilomètres... C'est pourquoi je prends habituellement ma mobylette. Mais ce soir...

-Veux-tu que je te reconduise chez toi ?

-Ma foi ! Tu es bien aimable... j' veux bien ! Toi au moins, tu es un chic gars ! C'est pas comme les jeunes de maintenant !

L'homme monte à côté de l'évêque et la voiture démarre. La conversation, si bien engagée, ne peut que se poursuivre.

-Tu vois, tu es quand même mieux qu'à pied ! Fait le prélat.

-J' pense bien ! Et j' te r' mercie encore.

-Quel est ton métier ?

-Eh bien, je suis maçon. Aujourd'hui, il a fait chaud, j'avais toujours soif. Alors j'ai bu comme un trou. Je sais que ce n'est pas bien, mais que veux-tu... j'avais tellement soif... tu comprends ?

-Oui, je te comprends...

-Et de plus, comme on avait fini le gros- œuvre d'une maison, on a planté un bouquet tout en haut, comme cela se fait d'habitude. Et après, voilà que le patron s'est amené et il a bien fallu arroser cela. Et en fin de compte, me voilà avec une sacré biture ! Mais c'est pas grave, ça va se passer et demain il n'y paraîtra plus. Ce qui m'inquiète un peu, c'est comment va m'accueillir ma bourgeoise...

-Tu es marié ?

-Ben oui ! Et j'ai trois enfants... alors, faut bien travailler pour gagner sa vie, quoi ! Tu sais mon gars, le métier de maçon, eh bien, y a pas plus dur. L'été, comme maintenant, il fait chaud. Tu restes toute la journée dehors et le soleil te tape sur le carafon... Alors, comme t'as soif, tu bois !...

-Mais, mon ami, tu pourrais boire de … l'eau …

-Tu rigoles ? De l'eau ? Mais tu veux ma mort, ma parole ! Donc, je te disais, l'été, on a chaud. Mais l'hiver, quand il fait bien froid, quand le vent souffle et que tu es tout gelé, alors, qu'est-ce que tu fais ?... Eh bien mon vieux, tu bois un bon coup pour te réchauffer !

-Au fond, fait l'évêque, été ou hiver, tu bois ?...

-Bien obligé ! C'est vrai qu'il faut être solide et courageux pour faire ce métier-là par toutes sortes d'intempéries. Mais c'est quand même beau de construire des maisons pour loger les familles. C'est pas ton avis ?

-C'est vrai, tu as raison, maçon, c'est un beau métier...

-Bon, c'est pas tout ça, va pas falloir que j'aille plus loin ! Me voilà arrivé. Tu peux m'arrêter là.

L'évêque descend et vient ouvrir la portière au maçon qui continue :

-Mais, toi, tu ne m'as pas dit ce que tu fais dans la vie. Tu dois bien être représentant de commerce, ou bien bureaucrate. T'as les mains blanches comme celles des demoiselles... Tu ne dois pas manier la truelle souvent !

-Pas souvent en effet... Je suis l'archevêque de Reims !

Interdit tout d'abord, le maçon éclate d'un gros rire :

-Ah ! Ah ! Elle est bien bonne celle-là ! Eh ben dis-don, mon vieux, c'est encore bien pire que moi ! Tu n'en as pourtant pas l'air, mais pour avoir trouvé ça tout seul, c'est que tu as pris une bonne biture, encore meilleure que la mienne !...

 

Allez, à plus !

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 09:19

Mon dernier livre est paru. C'est le 13è... Bien entendu, comme son titre le laisse supposer, il concerne principalement les Champenois.

Cependant, il peut être lu par tous... Si, je vous l'assure !

Pour vous en donner la preuve, voici une histoire extraite de ce livre. Vous verrez qu'il n'est pas besoin d'être Champenois pour l'apprécier...

Et vous pouvez également avoir un aperçu de la couverture...

 

 

couverture-Champagne-histoires-grand-pere.jpg

 

Un bon grand-père...

 

Je vais vous raconter maintenant une anecdote qui est arrivée au cardinal Marty. On m'a assuré qu'elle était vraie...

Vous savez peut-être que le cardinal Marty fut archevêque de Reims en 1960, avant d'être archevêque de Paris et cardinal.

Né en 1904 dans une famille modeste de l'Aveyron, il est ordonné prêtre en 1930. Il sera évêque de Saint-Flour, puis coadjuteur de l'archevêque de Reims, avant de lui succéder à sa mort en 1960 comme archevêque de Reims, et cela jusqu'en 1968, date à laquelle il sera désigné comme archevêque de Paris. Il sera fait cardinal en 1969 par le pape Paul VI.

De ses origines modestes, il gardera toujours une grande simplicité et une bonhomie qui le rendront populaires partout où il ira. Cette histoire se passe dans le début des années 1970. Je précise qu'il était en civil, comme celui qui l'accompagnait.

 

Par une belle journée de mai, il rentrait à Paris après une journée de travail sur l'enseignement catholique. Il était accompagné par un prêtre qui conduisait la voiture. La journée avait été harassante, ils roulaient depuis un certain temps et la fatigue n'allait pas tarder à se faire sentir, chez le cardinal bien entendu, mais aussi chez le chauffeur, plus jeune certes, mais qui n'était plus de la première jeunesse et dont les yeux commençaient à papilloter. Pour éviter de se retrouver dans le fossé... pour le moins... et peut-être pire... le cardinal proposa de s'arrêter afin de casser une petite croûte comme on dit... Il ne faisait pas encore nuit (en mai les journées sont longues...), ils aperçurent une petite auberge de campagne nichée dans la verdure et s'arrêtèrent, bien contents de se dégourdir les jambes.

Ils s''installèrent à une table tranquille dans un coin de la salle, une jeune serveuse leur proposa la carte des menus.

-Avez-vous bien faim, l'abbé, dit le cardinal.

-Comme vous, Monseigneur...

-Alors, faisons simple... mais bon.

Peu après, elle vint s'enquérir de leur choix. Le cardinal répondit :

-Vous nous servirez une omelette avec de la salade, du fromage et un fruit.

Puis s'adressant à l'abbé, il ajouta :

-Pour moi, ce sera suffisant. Mais vous qui êtes jeune, aurez-vous assez ?

-C'est parfait ! Je ne mange plus autant que lorsque je mangeais davantage...

-Toujours aussi drôle ! Fit le cardinal.

-Eh oui, c'est tout ce qui nous reste !

-Et comme boisson ? demanda la serveuse qui s'impatientait un peu car elle avait d'autres clients qui attendaient.

-Un vin rouge de pays... du Champagne par exemple... mais nature !...

-Nature ? Fit la servante qui manifestement ne connaissait que le champagne à bulles...

-Oui... du champagne nature... sans bulles... comme cela se faisait autrefois... et rouge bien entendu... Vous devez avoir cela ?...

-Je vais voir...

Elle revint au bout d'un moment :

-Un vin rouge de Bouzy... cela convient-il à ces Messieurs ? Il nous reste une bouteille... vous avez de la chance.

-Du Bouzy ?.. C'est parfait !

Les deux ecclésiastiques mangèrent de bon appétit tout en devisant gaiment. Le cardinal était d'humeur joyeuse, comme à son habitude. De plus, il fêtait ce jour-là son anniversaire car nous étions le 18 mai... Il avait... oui, il avait bien cela... et même plus... A la fin du repas, la serveuse vint leur demander :

-Ces messieurs ont bien mangé ? Voulez-vous un café ?

-Non, pas de café, fit la cardinal : j'ai peur qu'il ne m'empêche de dormir... En revanche, comme c'est aujourd'hui mon anniversaire, apportez-nous une demi-bouteille de Champagne ! Du brut ! Et cette fois-ci, à bulles !... Cela me rappellera mon escapade champenoise...

La serveuse alla chercher ce qui lui avait été demandé, puis en rapportant la bouteille, elle dit :

-Voilà le champagne. Et puisque c'est aujourd'hui votre anniversaire, grand-père, permettez-moi de vous embrasser !

Elle se pencha et déposa deux baisers sonores sur les deux joues du « grand-père » et se retira, non sans lui adresser son plus joli sourire. Mais dans la salle, un client avait reconnu le cardinal Marty. Il prévint discrètement le patron qui en informa la serveuse. Elle revint alors toute rougissante pour s'excuser de sa hardiesse.

-Je vous demande pardon, Monseigneur, je ne vous avais pas reconnu quand je vous ai embrassé !

-Que je vous pardonne ? Mais de quoi, grand Dieu ! Je n'ai rien à vous pardonner ! Vous n'avez rien fait de mal, que je sache ! Mais, dites-moi ! Cela ne vous a pas fait mal, au moins ?

-Non bien sûr... mais...

-Eh bien, à moi non plus, fit le prélat en riant. Allez, Mademoiselle, soyez donc bien tranquille, allez en paix et... merci pour le service !

 

Allez, à plus !

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