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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 08:41

 

Mais ce jour-là, contrairement à beaucoup d’autres villes libérées, pas de liesse générale, pas de cris de joie comme à Paris trois semaines plus tôt. Un énorme soulagement certes, mais aussi une immense douleur. Pourquoi ?

Le 22 août, la fermeture de la poche de Falaise avait terminé l’encerclement des forces allemandes de Normandie, mais laissé passer 50 000 hommes, sans leur matériel il est vrai. (certains avancent le chiffre de 100 000 hommes). [voir “ Et si la guerre avait été gagnée 6 mois plus tôt ? ” dans l’almanach 2005]. Les Allemands avaient traversé la Seine tant bien que mal.

La garnison du Havre comprenant 11 000 hommes venait de recevoir son nouveau chef le 14 août, le colonel Wildermuth. Ce choix (un colonel plutôt qu’un général) indiquait clairement que l’état-major allemand désirait seulement gagner du temps en fixant là des troupes alliées qui auraient été utiles ailleurs. La ville était devenue un redoutable camp retranché, une Festung, avec des batteries d’artillerie, des casemates en béton, un fossé antichar et des milliers de mines. Ajoutons que 60 000 Havrais étaient restés dans la ville.

Montgomery veut rattraper son retard. Il commande au 1er Corps d’armée commandé par le général Crocker de prendre la ville. C’est l’opération Astonia. Devant les risques de nombreuses pertes qu’un assaut frontal de la Festung occasionnerait, la RAF est appelée en renfort. C’est là que les choses se gâtent.

La ville avait supporté vaillamment de nombreux bombardements durant les 4 ans d’occupation. Mais là…..“ Entre le 1er et le 12 septembre, 2 042 sorties ayant Le Havre pour objectif furent effectuées. 11 000 tonnes de bombes furent lâchées sur la ville dont 5 000 au cours d’une attaque en plein jour concentrée sur un secteur d’une faible superficie ”. (Air Chief Marshal Sir Trafford Leigh-Mallory)

C’est cette attaque du 5 septembre qui fait mal et au sujet de laquelle on se pose encore aujourd’hui la question de savoir si elle était indispensable. Il y a un an, la revue “ Le Point ” dans son numéro 1669 du 9 septembre 2004 titrait : “ Fallait-il raser le Havre ? ”…..Oui, était-il indispensable de détruire Le Havre ?….

“ Vous seriez venus il y a 15 jours….avoue le maire Pierre Courant. Une ville alors pleine de fleurs…Hélas ! Il y a eu le 5 septembre…. ”

“ Pourquoi ces bombardements ? Pourquoi cet acharnement ? demande l’ingénieur en chef Druhart aux autorités militaires anglaises. Un colonel allié répond: “ Pour éviter un combat de rues. Le précédent de Caen nous a montré à quel point un tel combat peut être meurtrier ”. Puis il ajoute avec une pointe de cynisme ou d’inconscience : “ C’est vrai : la prise du Havre ne nous aura causé que 27 tués, 38 disparus et 206 blessés à la West Yorkshire Division, et 13 officiers et 125 hommes tués ou disparus chez les Ecossais. ”… “ Et nous dans cette affaire ?….s’insurge l’ingénieur havrais. “ Le sacrifice délibéré de votre population est en quelque sorte la rançon de l’économie en vies humaines des troupes en opération. ”….On ne peut être plus clair. Les 2 000 victimes havraises comptent….pour du beurre ! Le général Barker en met une couche : “ Je n’ai aucune hésitation à dire que le succès de l’opération Astonia a reposé, pour une très large part, d’abord sur le magnifique bombardement opéré par la RAF…. ” Magnifique bombardement…Les victimes du tunnel Jenner auraient apprécié…..

Il est bien compréhensible qu’après cette libération le climat ait été lourd dans la ville. Le major Lindsay constate “ que les Français sont plutôt frais à notre égard. Tous les restaurants et café sont fermés. ” Un autre officier qui demande si l’on peut organiser un bal pour les officiers est tout surpris de la réponse : nous ne voulons pas nous en occuper. La ville entière est en deuil.

Oui, la ville est en deuil. Les Havrais pensent que le prix de leur libération est vraiment trop cher payé. Principalement le bombardement du 5 septembre qui détruisit le centre ville. Les Alliés ont cru (ou estimé…ou pensé….) que le quartier général ennemi s’y trouvait, alors qu’il était au fort de Tourneville. Qui les a donc induits en erreur ? A moins que ce ne soit “ un acte voulu et délibéré de destruction d’une ville française ”, comme l’affirme un témoin qui était sous les bombes ce jour-là. On a quand du même du mal à croire cela….Mais en temps de guerre, tout, même l’impensable, n’est-il pas possible ?

Il est certain que les Alliés voulaient avoir à leur disposition un port en eau profonde le plus rapidement possible et à n’importe quel prix. Le Havre par exemple. Ce qui est tout aussi certain c’est que les aviateurs ont bien bombardé la cible qui leur avait été assignée. Pas d’erreur de cible. On a donc en haut lieu donné l’ordre de bombarder le centre ville. Il fallait faire vite. Montgomery avait besoin des troupes immobilisées devant Le Havre pour continuer la guerre sur la Meuse, dans les Flandres. Cette urgence a-t-elle scellé le sort de la ville ?…..

Le fait est qu’elle a été prise en 48 heures alors que les défenseurs allemands pensaient pouvoir tenir des mois. Les bombardements avaient brisé le moral des défenseurs. Le colonel Wildermuth n’était pas un nazi fanatique. Efficace et déterminé dans le combat, il le cessera lorsqu’il jugera le sacrifice de ses hommes inutile.

Au soir su 12 septembre, Le Havre est rasé à 80%. “ La ville n’a plus qu’un mètre de haut ” peut écrire un soldat britannique à sa famille. Le général Crocker dira : “ ce n’est pas la guerre, c’est un assassinat. ” (This is not war ! It’s a murder !)

 

Sans commentaires...

 

(à plus...)

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 08:52

 


 

 

Reprises de mes activités "blogueuses"... J'espère que vous ne vous êtes pas trop ennuyés...

 

Voici une histoire que j’ai retrouvée sur un vieux grimoire enfermé dans une vieille malle poussiéreuse et couverte de toiles d’araignées. Je l’ai traduite…..avec beaucoup de mal. Certains noms sont restés illisibles. J’ai dû compléter comme j’ai pu… Je vous la livre in extenso.

 

 Les chasses du Marquis de K. (Kergadiou ? Kerbuzulic ?…) étaient réputées. Aucun des seigneurs des alentours, et même de plus loin parfois, n'aurait manqué ces grandes réunions automnales. Le gibier était fort abondant, et surtout, la table excellente. Le marquis savait recevoir ses hôtes.

Ce jour-là donc, après une journée passée à courir les bois, alors que les manants avaient battu les halliers pour y débusquer le gibier, les seigneurs et leurs gentes dames se pressaient dans la grande salle, autour d'une table richement garnie. Le vin aidant, les conversations allaient bon train. On parla de la chasse évidemment, et la discussion glissa vers les plaisirs de la table. Maintes recettes, toutes aussi originales les unes que les autres, furent évoquées. C'est alors qu'un jeune vicomte de P. (Penthièvre ? Poher ?) qui n'avait pas encore parlé, sans doute car il se trouvait en bout de table, n’étant que vicomte dans une assemblée où le moins titré était marquis, laissa tomber doctement :

- Tout cela ne vaut pas l'anchois tel que mes gens le préparent.

Le silence se fit et les regards se tournèrent vers lui avec curiosité. Que voulait ce jeune freluquet, simple vicomte, qui se permettait d’interrompre les grandes personnes ? Qui a donc bien pu l’inviter ? se demanda le marquis de K. ?….Mais puisqu’il était son invité, il lui fallait faire bonne figure. Il se redressa un peu, lissa sa fine moustache et laissa tomber dédaigneusement :

- L'anchois ? ...... Que diable nous parlez-vous d'anchois !

- Eh oui, l'anchois ! persista notre vicomte. Mais laissez-moi vous narrer la chose. Permettez que je m’installe mieux ?…

Il se leva et alla s’asseoir au centre de la table, poussant légèrement le duc de B. (Brasparts ? Begantruc ?) et continua le plus naturellement du monde.

- Vous prenez une olive bien mûre, vous ôtez le noyau et y introduisez l'anchois. Attention, suivez bien. Vous placez l'olive dans un étourneau, l'étourneau dans une perdrix, la perdrix dans un coq de bruyère, le coq de bruyère dans une dinde, la dinde dans un daguet. Vous embrochez le tout et vous faites rôtir au feu de bois.

Devant l'air ahuri de ses compagnons, le jeune vicomte ajouta, après quelques instants de silence :

- Les vrais gourmets, dont je fais partie, ne mangent que l'anchois.

- Mais......fit un convive, et le reste ?....... Qu'en faites-vous ?

- Voyons !….répondit le vicomte offusqué, à la cuisine.....pour nos gens....... ”

 

(à plus...)

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 08:42

 

En 2009, je suis allé interviewé le responsable de la communication de l'Automobile Club de l'Ouest au Mans, qui gère les 24 heures du Mans. C'était pour l'almanach du Maine 2009 et certains ont peut-être pu lire cet article. Pour les autres, le voici.

C'est une façon de répondre à ceux qui trouvent que les circuits automobiles (Le Mans entre autres...) sont inutiles et gaspilleurs d'énergie... Mais non, ils sont utiles... La preuve... Une précision : Le Mans est un circuit d'endurance, contrairement aux circuits de F 1 qui sont des circuits de vitesse...

 

 

 

Le monde de l'automobile progresse toujours. Ces progrès réalisés en un siècle sont considérables et l'on ne s'étonne plus maintenant de telle ou telle innovation technique en se disant : c'est normal... Ce ne l'a pas toujours été... Dans ce domaine, la célèbre course automobile des 24 heures du Mans a joué un grand rôle car elle est le laboratoire de toutes les innovations automobiles. Ces innovations ont porté sur la voiture mais aussi, et on y pense moins, sur le revêtement routier. Pour une course comme celle des 24 heures, et pour des voitures très basses afin d'offrir le moins de prise au vent, le bon état de la chaussée est primordial. Il importe qu'elle soit parfaitement plane, sans aucune aspérité. Et savez-vous que les fameuses bandes blanches, autrefois jaunes, ont vu le jour au Mans ?

En ce qui concerne la voiture, on pense d'abord aux améliorations apportées au moteur. Certes... Mais on oublie les autres « détails » qui sont extrêmement importants comme l'éclairage, les pneus, les liaisons radio, j'en passe et des meilleures...

La forme de la voiture a évolué; les premières voitures étaient des carrosses à moteur... Maintenant l'aérodynamisme est de rigueur, et plus encore de nos jours la protection de l'environnement.

Mais laissez-moi vous égrener les améliorations qui ont vu le jour depuis les débuts des 24 heures du Mans...

 

1906 : premier Grand Prix de l'ACF sur le Circuit de la Sarthe. Apparition du revêtement goudronné (silicaté), puis en 1922 sur la ligne droite des Hunaudières d'un revêtement spécial (goudron, Vialit, silicates et gravillons).

La même année : première jante amovible testée avec succès par Michelin sur la Renault de Szisz, vainqueur du premier Grand Prix de l'ACF.

 

1923 : Le Grand Prix de l'ACF devient les 24 heures du Mans. Apparition de l'éclairage routier. Les principales difficultés du circuit sont éclairées par des projecteurs sur support (technique Magondeaux)

 

1926 : phare anti-brouillard. Il s'agit d'un phare additionnel central appelé « le cyclope » ou encore « le monocle ». Victoire de la Lorraine-Dietrich N° 6 de Bloch et Rossignol.

 

1927 : Apparition de la première traction avant mise au point par les ingénieurs Grégoire et Fenaille sur la Tracta.

 

1933 : première ligne axiale jaune sur les Hunaudières afin de permettre au pilote de mieux voir son positionnement sur la route. Signalons que déjà en 1922 la ligne droite des Hunaudières avait été consacrée « laboratoire national » par les Ponts et Chaussées.

 

1951 : pneu radial. Victoire en catégorie 1501 à 2000 cc de la Lancia Aurelia 820. Le pneu radial de série verra le jour en 1972 sur Corvette.

 

1952 : Naissance de la liaison radio véhicule-stand par l'installation d'une antenne sur l'aile de la Cunningham C4-R. Le pilote est ainsi en liaison constante avec son stand, et réciproquement.

La même année : injection directe sur Mercedes 300 SL. Elle verra de très nombreuses applications en série après 1965 et permettra de résoudre des problèmes de pollution.

 

1953 : freins à disques testés sur la Jaguar type C N° 18 victorieuse avec Rolt et Hamilton, et équipée en freins Girling.

La même année apparition du premier tableau de bord anti-reflet sur les Alfa-Roméo. Cette innovation sera ensuite généralisée pour tous.

 

1963 : moteur à turbine sur la BRM qui sera hors classement de course bien que placée à la 7è place du général.

La même année apparition des phares à iode. A l'origine, il s'agissait de phares de complément sur les Porsche et Ford. En 1965 les phares principaux seront à iode, avec des lampes H4.

 

1970 : moteur rotatif expérimenté sur Chevron à motorisation Mazda. En 1991 victoire de Weidler-Herbert-Gachot sur Mazda 787 B.

La même année, apparition du stratifié de type Kevlar. Ce nouveau matériau, qui allie légèreté et rigidité, est testé sur la Ligier JS1.

 

1974 : moteur à turbo-compresseur testé en 1974 et qui verra sa première victoire en 1976 avec la Porsche 936 de Ickx et Van Lennep.

 

2006 : première victoire d'une motorisation Diesel avec l'Audi R10 de Biela-Pirro-Werner. Déjà en 1949 et 1950 on avait assisté à la première participation d'une motorisation Diesel au Mans avec Delettrez.

 

Vous pouvez constater que nos voitures actuelles bénéficient de toutes ces améliorations qui sont devenues « monnaie courante », si je puis employer l'expression...

Alors, si vous voulez voir de plus près ces fameux bolides, n'hésitez pas à aller voir la course. Vous ne pouvez pas vous tromper. Elle se déroule toujours au cours de la 24è semaine de l'année. Pour cette année, c'est trop tard. Mais prenez date pour juin 2010 ! (pour vous lecteurs d'octobre 2010, ce sera juin 2011...)

Gérard Nédellec

(réalisé avec les renseignements fournis par le service de communication des 24 heures)

 

(A plus...)

 

Ah ! Un détail... Je m'absente pour 5 jours, le temps d'aller à Châteaulin  le 8 pour la sortie officielle de mon dernier livre ("L'Ecole des Frères"... faut-il encore vous le rappeler ?...) et participer dimanche 10 au salon du livre de Châteaulin. Le blog sera donc muet pendant ces jours...  Je sais que ce sera dur pour vous... Vous me retrouverez la semaine prochaine.

 

(A re-plus...)


 

 

 

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 07:50

Je parie que vous ne connaissez pas Jean Marco. Il fut pourtant le chanteur vedette de l'orchestre de Jacques Hélian mais il y a de cela plus d'un demi  siècle aussi les plus jeunes seront excusés...

Il est mort tragiquement et j'avais écrit ce texte pour l'almanach du Maine 2009 en m'inspirant du livre de Zappy Max sur Jacques Hélian. Sa disparition fut un choc pour tous ceux qui aimaient sa voix chaude... 

 

 

 

 

Dans le début des années 1950, l’orchestre de Jacques Hélian était l’un des plus populaires, sinon le plus célèbre des grands orchestres français. Il y avait eu également Ray Ventura, Fred Adison, Raymond Legrand… et j’en passe.

Jacques Hélian était alors « au faite de sa gloire » comme l’écrira Zappy Max dans le livre cité en référence. Un autre chanteur était aussi très célèbre : Tino Rossi. Pourquoi ne pas associer les deux vedettes ? D’abord réticent, Tino accepta sous la pression amicale de Jacques Hélian de participer à un spectacle qui dura trois semaines à l’Alhambra-Music-Hall à Paris.

Jean-Jacques Vital, toujours à l’affût de nouveautés, envisagea de promener dans toute la France ce spectacle réservé jusqu’alors aux Parisiens. Zavatta accepta de prêter son cirque le Zoo Circus, rebaptisé pour la circonstance Super Circus. Jacques Hélian fut plus hésitant car l’idée de jouer dans un cirque ne l’enthousiasmait pas tellement… Il accepta finalement pour le plus grand bonheur des spectateurs futurs…

Cependant les musiciens n’étaient pas tous favorables à cette tournée qui devait durer quelques mois. Il leur fallait quitter leur famille, leur confort, changer de lieu d’hébergement chaque soir. Jean Marco était alors le chanteur vedette de l’orchestre. Il devait d’ailleurs quitter l’orchestre à la fin de la saison pour tenter sa chance seul. Sa notoriété l’y encourageait. Il avait prévenu Jacques Hélian de son départ proche et voyait peu d’intérêt à une nouvelle tournée qui ne lui apporterait rien de plus. Mais Jean-Jacques Vital voulait à tout prix son « crooner ». Pour son malheur, Jean Marco accepta finalement…

La première représentation de ce nouveau spectacle se déroula à Saint-Denis le 11 avril 1953 Ensuite le cirque partit sur les routes de Normandie et de Bretagne. Plus qu’un spectacle, « trois spectacles en un seul ». : le cirque avec Zavatta, la radio avec Tino Rossi, le music-hall avec Jacques Hélian et son orchestre ! De l’inédit !

Le 25 juin, le Super Circus planta son chapiteau à Angers. Le spectacle avait rencontré un immense succès et à Angers, il en avait été de même. A la fin du spectacle, vers une heure du matin le 25 juin, Jean Marco décida de rentrer sur Paris avec sa voiture. Il venait de commander une caravane car il ne supportait plus la vie d’hôtel et ses changements répétés. Il désirait un peu de stabilité. Il avait hâte de voir arriver sa caravane et voulait vérifier sur place où en était sa commande.

Ne souhaitant pas rouler seul la nuit, il convainquit le saxophoniste Georges Cloud et le batteur Jacky Bamboo de l’accompagner. Il n’y avait pas à cette époque l’autoroute qui existe maintenant et qui permet d’éviter (en principe…) qu’une voiture se présente en face…

Dans la côte de Connerré, le destin avait donné rendez-vous à Jean Marco et ses deux amis. Venant à leur rencontre, une camionnette conduite par un chauffeur ivre zigzaguait sur la route. Le choc était inévitable. Il fut d’une extrême violence. Jean Marco qui conduisait et Georges Cloud qui occupait la place du passager avant étaient morts sur le coup. Jacky Bamboo, à l’arrière, fut gravement blessé.

La gendarmerie vint prévenir Jacques Hélian au petit matin. Zavatta et lui se rendirent immédiatement à Connerré où les deux corps avaient été transportés dans une salle de la mairie. La tristesse fut générale aussi bien chez leurs amis musiciens mais encore dans toute la France car Jean Marco était très aimé, principalement on s’en doute parmi la gent féminine… Sa voix de velours, son physique de jeune premier et sa grande gentillesse avaient conquis tous les cœurs.

Mais comme on dit dans ce milieu : « le spectacle continue ! » Il fallut immédiatement trouver un autre saxophoniste et un nouveau batteur. Un peu plus tard, c’est à Jean-Louis Tristan qu’échut le redoutable honneur de remplacer Jean Marco. Il s’en acquitta très bien mais personne n’oublia Jean Marco.

Le soir du 25 juin, il fallait donner une nouvelle représentation. Le public fut prévenu qu’un deuil cruel frappait l’orchestre. Tous les spectateurs étaient au courant car la radio avait abondamment diffusé la triste nouvelle. Jean Marco était une grande vedette. Sa mort brutale à 30 ans, en pleine gloire, avait frappé de stupeur la France entière.

La première partie consistait en un spectacle de cirque. Mais le grand Zavatta n’avait pas envie de rire. Il entrait habituellement en criant : « Au secours ! Je viens de voir un monsieur déguisé en langouste avec une grande fourchette à la main ! » Cette réplique faisait rire aux larmes Jean Marco. Peut-être l’Auguste y pensa-t-il car ce soir-là des grosses larmes coulaient de chaque côté de son nez rouge.

Quand les musiciens de l’orchestre entrèrent, pour la deuxième partie, ils s’assirent devant leur pupitre et se mirent tous à pleurer. Zavatta s’approcha alors et demanda : « Vous voulez qu’on rembourse, les gars ? »

Mais le sens du spectacle était plus fort que leur grande peine et d’un commun accord, avec Tino Rossi lui aussi très éprouvé, ils décident de continuer : « non, il faut jouer quand même ! ». L’émotion était générale, le public communiait aussi avec la douleur des artistes. Finalement, les musiciens se mirent à jouer. Et le spectacle put se poursuivre. Mais dire que leur prestation ce soir-là fut excellente serait exagéré… mais le public fut indulgent…

Les deux dernières chansons enregistrées par Jean Marco étaient « La petite Marie » et un titre prémonitoire « Toujours dans les nuages »…

 

(à plus...)

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 08:07

 

Texte paru dans l'almanach du Breton 2005. Vous pourrez peut-être découvrir le nom de ce bateau historique et aller le voir à Saint-Malo où il réside maintenant depuis sa restauration. En effet, depuis la publication de ce texte que j'avais écrit pour le faire connaître, il a été restauré et son inauguration a eu lieu "en grandes pompes".

C'est un pan de notre histoire que vous découvrirez et il a sans doute encore besoin de vous...

 


 

 

18 juin 1940 : les habitants de l’Île de Sein ont entendu l’appel du Général de Gaulle. On sait que cent trente-trois hommes de Sein sont partis pour l’Angleterre sur une population de mille deux cents personnes. Faut-il rappeler les bateaux qui ont rejoint la Grande-Bretagne ?…Le Monique Andrée de Brest qui transporte des militaires en provenance de Sein, le Velléda, ravitailleur des phares qui embarque 43 Sénans, Le Rouanez-ar-Mor, le Rouanez-ar-Peac’h, le Maris-Stella, le Corbeau des Mers, des bateaux de pêche.

Mais un navire les avait devancés, l’Ar-Zenith, le courrier de l’Île de Sein, qui avait quitté les quais d’Audierne le 19 juin avec des Audiernais, des habitants du Cap Sizun et des chasseurs alpins. Le chef de ces derniers, le lieutenant Dupont, avait armé le navire de mitrailleuses Hotskitch car les avions allemands commençaient à survoler le Raz de Sein. Après une escale à l’Île de Sein, l’Ar-Zenith appareille pour Ouessant. Là, certains prendront le Velléda pour se rendre en Angleterre.

Le “ corsaire de la France Libre ” sous la direction du patron Jean-Marie Menou assisté de trois hommes d’équipage quitte Ouessant pour l’Angleterre où il arrivera le lendemain 20 juin vers 18 h 30 en rade de Plymouth. Un officier de la Royal Navy lui indique qu’il est trop tard pour accoster, qu’il faut attendre le lendemain.

L’Ar-Zenith tourne donc en rond toute la nuit avant d’avoir l’autorisation d’entrer au port le 21 juin.

Ainsi, l’Ar-Zenith a permis à 25 civils (21 d’Audierne plus l’équipage) et à environ 70 militaires (20 à Audierne et environ 50 à Ouessant) de rejoindre l’Angleterre afin de continuer la lutte comme le demandait le Général de Gaulle. Ils seront parmi les premiers engagés de la France Libre.

Après bien des péripéties, l’Ar-Zenith se trouve actuellement Cale des Torpilleurs à Saint-Malo (face à la tour Solidor). Mais il est en piteux état. Une association, l’APPEL, s’est donné pour mission de le restaurer afin que les jeunes générations n’oublient pas. Il est prévu également d’en construire une réplique qui naviguerait et donnerait le départ de la régate de la Liberté qui partirait de Camaret, ferait escale à Audierne, à sein, à Ouessant, et rejoindrait Plymouth. Le retour à Saint-Malo est prévu le 14 juillet. Voilà l’objectif pour les années à venir.

Mais vous aurez compris que malgré toutes reconnaissances et les aides officielles, nous sommes tous concernés par ce témoin de notre Histoire. Un témoin qui aujourd’hui a besoin de nous tous.

 

(Pour plus de renseignements, “ Association Pour Perpétuer l’Esprit de Liberté ”, le Clinfoc 1 Esplanade du Cdt Menguy, 35400 Saint-Malo.

Site internet : http://www.ar-zenith.org

 

( A plus...)

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 09:26

 


Extrait de l'almanach du Normand 2010... un personnage pittoresque... que vous ne connaissez sans doute pas...

Le voici !

 

 


Paul Démarais débarqua à Honfleur en 1927. Il était pharmacien de première classe et vint s'installer place Hamelin à la place de la pharmacie Lelandais qui avait succédé au pharmacien Allais. C'était un « horsain » puisqu'il était originaire de la région d'Etretat. Ce n'est pas si loin que cela...

Il avait alors 55 ans et venait de l'Allier. Les raisons de son déménagement pour la cité des peintres sont assez obscures... mais les mauvaises langues murmurent que notre homme avait fait un séjour à l'asile de Moulins... Il occupa très vite le devant de la scène et eut la réputation de quelqu'un de compétent dans sa profession. Rappelons-nous qu'à cette époque le pharmacien fabriquait toutes les prescriptions ordonnées par le médecin, aidé par justement le préparateur en pharmacie. Les laboratoires pharmaceutiques n'existaient pas encore. Le pharmacien devait donc savoir parfaitement doser les différents ingrédients qui entraient dans la composition de ses préparations. A ce petit jeu subtil, Démarais avait acquis une expérience et un professionnalisme reconnu et apprécié.

Mais... et ce « mais » est important... son imagination débordante et son petit grain de folie... disons le mot... lui firent commmettre quelques excès.

Ainsi par exemple il avait composé des solutions médicamenteuses qui devaient soulager tous les maux de l'humanité souffrante... L'éventail était large : de la grossesse jusqu'à la chute des cheveux en passant par la tuberculose et l'obésité...

Le mal de mer également... Il inventa une sorte de potion magique qui connut un certain succès et qu'il baptisa le « passocéan »... Pour la traversée Honfleur-Le Havre, c'était suffisant... Il s'agissait d'un flacon à respirer en cas de malaise, et pendant que nos patients respiraient, ils ne pensaient plus à leur mal...

Il avait aussi publié une méthode pour apprendre l'anglais, appelée « Méthode de l'anglais Démarais pour apprendre à parler ». Il portait l'accent sur la prononciation et cela est louable à une époque où seuls comptaient la version et le thème anglais. Cela donnait ceci :

« Je suis content d'être ici ». « Aille êm glad tou bi hî-eu ».

« Voulez-vous manger avec moi ? » « Ouil you brekfest ouiz mi ? »

« Avec grand plaisir, mon cher ». « Ouiz grèt pléjeu, maille dîr »...

Original certes, mais c'est assez bien vu, n'est-ce pas ?

Cette méthode obtint le « Prix Broquette-Gonin » délivré en 1931 par l'Institut de France, ce qui prouve que la technique n'était pas si extravagante que cela...

En fait, le rêve et la réalité se côtoyaient sans cesse chez notre homme et bien malin celui qui pouvait déceler l'une dans l'autre... ou inversement. Dans les idées les plus folles, il y a souvent une once de bon sens... Ce qui est certain c'est qu'il avait un sens du commerce peu commun, un bagout intarissable et un culot monstre, le tout pimenté d'humour.

Il envoya un exemplaire de sa fameuse méthode à de grands personnages, politiques ou religieux (l'évêque de Bayeux par exemple) et reçut des réponses polies, aimables, encourageantes. Il ne fallait pas décourager des électeurs potentiels !

Fort de ces mots d'encouragement, Démarais publia « Le livre d'or de la méthode d'anglais Démarais d'Honfleur » afin de montrer que sa méthode était soutenue à la fois par l'Académie, l'Eglise et le monde politique.

Un autre ouvrage occupera un moment son temps : un petit opuscule, vendu 10 F, destiné à inciter ses concitoyens à réaliser des économies d'énergie (déjà !). Les conseils donnés étaient pour la plupart pleins de bon sens.

Mais cela ne suffisait pas à notre agité. Il fallait une dimension plus... enfin moins... bref un auditoire plus large. C'est ainsi qu'il réussit à se faire élire conseiller municipal en 1933. A partir de cet instant, il ne se « sentit » plus. Il alimentera la chronique honfleuraise par ses excès, son extravagance, sa démesure, ses colères vraies ou feintes, toutes dirigées vers les notabilités locales. Le maire d'Honfleur sera alors sa bête noire. Il fondera un journal car à son goût, la presse locale, « l'Echo honfleurais », ne lui donnait pas suffisamment la parole pour exprimer sa désapprobation. Ce fut « Le Journal des Ecrasés de la Nation », supposé défendre tous les opprimés, écrasés par une fiscalité pesante et une administration partisane.

Suivit la création d'un parti politique, « Le Parti National Humaniste », censé rassembler tous les mécontents. Les colonnes du journal des écrasés publièrent les 40 articles composant les statuts, entre les publicités pour les potions du Passocéan ou celles pour chauves désespérés et la méthode d'anglais dont nous avons parlé.

En 1939, il décida de se présenter à l'élection présidentielle et débarqua à Versailles où le Congrès réuni devait élire Albert Lebrun. L'heure n'était plus à la rigolade...

Mais son état mental empira et on dut l'interner au Bon Sauveur de Caen où il mourut dans la plus grande discrétion quelques années plus tard, on ne sait au juste quand...


(à plus...)

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 07:22

 

Une petite histoire qui permettra j'en suis sûr d'introduire plaisamment l'étude des fractions à l'école.... Ce sujet est tellement difficile que j'y apporte ma modeste contribution... Extrait "d'Histoires abracadabrantes"... pas encore publiées... On peut le regretter...

 

 


Désirant me rendre à Thiers, je me dirigeai vers la gare routière d'où partaient tous les cars.

Arrivé devant le guichet, j'entendis le voyageur qui me précédait questionner le préposé.

- « Pardon, Monsieur. Y a-t-il un car pour Thiers ? fit-il en insistant sur les deux noms.

- C'est pour faire des mathématiques ?

- Non, je suis en vacances. C'est plutôt pour un voyage.

- Bon. Ecoutez bien. Sachant que par jour il y a cinq cars pour Thiers, que trois cars dont déjà partis, il reste donc .... un quatrième car et un cinquième car pour Thiers. Cela vous convient-il ?

- Parfaitement. Ce qui me fait donc deux cars pour Thiers... Mais ceci ne me dit pas à quelle heure part le prochain car.

- Au quart !

- Au quart de quelle heure ?

- Au quart de quatre heures.

- Avant ou après ?

- Ni avant ni après : il part juste à l'heure dite.

- Oui, mais cela ne me le dit pas !

- L'heure dite est l'heure exacte à laquelle part le car, c'est à dire le quart. Et il faut être à l'heure, car il part au quart de tour.

- Oui, mais moi, c'est le car de Thiers qui m'intéresse, pas le car de Tours.

- Qui vous parle du car de Tours ? Je vous dis que le car de Thiers part au quart de tour. D'ailleurs, le voici qui passe. Vous repasserez !

- Alors, je l'ai manqué ?

- Oui ! Quand on coupe les cheveux en quarts, on manque le car ! Il vous reste le cinquième.

- Quel cinquième ?

- Le cinquième car ! C'est pourtant clair !

- Et à quelle heure part-il celui-là ? Vous n'allez pas me dire qu'il part au quart lui aussi !

- Mais si ! Tous les cars partent au quart : c'est plus facile à retenir. Quand on demande à quelle heure part le prochain car, on répond : au prochain quart ! Vous avez ainsi la réponse dans votre question. Astucieux, non ?

- Je vois ....Donc, ajouta-t-il en consultant sa montre, le prochain car part au quart, il est la demi, j'ai le temps d'aller en prendre un.

- Deux si vous voulez !

- Bon. Je vais déjà prendre le premier. Donnez-moi un billet demi....tarif...pour Thiers.

- Vous remplissez les conditions ?

- Je l'ignore. Mais avouez que prendre le cinquième car pour Thiers, qui part au quart de tour et au quart, ne l'oublions pas, après avoir manqué le quatrième car qui part aussi au quart, comme tous les cars, cela mérite bien un demi....tarif !

- Bon. …...Le voici. Maintenant, j'irais bien prendre un demi avec vous !

L'employé allait partir, me laissant seul avec les tiers et les quarts, à moins que ce ne soit les cars et les Thiers .....

- Eh ! Monsieur, lui lançai-je. Avant de vous absenter, pourriez-vous me servir ? Vous en avez pour un quart de seconde ....

- Je vous écoute ! dit-il d'une voix administrative.

- Voilà ! .... Je voudrais deux places pour Troyes.

Il me regarda avec stupeur.

- Deux places pour trois ? ...... fit-il en écho d'un air incrédule. Il y en a un qui s’assoira sur vos genoux ?

- Mais non ! Pourquoi ?

- Mais parce que je dois vous donner trois places si vous êtes trois !

- Puisque je vous dis que nous ne sommes que deux !

- Pourtant ..... j'ai bien entendu deux places pour trois !

En prononçant ces mots, deux doigts s'ouvraient à sa main gauche, et trois à la droite.

- Ah ! fis-je en riant, je comprends ! Je voudrais deux places pour Troyes, dans l'Aube !

- Bon.... comme cela, ça va ! Je vous les donne ! ..... Et maintenant, personne ne veut plus rien ? Quatre places pour Sète par exemple ? .... Alors, je ferme cinq minutes et je vous accompagne. J'ai la gorge sèche !

- Moi aussi !…..Si vous acceptez ma présence.... fis-je, ce n'est pas de refus ! »

Nous nous dirigeâmes tous les trois vers le bar "Aux quatre cars" .......

(A plus...)

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 08:02

Voici en primeur le début du début... c'est à dire de l'avant-propos... La suite, vous la lirez plus tard... sur le livre... du moins, je l'espère...

 

 


 

C'est une banalité de dire que les études actuelles n'ont que peu de points communs avec celles d'il y a un demi siècle. Je ne parle pas seulement du contenu, qui a évolué, mais des conditions matérielles, de l'environnement scolaire, de tout ce qui concerne la vie concrète d'un élève.

L'internat par exemple s'est fait plus rare, et dans les cas où il existe encore, il n'a rien à voir avec celui pratiqué voici 50 ans. A l'époque que j'évoque dans ces pages, nous ne rentrions chez nous qu'aux petites vacances : la Toussaint, Noël, les Gras, Pâques, et bien évidemment les grandes vacances. Encore convient-il de préciser que la durée de ces vacances était nettement plus courte qu'elle ne l'est actuellement. Quatre ou cinq jours à la Toussaint ou aux Gras, une douzaine à Noël et Pâques. Les vacances des Gras et de Pâques étant tributaires de la date de Pâques, il arrivait que le deuxième trimestre scolaire soit ou très court si Pâques tombait par exemple le 26 mars, comme cela est arrivé, ou très long, dans le cas de Pâques le 22 avril... Le changement des dates des vacances, non plus « de Pâques », mais « de printemps », a rééquilibré le deuxième trimestre. Mais à l'époque, il aurait été aberrant de voir la fête de Pâques tomber en dehors des vacances...

Ce qui signifie que nous restions à l'école un mois et demi à deux mois sans rentrer à la maison. Nos pères ou grands-pères en faisaient bien plus, puisqu'ils ne rentraient qu'à Noël et Pâques, et encore... Les jeunes pensionnaires du XXIè siècle, habitués à rentrer tous les vendredis soir à la maison, doivent penser que c'était très dur... Précisons un détail important : nous n'habitions pas près de l'internat... C'est d'ailleurs son but : permettre à des jeunes dont les parents sont loin de poursuivre leurs études. Mais si je vous dis que ce « loin » signifiait 50 à 60 km, vous allez croire que j'exagère. Je vous assure que non, puisque nous étions en 1950 et qu'à cette époque peu de gens possédaient une voiture – les restrictions de la guerre n'étaient pas si lointaines – et il faudra attendre le début de la décennie suivante pour que la voiture reprenne une place de plus en plus envahissante dans les ménages. Pour aller d'Audierne à Châteaulin... par exemple... mais mon exemple n'est pas dû au hasard comme vous vous en doutez... nous mettions deux heures, dans un car qui s'arrêtait partout et ne roulait pas très vite, ceci explique sans doute cela. Eh oui : 50 km en deux heures ! Cela vous laisse pantois ! Mais... poursuivons notre propos...

Depuis quelque temps, on redécouvre les vertus de la pension. Elles n'ont jamais cessé d'exister... mais on les avait oubliées. La pension propose aux élèves des conditions de travail favorables. Des heures libres consacrées uniquement à l'étude puisqu'il n'est pas question de sortir se distraire en ville... et perdre son temps... sauf peut-être le mercredi... Les élèves sont installés dans des chambres à deux ou trois... et même seuls parfois...

De mon temps... (Ça y est ! Je me mets à parler comme un vieux !) Je veux dire... autrefois... à l'époque où j'étais moi-même interne, les conditions étaient nettement différentes. Outre le problème des vacances que j'ai soulevé, tout était... (je cherche le mot...)... différent tout simplement !

Je me propose de faire revivre devant vous la vie des pensionnaires de 1950 à 1954 dans une école tenue par des Frères de l'Instruction Chrétienne de Ploërmel, encore appelés Frères de La Mennais. Il s'agit de l'Institution Saint Louis de Gonzague de Châteaulin dans le Finistère (je le précise pour ceux qui seraient fâchés avec la géographie... car on n'apprend plus les départements...). Cette école, qui existe toujours mais a été elle aussi profondément modifiée, recueillait tous les élèves des autres écoles tenues par les Frères de la même congrégation qui, ayant passé le Brevet, voulaient poursuivre leurs études. Précision d'importance : seuls les meilleurs étaient accueillis... ce qui n'est plus le cas maintenant... mais nous en parlerons en temps voulu...

La pension était donc obligatoire, à moins d'habiter Châteaulin... Même ceux dont les parents n'habitaient pas très loin, Lothey, Dinéault, etc... devenaient internes comme les autres. Nous entrions en classe de Seconde puis de Première, à l'issue de laquelle nous passions le 1er BAC, enfin de Terminale : philosophie ou mathélème. A cette époque, il n'existait que ces deux options. La section Sciences naturelles ne fut instituée qu'un peu plus tard.

Comme je le fais habituellement, ces souvenirs sont racontés sous forme d'anecdotes. Lorsque l'idée d'écrire un tel livre m'est venue, j'ai contacté tous les anciens camarades avec lesquels j'avais passé ces quatre années, car j'ai redoublé la Terminale, comme je vous le narrerai... Je les ai réunis en 1997 pour des retrouvailles fraternelles, et nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions quittés la veille... ou presque. La chose me fut donc aisée car je connaissais toutes les adresses. Malheureusement, la camarde avait fait quelques coupes sombres dans la liste... Mais quelques-uns me répondirent. Je voulais obtenir d'eux des anecdotes qui m'auraient échappé, ainsi que des photos pour illustrer le livre.

Vous trouverez une autre façon de vivre et de travailler, et si nous étions enfermés pendant près de deux mois sans rentrer chez nous, je dois préciser que personne n'en a souffert... mis à part un léger cafard peut-être aux rentrées de vacances... mais qui ne durait pas (le cafard... les vacances non plus d'ailleurs...).

Nous étions bien occupés : aucun temps mort ou presque. Etude, travail, travail, étude... et les jeudis et dimanches, longues promenades dans la campagne environnante avec en « vedette américaine », le circuit de l'Aulne que nous avons parcouru des dizaines de fois... à pied je précise...

Cela nous permettait d'apprécier d'autant plus la maison lorsque nous y rentrions. Cet aspect des choses est loin d'être négligeable...

 

(c'est à suivre...bien sûr... Rendez-vous, le 8 octobre... ou après car il faut laisser au livre le temps d'arriver jusqu'aux librairies....)

 

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 07:49

 

  Cher ami lecteur,

 

C'est avec grand plaisir que je viens vous présenter mon 9e ouvrage : « L'École des Frères, mémoires d'un pensionnaire des années 1950 » et je suis certain que vous êtes curieux de découvrir la vie des « pauvres » internes que nous étions alors. Je pense bien entendu aux camarades qui m'accompagnaient dans ces moments cruciaux, mais aussi à tous ceux qui ont connu la vie - ô combien passionnante - de la pension dans un internat religieux, mais encore à ceux qui n'ont pas eu cette chance...

 

Depuis 10 ans que ma plume se promène sur les feuilles blanches, vous avez été nombreux à m'accorder votre confiance et à me faire savoir que mes anecdotes, bretonnes ou normandes, vous plaisaient. La satisfaction que j'ai éprouvée à écrire tous ces livres a été décuplée parce qu'elle a été partagée.

 

Dans ce nouvel ouvrage, je veux vous présenter une tranche de vie peu banale, comme nous n'en connaissons plus maintenant. Elle restitue l'atmosphère studieuse mais parfois étouffante d'un internat du milieu du siècle dernier, dirigé par les Frères de l'Instruction Chrétienne de Ploërmel, l'École Saint-Louis de Châteaulin.

 

Tous les acteurs de ce microcosme revivent pour votre plus grand bonheur : professeurs avec leurs manies, leurs tics, leurs défauts mais aussi leurs qualités ; élèves insouciants, toujours prêts à se livrer à des espiègleries de potaches, prompts à la moquerie jamais méchante, mais répondant « présents » le jour du bac.

 

Émaillées d'anecdotes savoureuses, prises sur le vif, amusantes ou émouvantes, illustrées de 32 photos d'époque, ces 400 pages vous feront suivre le quotidien quelquefois pesant des internés que nous étions, avec ses grandes heures et ses moments ordinaires, le tout raconté d'une plume enjouée où l'humour est rarement absent, avec un unique but : distraire et non ennuyer, témoigner et non juger.

 

Une seule préoccupation a guidé ma plume : raconter le plus fidèlement possible la manière dont nous avons vécu ces années enfermés entre les murs d'un pensionnat d'où nous ne pouvions sortir qu'en rangs par deux le jeudi et le dimanche pour des promenades revigorantes dans la campagne châteaulinoise, et pour les vacances, bien entendu ! Cependant ce n'était pas le bagne.

 

Saisissez le privilège d'être les premiers à découvrir ce récit frémissant de vie et de jeunesse, dont je sais qu'il est attendu avec impatience par beaucoup ; et avec intérêt par les autres.

 

Suivez-moi dans cette aventure captivante ! Vous n'aurez pas à le regretter !

 

À bientôt je l'espère ...

 

le 8 octobre 2010, de 18 à 20 h, pour la sortie officielle au collège-lycée Saint-Louis à Châteaulin !

 

Bien amicalement,

 

Gérard Nédellec

 

  Réservez dès maintenant

L'internat actuel ne ressemble en rien à celui des années 1950. Nous étions enfermés entre les murs austères d'un pensionnat sans le droit d'en sortir. Cependant, ce n'était pas le bagne...
Dans ce livre, abondamment illustré de photos d'époque, tous les acteurs de ce microcosme revivent pour votre plus grand plaisir : professeurs avec leurs manies, leurs défauts, mais aussi leurs qualités ; élèves insouciants, toujours prêts à se livrer à des espiègleries de potaches, prompts à la moquerie, rarement méchante, mais répondant « présent » le jour du BAC... Tous évoluent dans un pensionnat dirigé par les Frères de Ploërmel entre 1950 et 1954, l'École Saint-Louis de Châteaulin.
Cette tranche de vie restitue bien l'atmosphère studieuse mais parfois étouffante d'un internat au milieu du XXe siècle.
Il s'agit d'anecdotes prises sur le vif, amusantes, émouvantes, racontées d'une plume alerte où l'humour est rarement absent, de séquences retraçant les « grands moments » de la vie d'un pensionnaire, avec ses plaisirs et ses petits soucis.
Tout un monde passé resurgit devant vous.
Un survol rapide de l'historique de l'École Saint-Louis, ainsi qu'un chapitre sur l'École de nos jours, terminent l'ouvrage.

Gérard Nédellec, est né à Douarnenez en 1935, et a passé toute sa jeunesse en Bretagne. L’école des frères est son cinquième ouvrage publié chez L’àpart, des livres en cheminements.

412 pages
cahier photos 16 pages

des livres en CHEMINEMENTS
l'àpart buissonnière

Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Commande . . . . . . . . . . . . . . . . . . exemplaires au prix de 18 € (prix de souscription)
SOIT UN TOTAL DE . . . . . . . . . . . . EUROS (franco de port)
Chèque de réglement à joindre avec votre commande à l’adresse ci-dessous :
l’àpart - ZA du Bois d’Ortie 49730 Turquant
Ou par carte bancaire via : http://www.cheminements.fr
Nous informons les réservataires que leur chèque ne sera pas encaissé avant la livraison de l’ouvrage.
au lieu de 22€ (prix de vente public)
BON DE COMMANDE à découper et à renvoyer
Sortie : octobre 2010 - Offre valable jusqu’au 08/10/2010

 

nouvelle-couverture-copie-1.JPG

 

A plus...

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 08:16

Voici une histoire extraite de "L'Ecole de Monsieur Paul"...  afin de vous donner un aperçu de la chose...

 

 

 

 

En cette belle matinée du mois de mai 1924, il flottait dans l’air comme des parfums d’été, pour tout dire, des parfums de vacances. L’hiver avait été rude. Le mois d’avril avait justifié l’adage bien connu : "En avril, ne te découvre pas d’un fil". Cette brusque arrivée du printemps, cette douceur de l’air, ces fleurs qui avaient attendu patiemment et qui s’étaient enfin décidées à montrer le bout de leurs pétales, incitaient plus à la rêverie qu’au travail.

Même le collège Léopold Delisle de Valognes paraissait renaître du lourd sommeil hivernal. On voyait passer les élèves l’air épanoui, comme les fleurs……Ils avaient certainement plus envie de batifoler dans les champs, une fleur à la bouche, que d’apprendre des leçons rébarbatives qui ne laissaient nulle place à la poésie.

Tenez, venez donc sous les fenêtres de la classe de 4è. Ecoutez ce brave professeur de sciences qui s’échine à apprendre à des élèves dont l’esprit est ailleurs les bienfaits des sciences. Entrons si vous le voulez bien.


Aujourd’hui, la leçon porte sur les différents terrains : argileux, sablonneux, calcaires……Hélas ! L’attention est incertaine. Certes, les meilleurs de la classe, ceux qui ont régulièrement les honneurs du classement, qui sont inscrits au tableau d’honneur, quand ce n’est pas au tableau d’excellence, ceux-là écoutent.

Dans le fond de la classe, deux élèves surtout sont plus occupés à bavarder entre eux qu’à écouter le professeur qui s’étend en long, en large et en travers sur les terrains sablonneux. On ne devine pas que ce sujet est si passionnant !

Il écrit au tableau l’essentiel de sa leçon, ce qu’il faudra retenir. Et les terrains sablonneux par ci, et les terrains sablonneux par là……Lorsqu’il a le dos tourné, les bavardages reprennent, puis s’arrêtent quand le maître se retourne vers son auditoire.

Mais, tout imprégné de son sujet qu’il soit, le professeur a confusément senti que dans le fond, deux élèves sont plus occupés à parler qu’à écouter ce qu’il dit.

Cela l’ennuie. Aussi, tout en écrivant sur le tableau, expliquant ce qu’il écrit, il prête une oreille attentive aux chuchotements qui lui parviennent du fond. Mais ces deux activités sont incompatibles. Cela le déconcentre, son discours en pâtit.

-« Les terrains sablonneux, comme je l’ai dit, sont formés par……

Mais son esprit était ailleurs et il pensait :

(Mais que se disent-ils donc ?…..Ce doit être plus intéressant que mes propos !….)

- ….par…des petits morceaux…..

(Mais ils m’énervent à la fin !….)

- ….des petits morceaux de coquill…..

 

Il était tellement occupé à essayer de saisir ce qu’ils disaient, qu’il en arrivait à dire n’importe quoi, sans s’en rendre compte.

- de coquilles d’œufs que les poules….les vagues avaient pondu….avaient roulé et déroulé….

(Ah ! Ce qu’ils sont agaçants !...J’en perds le fil…)

- …Les coquillages et les petits cailloux roulés par la mer sont devenus des grains de sable qui forment….

(Je m’en vais les coincer tout à l’heure !...)

- ….qui forment les terrains sablonneux. Donc, disais-je, les terrains sabl…..

Cette fois-ci, s’en était trop. Il avait cru entendre quelques rires étouffés. Ainsi, ces deux garnements se moquaient ouvertement de lui, à n’en pas douter. Ils se souciaient peu des terrains sablonneux.

- Et je disais donc que les terrains sablonneux…

(Voyons, comment s’appellent-ils déjà ?…..L’un est….C’est cela : Morin ! L’autre ?…..Giraud…..Voilà !….Je vais les surprendre, ils ne pensent pas que je les observe depuis un moment. Il se croient à l’abri derrière ce monument qu’est Lepec !…..Une vraie armoire à glace celui-là ! A 14 ans, il en paraît 18 ! Ah ! Mes gaillards !….Allez-y ! Vous ne perdez rien pour attendre ! Je vais fondre sur vous tel l’épervier sur sa proie !)

 

Tourné au tableau, on aurait pu penser qu’il ne s’était effectivement rendu compte de rien. Il attendait le moment propice.

- Et ainsi les terrains sablonneux…….

Il se retourna alors soudain vers la classe et, le doigt tendu vers les deux bavards, il lança d’une voix tonitruante :

- Sablonneux et Morin, sortez !……

 

Le premier moment de stupeur passé, la classe explosa en un énorme éclat de rire. Les deux compères du fond s’étaient tus, se rendant compte que cette appellation non contrôlée s’adressait à eux. Le professeur s’était tu lui aussi, réalisant son lapsus. Il lui sembla difficile maintenant de leur dire :

- Giraud et Morin, sortez !

Et puis, sortir pour aller où ?…..Il avait lancé cette phrase dans l’élan de sa colère frémissante. Elle était tombée. Les envoyer voir le directeur ? Ce dernier trouverait certainement que cela commençait à faire beaucoup : il envoyait régulièrement des élèves dissipés dans le bureau du directeur. Il penserait qu’il n’avait aucune autorité !

Non. Il lui fallait régler ce problème lui-même ! Pendant sa réflexion, il était resté devant les élèves, l’air sévère. Ils attendaient vraisemblablement une punition qui se traduirait par des heures de colle, comme d’habitude. Le silence commençait à devenir pesant. Il eut une idée. Pourquoi ne pas essayer une autre méthode ?…..

S’adressant aux deux perturbateurs, il leur dit, presque joyeusement :

- Vous n’aimez pas aller à la plage ?

- Oh ! Si M’sieu !

- Eh bien !………Mais……..les plages sont des terrains sablonneux ! Je me doute qu’à votre âge on n’y construit plus de châteaux !….

Les deux garnements se regardèrent, surpris de la réaction du professeur. D’habitude, le ton était moins amène. Ils crurent avoir échappé à l’algarade cette fois-ci.

- Voyons !…..Continua le maître….Peut-on savoir ce qui vous intéressait tant ?……Plus que les terrains sablonneux ?…..De quoi parliez-vous ?

L’air aimable du pédagogue les encouragea à la franchise…….Une erreur qu’ils ne renouvelèrent pas deux fois !……..

- Eh bien M’sieu !…..On comptait combien de fois vous disiez le mot sablonneux !…….

- Ah oui !…….Et alors ?……

- On ne sait pas !……Vous nous avez empêché de continuer !

- Je vous ai empêché de continuer !…..Bien sûr ! Je m’en excuse !…….Vous m’en voyez désolé !…….Et….peut-on savoir où étaient vos comptes lorsque je vous ai interrompus intempestivement ?…..

- Nous avions compté que vous aviez dit "sablonneux" vingt-deux fois !……

- C’est intéressant !…..Eh bien….

Le professeur quitta alors la voix douce qu’il avait prise pour éructer :

- Vous me ferez vingt-deux heures de colle !……Allez, il est l’heure. Sortez tous ! »

La sortie s’effectua en silence pour une fois. Décidément, ce professeur, il faudra s’en méfier !

Moralité : Sablonneux et Morin auraient mieux fait de sortir lorsqu’on les y a invités !………

 

(A plus...)

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