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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 07:50

 

Voici un dialogue surréaliste... mais vrai... qui se déroule en 1874... Paru dans l'almanach du Maine...

 

 

Nous sommes au ministère des Travaux publics à Paris, un jour d'août 1874. Un homme se présente :

- « Je m'appelle Amédée Bollée, je suis fondeur de cloches au Mans. Je viens vous demander la permission de venir du Mans à Paris avec ma Tapissière à vapeur...

Son interlocuteur, bien à l'abri derrière son guichet, le regarde d'un air incrédule.

-Mais... Vous y êtes... à Paris ...

  • -Oui, mais je suis venu par le train... Je vais retourner au Mans afin de revenir avec ma Tapissière à vapeur... et c'est pour cela que je sollicite votre autorisation.

-Quelle tapissière ?

-Eh bien... Ma Tapissière... mon véhicule à vapeur... Je l'ai baptisé l'Obéissante...

-Ah ! Un véhicule... Disons donc... un omnibus à vapeur... Et... Vous pouvez mettre combien de personnes, dans votre omnibus...?

-Dedans ? Eh bien... au moins une douzaine !

-Ah !... Il s'agit certainement d'un pari ?

-Comment cela, d'un pari ?

-Mais bien sûr, d'un pari ! Vous n'allez pas me faire croire que vous avez l'intention de parcourir 220 kilomètres avec une voiture à vapeur qui roule sur une route  ?

-Mais parfaitement ! Sachez Monsieur, que mon Obéissante...

-Bon ! Je ne veux pas en savoir plus long ! Les fous, ce n'est pas de mon ressort, mais de celui du ministère de l'Intérieur. C'est pourquoi, nous, au ministère des Travaux publics, nous ne voulons pas en connaître plus... et nous vous accordons l'autorisation que vous demandez.

-Ah ! C'est parfait ! Je vous remercie Monsieur...

-Attendez ! Ce n'est pas fini. Nous vous accordons l'autorisation... à condition que vous respectiez le règlement.

-Cela va de soi !

-Je précise : dans la traversée des villes et villages, votre... véhicule sera précédé d'un homme à pied brandissant un drapeau rouge.

-Un drapeau rouge...

-Ce n'est pas tout. Votre itinéraire sera communiqué trois jours à l'avance à l'ingénieur des Travaux publics du département que traversera votre locomotive sur route...

-Pardon Monsieur... Ma Tapissière n'est pas une locomotive...

-Peu importe ce qu'elle est... Je vous signifie le règlement que vous devrez suivre ! »

C'est ainsi qu'Amédée Bollée, juché sur l'impériale, avec son chapeau haut-de-forme, l'air digne, parcourut les 220 km séparant Le Mans de Paris en 18 heures, récoltant au passage 75 contraventions...

Ainsi va l'Histoire...

G N

(à plus... of course ! )

 

 

 

 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 08:40

 

 

 

Je recevais un soir le journaliste d'un quotidien régional venu réaliser un interview sur ma modeste personne et les cinq livres que j'avais commis. L'entretien avait été fort agréable, les questions pertinentes. Tout cela promettait « un bon papier »...

Lorsque le journaliste eut épuisé toutes les questions qu'il s'était promis de me poser, il me dit négligemment :

- « Je vais maintenant prendre une photo si vous le voulez bien...

J'acquiescai. Il continua :

- Assoyez-vous là et faites celui qui présente votre livre à un futur lecteur... Vous serez ainsi « en situation ». Ce sera plus naturel que si vous posiez.

Bonne idée ! Je m'assieds donc, prends un de mes livres et le présente à l'oeil inquisiteur de l'objectif.

- Parlez... me dit-il, dites n'importe quoi...

- N'importe quoi ?

- Oui... Je n'ai pas de caméra... seulement un appareil photo...

Je l'avais remarqué... C'est dur de raconter n'importe quoi... Je réfléchis quelques instants et eus une idée. Je pris mon souffle et commençai à raconter l'histoire d'un petit lapin qui s'était échappé en forêt, ce qui inquiétait fort sa maman lapin... Mon petit-fils raffolait de cette histoire et comme mon imagination était plutôt... débordante, j'en rajoutais pour son plus grand plaisir. Il était suspendu littéralement à mes lèvres. Je précise qu'il avait 5 ans... c'est ce qui explique son grand intérêt pour cette histoire... abracadabrante.

C'est cette histoire... passionnante que je déroulais ici devant le journaliste photographe qui s'agitait devant moi, l'appareil rivé à l'oeil. Un flash m'indiqua qu'une photo avait été prise. J'arrêtai mon baratin.

- Nous allons en prendre une autre, me dit-il. Continuez à parler, mais souriez un peu...

- Sourire ? Je dois parler en souriant alors...

- Si vous voulez... Continuez donc ce que vous avez commencé !

Je repris donc l'histoire où je l'avais laissée et le lapin sortit à nouveau pour des aventures fort intéressantes. Mais aucun flash n'indiquait une autre photo. Tout en parlant, je commençais à trouver que c'était un peu longuet... Allais-je continuer ainsi longtemps ?

Au bout de quelques minutes, je m'arrêtai et demandai ex abrupto :

- Cela va durer longtemps votre petit cinéma ? Vous allez la prendre, cette photo ?

- C'est que... répondit le journaliste en sortant la tête de derrière l'appareil, j'aimerais savoir ce qui va arriver au petit lapin... » 


(histoire vécue... A plus...)

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 07:57

 

Un texte émouvant... et instructif... paru sur l'almanach du Normand voici quelques années. Je vous recommande d'ailleurs la lecture de ces almanachs régionaux (il y en a certainement un dans votre  terroir...) Ils paraissent début novembre. Je vous en reparlerai...

 


 

 

Le maître a remarqué quelques branches mortes à la cime du grand chêne. C'est un signe de vieillissement qui, s'il n'y est pas apporté de solution, risque de se propager jusqu'au coeur de l'arbre et de le rendre improductif, inutile. C'est un chêne plus que centenaire et le maître a jugé qu'il valait mieux l'abattre pendant que son bois est encore sain, afin d'en tirer un meilleur profit. C'est une belle pièce : plus de dix mètres sans branches, quatre mètres de circonférence ce qui fait environ 1,30 m de diamètre. Un arbre sans trace de maladie d'aucune sorte, un arbre sain dont il tirera un bon prix.

L'acheteur et le vendeur sont arrivés à un accord après de longues discussions. Ils se sont topé dans la main, l'acheteur a enlevé un peu d'écorce pour dégager le bois et imprimer sa marque. Cet arbre est désormais à lui, même s'il n'est pas encore payé. C'est ainsi... pas besoin de papier ou de signature... Et « cochon qui s'en dédit ! »

Deux bûcherons sont arrivés un matin quelques jours plus tard avec tous leurs outils : une hache bien aiguisée chacun, un passe-partout bien affûté, des coins de fer, un merlin pour les enfoncer. N'oublions pas le casse-croûte pour la journée !

Nos deux hommes contemplent l'arbre d'un oeil connaisseur mais aussi avec respect. Ce n'est pas tous les jours qu'il leur est donné d'abattre un tel géant, d'une aussi bonne qualité. D'un geste presque affectueux, ils passent la main sur son écorce rugueuse comme s'ils voulaient par anticipation se faire pardonner la mauvaise action qu'ils vont commettre.

Puis l'un d'eux dégage le pied de l'arbre et s'assure qu'aucun caillou n'abîmera le tranchant de la hache. L'autre jauge l'arbre car il s'agit de bien le faire tomber à la place choisie pour ne pas qu'il s'abîme. Le tronc est parfaitement droit. A la fourche, une grosse branche s'écarte du tronc. Il faut donc s'assurer qu'il ne tombera pas dessus car elle éclaterait et risquerait d'éclater aussi le tronc.

L'homme a trouvé la direction où il veut que l'arbre tombe. Il lui faut maintenant savoir exactement où arrivera l'extrémité de l'arbre dans sa chute. Il coupe deux brindilles bien droites d'une vingtaine de centimètres de longueur chacune. Il recule un peu dans la direction choisie et place le bout de la première baguette entre les deux yeux, bien parallèle au sol. La seconde est positionnée à l'extrémité de la première et verticalement à celle-ci de façon à être parallèle à l'arbre. L'homme recule jusqu'à ce qu'il aperçoive en même temps le sommet et le pied de l'arbre aux deux bouts de la baguette verticale. Il s'arrête et marque l'endroit avec son talon. C'est là qu'arrivera l'extrémité de l'arbre lorsqu'il tombera, à quelques décimètres près.

C'est tout simplement une application des triangles semblables... mais ne demandez pas à notre homme quel principe il utilise...

Les choses sérieuses peuvent commencer. Il faut d'abord bien arrondir le pied en coupant à la hache les grosses racines qui peuvent gêner. Ensuite, afin que la scie passe-partout se manoeuvre mieux, diminuer un peu le pied sur deux côtés opposés.

C'est maintenant le moment de faire l'entaille de l'arbre dans la direction où on veut qu'il tombe. Puis les deux hommes attaquent au passe-partout sur une profondeur d'une vingtaine de centimètres, en faisant bien attention que la coupe reste bien dans la direction choisie. Pour plus de sûreté, le « chef » se rend à l'endroit marqué de son talon. Son appréciation est juste. Il revient et évide à la hache l'entaille sur une hauteur équivalente. Attention car une coupe convexe risquerait de faire dévier l'arbre dans sa chute.

 

Ils ont bien mérité un petit réconfort et un petit coup de café arrosé... Puis ils engagent la lame de la scie passe-partout à l'arrière du tronc, un peu au-dessus de la coupe faite à l'avant afin de bien déséquilibrer l'arbre lorsqu'il sera suffisamment scié.

Pour ne pas que la masse de l'arbre scié ne vienne bloquer la scie, ils enfoncent à grands coups de masse des coins dans la brèche ainsi ouverte. Peu à peu, la scie pénétre de plus en plus dans le coeur du tronc. De légers craquements leur indiquent qu'il ne reste plus qu'une faible épaisseur de bois à couper. Ils frappent à nouveau sur les coins et se mettent à scier de plus en plus vite. Soulevé par les coins, l'arbre se trouve déséquilibré. Les craquements s'amplifient et soudain, le géant commence à pencher dans la direction choisie et peu à peu, lentement comme à regret, il s'abat dans un fracas assourdissant à l'endroit exact qui avait été prévu.

Les deux bûcherons ne manifestent aucun signe. Ils ont fait leur travail, c'est tout ! Un dernier coup de passe-partout pour nettoyer la base du tronc, quelques coups de haches pour bien dégarer la souche. Une autre équipe viendra continuer le travail. Le leur est terminé...

Gérard Nédellec

 

  (à plus...)

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:29

 

Fréhel est une chanteuse qui exerçait son art voici un siècle... ou presque... J'ai écrit ce texte pour l'almanach du Breton 2005 ou 2006...

 

 

 

Marguerite Boulc’h est née à Paris le 14 juillet 1891 mais ses parents étaient Bretons. Son enfance se déroule dans les quartiers populaires de Paris. Elle en gardera une gouaille et un accent « parigot » qui la rendront célèbre au cinéma, comme sa voix « rauque, comme venant du ventre » (Maurice Chevalier) fera d’elle l’âme de la chanson réaliste de l’entre-deux guerres.

Elle a cinq ans lorsqu’elle commence à chanter en accompagnant un vieil aveugle en quête de quelques pièces de monnaie. Elle exercera ainsi plusieurs petits métiers afin de pouvoir manger à sa faim. C’est ainsi que, démarcheuse à domicile, elle rencontre dans sa loge la reine du music-hall du moment, Caroline Otero, plus connue sous le nom de la belle Otero, célèbre courtisane de la Belle époque, pour proposer une crème de beauté pour celle qui enflammait tout Paris par sa beauté… Elle refuse la crème… mais séduite par le culot de la gamine d’une quinzaine d’année, mais aussi son physique et sa voix, elle lui propose de débuter à l’Univers avenue de Wagram, sous le nom de Pervenche. Ce sera le début d’une grande carrière.

Le succès est immédiatement au rendez-vous. La jeune Pervenche chante pendant deux ans les airs de Montéhus. Sa beauté séduit Robert Hollard, dit Roberty, professeur de chant et comédien, qui l’épouse. Ils auront un enfant qui ne survivra pas. Ce drame influera profondément sur la vie de la jeune femme et marquera le début de sa lente déchéance.

Elle va désormais s’appeler Fréhel, en hommage au cap Fréhel de sa Bretagne d’origine et devient une grande vedette. Sa beauté, sa voix chaude et puissante, sa force d’interprétation, séduisent un public conquis. Son mari l’ayant délaissée pour Damia, elle se console dans les bras de Maurice Chevalier. Mais ce dernier la laisse pour Mistinguett. Cette seconde rupture la brise moralement. Si sa carrière professionnelle est brillante, sa vie privée est un désastre. Lasse de la vie, elle tente de mettre fin à ses jours, sans succès heureusement car le public n’a pas encore connu la grande Fréhel. Elle décide de partir pour les pays de l’Est où elle se jette à corps perdu dans la drogue et l’alcool, les plaisirs faciles. Son absence durera une dizaine d’années. L’ambassade de France à Constantinople la rapatrie en 1922, droguée, méconnaissable et vieillie prématurément.

Mais son public ne l’a pas oubliée, ce qui lui permet de faire son retour sur scène à l’Olympia en 1924. La jeune et mince Pervenche a laissé la place à une femme forte aux traits accentués par l’alcool et la drogue. Mais sa voix a gagné en force, en émotion et en puissance dramatique. C’est déjà la grande actrice qu’elle sera bientôt.

Sa voix bouleversante qui semble sortir aussi bien du ventre que du cœur, sa crudité, ses couplets réalistes, sa faconde bien parisienne, font d’elle l’une des chanteuses les plus populaires du music-hall. De 1928 à 1936, Fréhel est en pleine gloire. Columbia, la grande firme française, lui permet d’enregistrer ses plus grand succès, accompagnée par l’orchestre dirigé par Pierre Chagnon, ainsi que son accordéoniste attitré, Alexander. Ses chansons sont réalistes, populaires, avec un texte simple mais fort. Elles racontent une histoire, grise ou noire habituellement, bien dans le style de l’époque. Les nommer toutes serait fastidieux. Citons pour mémoire Sous les ponts, Un chat qui miaule, La valse à tout le monde, La java bleue

Ces chansons reflètent l’image d’un Paris populaire et besogneux, tel que le représentent les films de l’époque. Justement… C’est au cinéma que Fréhel montrera son immense talent. Son physique de femme marquée par les excès qui ont failli la détruire, son accent « parigot », sa présence unique sur scène et donc sur l’écran, contribueront à faire d’elle une vedette incontournable du cinéma des années 1930.

De 1930 à 1940 elle tournera dans une vingtaine de films, de Cœur de lilas à L’entraîneuse. Et même si elle n’avait pas son nom en haut de l’affiche, son allure de femme usée par la vie mais à la puissance dramatique intacte puisque collant de très près à la dure réalité qu’elle a connue, les marquera tous.

Parmi les plus connus citons Pépé le Moko avec Jean Gabin, Le roman d’un tricheur de et avec Sacha Guitry, La rue sans nom de Pierre Chenal, La rue sans joie d’André Hugo.

Elle tournera encore en 1949 Un homme marche dans la ville de Marcel Pagliero et Maya de Raymond Bernard. Mais les vicissitudes de la vie la font plonger dans les paradis artificiels où elle pense retrouver un certain réconfort. Hélas ! Ils la plongent davantage dans la déchéance.

Un jour de 1948, alors qu’elle allait être emmenée dans un car de police car elle était ivre, elle se mit à chanter La java bleue avec tant de vigueur, comme au temps de sa splendeur, que les passants ébahis se sont attroupés devant celle qui il y a quelques années encore les enchantaient par sa gouaille parisienne. Le panier à salade est reparti à vide…

Mais c’était si j’ose dire son chant du cygne… Elle est morte seule, abandonnée de tous, dans une chambre d’un hôtel misérable le 3 février 1951, un univers de misère, de débine et de poisse qui l’avait suivie tout au long de sa vie mais d’où curieusement elle avait tiré sa force, sa puissance, son authenticité.

Elle aura été abandonnée mais pas oubliée. Des générations d’artistes seront influencées par cette grande dame de la chanson.

A plus...

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 07:18

J'avais interviewé Jean-Paul Rouland pour l'almanach du Normand 2008  et voilà que je le retrouve lors d'un salon dans la Manche...Ce qui m'a permis d'écrire ce texte pour l'almanach du Normand 2009...

Voici la photo que sa femme a prise de nous deux. Je pense que vous devinerez qui est qui... (je n'ai pas de moustache... ) Vous remarquerez que j'avais brandi mon drapeau normand (vous en voyez trois derrière nous...)

 

avec-JP-Roulland.JPG

 

 

Vous avez peut-être…  lu l’interview que j’ai consacré à ce sympathique artiste dans l’almanach du Normand 2008 :« Jean Paul Rouland, de la télé à la peinture zygophile, le rire avant tout ».

Nous nous sommes croisés en juin 2006 à Saint Lô où nous venions dédicacer nos « œuvres »… « Tu seras un clown mon fils » pour lui, et « A la veillée en Normandie », « A la veillée en Bretagne » et « L’école de Monsieur Paul » pour moi. Il accepta bien volontiers d’être ma personnalité normande pour le prochain almanach que je préparais alors.

C’est ainsi qu’en janvier 2007 je me rendis chez lui au Chesnay pour réaliser l’interview dont il a été question plus haut.

Le 22 juillet 2007, je participais au 5è salon du livre de Bretteville sur Ay dans la Manche. Devinez qui était mon voisin immédiat ? La réponse est trop facile, je n’aurais pas dû présenter les choses ainsi pour ménager le suspense… Bref ! c’était bien sûr Jean Paul Rouland ! Il venait dédicacer le même livre et j’en avais un de plus « De derrière les fagots, contes et menteries du pays normand ». (C'était mon 4è. J'en suis à 9...)

- « Décidément, lui dis-je, on ne se quitte plus !

- C’est vrai… me répond-il.

- Alors, où en est la suite de votre premier livre, qui doit s’appeler si ma mémoire est fidèle « La vocation du bonheur » ? Vous cherchiez un co-éditeur avec les éditions Corlet…

- Finalement, me dit-il, ce sera Corlet seul. Le livre doit paraître en fin d’année, vers octobre ou novembre, mais avant Noël.

(Il est donc paru au moment où vous lisez ce blog... Ne le ratez pas : c'est du pur bonheur !)

- Je vais guetter sa sortie car j’ai beaucoup aimé le premier. Le second doit être aussi intéressant.

- N’en doutons pas… »

Ensuite nous avons vaqué chacun à nos occupations et j’avoue qu’il a manié son stylo plus souvent que moi… Son livre coûtait 14,50 euros. Ce petit farceur de Jean Paul avait confectionné une petite étiquette sur laquelle il avait marqué : promotion !

Suivait le prix indiqué 14,50 euros, barré, et à côté le nouveau prix en promotion : 15 euros. Il montrait sa « promotion » à tous les passants qui riaient de bon cœur. Du Jean Paul Rouland pur jus !

Mais après tout, on ne dit jamais à qui doit profiter une promotion… On pense que c’est au client. Et pourquoi pas au vendeur, pour une fois ?

Il proposait aussi son « chef-d’œuvre » écrit entièrement à la main et agrémenté de dessins de son cru : « Le curieux de Paris ».  C'est un livre remarquable, et Jean-Paul a un fameux coup de crayon... Il doit tenir ce don de sa mère. Lorsque je suis allé chez lui, il m'a montré des dessins réalisés par sa mère lorsqu'elle était jeune. Telle mère, tel fils...

Il a mis trois ans à l’écrire et quand on le voit, on comprend pourquoi tant d’années pour un livre. Il s’agit d’anecdotes peu connues concernant Paris. C’est « un livre à déguster » à petites gorgées, comme un vieux calva de derrière les fagots… et d’ailleurs l’un n’empêche pas l’autre (le livre… et le calva…)

Entre deux « clients », nous avons passé ainsi la journée à bavarder un peu… Nos pas se croiseront peut-être encore lors d’un prochain salon ? Ce sera toujours un plaisir pour moi de discuter avec lui…

A plus...

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 10:48

 

 

 

On croit généralement que les bandes dessinées (plus couramment appelées BD…..) sont d’origine récente. Si l’expression est effectivement moderne, elles existent depuis fort longtemps. Une représentation imagée est en effet un moyen efficace pour faire passer un message ou un enseignement.

C’est ce qu’a dû penser Michel Le Nobletz, missionnaire breton du XVIIè siècle. A cette époque, face à une population bien souvent illettrée, un bon dessin valait mieux qu’un long discours. C’est d’ailleurs toujours vrai !……

Michel Le Nobletz a parcouru la partie occidentale de la Bretagne durant la première moitié du XVIIè siècle. Pour illustrer son enseignement et le rendre plus vivant, donc plus efficace, il a imaginé de dessiner des scènes de l’Ancien et du Nouveau testament. En prêtre respectueux de l’autorité, qu’elle soit civile ou religieuse, il a œuvré pour l’obéissance aux lois en se servant de la parabole fameuse où Jésus demande de rendre "à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". Il s’agissait de faire de bons chrétiens et de loyaux sujets du roi Louis treizième du nom.

Quel support a utilisé Le Nobletz pour dessiner ses fameuses "Taolennoù ar Baradoz" ? (qu’on peut traduire par les cartes, ou les chemins du Paradis)

Ces documents ont été peints sur des peaux de moutons qu’on s’est contenté de sécher. Il ne s’agit donc pas de parchemins car ces derniers subissent une préparation qui a manqué aux taolennoù. Conséquence fâcheuse de ce manque de finition, ces cartes étaient plutôt rigides, sans aucune souplesse, ce qui de nos jours en accentue la fragilité.

Actuellement les quatorze documents qui subsistent (douze cartes différentes et deux en double) sont conservées aux archives diocésaines de Quimper. Mais on peut raisonnablement penser que Le Nobletz en a réalisé (ou fait réaliser) une centaine, peut-être plus.

La peau de mouton sur laquelle elle était dessinée donne une idée de la taille : de 50 à 60 centimètres sur 80 à 90. De plus, le dessin était peint tantôt dans le sens de la hauteur (c’est le cas le plus fréquent, l’encolure de l’animal se reconnaissant facilement dans le haut), tantôt dans l’autre sens. Encore faut-il ajouter que chaque pièce représentait plusieurs scènes différentes, ce qui donne des images d’environ 15 centimètres de côté, parfois seulement 3 ou 4 centimètres. C’est petit.

Quelle était donc l’utilisation que Le Nobletz en faisait ? Il est pratiquement acquis qu’il les a utilisés comme tableaux de mission, destinés à être présentés à un nombre important de fidèles, du moins au début de son ministère, notamment à Landerneau en 1613. Mais il s’est vite rendu compte que la petite taille des dessins limitait l’auditoire. Il a donc réservé ces cartes à une utilisation en petits groupes. Son héritier spirituel, le Père Julien Maunoir, n’a pas fait autre chose.

Une autre question se pose : qui est l’auteur de ces dessins ? Il est certain que Le Nobletz a lui-même mis la main à la plume. C’est normal. On n’est jamais si bien servi que par soi-même ! Un dessin, figurant parmi ceux conservés, montre qu’il avait comme ont dit maintenant "un bon coup de crayon" !

 

Mais il paraît tout aussi évident qu’il ne peut être l’auteur de la centaine de cartes supposées réalisées, d’autant plus qu’il y avait des copies, suffisamment différentes dans le dessin, pour avancer qu’il existait d’autres dessinateurs, ou copistes. Ce qui est pratiquement acquis maintenant, c’est que les exigences de Le Nobletz étaient réelles dans les domaines du dessin proprement dit et de la matière à illustrer. La forme et le fond, pour lesquels il exigeait une grande rigueur et la stricte observance de ses instructions. Les autres peintres n’ont pu que s’y conformer.

Combien étaient-ils ? On l’ignore. On n’en connaît que deux. Alain Lestobec, employé du fisc au Conquet et Françoise Troadec, de la même ville.

Le premier a dessiné quatre cartes, en 1632 et 1636. La seconde en a réalisé trois (ou a aidé à les réaliser d’un point de vue technique). Cartographe autant que peintre, elle a contribué à rendre ces cartes aussi fidèles que possible à la réalité, notamment dans la représentation du monde, de l’Europe et du Proche-Orient. Mais il est certain que tous les copistes n’avaient pas cette compétence !…..

Le Nobletz s’est attaché à présenter ses cartes en commençant par les plus simples pour terminer par les plus complexes. Nul souci de rationalité dans sa manière de les présenter et s’il leur a attribué des lettres A, B, C…..c’est surtout pour lui permettre de s’y retrouver, lui.

On peut néanmoins dégager quatre grandes catégories.

Les cartes d’initiation

Il n’en reste qu’une, les "Lois" présentant l’Ancien et le Nouveau Testament.

Les cartes de catéchisme ou d’exemple

Le monde court à sa perte. Il s’agit d’y remédier. Sodome et Gomorrhe représentent la perdition. A l’opposé, l’ensemble du (bon) clergé est le meilleur antidote. (carte appelée "Babylone")

Viennent ensuite Adam et le péché originel, Noé et son arche. (carte les "Quatre monarchies")

Les cartes du "Pater" et des "Six cités du refuge" veulent délivrer un enseignement plus formel. Si le sens de la première est assez clair , la seconde énumère les armes spirituelles que le chrétien a à sa disposition : baptême, pénitence etc…..

D’autres cartes développent des thèmes aussi divers que les péchés capitaux et une histoire de l’âme.

Les cartes itinéraires

On aura compris. Deux voies s’offrent à chacun : celle du salut (étroite, difficile), celle de la facilité et de la perdition (un boulevard !….)

Les cartes spécialisées

Il n’en reste pas mais on sait qu’elles ont existé. Elles proposaient des réponses concrètes à des circonstances particulières.

 

Ces cartes peuvent prêter à sourire maintenant. Il n’empêche qu’il s’agit là d’un premier essai (transformé !…) de pédagogie par l’image, comme on en réalisera bien plus tard. Le Nobletz sort du cadre étroit de la représentation figée que constituaient les vitraux et calvaires, en proposant un outil certes primitif, mais dans lequel on devine l’innovation. Le Père Julien Maunoir saura continuer son œuvre.

 

Texte écrit pour l'almanach du Breton voici quelques années. Il vous montre que nous n'avons rien inventé... et que nos anciens étaient aussi ingénieux que nous...

(A suivre... bien sûr !)

 

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 09:12

 

 

Ce texte est paru dans l'almanach du Breton voici quelques années. Il est à comparer avec celui d'hier sur le rôle du breton dans la langue française...

 

 

 

N’allez surtout pas imaginer une seconde que l’on menait autrefois les vaches dans les écoles bretonnes ! Non, bien que nombre de petits paotr-saout aient beaucoup appris en gardant les vaches au champ ! (voir du même auteur "A la veillée en Bretagne") Mais il ne s’agit pas de la même école. Je veux parler ici de la vache que l’on trouvait, voici quelques décennies, dans l’école de la République.

Allons bon ! Expliquez-nous cela ! J’y viens !

Voici donc plusieurs dizaines d’années, quelle langue entendaient les jeunes Bretons dès leur plus jeune âge, parlée par leur mère, père, frères ou sœurs ? Le breton bien sûr ! Les premiers mots affectueux de la maman qui berçait son enfant, étaient prononcés en breton. On ne parlait que cette langue dans les fermes. D’ailleurs, nombreux étaient ceux qui ne parlaient ni ne comprenaient le français.

En grandissant, l’enfant apprenait le breton sur les genoux de sa mère, tandis qu’elle lui narrait de belles histoires. Le soir à la veillée, il entendait un conteur raconter des légendes merveilleuses, ou des aventures plus récentes et amusantes. Avant de dormir, on lisait la vie des saints et on récitait la prière. Toujours en breton.

Monsieur le Recteur lui, apprenait le catéchisme : en breton bien évidemment ! A la messe, on chantait, on priait en breton. Le sermon du recteur était donné dans la même langue, la seule que tous connussent. Toute sa jeune existence était baignée par une seule langue, sa langue maternelle.

Elle lui avait ouvert le cœur et l’esprit, lui avait appris ses richesses les plus rares. Par son intermédiaire, on lui avait montré les biens les plus précieux de la vie qui feront de lui un homme de devoir et de traditions.

Et voilà que dès six ans, âge où il devait fréquenter l’école de la République, il lui était formellement interdit de parler en breton ! Il devait impérativement parler en français ! Mais le pauvre ne connaissait pas le français ! Comment voulez-vous qu’il réponde, dès la rentrée, aux questions de l’instituteur dont il ne comprenait pas un traître mot ?

Voilà donc notre garçon devant le maître. C’est souvent un bretonnant…..qui est payé pour traquer sa langue maternelle ! Mais parfois, il ne sait pas plus le breton que le gamin ne connaît le français ! Mais il représente l’autorité. Le pauvre gars reste bouche ouverte, muet comme une carpe. Et s’il lui prend par hasard l’idée de répondre poliment en breton, qu’il ne parle pas le français, il est puni !

Attention ! C’est ici que la vache fait son apparition ! Vous ne la voyez pas encore, mais elle pointe le bout de sa corne……

Alors, comme il faut mater de tels rebelles, le maître donne à celui qui parle le français un objet matériel quelconque : pièce percée de deux sous, morceau de bois, galet de mer, etc….Pour tous, c’est "la vache", appelée aussi "symbole". Symbole de l’ignorance sans doute….ou de l’absurdité. Cela se passe ainsi dans le Léon. Pierre Jakez Hélias en parle aussi dans son "Cheval d’orgueil". Si le symbole est différent, l’idée est identique. Le coupable ( !) doit le porter autour du cou au bout d’une ficelle.

Celui qui l’a est comme entravé par ce morceau qui pendouille à son cou. Interdiction de jouer avec les autres à la récréation. On lui enlève le droit d’être insouciant comme un enfant normal. Car en fait de soucis, il en a un majeur : trouver un camarade qui s’oubliera à parler en breton pour lui refiler la vache. L’école leur apprend la dénonciation, à moins que ce ne soit l’opportunisme……

-« Tu as parlé breton ! Pris !

-Mais je……

-Taratata ! Je t’ai entendu. Tiens ! La voilà !

Et la vache change d’étable, enfin de poche. Celui qui la possède le soir reçoit la punition. En rentrant à la maison, il fallait avouer, l’air penaud :

-J’ai….J’ai attrapé la vache….

-Ah !……Et elle est restée avec toi ?

-Non, elle est restée à l’école. Mais demain matin, je la retrouverai car je n’ai pas pu attraper un autre camarade.

Et les parents se sentaient aussi coupables que leur fils, alors qu’ils auraient dû l’encourager à maintenir sa langue maternelle.

Mais un tel comportement était impensable à l’époque. On se soumettait. (C’est pourquoi maintenant, on ne se soumet ….moins…..). Alors le père, pour faire bonne mesure, ajoutait sa punition personnelle : une bonne raclée et un bon sermon…..en breton !

Cette maudite vache risquait en outre de semer la dissension entre les enfants. C’était le sujet de conversation favori. Chercher à s’en défaire monopolisait des énergies qui auraient été bien plus utiles ailleurs ! D’autant plus que le soir en retrouvant son foyer, l’enfant retrouvait également le breton que tous parlaient, sans vache……Il y avait de quoi perdre son latin …..enfin, son breton !

Mais vous savez que les enfants sont malins. Cela ne date pas d’hier. Puisque la vache devait se trouver dans la poche d’un enfant, privé de la sorte des joies de la récréation, pourquoi pas choisir quelqu’un à qui une entorse, une blessure, interdise les jeux sur la cour ? Ou bien tout simplement un pantouflard préférant la solitude d’un coin de cour aux galopades enfiévrées ! Bref un volontaire qui devenait le gardien consentant de la vache ……Il devait par contre faire semblant de chercher un autre pour lui transmettre le flambeau...

Le soir, il fallait rendre la vache à l’instituteur en expliquant qu’on n’avait attrapé personne. Alors là , attention ! Il ne fallait pas que ce soit le même volontaire éclopé qui rende cet objet chaque soir ! Cela lui aurait paru suspect. Il aurait senti la combine, nous dirions maintenant la magouille... L’instituteur aurait surveillé la chose de plus près.

Jouer intelligemment "de la vache" requérait donc des qualités d’organisation….

Et maintenant, on apprend le breton dans les écoles, sans que le français ne se sente diminué. C’est quand même mieux, non ?…

GN

(A plus...)

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 08:42

 

Le français doit beaucoup au breton... Plus que vous ne le pensez...

Lisez donc ce texte que j'ai écrit il y a un moment déjà pour l'almanach du Breton...

 

 

On sait que le français vient du latin et du grec, qu’il s’est enrichi au fil des siècles par l’adjonction de mots provenant de différentes autres langues. On pense bien évidemment à l’anglais grâce auquel, faisant son deuil ne pas faire partie des happy few, on s’efforce de ne pas devenir un has been qui n’a plus la force d’aller en week-end, se contentant de regarder à la télé les émissions en prime time. Allez, j’exagère un peu, mais à peine…

On rencontre aussi des mots d’origine italienne, allemande, scandinave, et j’en oublie certainement. Mais sait-on que nombreux sont les mots empruntés au breton ? Essayons de voir cela de plus près.

Je suis sûr que le premier qui vous vient à l’idée parce qu’il est le plus connu, est baragouin. Ce mot est ancien puisqu’il date de la fin du XIVè siècle. Il est fait de deux mots bretons : bara (pain) et gwin (vin). Les soldats bretons ou les pèlerins de l’époque, voulant demander l’hospitalité dans une autre région française dont ils ignoraient la langue, employaient ces deux mots pour réclamer quelque nourriture : du pain et du vin. Comme leurs propos paraissaient incompréhensibles ou confus, on prit l’habitude de parler de baragwin, devenu baragouin, pour désigner un langage obscur. Ce nom donna plus tard le verbe baragouiner et un autre dérivé baragouineur.

Un autre mot très utilisé est balai. Il vient du breton balazn (balan actuellement). Au Moyen Age, les Bretons confectionnaient ce que l’on appelait pas encore des balais avec des branches de genêt et allaient les vendre hors de Bretagne. Le nom est resté. J’ai moi-même été chercher des branches de genêt pour faire des balais afin de balayer les granges et hangars, voici une soixantaine d’années. Justement, balai a donné outre balayer, balayage, balayeur, balayure, balayette…..

Lorsque vous arborez un bijou, savez-vous qu’il vient du breton bizoù signifiant bague, anneau, et qu’il a supplanté joyau, jugé trop savant ? Ce bizoù vient de biz (doigt) et a donné plus tard bijouterie, bijoutier…..

La Bretagne, pays de la mer, a fourni de nombreux mots s’y rattachant, comme le goéland, du breton gwelan désignant cet oiseau marin particulier, apparu à la fin du XVè siècle, dont un dérivé datant du milieu du XVIIIè est tout simplement goélette, navire léger et rapide.

Ne parlez pas de patelle en Bretagne, tout au plus de chapeau chinois, et encore… Nous disons brennig ( j’ai même entendu birinik….) que l’on a traduit en français par bernique. (qui signifie aussi "rien à faire !".mais ne mélangeons pas…..)

Le goémon vient également du breton gwemon (dont le gallois gwymon est très proche) et date du XIVè siècle.

La bouette ou boëtte qu’utilisent les pêcheurs pour attirer le poisson vient du breton boued signifiant nourriture.

Les monuments mégalithiques sont nombreux en France, mais plus peut-être en Bretagne. On leur a donc donné au XIXè siècle des noms bretons francisés : menhir (de maen, pierre et hir, long) ; dolmen (de taol, table et maen, pierre) ; cromlech (de kromm, courbe, et lec’h, lieu).

Le korrigan, ce lutin des légendes bretonnes, est aussi un mot breton.

Le pingouin par contre, provient du gallois pengwin. Mais on sait que le breton et le gallois ont plus que des points communs. Ainsi, penn c’est tête en breton et gwenn, blanc. Alors !…

 

A plus...

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 08:41

 

Tout le monde connaît Arsène Lupin. Mais son créateur, Maurice Leblanc ?... Moins certainement...

Alors, le voici... Texte paru dans l'almanach du Normand il y a quelques années...

 

 

Arsène Lupin est né (en librairie) en 1907, à l’âge d’une trentaine d’années, qu’il gardera toute sa vie. Qui ne connaît pas les aventures de notre voleur national, le gentleman cambrioleur, qui ne volait que les riches et savait mettre les rieurs de son côté ? Son père, enfin celui qui a écrit ses aventures, est certes moins illustre : il s’agit de Maurice Leblanc, connu auparavant comme journaliste.

Maurice Leblanc est né en 1864 rue de Fontenelle à Rouen dans une famille d’armateurs. Il faillit périr dans l’incendie qui ravagea la maison paternelle en 1868 : on l’arracha de justesse aux flammes. L’aventure, déjà, sonnait à sa porte…….

La malheureuse guerre de 1870 et son cortège de malheurs incita son père à l’éloigner par prudence. Il fit prendre au jeune Maurice l’un de ses bateaux qui l’amena dans un endroit où les Prussiens ne risquaient pas de venir : l’Ecosse.

Un an plus tard, la paix revenue, Maurice retrouva Rouen, la pension Patry et le lycée Corneille. Il y obtint d’excellents résultats, sans forcer son talent, car notre lycéen était brillant élève, doué d’une imagination non moins brillante.

Le samedi et le dimanche étaient souvent réservés à la promenade. Il partait en "deux chevaux" (une voiture emportée par deux chevaux …..et un cocher) à la découverte du Pays de Caux tout proche. C’est au cours d’une de ces balades qu’il remarqua un endroit dont il allait se souvenir plus tard : l’Aiguille creuse qui sera d’ailleurs le titre d’une des aventures de son héros Arsène Lupin.

Il prenait également, avec ses parents, « un extraordinaire bateau vert qu’on appelait "l’Union" ». La famille se rendait sans sa propriété de Croisset, tout près de Rouen. Il arrivait que la bateau poussât jusqu’à La Bouille, deux heures de navigation qui paraissaient une éternité au jeune Maurice.

A Croisset, il fit la connaissance d’un personnage haut en couleur, qui n’avait pas son pareil pour raconter des histoires : Gustave Flaubert. Le père de Flaubert était médecin et avait accouché sa mère. Il connaîtra également Guy de Maupassant. Ces deux grand écrivains normands auront une grande et heureuse influence sur son œuvre.

Pour le moment, Maurice Leblanc entra dans l’industrie, à la fabrique de cardes Miroude-Pichard. Il est amusant de noter qu’il ne sut jamais ce qu’étaient des cardes…….Cela ne l’intéressait d’ailleurs pas le moins du monde. D’autres s’en chargeaient bien, lui écrivait avec un bonheur qu’il ne cachait pas. « L’usine avec son fracas s’évanouissait. Le petit peuple des ouvriers se dissipait comme de vains fantômes. J’étais heureux….J’écrivais. »……Précisons pour ne pas vous laisser sur votre faim…..que des cardes sont des machines destinées au cardage dans les filatures (laine ou coton), comme il en existait en Normandie. Rien à voir avec la feuille de cardon ou de bette…….

Mais il ne suffit pas d’écrire pour devenir écrivain !…..Il faut peut-être une recommandation, et sûrement du talent…..Le talent, il n’en manquait pas. Quant au reste……

Justement. Flaubert était mort et on inaugurait un médaillon du grand écrivain normand square Solferino. Maurice s’y rendit. Il y rencontra des gloires littéraires de l’époque : Edmond de Goncourt, Emile Zola, Guy de Maupassant, Octave Mirbeau. C’est vraisemblablement parce qu’il connaissait Maupassant que les écrivains acceptèrent la compagnie du jeune homme au dîner. Puis, il prit le train avec ceux qui rentraient à Paris.

Il leur parla du Flaubert qu’il avait connu, et nos maîtres écoutaient ce jeunot qui en savait plus qu’eux sur le "père" de Madame Bovary. Encouragé par tant d’intérêt, il se risqua à demander à ces sommités littéraires un petit coup de pouce pour débuter dans la profession. Hélas ! Goncourt devait être très fatigué car il réclama un peu de calme pour qu’il puisse dormir. « Tous ces trucs d’inauguration me fichent par terre !…..Je dors ! » Pas de chance cette fois-ci !

Mais sa décision était prise. Il annonça à son père qu’il ne se voyait pas finir sa vie dans les cardes……Le voici donc à Paris pour faire son droit (pieux mensonge….) et rejoindre sa sœur, la tragédienne Georgette Leblanc, compagne, interprète, inspiratrice de Maurice Maeterlinck. Là, assez loin de la Faculté, Leblanc joue au dandy " qui lance en 1900 la mode de 1835" (Georgette Leblanc dans ses Mémoires).

Mais ces idées d’arrière-garde ne l’empêchèrent pas de devenir journaliste et d’écrire des chroniques au journal "Gil Blas", au "Figaro", à "Comœdia". Parallèlement à cela, il publia quelques romans, aujourd’hui oubliés : "Une Femme", "L’œuvre de mort", "Les Lèvres Jointes". Le succès ne vint pas. Il écrivit aussi une pièce jouée chez Antoine : "l’Enthousiasme".

Mais sa chance se présenta un jour sous la forme de Pierre Laffitte, grand éditeur, qui sortait un nouveau magazine : "Je sais tout". Il proposa à Leblanc d’écrire une histoire policière, quelque chose qui serait le pendant français de Sherlock Holmes en Angleterre. C’est ainsi que naquit Arsène Lopin……

En effet, Leblanc avait choisi le nom d’un conseiller municipal parisien empêtré dans des histoires avec l’Administration. Devant les protestations du sieur Lopin, Leblanc changea une lettre pour créer le personnage d’Arsène Lupin, promis à un bel avenir.

C’est ainsi qu’en 1907, sortit la première aventure du gentleman cambrioleur, justement sous le titre d’"Arsène Lupin, gentleman cambrioleur". Le succès sera immédiat. Suivront une cinquantaine d’autres livres qu’il est inutile de rappeler car ils sont toujours édités. On ne peut en dire autant de tous les auteurs de cette époque…..

Lupin, c’est un anti-Sherlock Holmes. Non parce qu’il se mesura avec succès au célèbre détective anglais ("Arsène Lupin contre Herlock Sholmes"). Il ne scrute pas les empreintes de pas, les cendres de cigarettes. Il est aussi gai que Holmes est compassé. Son impertinence, sa façon de ridiculiser la police en la personne de l’inspecteur Ganimard, son succès auprès des femmes, l’aide qu’il porte aux faibles face aux puissants, le rendent sympathique aux Français et font de lui "le Robin des Bois de la Belle Epoque".

Maurice Leblanc est mort à Perpignan en 1941, la même année que sa sœur pourtant plus jeune que lui. Arsène Lupin, lui, est toujours vivant !

Gérard Nédellec

A plus... évidemment...

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 08:26

 

Paru dans l'almanach du Breton il y a quelques années...


Elles sont fort nombreuses en Bretagne et procèdent de la poésie chantée en langue bretonne, littérature d’abord orale puis écrite, puisqu’elles sont parvenues jusqu’à nous.

Nous allons nous intéresser à la légende de sainte Azénor (en breton Enori), appelée par certains auteurs "la femme au sein d’or". Mais n’anticipons pas…..C’était la fille du roi de Brest. Je sais qu’il n’y a jamais eu de roi à Brest, mais la tradition en parle dès le XIIIè siècle.

La vie de sainte Azénor et de son fils Budoc a été racontée dans la Chronique de Saint-Brieuc, texte latin dont deux copies du XVè siècle se trouvent actuellement détenues sous les N° 6003 et 9888, dans le Fonds latin de la Bibliothèque Nationale. La traduction de 1866 est due à A. de Barthélémy. Ces précisions données, résumons cette légende.

Azénor, fille du roi de Brest, voulait vouer sa vie à Dieu. Le jeune roi de Goëlo la demanda en mariage à son père. Sur les instances de sa mère, elle accepta finalement de rompre son vœu, épousa le roi et accompagna son mari. en Goëlo après le mariage.

Peu après sa mère mourut et son père se remaria. Lors d’une chasse en forêt, le roi fut attaqué par un grand serpent qui s’accrocha à son bras. Dans l’impossibilité de s’en défaire, le roi voyait sa santé décliner, sa vie le quitter peu à peu. Prévenue, Azénor revint près de son père. Mais rien ne pouvait détacher le reptile du bras du roi. Un vieux magistrat lui dit alors : « Oins ton sein d’huile d’olive et de lait de brebis et présente-le au serpent : il sautera du bras de ton père sur ton sein. Coupe-le alors et jette-le dans le feu avec le serpent. »

Ce qui fut dit fut fait. Mais Azénor eut peur qu’à son retour, son époux n’accepte pas une femme infirme. Elle pria Dieu qui remplaça son sein mutilé par un sein d’or et de pierreries "qui brillait comme un flambeau". Elle rentra chez elle retrouva son mari avec plaisir. Son père lui était très reconnaissant, mais sa belle-mère devint très jalouse. Elle décida donc de la perdre.

Profitant de la venue du roi de Goëlo, elle lui annonça que sa femme le trompait avec un clerc, ce que personne n’ignorait. La meilleure preuve, c’était ce fameux sein d’or qui brillait dans la nuit. Le jeune roi inquiet revint chez lui et aperçut en effet le sein d’or qui luisait dans la chambre de sa femme. Croyant en sa culpabilité, il revint à Brest pour s’en remettre à la décision du roi son beau-père, sans lui révéler de qui il s’agissait. Quel sort réserverait-il à une reine qui tromperait son mari ? Le roi n’hésita pas : la mort par le feu. Lorsqu’il apprit que la reine coupable était sa propre fille, il fut consterné mais ne put se dédire.

Le date du supplice fut arrêtée. Mais Azénor annonça devant tous qu’elle était innocente, qui plus est enceinte. Elle réclama un délai à l’exécution afin que l’enfant naisse et soit baptisé. Le vieux magistrat conseiller intervint alors et proposa d’enfermer la future mère dans un tonneau étanche, de le jeter à la mer et de s’en remettre à la volonté des flots et de Dieu.

Pendant cinq mois, le tonneau vogua sur la mer. Azénor priait sainte Brigitte. Elle l’aida à mettre au monde un fils qui se mit à converser immédiatement avec sa mère. Le tonneau toucha terre en Irlande près d’un lieu appelé Beauport. Comme un pêcheur voulait l’ouvrir, l’enfant de l’intérieur l’en dissuada, le priant plutôt d’aller chercher un prêtre afin qu’il le baptise. On lui donna le nom de Budoc et les deux naufragés furent accueillis par les moines de l’abbaye du lieu.

Mais le roi de Goëlo était rongé par le remords d’avoir trop vite condamné sa femme. Il chercha partout en Bretagne, traversa la Manche et accosta en Irlande. Pendant ce temps, Budoc, devinant la venue prochaine de son père, l’avait annoncée à sa mère. Bientôt la famille était reconstituée. Hélas ! Après avoir confessé ses péchés, le roi de Goëlo mourut, suivi par sa femme.

Voilà la légende. Et l’on passe bien évidemment sur les invraisemblances : dans les légendes, tout est permis !

Outre ce texte, il existait également dans la tradition orale poétique bretonne, une longue gwerz : "Santez Enori". On le savait grâce aux recherches d’érudits du siècle passé, de Kerdanet, Luzel et Anatole Le Braz. Cette gwerz ressemble assez à la légende de sainte Azénor telle que je l’ai résumée. Si le fond est semblable, certains détails diffèrent : le roi de Brest a trois filles, c’est la belle-mère qui dénonce sa bru à son fils…..

Mais il existe encore d’autres textes s’inspirant de la même histoire de la jeune fille qui libère le héros de la pression fatale d’un serpent, perdant son sein de chair mais gagnant un sein d’or.

Citons d’abord "Le livre de Caradoc Briebras", contenu dans la première "Continuation" de Perceval, de Chrétien de Troyes, datant du XIIIè siècle. Il s’agit ici du roi Caradoc de Vannes qui épouse Isaure de Carhaix. Mais l’ensemble est assez complexe pour ne pas dire compliqué. Il est fait mention ici de la corne dans laquelle seul peut boire sans en renverser une goutte un homme dont la femme est fidèle.

On retrouve dans la tradition galloise le même type d’histoire, où la fidélité de la femme est attestée par un manteau magique.

Deux autres contes gaéliques s’inspirent du même sujet. Mais sans doute sont-ils antérieurs car on y rencontre des différences assez sensibles. Le prince reçoit de sa marâtre une chemise magique qui se transforme en serpent. On ne peut s’empêcher de penser à la tunique de Nessus responsable de la mort d’Héraclès, ce qui montre s’il en était besoin que les légendes d’où qu’elles viennent ont une origine commune.

Parmi ces diverses légendes, les deux premières qui sont plus typiquement bretonnes, sont intéressantes quant au but qu’elles recherchent, ou du moins qu’on peut raisonnablement penser qu’elles recherchent. Il s’agit dans les deux cas de l’histoire de sainte Azénor, appelée aussi Eneri. On peut penser que les hagiographes bretons du Moyen Age ont voulu asseoir la légitimité de leurs saints fondateurs sur des faits merveilleux, sacrés, féeriques, voire miraculeux.

D’autre part, si le premier texte en latin est l’œuvre d’un auteur instruit, le second, la gwerz, est surtout un chant narratif propagé par voie orale pendant des siècles. Mais il semble acquis que l’un comme l’autre procèdent d’un substrat narratif oral fort riche, puisqu’il a pu inspirer tout au long des siècles des œuvres aussi diverses que celles signalées, retrouvées dans divers pays du monde celtique.

Gérard Nédellec

(sources : "Etudes sur la Bretagne et les pays celtiques", Mélanges offerts à Yves Le Gallo, Centre de recherche Bretonne et Celtique, Brest. Yves Le Gallo a été mon prof en classe de propédeutique à Brest il y a... quelques années...)

A plus...

 

 

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