Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 10:11

monsieur-paul-6x9.JPG

 

Voilà la couverture du livre telle qu'il est paru en 2006 aux éditions Cheminements. Vous ne pouvez pas le savoir.... mais l'instituteur qui officie sur cette photo... c'est moi dans ma classe de la campagne calvadosienne... en 1956... ce qui ne nous rejeunit...ni vous ni moi... mais passons... J'avais alors 20 ans et quelques mois..

Ce livre a été édité en poche par les éditions de Borée dans leur collection Terre de poche en 2008 avec une nouvelle couverture et un commentaire intéressant... pour moi et pour le futur lecteur.  Je vous laisse découvrir tout cela... et si vous ne connaissez pas ce livre, rien ne vous empêche d'aller chez votre libraire préféré et de l'acheter ou le commander s'il ne l'a pas.

Ah ! Une précision... En poche, il coûte moins cher mais c'est écrit plus petit...


 

L’École de Monsieur Paul – Gérard Nédellec



 » Voici de belles histoires chargées des souvenirs de notre enfance. Avec un dénominateur commun : l’école d’après-guerre. Photo scolaire, classe de mer, fête de Noël, distribution des prix, accueil des correspondants … Rien ne manque à ce florilège plein d’humour et de tendresse où se croisent directeur autoritaire, professeur chahuté, surveillant débordé, parents d’élèves attentifs et gamins malicieux.

***Et voici un extrait du livre...

« Tous étaient plongés dans leur réflexion en se grattant la tête avec le manche de leur porte-plume. Quelle idée de faire partir le second train après le premier ! A-t-il besoin de le rattraper ? Qu’il reste sagement derrière ! Camille, tourné face au tableau, expliquait avec un dessin comment le train parti le dernier allait rattraper celui qui était parti le premier grâce à sa plus grande vitesse. Il entendit soudain derrière son dos des rires étouffés. Il se retourna brusquement et ce qu’il vit le laissa sans voix. » 


Une vraie plongée dans l’école d’après-guerre, effectivement. On retrouve ses salles de classe chauffées par le poêle à bois ;  les estrades sous les bureaux des maîtres, devant le tableau ; les internats avec leur chambre unique et leur surveillant; les plumes Sergent-Major, l’encre violette et les encriers en porcelaine blanche …

Une promenade agréable dans l’école d’un autre temps.

Ce livre se présente sous forme d’anecdotes, un peu comme des nouvelles. Il se lit facilement, les anecdotes sont assez courtes, et on replonge facilement dans l’école de nos parents ou grands-parents … et d’autres se replongeront dans leurs propres souvenirs !

 

 

 

 

 

Voici une critique parue dans le Pèlerin Magazine, septembre 2006

 

 

« Des contes de l’école d’antan, ce pourrait être le sous-titre de ce joli livre qui nous entraîne dans les salles de classe du début du XXe siècle. Une période si proche et pourtant si différente de l’école d’aujourd’hui. En une vingtaine de récits alertes, à la fois contes, fables et souvenirs, l’auteur, un ancien instituteur septuagénaire du Calvados, nous communique avec grâce la saveur particulière de cette époque « placée, rappelle-t-il, sous le triple signe de l’encre violette, des encriers de porcelaine blanche et de la plume sergent-major ».    G. D.

 

 

Commentaires lors du salon du livre du Mans,

14 et 15 octobre 2006

 

« Ancien instituteur, Gérard Nédellec nous livre dans son premier récit « l’Ecole de Monsieur Paul » des souvenirs de classes d’antan, qui sentent bon l’encre violette et la plume sergent-major. Ce livre nous révèle un chroniqueur et un conteur de talent. »

 

 

Cela ne vous donne-t-il pas envie de connaître le reste ?...

A plus...

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 16:10

Vous ne connaissez certainement pas l'histoire édifiante de Bohémond et de sa sainte lance, celle qui perça le flanc du Christ sur la croix... Je suis là pour vous renseigner... Je me suis inspiré du livre de Pierre Miquel :"Les mensonges de l'Histoire"... ainsi que de divers dictionnaires ...

Paru dans l'almanach du Normand...

 

 

 

 

 

Les Normands ont toujours été des grands voyageurs. Vers 1020, des familles normandes, poussées par l’esprit d’aventure et l’espérance de la fortune, émigrèrent dans l’Italie du sud. Citons la famille de Tancrède de Hauteville qui arriva avec onze de ses fils, dont Robert Guiscard, l’un des plus jeunes. Bohémond est son fils aîné, né vers 1057.

En 1095, le pape Urbain II vient à Clermont prêcher la croisade pour délivrer les lieux saints. Les rois ne répondirent pas à son appel, mais des grands féodaux parmi lesquels le comte de Toulouse, Godefroy de Bouillon, Etienne de Blois, Robert Courteheuse duc de Normandie et Bohémond de Tarente. Ce sera la première croisade, celle qui prendra Jérusalem en 1099. Tout le monde a appris cela. Mais ce ne fut pas une marche triomphale comme on l’a cru. On assistera à des tiraillements, des jalousies entre les barons. Sans oublier l’empereur de Constantinople Alexis Comnène qu’il ne fallait pas froisser…

Deux ans après le départ des Croisés, les barons se sont contentés de se tailler des fiefs pour leur propre compte. On est loin des belles intentions du début… On oublie Jérusalem. Certains veulent rentrer chez eux. Voilà les Croisés devant Antioche, porte de la Syrie. Mais on annonce qu’une armée turque va délivrer la ville de ses assaillants. Il faut agir vite. Grâce à un traître qui commande une tour de défense de la ville, celle-ci est prise par Bohémond. Mais voici l’armée turque et les Croisés sont prisonniers dans Antioche. La peste et la famine gagnent. Vont-ils périr ?

C’est alors qu’un miracle se produit. Un curé de Marseille, Barthélemy, qui avait suivi l’armée des Croisés, affirme connaître l’endroit où le légionnaire romain qui avait percé le côté droit du Christ sur la croix a caché la Sainte Lance. On ne le croit pas. Un Marseillais !... qui plus est sale, barbu…

Mais la situation est de plus en plus mauvaise. Et s’il disait vrai ? Si la Sainte Lance était bien cachée sous le maître-autel de la cathédrale Saint-Pierre ? Ce serait la victoire assurée ! Si les Normands ne croient pas cette histoire, le comte de Toulouse y accorde la plus grande attention. Les soldats quant à eux sont convaincus. Et pour mieux se préparer, l’armée entière observe un jeûne de trois jours avant de rechercher la Sainte Lance.

Barthélemy se fait de plus en plus affirmatif. Semblant conforter ses dires, une étoile filante apparaît brusquement dans le ciel. A cette époque, on était très sensible aux signes du ciel. De plus, un météorite s’écrase dans le camp turc. N’est-ce pas le Christ qui montre clairement sa présence à côté des croisés ?....

Le 14 juin dès l’aube, dans une grande fébrilité, on commence à creuser dans la cathédrale Saint-Pierre. La journée passe… rien… Soudain, le soir, cachée à trois mètres de profondeur, voilà la fameuse lance ! On crie au miracle ! Le comte de Toulouse l’a tient enfin dans ses mains. Il y avait toujours cru. Cette lance leur donnera la victoire !

C’est alors que la mésentente entre les barons croisés va se montrer dans toute sa bêtise… Bohémond et ses Normands crient au mensonge. Barthélemy est un mystificateur ! Ce qu’il veut, c’est donner la victoire au camp des Provençaux, au détriment du leur… Et tandis que les chevaliers du Sud s’agenouillent devant la lance rouillée, Bohémond sent que le vent tourne en sa défaveur. Il décide de frapper un grand coup afin de reprendre l’avantage. Il profite de ce que le comte de Toulouse soit malade dans sa tente pour provoquer en combat singulier le chef turc Karboghâ. Ce dernier refuse, on s’en doute.

Il faut changer de tactique. Le chapelain du duc de Normandie prétend que la lance n’est pas la vraie lance. Comment le prouver ? Au Moyen Age, il existait un moyen facile pour savoir si quelqu’un était coupable, innocent, mentait ou disait la vérité : il suffisait de lui faire subir le jugement de Dieu ! Une épreuve judiciaire (une ordalie) par les éléments naturels, ici le feu. Vous allez voir, c’est simple. Le présumé coupable ou innocent traverse le feu, pas un petit feu, un grand. S’il en ressort vivant et sans traces de brûlures, il est innocent. Je vous le disais : facile !...

Un immense bûcher est donc allumé. Nous sommes le vendredi saint 1098. Si le prêtre a bien eu les visions qu’il prétend, Dieu ne le laissera pas périr… Raisonnement imparable… quoique simpliste ! Le pauvre Barthélemy grimpe l’escalier en bois qui le mène sur le bûcher, portant la lance enveloppée dans un tissu de soie. Si elle est authentique, Dieu ne la laissera pas se consumer.

Bravement, il pénètre dans le feu… et ressort indemne de l’autre côté. Il a réussi l’épreuve du feu. Miracle ! La Sainte Lance est intacte ! Si les Normands font grise mine, les Provençaux exultent de joie. Dieu a manifesté sa toute puissance ! La lance est bien celle qui a transpercé le flanc du Christ sur la croix. Désormais, la victoire ne peut leur échapper !

On veut féliciter le curé, en faire un saint, arracher peut-être un morceau de sa robe pour en faire des reliques. Il a disparu. On le cherche, on le retrouve enfin, on le presse, on l’étouffe, on l’écrase… Il s’en sort mais meurt quelques jours plus tard. Peu importe ! Il a rendu la foi à tous.

Mais voilà : la sainte lance a disparu ! Le ciel a-t-il voulu punir ces croisés qui se comportent comme des mécréants ? Bohémond se reprend alors. Comme le comte de Toulouse est toujours souffrant, il prend la tête des troupes, les aligne hors de la ville, et lance la cavalerie sur les Turcs qui se débandent. C’est une victoire incontestable, que pour une fois, tous s’accordent à attribuer à l’intervention divine.

Les croisés vont-ils avoir compris cette fois ?... Pas du tout ! La prise de Jérusalem devra attendre encore plus d’un an puis qu’elle aura lieu le 15 août 1099. Mais si cela vous l’avez appris à l’école, avouez que les mésaventures de la lance et de Bohémond vous étaient inconnues !...

On vous cache tout... mes braves gens...

 

(A suivre...)



Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 07:24

Voici la seule légende que j'ai écrite, parue dans "D'Armor et d'Argoat"...

 

 


 

 

Voilà trois jours que le vent ne soufflait plus. Pas la moindre bise, pas le plus léger zéphyr, rien. Les ailes du moulin restaient désespérément immobiles. Elles étaient pourtant bien déployées, largement ouvertes pour frémir au souffle le plus infime. Maître Jacques, le meunier du moulin de La Musardière, situé dans cette région de Normandie où les trois départements bas-normands se touchent, avait tendu toute la voilure sur les vergues croisées.

C’était un moulin à tour comme on en rencontrait fréquemment dans l’Ouest. Seule sa toiture conique supportant les ailes pivotait pour se mettre face au vent. Il l’avait tournée afin de présenter le moulin à une brise éventuelle. Mais de vent, il n’y en avait pas et le pauvre Jacques avait beau se cramponner à la tige qui permettait de bouger la toiture et courir d’un côté et de l’autre pour tourner et tourner encore, les grands bras du moulin se dressaient inertes, sans vie.

Pareil à un navire immobilisé dans une zone de calme plat, les voiles pendantes et comme inutiles, le vieux moulin semblait figé. Pourtant, il y avait du grain à moudre ! Jacques s’épuisait, pestant après Eole, le dieu des vents, qui aurait quand même pu faire un petit effort pour venir à son aide….

- « Si les ailes commencent à bouger un peu, je suis sûr que le reste suivra !....Allez, une bouffée…..un souffle, même léger, deux mètres par seconde….je m’en contenterai….

Mais rien ne bougeait. Pour entraîner la meule tournante qui roulait sur la gisante, il ne suffisait pas de deux, mais de cinq à huit mètres par seconde. Rien de tel ici et Jacques était fatigué. Sa femme et ses enfants regardaient, impuissants.

- Faudra quand même trouver un autre système qui ne soit pas tributaire du ciel ! s’écria-t-il avec colère.

Mais en ce début du XVIIè siècle, la vapeur comme source d’énergie restait à découvrir. Les moulins actionnés par la force du vent avaient encore de beaux jours devant eux, encore fallait-il qu’il y eût de quoi les faire tourner !.....

Découragé, il restait debout, les bras croisés, et continuait à maugréer.

- Pourquoi faut-il que je m’échine à essayer de présenter les ailes au vent, puisqu’il n’y en a pas ! Autant présenter un seau d’eau à un âne qui n’a plus soif !....

Le soleil baissait. Bientôt la nuit serait complète. Encore une journée de perdue.

- A quoi bon chercher un vent absent !....Autant chercher un écu dans une bourse vide !....bougonna-t-il.

C’était désespérant. Il n’avait jamais connu une telle situation en trente ans de métier. Son père si. Une fois. Il était alors tout gamin, mais s’en souvenait bien. Il y avait eu ainsi quatre jours sans le moindre souffle de vent. Quatre jours à se désespérer, comme lui aujourd’hui. Et puis tout d’un coup, une tempête énorme s’était levée et avait duré de longues journées. Sa fureur avait emporté dans une sarabande folle les ailes que son père avait laissées déployées. Il y avait eu de la casse…..

Il n’avait pas oublié. Il décida donc de réduire la toile en la repliant sur les vergues. Si par extraordinaire le vent se levait, aurait-il le temps de le faire avant qu’elles ne s’emballent ?....Avec les éléments, on ne sait jamais. La prudence est toujours la meilleure solution. Mais il ne voulait pas s’avouer vaincu. Dans un excès d’optimisme, il disposa ses ailes en position de croix grecque, ou de X, comme on veut. Cette position annonce un repos de courte durée, donc une reprise prochaine.

- On verra bien !.....fit-il en haussant les épaules et comme pour se justifier. Il faut savoir forcer la chance. Ne sourit-elle pas aux audacieux ?....

Puis il s’assit, le dos appuyé au moulin, et attendit, en scrutant le ciel. Mais au bout d’un moment, ses yeux se mirent à papilloter et ses paupières devinrent très lourdes. Il sombra dans le sommeil.

Soudain, il sentit confusément que quelque chose se passait. Il ouvrit les yeux et entendit des craquements caractéristiques. Un souffle léger lui caressa le front. Le vent !.....Le vent reprenait !.....Rapidement debout, il s’aperçut que les ailes commençaient à tourner, lentement d’abord, puis de plus en plus vite.

- Eh ben garçon !....fit-il, heureusement que j’ai réduit la toile. On dirait une bonne petite brise qui se prépare. Ce n’est plus le moment de dormir !....

Il grimpa à l’étage où s’effectuait le travail. Le mouvement avait déjà été transmis à l’axe sous lequel était fixée la meule tournante. Entraînée par un jeu d’engrenages, elle roulait sur la meule dormante en produisant des étincelles. Il fallait rapidement lui donner sa nourriture de grain car il n’était pas rare que les étincelles produites par le deux meules en silex n’enflamment la farine provoquant l’incendie du moulin. Le cas s’était produit.

La trémie avait été remplie de grain. Il suffisait d’ouvrir le goulot qui le laissait tomber dans la partie centrale de la meule tournante, puis entre les deux meules où il était broyé. La routine pour notre meunier….

La tempête devenait de plus en plus forte, les ailes tournaient de plus en plus vite. Attentif à tout, penché au-dessus des meules, un œil sur les ailes, le meunier s’activait dans un nuage de farine immaculée. Il avait appelé sa fille aînée à son aide. Elle était déjà experte dans le fonctionnement d’un moulin pour avoir vu faire son père. Il faudra lui trouver un honnête garçon pour prendre ma suite. Un meunier évidemment ! Mais il chassa cette idée : le moment n’était pas aux projets d’avenir.

Soudain, un éclair aveuglant sillonna le ciel d’un noir d’encre. Le moulin tout entier fut illuminé de milliers de petites flammèches, comme un immense arbre de Noël. Puis l’obscurité revint, percée seulement par la lueur blafarde des chandelles de suif. La meule tournait toujours régulièrement, la farine était évacuée sur les bords par l’effet de la force centrifuge. Tout allait bien. Maître Jacques se frotta les mains de satisfaction. Il allait pouvoir rattraper son retard.

Mais un détail accrocha son œil exercé. Il se trouvait environné dans un nuage non plus blanchâtre, mais d'un joli bleu azur. Il vérifia la farine qui sortait de la meule. Elle était bleue ! D'un, bleu intense, un magnifique bleu roi….Il se pinça……Non, il ne rêvait pas ! Son moulin produisait de la farine bleue !

Il regarda le grain dans la trémie. Il était d’un blond doré, comme d'habitude. Et la farine rejetée sur les bords était bleue ! Ça alors ! Lui-même était recouvert d’une fine poussière bleue.

- Ce doit être la lumière des chandelles qui déforme les couleurs et me donne cette impression bleutée….Car enfin, de la farine bleue, cela ne s'est jamais vu !....Demain au jour, ma farine sera bien blanche !....

Il continuait à s’occuper de son travail tout en parlant car la meule broyait régulièrement le grain qui tombait de la trémie. La tempête soufflait toujours et devant sa violence, il dut tourner la toiture pour la présenter un peu de biais. Cela suffisait. Car trop de vent n'est pas mieux que pas de vent du tout !....Il ne faut pas que la meule s'emballe…. Le risque d'incendie est toujours présent.

Le lendemain au jour, la farine n’avait pas changé de couleur. Il remplissait les grands sacs de belle farine bleu roi…..L'urgence du travail l'empêcha de se pencher sur ce problème curieux.

- Bah ! se dit-il, j'espère que le pain ne sera pas moins bon ! Mais que diront les fermiers lorsqu’ils en prendront livraison ?....

L'ouragan se déchaîna toute la nuit, ainsi que la journée suivante. Jacques était partout. Outre la surveillance du travail, il devait veiller à l'approvisionnement et monter les lourds sacs de blé par l'échelle étroite (une échelle de meunier, c'est tout dire….) et verser le grain dans la trémie. Il en profitait pour descendre les lourds sacs de farine afin de les ranger.

Peu à peu les sacs de blé entassés furent remplacés par des sacs de farine bien bleue. Sur une rasière de 80 kg, on retrouvait habituellement 51 kg de farine et 21 kg de son. Un peu plus de 60% de rendement. Mais ici, tout était converti en farine bleue. Pas la moindre trace de son…..Du 100%....Il n'allait pas se plaindre d’un tel rendement ! Par contre, la farine bleue l'ennuyait un peu….Il verrait cela plus tard, lorsque le vent serait calmé….

Le troisième jour, le vent soufflait toujours, moins fort mais suffisamment pour continuer à moudre. Il avait augmenté un peu la surface portante des ailes. De tous les coins de l’horizon, arrivaient des ânes portant des sacs de blé doré. Un tel vent était une aubaine et tous voulaient en profiter. Jacques avait dû demander l'aide d’un jeune fermier des environs. Et les ailes tournaient, et les sacs de grain gravissaient l'échelle, portés par les épaules vigoureuses du jeune fermier qui avait voulu décharger le meunier de cette tâche pénible, et la farine bleue voletait…..

Les fermiers repartaient avec des sacs de farine. Jacques avait bien été obligé d’expliquer sa couleur différente.

- Ne soyez pas surpris de trouver une farine bleue….C’est une nouvelle invention que j’ai mise au point !....Vous m’en direz des nouvelles !....

Là, il s'avançait un peu car il n'en savait rien. Mais il fallait bien rassurer ceux qui faisaient la moue devant cette couleur incongrue….

Au bout de cinq jours, le vent tomba. Tout avait été moulu et réduit en farine. Nos hommes étaient harassés, on le comprend. Mais c'était Eole qui commandait On aurait bien le temps de se reposer quand il ne soufflerait plus.

Ils n'avaient pas eu beaucoup de temps pour manger, juste de quoi ne pas tomber d'inanition.

- Je vous ai cuit de beaux pains avec la nouvelle farine, fit la meunière. Ils sont bizarres Venez les goûter !...

Ils découvrirent des pains à la croûte bleutée. Et lorsque le couteau s'enfonça et trancha de larges tartines, on découvrit une mie d'un beau bleu intense….De plus ces pains étaient délicieux, tout bonnement délicieux ! La croûte était finement croustillante. La mie bien aérée, d'un moelleux délicat, d'un goût exquis, fondait dans la bouche.

Des pains bleus au goût de brioches. Mais avec de la farine bleue, fallait-il s'attendre à obtenir des pains verts ?....

Le lendemain, des quantités d'ânes arrivèrent chargés de sacs de blé.

- Nous t'apportons tout le grain que nous avons trouvé dans le pays alentour afin que tu nous fasses de la bonne farine bleue. Le pain confectionné avec cette farine est un vrai délice »

A cette époque, les fermiers faisaient eux-mêmes le pain dont ils avaient besoin.

La réputation de Jacques se répandit dans tout le pays. Il engagea définitivement le jeune fermier qui l'avait aidé durant la tempête.

A partir de ce jour, le vent souffla tous les jours suffisamment pour faire tourner régulièrement les ailes. Il tombait un peu en fin de journée, mais c'était pour permettre au moulin de se reposer et mieux reprendre le lendemain. Les grandes ailes blanches semblaient alors prendre le large pour un voyage immobile. Le blé affluait de partout. On aurait dit que le pays tout entier s'était donné le mot pour venir moudre son grain dans le moulin de Maître Jacques. Les sacs de farine bleue repartaient dans une joyeuse animation.

Un beau jour d'été, le jeune fermier épousa la fille de Jacques. Sa succession était assurée. Le jour du mariage, tout le village se donna rendez-vous au moulin dont les ailes mises en position d'aile venante indiquaient un événement heureux. On dansa et chanta beaucoup.

La vie continua, les sacs de blés se transformaient en sacs de farine bleue, qui se transformaient à leur tour en sacs d'écus Le moulin tournait tous les jours à plein rendement car il y avait toujours une bonne brise.

Les années ont passé, le temps a fui inexorablement. Les jours ont succédé aux nuits, les nuits aux jours. Les jeunes ont remplacé le meunier, puis leurs enfants, et leurs petits-enfants, de générations en générations. Et toujours le vent qui entraînait les ailes, et toujours la belle et bonne farine bleue qui voletait dans tout le moulin, et toujours les beaux pains bleus qui faisaient le régal de tous.

Voilà la légende des pains bleus. Où se cache ce moulin merveilleux ?.. Quelque part dans un pays magique accessible à ceux qui ont gardé une âme d'enfant : le pays des Merveilles, le pays des contes…..

 

(A suivre...)

 

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 08:29

Dans la série "Pour en savoir un peu plus... voici...

 

Voici la couverture de "Un soldat de l'ombre" ainsi que quelques renseignements proposés par l'éditeur.

On pourra reconnaître... mon père au centre et en couleur... entouré de quelques camarades de son organisation de résistance.

 

 

couverture-un-soldat-de-l-ombre.JPG

 

 

« Un soldat de l’ombre »
Chroniques souriantes des années grises
Douarnenez 1939-1945

De Gérard Nédellec
Aux Editions Cheminements


Un soldat de l’ombre raconte les aventures et mésaventures du père de l'auteur ainsi que la vie de sa famille qui vivait à Douarnenez pendant la guerre. Il a fait partie de la Résistance, a joué le double jeu, est passé à travers les mailles de la gestapo et s’est fait arrêter par la police française à la libération comme collaborateur. Un comble pour un vrai Résistant…
C’est l’occupation vue par et à travers ses yeux d’enfant qui ne pouvaient pas tout comprendre. Un prisme déformant qui ne montrait que la partie amusante des événements qui se déroulaient devant lui. L’insouciance de la jeunesse, alors que des adultes risquaient leur vie, à commencer par son père…
Plus qu’un récit structuré, il s’agit de petites anecdotes prises au jour le jour. A travers ces souvenirs, c’est une autre façon de vivre qui renaît. L’insouciance des années 30 a laissé la place à l’inquiétude du lendemain vers la fin de la décennie. Et pour ceux qui ne voulaient pas accepter la défaite, c’était l’angoisse des petits matins où la Gestapo frappait à la porte, le « coup du laitier » comme on l’appelait…
Durant ces cinq années terribles, vont cohabiter des héros et des salauds, des martyrs et des bourreaux, des escrocs et des patriotes, des trafiquants et des honnêtes gens, des résistants et des indifférents. Et si à l’heure de la libération tous se prétendront Résistants, bien peu se vantaient d’une telle appartenance lorsque les bottes à clous commençaient à marteler le pavé de nos villes !
A travers ces récits racontés d’une plume alerte, l'auteur fait revivre une période sombre de notre histoire, mais pendant laquelle la solidarité n’était pas un vain mot.
Comme il ne voulait pas faire sombrer le lecteur dans la tristesse, il a préféré tremper sa plume dans de l’encre verte couleur d’espoir. Ces récits vous transporteront au cœur de l’Occupation avec ses moments pénibles, émouvants, tragiques, mais aussi cocasses car la drôlerie se cache parfois derrière les situations les plus dramatiques.
Nous avons un devoir de mémoire envers tous ces soldats de l’ombre qui ont risqué leur vie pour que nous restions libres.



Gérard Nédellec est né à Douarnenez en 1935 d’un père Breton et d’une mère Normande. Il a passé sa jeunesse dans cette ville, notamment les années de guerre. Instituteur dans le Calvados puis directeur et professeur des écoles à Angers, il est maintenant en retraite et se consacre avec passion à l’écriture. Après A la veillée en Bretagne, A la veillée en Normandie (Edition CPE), L’école de Monsieur Paul et De derrière les fagots (Editions Cheminements), parallèlement à des collaborations pour des almanachs des terroirs de France, (l’Almanach du Breton, l’Almanach du Normand, l’Almanach de l’Anjou, l’Almanach du Maine aux éditions CPE), son dernier livre Un soldat de l’ombre nous plonge dans les années grises de l’Occupation avec son lot de restrictions, tracasseries, pénuries, mais aussi d’insouciance pour l’enfant qu’il était.

 

 

 


 

A propos de ce livre, des lecteurs ont écrit :.

 

« J'admire la mémoire et la précision dont fait preuve l'auteur en apportant à chaque page une touche d'humour. Un ton toujours alerte. On croit parfois qu'il y a des redites. Mais non, on revient volontiers pour mieux inscrire. »

 

« J'aime le bon sens clairvoyant de ce livre et son recul sympathique non seulement sur une période difficile de notre Histoire mais sur une société d'alors trop inféodée à l'organisation cléricale. »

 

«  On lit sans mal, avec un plaisir qui s'accélère au fil de lignes et ça c'est assez formidable. »

 

« Je suis frustré de ne pas être originaire de Douarnenez : le détail du parcours des rues vers le port ou la plage ou les bois environnants doit procurer un titillement supplémentaire. Bravo. »

 

« J'ai eu plaisir à suivre les pas de ton enfance dans les rues de Douarnenez, selon des itinéraires qui me sont familiers. J'ai lu avec intérêt l'histoire de ton père qui a croisé celle de mon oncle. Tu as su replacer le parcours individuel dans l'Histoire du pays et de la ville. J'aime bien ton humour, qui n'est jamais blessant. »

 

« Ce livre nous donne une vision personnelle, touchante, drôle, cocasse, réaliste et toujours empreinte de gaïté de cette période de notre Histoire, à travers un bel hommage. »

 

"Ecrivez-nous encore beaucoup de jolis livres comme ça..."


(A suivre...)

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 06:31

Voici un texte extrait de mon livre "Un soldat de l'ombre", comme je vous l'ai promis...

 

 


 

Voilà un titre qui peut surprendre. Rire ?... Avions-nous vraiment le cœur à rire ?... Certes non, mais le Français est ainsi fait : il rit, même dans les pires situations… Il rit en serrant les poings, en pestant contre ces visiteurs indésirables qui deviennent de plus en plus envahissant… il rit en grinçant des dents… mais il rit !

Il faut dire que c’était la seule arme qui nous restait : le rire, la moquerie, la dérision… On se racontait ces histoires sous le manteau. On se moquait de la lourdeur de l’esprit germanique. C’était une façon de résister qui pouvait être parfois dangereuse car si les Allemands sont longs à comprendre, ils comprennent un jour. Et là, ils se rattrapent… Officiellement, par devant, les Français montraient des visages neutres, fermés, qui pouvaient laisser croire aux occupants que le spectacle parfois risible de leur toute puissance les avait impressionnés. La Rochefoucauld l’avait bien dit : « La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges qu’on nous tend »… pour bien entendu ne pas y tomber.

A la libération, on a recueilli toutes ces histoires. Mais déjà elles faisaient moins rire… Et puis le temps a passé, elles n’amusaient vraiment plus personne… Le moment était venu de se retrousser les manches et de travailler.

Alors, si vous le voulez bien, rappelons-nous… Certaines histoires étaient tellement "d’époque" que je ne suis pas certain qu’elles fassent rire encore maintenant… Voyons cela…

Lorsque les Allemands sont entrés à Paris, la vie s’est arrêtée. Puis peu à peu elle a repris, notamment dans les petits théâtres de Montmartre qui s’étaient fait une spécialité des revues humoristiques. Mais la situation n’était plus tout à fait la même. La censure allemande veillait… On ne pouvait plus raconter ce qu’on voulait. Pas question de se moquer de ces "Messieurs" !... Il fallait demander l’accord aux services compétents. Mais les Allemands avaient du mal à comprendre l’esprit gaulois…

Dans ce petit théâtre, un tableau avait échappé à la vigilance des censeurs. Il paraissait tellement anodin… Le rideau s’ouvrait. Sur la scène, un personnage pas très dégourdi était assis devant une table sur laquelle était posée une cuvette remplie d’eau. Armé de ciseaux, il découpait consciencieusement des petits bouts de papier qu’il posait sur l’eau de la cuvette. Puis il soufflait doucement dessus d’un air important.

Entrait alors un ami qui s’étonnait.

- « Mais mon pauvre vieux, qu’est-ce que tu fabriques avec tes petits bouts de papier et ta cuvette ?

Et l’idiot répondait d’un air ingénu :

- Je prépare le débarquement en Angleterre…

A cette époque, les Allemands étaient persuadés qu’ils allaient pouvoir d’un seul pas de leurs grandes bottes franchir la Manche et réduire l’Angleterre qui résistait, seule. Une armée d’invasion avec tout son matériel se massait dans les ports autour de Dunkerque. Mais voilà ! Il y avait un "hic"… Il fallait aux Allemands la maîtrise du ciel. Et malgré les promesses de Goering, grâce au courage des aviateurs Britanniques comme de la population civile qui pliera sous les bombes mais ne rompra pas, le maréchal ventripotent et imbu de sa personne ne pourra offrir à son führer un ciel libre de tout avion anglais. Le débarquement sera alors reporté sine die… et n’aura jamais lieu…

Mais lorsque parut ce sketch, ils y croyaient encore… Aussi, des gens bien intentionnés allèrent rapporter aux censeurs teutons ces paroles apparemment inoffensives… On les jugea défavorables voire préjudiciables au prestige du grand Reich... On alla trouver l’acteur et on le menaça de le suspendre aux fourches patibulaires en cas de récidive…

Le lendemain, le public avait été averti de l’incident, le théâtre était plein. Il n’y avait plus un strapontin de libre. Comme aucune instruction officielle n’était parvenue au directeur du théâtre, il décida de maintenir la scène contestée. On retrouva l’idiot en train de découper gravement des petits bouts de papier, de les placer sur l’eau d’une cuvette et de souffler dessus. L’ami entra et demanda :

- Mais qu’est-ce que tu fabriques avec tes bouts de papier et ta cuvette ?

Silence.

- Eh ! Mon vieux ! Tu m’entends ?... Je te demande ce que tu fabriques avec tes bouts de papier et ta cuvette ?

Nouveau silence. L’ami se fâcha et lança d’une voix peu aimable :

- Alors, espèce d’idiot ! Tu ne sais pas ce que tu fais avec tes bouts de papier et ta cuvette ?

Et l’idiot répond d’un air entendu :

- Je suis idiot, c’est vrai… Mais je ne le suis tout de même pas assez pour le dire ! »

Les Allemands jugèrent cette version acceptable… Mais ils ne comprirent jamais pourquoi elle remporta un succès d’hilarité beaucoup plus grand que la première…

Voilà ! Et je ne suis pas certain que cela vous ait fait rire… Mais je vous assure qu’en 1940, elle faisait rire aux larmes nos concitoyens…

Celle-ci peut-être……

 

Dès le début de l’occupation, les Allemands ont occupé tous les organes vitaux de notre pays, notamment la presse. Ainsi un nouveau rédacteur en chef est arrivé tout droit de Berlin pour s’occuper du nouveau journal "Pariser Zeitung". Mais peu au courant des habitudes françaises, il désira s’initier auprès d’un typographe.

- « Le chapeau, explique ce dernier, est un préambule, souvent en caractères penchés, placé au-dessus d’un article important qui demande quelques explications préalables.

- Chabeau, gut ! chabeau…

- La légende est placée au-dessous d’une photo pour expliquer ce qu’elle représente.

- Gut ! léchende !...

- La manchette est un titre en gros caractères disposés sur toute la largeur de la première page, et qui indique l’information la plus importante.

- Manjette !... Ya !... Ch’ai pien gompris !...

- Maintenant si vous voulez bien, nous allons passer à un exercice pratique pour voir si vous avez tout compris.

Le typographe déplie un exemplaire du "Pariser Zeitung". Sous un titre, on peut lire :

Nous devons ces documents très importants à l’obligeance d’un des Européens les plus convaincus de l’heure présente, notre éminent ami son excellence M. X…

- Qu’est-ce que c’est ?

- Z’est un chabeau !

- Très bien. Continuons. Voici une photo.

La photo représente des soldats allemands jouant de l’harmonica sur une place d’un village récemment conquis sur les Russes.

- Cha, Ch’est une léchende !

- Parfait. Et ceci en gros caractères :

NOS ARMÉES VICTORIEUSES SUR TOUS LES FRONTS IMPOSENT LA CERTITUDE DU SUCCÈS FINAL DE NOS ARMES AU MONDE ENTIER.

- Ach !... za, ch’est une manjette…

- Non… pas tout à fait… Il faut distinguer deux cas. Si c’est un lecteur allemand qui le lit, c’est effectivement une manchette. Mais si c’est un lecteur français, c’est encore une légende.

- Ach !...Mein Gott !... Que la lanke vranzaise est gombliguée !... »

 

Une dernière histoire, celle-ci plus familière… et plus franchouillarde…

Chaque jour depuis qu’il était arrivé à Paris, le soldat Fridolin allait boire un petit coup au bistro du coin tenu par Ernest.

Et chaque fois, notre Ernest l’accueillait en souriant par un tonitruant : Salut grand con !...

Au début, la langue française était peu familière aux envahisseurs. On pouvait se permettre quelques… écarts de langage… Mais très vite il faudra se méfier. Le soldat Fridolin répondait par un guten tag poli et l’on en restait là…

Un jour cependant, il s’enhardit et demanda à Ernest avec un accent tudesque à couper au couteau :

- « Qu’est-ce que c’est un… grand con ?...

- Ah !... répondit Ernest en se grattant le menton… grand con, cela veut dire…Voyons cela… grand conquérant !... C’est cela ! grand conquérant !

- Ach !... Gut !...

Le Germain réfléchit un peu et dit en fronçant les sourcils

- Nein ! Nein !... Moi pas grand con… Moi… petit con… Mais Hitler… grand con !...  »

Et voilà comment on se vengeait alors des Allemands qui avaient envahi notre sol. Bientôt viendra l’heure de la résistance active……

 

(A suivre...)

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 07:21

Voici le préambule de mon 5è ouvrage : "Un soldat de l'ombre" sous titré "Chroniques souriantes des années grises, 1939-1945".

Il vous permettra de vous faire une idée sur le contenu du livre. Comme tous mes livres, il est composé d'anecdotes qui reconstituent le quotidien de ces années d'Occupation pour une famille française parmi d'autres.

 

 

 

 

En juin 1940 la France terrassée, vaincue, s’est abandonnée à un vieux maréchal octogénaire dont le passé tenait lieu d’avenir. Mais sa bonhomie et surtout son rôle glorieux pendant l’autre guerre rassuraient. Quelle chance prêter à un obscur général (à titre temporaire) de 50 ans qui, seul contre tous, lançait des paroles d’espoir ? Peu de personnes les avaient entendues mais ce n’était pas « une voix qui crie dans le désert », comme le Négus en son temps lorsqu’il alertait –vainement- la Société des Nations….de l’invasion de son pays, l'Éthiopie, par l’Italie de Mussolini.

Commençait alors l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Nous n’avions pas été vaincus parce que nous étions moins courageux que nos ennemis, moins armés, moins ceci ou moins cela. Non ! Notre armée valait largement l’armée allemande. Notre armement n’était pas inférieur. Les chars français étaient parmi les meilleurs du monde : fort blindage et solide armement permettant de traverser la cuirasse des panzers grâce à leur canon de 75 ou de 47 suivant les modèles. Alors ?...

Peut-être avions-nous de cette armée un sentiment exagéré de supériorité et pensions que rien ne pouvait lui résister….

Peut-être nos généraux en chef étaient-ils restés avec les principes défensifs de la dernière guerre, de même que le "bidasse" de base était encore habillé comme en 1918… Peut-être la pesanteur administrative et l’esprit tatillon typiquement français, qui s’exercent bien souvent au détriment de l’efficacité, étaient-ils des obstacles insurmontables… Peut-être n’avait-on pas écouté avec suffisamment d’intérêt les paroles prophétiques d’un colonel inconnu qui préconisait l’emploi massif des chars… Les Allemands en ont tiré la leçon, eux… En effet le colonel de Gaulle écrivait : «  Nous avons un matériel excellent, il s’agit de l’organiser comme l’emploient les Allemands et nous aurons la supériorité sur eux »… Mais ces conseils de bon sens sont rejetés par nos stratèges : « Les conclusions du colonel de Gaulle sont à rejeter. » Exit de Gaulle !... Nous le retrouverons…

Eh oui… Peut-être bien que… ou que… Il existe cent et une raisons de notre défaite. Il est toujours facile de savoir… après ce qu’on aurait dû faire… avant. Et puis, n’avions-nous pas la ligne Maginot ?... Infranchissable… mais non incontournable… C’était se cacher derrière son petit doigt ! Oui, nous étions aveuglés par notre force… théorique. Une mesure concrète fut prise alors : munir les voitures françaises de phares jaunes. Ainsi On verrait arriver les Allemands, dont les voitures portaient des phares blancs… Idée subtile et… typiquement française !...

Mais mon propos n’est ni de juger ni de condamner, mais de témoigner de la réalité.

Durant ces cinq années terribles, vont cohabiter des héros avec des salauds, des martyrs et des bourreaux, des escrocs et des patriotes, des trafiquants et des honnêtes gens, des résistants et des indifférents. Et si à l’heure de la libération tous se prétendront résistants, bien peu se vantaient d’une telle appartenance lorsque les bottes à clous commençaient à marteler le pavé de nos villes !

Il fallait bien vivre… ou essayer, jongler avec les tickets de rationnement. Les Français étaient globalement répartis entre les E (moins de 3 ans) et les V (plus de 70 ans), en passant par les J ( enfants et adolescents) et les A (de 21 à 70 ans). Encore faut-il préciser qu’il existait des variantes suivant la situation professionnelle ou l’état de santé. En résumé, ce rationnement accordera grosso modo la moitié des calories indispensables à une bonne santé. Mais pendant cette période, pas de cholestérol ! On avait des produits « light » en permanence. Quelle chance !... Signalons quand même que ces tickets de rationnement subsisteront jusqu’en 1949…

On a beaucoup écrit sur cette période, on a rarement parlé des humbles, des obscurs, « des petits, des sans grade »… L’obscurité n’a jamais intéressé personne ! Pourtant, la vraie France était là, avec ses gens modestes qu’on remarquait à peine.

Pierre faisait partie de ces gens discrets qui n’avaient pas accepté la défaite. Mais que pouvait-il faire ?... Résister seul dans son coin n’est ni utile ni efficace. Aussi, avec des amis sûrs, il s’est engagé dans la voie de la résistance. Sur les ordres de ses chefs, il a accepté de s’engager dans un mouvement pro-allemand afin de mieux savoir ce qui s’y tramait, avec l’assurance, lui a-t-on affirmé, que ce serait connu en haut lieu, c'est-à-dire Londres. Ensuite, il a fait partie du BCRA, le bureau de renseignements gaulliste.

Mais qui le savait, à part ses chefs et les illuminés comme lui ?... Durant les années d’occupation, il a si bien joué son rôle à double face que s’il a échappé à la Gestapo, il n’a pu éviter la police française venue l’arrêter à la libération comme collaborateur ! Un comble ! On avait oublié de prévenir « les instances supérieures » qu’il s’était affilié à ce mouvement pro-allemand sur ordre de ses chefs et non de sa propre initiative… Il a été libéré peu après mais n’a jamais accepté ce qu’il considérait comme un déshonneur ! On peut le comprendre. Il a traversé la guerre sans bruit, mais s’est fait "piquer" à la sortie !

Peu de gens connaissaient ses activités clandestines. Sa famille, si elle soupçonnait quelque chose, ignorait ce qu’il faisait réellement. Certains le prenaient réellement pour un collaborateur, même parmi d’autres mouvements de résistance. Ah ! La vie n’était pas rose à cette époque ! Il fallait se méfier autant de ses amis que de ses ennemis ! Il a fait partie de ceux que Gilles Perrault a appelé "les espions-balais", ceux qui transmettent tout ce qu’ils voient ou entendent, sans savoir si le renseignement sera utile ou pas. Le général Eisenhower saura rendre justice à ces combattants de l’ombre sans qui la victoire aurait sans doute coûté plus cher.

Aussi, à la libération, il n’a pas cherché les honneurs. Il n’a même pas protesté contre les combattants de la dernière heure qui s’appropriaient toute la gloire. Non. Il n’avait fait que son devoir. Savoir qu’il avait sans doute sauvé des vies lui suffisait.

Plus tard il a écrit, avec humour (mais un humour grinçant…) :

« Ma poitrine supporte vaillamment l’absence de décorations, car mon travail ne consistait pas dans une attente de récompense. »

Puis-je ajouter un mot : le travail bien fait ne porte-t-il pas en lui la meilleure récompense ?...

A travers ses aventures et mésaventures, ce livre raconte la vie d’une famille française à Douarnenez entre 1939 et 1945, ma famille, car il s’agit de mon père, avec ses moments pénibles, émouvants, tragiques, mais aussi cocasses car la drôlerie se cache parfois dans les situations les plus dramatiques.

Il ne s’agit nullement de l’histoire de Douarnenez entre 1939 et 1945. Non, d’autres l’ont fait bien mieux que moi . Si j’ai utilisé ce qui a été écrit sur le sujet, notamment pour les dates principales qui avaient échappé à l’enfant que j’étais alors, j’ai surtout puisé dans mes souvenirs personnels, dans le peu qui m’avait été raconté par mon père, et dans ma réflexion d’adulte lorsque je me suis vraiment intéressé à cette saga familiale, réflexion étayée par tout ce qui a été écrit depuis sur cette période tragique. Mon frère Jean-Pierre, né après la guerre mais qui a aussi eu l’occasion d’entendre des anecdotes racontées par notre père ou notre mère m’a rappelé certains souvenirs qui m’avaient échappé.

C’est aussi l’occasion de rappeler comment nous vivions à cette époque de restrictions. Plus qu’un documentaire, c’est une tranche de vie, de notre vie, avec ses sueurs et ses larmes, mais aussi ses rires.

Plus qu’un récit structuré, et il s’agit de petites anecdotes prises au jour le jour, en respectant quand même une certaine chronologie (car 1939 se situe bien avant 1945 !...). Dans cette optique, le livre comprend trois grandes parties : avant, pendant, après. A travers ces souvenirs, c’est une autre façon de vivre qui renaît. L’insouciance des années 30 a laissé la place à l’inquiétude du lendemain vers la fin de la décennie. Et pour ceux qui ne voulaient pas accepter la défaite c’était l’angoisse des petits matins où la Gestapo frappait à la porte.

Au fond, c’est l’occupation vue par et à travers mes yeux d’enfant qui ne pouvaient pas tout comprendre. Un prisme déformant qui ne montrait que la partie amusante des événements qui se déroulaient devant moi. L’insouciance de la jeunesse, alors que des adultes risquaient leur vie, à commencer par mon père…

L’enfant a grandi, il a compris bien des choses, et maintenant il se propose de vous raconter sous forme d’histoires une période qui n’avait rien de banale ! Cette histoire fut certes exaltante, mais combien dangereuse !

"Vivre et survivre à Douarnenez entre 1939 et 1945", telle aurait pu être notre devise…..Lutter pour survivre, pour ne pas sombrer dans le néant……Voilà bientôt 70 ans que ces faits se sont produits. La plupart des acteurs sont morts depuis. J’avais gardé tous ces souvenirs dans ma mémoire avec l’idée de les écrire un jour.

Je dédie donc ce livre à mon père et tous les héros obscurs comme lui, sans qui nous ne serions peut-être plus des êtres libres……

 

("Un soldat de l'ombre", chroniques souriantes des années grises, 1939-1945,  de Gérard Nédellec, aux éditions Cheminements)

 

A suivre,  pour un extrait de ce livre...

 

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:14

Un texte d'un genre légèrement différent... Que ceux qui n'ont jamais voulu être poètes me jettent leur premier brouillon de poésies !...

 

 


Romuald était poète. Enfin, il se croyait poète…

Tous les enfants d’une douzaine d’années ne se croient-ils pas un peu poètes ? Il était à l’âge où l’on découvre la poésie et les grands versificateurs romantiques, les ténébreux, les veufs, les inconsolés, qui portent leur cœur en écharpe, prétendant que les plus désespérés sont les chants les plus beaux.

Romuald buvait leurs vers comme un nectar délectable. Comme il aurait voulu faire partie de la grande famille des poètes, ces princes des nuées, que leurs ailes de géants empêchaient de marcher !…

La chose devait être possible puisque Romuald versifiait. Ne cherchez pas ses œuvres dans les anthologies de la poésie française ! Ses vers de mirliton sont restés dans ses cartons… Heureusement…

Pourtant, il en était fier. Il s’essayait à parler en alexandrins à tout un chacun. Ses parents ne prêtaient plus attention à lui lorsqu’il disait au milieu du repas :

- « Passe-moi donc le sel, la viande est un peu fade.

Mais non, je ne t’ai pas demandé de muscade !…

Ou encore :

- Je n’aime pas beaucoup la soupe de poireaux.

Je préfère, et de loin, déguster un gâteau…

Cependant, son grand frère qui était en classe de Seconde, était agacé par ces sorties intempestives. Il avait soigneusement mijoté une réponse par le même canal. Aussi, imaginez la stupeur de notre poète lorsqu’il entendit un jour son frère lancer en le regardant droit dans les yeux :

- Tes élucubrations ne sont pas très sensass.

Tu sais, mon pauvre vieux, vraiment tu nous les casses !…

Quelle grossièreté !… Quel manque d’éducation !… Il s’abstint donc de faire profiter la maisonnée de ses qualités poétiques, réservant ses alexandrins à ses camarades de classe, voire à ses professeurs.

Il avait pris l’habitude de faire suivre le prénom de ses camarades par un nom d’animal ou d’objet quelconque qui rimait avec lui. C’est ainsi qu’il appelait en toute familiarité Bernard le canard, Robert la vipère, Edmond le goémon… Je vous fais grâce de la suite.

Pour ne pas être en reste, ils l’avaient surnommé Romuald le rat. Cette appellation non contrôlée l’avait complètement consterné. Ils n’avaient rien compris ! Enfin, voyons, mais ça sautait aux yeux ! C’était d’une clarté lumineuse : cela ne rimait pas !

Il ne fallait pas être très intelligent pour s’en rendre compte ! Romuald ne rimait pas avec rat ! C’est vrai, trouver une rime à Romuald… Ce n’était pas à la portée du premier venu… En cherchant bien……Non, décidément, rien ne rimait avec Romuald.

A la rigueur, on pouvait risquer Romuald le crotale… Ouais… le narval… le caracal… Eh oui ! Le caracal ! Ce petit lynx des savanes d’Afrique et d’Asie… Mais connaissaient-ils au moins ce mot ?… Il en doutait. Non, vraiment, ils ne pouvaient que lui accoler un nom simple et connu de tous : le rat.

Après tout, un rat, c’est intelligent ! C’est curieux ! C’est vif !… Tout comme lui. Allez, en y réfléchissant bien, le rat n’était pas si mal !

En classe, il n’avait pas osé réciter ses leçons en alexandrins. La chose n’était pas si aisée… Il aurait fallu s’entraîner ! Et puis, le maître n’aurait sans doute pas compris. Ce personnage barbu l’impressionnait. C’est pourquoi Romuald avait éprouvé une vive sympathie envers Marcel Pagnol et s’était senti de connivence avec lui lorsqu’il avait lu ses souvenirs d’enfance. Le futur académicien n’avait-il pas récité un jour à son professeur de maths :

- Le carré de l’hypoténuse

Est égal, si je ne m’abuse……

A la somme des carrés des deux autres côtés.

Voilà un vrai confrère ! Quel esprit d’à-propos, quelle réponse admirable !… Mais lui n’aurait osé… Pourtant, un matin, alors qu’on lui demanda de réciter le pluriel des noms, il se lança :

- « Prennent aussi un X les mots suivants en ou

Bijou, caillou, genou, hibou, joujou, chou, pou… »

Il s’arrêta, haletant, encore tout étonné de son audace. Glissés dans la conversation, ces deux vers pouvaient passer inaperçus. Cependant le professeur le regarda bizarrement. Peut-être comprenait-il la poésie ? Un petit fait confirma les doutes de l’enfant.

Un jour en effet, il se passa dans la classe un événement dont les années ont maintenant nettement minimisé l’importance. Toujours est-il qu’il fallait prévenir à la fois le censeur et le proviseur. Le professeur dit alors à ses élèves à leur grand étonnement, et Romuald aurait juré qu’il lui faisait un clin d’œil :

« Il faut sans plus tarder le dire au proviseur

Et je vais de ce pas prévenir le censeur !… »

C’est Romuald qui fut ravi. Entendre des vers lui procurait le même plaisir qu’en écrire. Et puis… ces vers… quel rythme !… Surtout le second. On sentait bien la marche haletante vers le censeur : et je vais… de ce pas… prévenir… le censeur… Un deux trois… un deux trois… un deux trois… un deux trois !… Quelle classe ! Ah ! On voyait bien la griffe d’un maître… enfin d’un professeur ! Mais... quoi de plus normal pour un professeur... que d'avoir de la classe ?

Un autre jour, alors que la classe ronronnait dans la chaleur complice d’un poêle à bois, il crut apercevoir quelque chose de bizarre sur le mur. Il leva poliment le doigt et lorsque le maître lui en donna l’autorisation (cela se passait il y a pas mal d’années… on ne prenait pas intempestivement la parole, on attendait qu’on vous la donne…), il désigna l’endroit en question et formula son interrogation en douze pieds, chose normale pour quelqu’un qui pond des vers aussi facilement qu’une poule pond des œufs :

- N’est-ce pas un cafard que je vois sur le mur ?

Le professeur regarda, sourit dans sa barbe, adressa à l’enfant un coup d’œil complice et répondit le plus naturellement du monde :

- Cela se pourrait bien, mais je n’en suis pas sûr.

Ah ! C’était vraiment un poète comme lui !… (ou un humoriste !… mais Romuald préférait opter pour la première hypothèse...) Le reste n’avait plus d’importance, qu’il y ait ou non un cafard sur le mur… Voilà quelqu’un qui le comprenait ! Ce n’était pas le cas des autres. Les poètes ont toujours été des étrangers dans le monde. La poésie est un art auquel les profanes n’entendent rien. On veut la leur expliquer, leur faire partager ses émotions : ils s’en moquent comme de leur première barboteuse !

Oui, les poètes ont toujours été des incompris ! Romuald ruminait ces paroles en rentrant de l’école. Il admira le vol gracieux des oiseaux dans le ciel et se mit à penser tout haut. Ah !… Que ne suis-je l’un d’eux !… L’espace infini de l’azur !… Comme les oiseaux doivent être heureux ! Ils sont libres comme l’air qui les porte !

En les regardant, il se sentait pousser des ailes. Pour un peu, il se serait envolé ! Ce doit être agréable de voler ! continua-t-il, se parlant à lui-même et faisant les questions et les réponses. Sans doute, encore faut-il de grandes ailes, surtout pour un gros oiseau comme moi !… Oui, mais voilà : les grandes ailes, ça doit gêner lorsqu’on se pose et qu’on marche ! Mais non ! Voyez les oiseaux : ils les replient contre eux. Certes, mais les oiseaux ont habituellement de petites ailes… Je ne parle pas bien sûr de l’albatros… ou de la frégate ! De plus, ils ne marchent pas, ils sautillent. Vous me voyez sautiller ?… Ce ne serait plus Romuald le rat, mais Romuald le grand serin !…

Décidément, la vie d’oiseau n’est pas toujours enviable. Il faut choisir : voler dans le ciel, ou marcher sur la terre ! A moins que… Si j’étais un ange… je pourrais concilier les deux !… Croyez-vous ?… Lorsqu’ils ne volent pas, les anges sont sagement assis sur des petits nuages ronds, plus occupés à souffler dans une trompette qu’à marcher ! Et je ne sais pas jouer de la trompette ! Je ne peux donc pas être un ange !

D’ailleurs, ma mère ne m’a-t-elle pas dit un jour :

- Tu serais un ange si tu faisais un peu plus attention !… »

Comme je suis assez étourdi, je ne serai jamais un ange !

Bah ! Quelle importance ! Pour le moment, je respire à pleins poumons l’air vivifiant. J’ai douze ans, je suis poète, l’avenir m’appartient. J’ai bien le temps d’être un ange !…

 

(A suivre...)

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 08:38

 

Eh oui... Une lubie d'Hitler... Mais comme les autres, il se cassera le dents... Finalement, un seul a réussi la traversée : Guillaume qui n'a pas été appelé Conquérant pour rien...

Mais revenons en 1940... Texte que j'ai écrit pour l'almanach du Normand...

 

Les Allemands sont entrés au Havre le 13 juin 1940 et vont utiliser le port comme base de leur futur débarquement en Angleterre – débarquement qui n'aura jamais lieu comme chacun sait. Mais à cette époque, ils y croyaient... surtout Hitler. Ne pouvant réussir à transformer les Anglais en alliés, il décida tout bonnement d'envahir leur sol. Plus facile à dire qu'à faire...

Le plan de cette opération appelée « Seelöwe » (otarie ou lion de mer) est prêt. Mais pour la réaliser, trois conditions sont indispensables. En premier lieu, la maîtrise de l'air. Les Allemands disposent de près de 3 000 avions tandis que les Anglais n'en ont qu'un peu moins de 1 500. Sur le papier, c'est gagné... La réalité sera toute autre. Ce sera la bataille d'Angleterre qui durera 80 jours d'août à septembre 1940 et verra la défaite de la Luftwaffe de Goëring. Les Havrais verront des avions des deux bord dans leur ciel. Pour lutter contre la RAF, les Allemands installent une Flak puissante (défense contre avions) au Havre.

La deuxième condition est tout aussi impérative : la maîtrise des mers, dans le cas qui nous occupe la Manche et la Mer du Nord. Le port du Havre est tout indiqué pour recevoir une flottille, notamment les 5è et 6è flottilles de contre-torpilleurs composés de navires qui ont participé à l'invasion de la Norvège. A cela doit s'ajouter la 1ère flottille de torpilleurs, trois flottilles de dragueurs, trois flottilles de patrouilleurs ainsi que des vedettes lance-torpilles.

Cette flotte, importante, quoique légère, doit au départ du Havre escorter la flotte de transport appelée flotte E et mener les troupes de débarquement entre Brighton et Selsey Bill.

La troisième condition nécessaire au succès de l'opération consiste à réunir une flotte suffisante au transport des troupes. Les trois conditions sont évidement liées et la non réalisation de l'une compromet gravement le succès de Seelöwe... Voilà ce qui était prévu dans les plans du Führer... toujours fidèle à son instinct plus qu'à une tactique élaborée.

Elles ne seront remplies ni l'une ni l'autre... On a vu que la RAF avait eu le dessus sur la Luftwaffe. La maîtrise de la mer ? Il ne saurait en être question... La « Royal Navy » est bien trop puissante... Quant à la troisième condition, la flotte E restera incomplète. Elle devait comprendre 50 transports (paquebots et cargos) et 100 chalands de mer transformés pour le débarquement : on a coupé et fermé l'avant par une porte basculante afin de permettre aux chars de débarquer. Il devait y avoir aussi des remorqueurs capables de tirer chacun 3 péniches, 200 petits bâtiments à moteur, des bateaux de pêche à voile et moteur auxiliaire. Quelques-uns de ces navires s'installèrent dans le Bassin du Commerce, les plus petits évidemment...

En attendant la première partie de l'opération (la maîtrise du ciel), les soldats allemands déambulent dans les rues du Havre et lorgnent avec gourmandise vers les côtes du Calvados qu'ils prennent pour celles de l'Angleterre. Mais non, l'Angleterre n'est pas dans cette direction ! En France, on se moque de ces préparatifs et les chansonniers de Montmartre s'en donnent à cœur joie (voir dans « Un soldat de l'ombre » du même auteur : « Pour rire un peu sous la botte »). L'histoire qu'on prête à un coiffeur havrais a aussi pu se dérouler ailleurs. Le « merlan » présente le peignoir au soldat qui vient se faire coiffer et lui demande avec un beau sourire : « Voulez-vous passez la manche ? » A un autre qui a du mal à enfiler son manteau, il dit finement : « C'est dur de passer la manche... » C'est déjà de la résistance, mais une résistance naïve, celle par exemple qui consiste à porter une tête d'épingle à la boutonnière : c'est un signe de ralliement... Les mois à venir la rendront plus implacable, mais plus efficace.

Pendant ce temps, le Bassin du Commerce se remplit doucement mais sûrement, des barques de pêche récupérées en Hollande, dont on coupe le nez... La ville se remplit de troupes qu'il faut loger. La rumeur court que les Allemands ont tenté un premier débarquement qui a échoué : les Anglais avaient répandu et enflammé de l'essence sur la mer. Qu'est-ce qui justifie cela ? Les hôpitaux de la région de Rouen accueillent des soldats brulés. C'est vrai... mais si un essai de débarquement a bien été fait, c'est sur les côtes de France, une répétition en quelque sorte, et on avait voulu voir comment les troupes franchiraient une mer en feu... Échec total... qui découragera le führer et lui fera abandonner le projet à la fin de l'hiver.

Mais en septembre on y croyait encore... Le 15 un grand dîner est donné au Casino. On murmure même que Goëring est là mais cela semble improbable. Des officiers des trois armes paradent dans leur bel uniforme : vert pour la Wehrmacht, gris pour la Luftwaffe et bleu pour la Kriegsmarine. Quelques femmes « du monde » ou « de petite vertu »... selon les opinions des uns et des autres, se mêlent aux convives. Soudain la flak commence un tir nourri car quelques avions téméraires ennemis viennent troubler la fête.

Les mangeurs se pressent sur la terrasse pour admirer le spectacle. Soudain, un événement non prévu au programme se produit : des bombes éclatent sur la terrasse, au milieu de la fête... On ramassera 40 tués, hommes et femmes mélangés, souvent en petits morceaux, mais égaux dans la mort...

Les semaines s'écoulent et les Allemands comprennent que l'invasion de l'Angleterre n'est plus d'actualité... Elle sera reportée « sine die » et jamais reconduite...


(J'ai trouvé ces renseignements dans le livre « Le Havre sous l'Occupation 1940-1944 » de Georges Godefroy, livre qui n'existe plus maintenant...)

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 08:39

Eh oui ! Vous ne vous attendiez pas à celle-là !... Mais alors... on nous a trompés !... Pas exactement... comme vous allez le lire... C'est plus nuancé... Cependant, rendons à César ce qui est à César... et à Linant de Bellefonds ...ce qui lui appartient !

Texte que j'ai écrit pour l'almanach du Breton... of course !...


 

 

 

On apprend partout que le fameux canal est l’œuvre de Ferdinand de Lesseps. Rendons donc au Lorientais Linant de Bellefonds ce qui lui appartient et voyons les choses par le détail….

Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefonds est né à Lorient le 23 novembre 1799, d’un père capitaine de frégate, ce qui lui permit de naviguer très tôt, notamment sur des navires commandés par son père bien sûr. Aspirant à 15 ans, il est affecté à un navire océanographique pour une campagne de relevés sur les côtes américaines un an plus tard.

En 1817, la frégate la "Cléopâtre" est chargée d’une mission scientifique dans l’est de la Méditerranée pour le compte de la division du Levant. Le jeune Linant de Bellefonds y est accepté comme élève de la Marine. Cette mission était placée sous les ordres du comte de Forbin, directeur général des musées. A ce titre, il était chargé d’étudier les monuments de l’Antiquité, principalement grecque et égyptienne. Notre jeune marin n’était pas concerné par ce travail. Mais il avait rendez-vous avec son destin.

L’expédition comportait plusieurs artistes chargés de réaliser des croquis. La photo n’existait pas encore ! L’un de ces illustrateurs étant mort dès le début de la traversée, on remarqua les dispositions du Lorientais pour le dessin. Il fut donc choisi pour le remplacer, accepté parmi les membres de la mission et put découvrir, le crayon à la main, Athènes, Constantinople, Ephèse, Jérusalem. L’expédition termina son périple en caravane de Jaffa au Caire où elle arriva en décembre 1817.

Ebloui par le charme de ce pays, il choisit d’y rester et d’en faire sa seconde patrie. Avant de rentrer en France, le comte de Forbin usa de son influence auprès du vice-roi d’Egypte, Méhémet Ali pour qu’il prenne le jeune homme comme ingénieur. Il fut ainsi chargé de dresser la carte hydraulique du delta du Nil, ce dont il s’acquitta fort bien.

Mais cette nomination ne plaisait pas à tout le monde, notamment dans l’entourage du pacha qui lui causa de nombreuses difficultés et tracasseries administratives et tatillonnes, ce qui prouve au moins que nous n’avons pas le monopole du bâton dans les roues …..

Il résista deux ans avant de démissionner. Il entreprit alors des voyages à travers le pays, en profitant pour apprendre l’arabe. Il participa à des expéditions européennes dont le but était géographique ou archéologique. Il fut ainsi le premier Européen à se rendre à Messaourat et Naga. Il poussa même jusqu’à l’ancienne capitale de l’Ethiopie Méroé, dont il ne restait que des ruines. Mais là il avait été précédé par le Nantais Cailliaud qui y était allé quelques années auparavant.

En 1827 il tente d’atteindre les sources du Nil, sans succès. La défiance pour ne pas dire l’hostilité des tribus rencontrées l’obligèrent à s’arrêter à 13° de latitude nord. Il se rendit alors en Arabie Pétrée. (il s’agit du centre du pays où règne un climat exceptionnellement chaud et sec).

Linant de Bellefonds connaissait bien l’isthme de Suez. Il avait réalisé de nombreux travaux sur l’hydrographie de la région. Dans sa tête, une idée germa, une grande idée. Une idée folle…..Il se dit qu’il serait peut-être possible de creuser un canal qui relierait la Mer Rouge à la Méditerranée. Projet insensé…Mais cette idée le taraudait. Comme il voulait s’entourer de toutes les précautions et mettre tous les atouts de son côté, il étudia soigneusement pendant une année afin d’acquérir ce qui lui manquait de connaissances scientifiques. Nous étions en 1830. Un an plus tard il reprit du service auprès de Méhémet Ali comme ingénieur en chef des travaux de la Haute Egypte.

Dès lors, il modernisa le réseau d’irrigation et dirigea la construction d’un grand barrage sur le Nil. Nommé ingénieur en chef des canaux, ponts et chaussées de toute l’Egypte, directeur des travaux publics au Ministère de l’Instruction et des travaux publics, il fut élevé au rang de bey en 1847.

Dès 1830, il avait parlé de son projet de canal interocéanique au Consul de France Mimault. Son successeur, Ferdinand de Lesseps, consul de 1833 à 1837, eut aussi connaissance du rapport rédigé par Linant de Bellefonds. Il fut très intéressé. Poursuivant sa carrière diplomatique dans d’autres capitales d’Europe, de Lesseps n’oubliait pas l’idée de canal.

En 1844, le Lorientais adresse à de Lesseps un projet détaillé avec des plans complets et des devis du futur ouvrage. Dix ans plus tard, Ferdinand de Lesseps obtenait du gouvernement égyptien l’autorisation de creuser un canal. Linant de Bellefonds ne fut évidemment pas étranger à cet accord. Il y prit une part très active. Sa position en effet était prépondérante en Egypte. Qu’aurait pu faire Ferdinand de Lesseps sans cet appui ?……Rien ! Il n’aurait même pas connu le projet.

Il ne restait plus qu’à trouver les fonds… De Lesseps créa en 1858 la Compagnie du Canal de Suez (encore en projet….). Il lança en France une grande campagne d’appel de capitaux, qui lui permit de réunir la moitié de la somme nécessaire. Les travaux commencèrent en 1859. Ils durèrent dix ans.

En 1869, le Second Empire vivait ses dernières heures. C’est l’impératrice Eugénie qui inaugura le canal attribué à Ferdinand de Lesseps en novembre 1869.

La même année, Linant de Bellefonds était nommé ministre des ponts et chaussées d’Egypte. En 1873, il était élevé à la dignité de pacha. L’histoire égyptienne se souviendra de lui sous le nom de Linant Bey. Mais il souffrit de la mauvaise image de Méhémet Ali, oppresseur de la paysannerie.

Ainsi, si Ferdinand de Lesseps a été le réalisateur du canal de Suez, Linant de Bellefonds en est bien le concepteur. Si cela n’enlève rien au mérite du premier, il faut savoir que rien n’eut été possible sans les travaux du second. Pourtant, qui connaît aujourd’hui son nom ?… Il mourut au Caire le 18 juillet 1883. Ne méritait-il pas d’être sorti de l’oubli ?…

 

(J'ai trouvé ces renseignements dans le livre "Explorateurs et grands voyageurs bretons", de Bernard Le Nail, Editions Gisserot)

 

(To be followed...)

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article
17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:37

Tout le monde connaît Lourdes. Mais... Pontmain ? Pourtant, la Vierge y est apparue comme à Lourdes (et ailleurs dans le monde), moins longtemps certes, mais d'une façon bien visible... pour ceux qui ont eu le chance de La voir.

A ce sujet, il est remarquable que ce sont majoritairement des enfants qui ont ce privilège, issus de familles bien modestes. Il y a certainement une raison.

Voici donc comment les choses se sont passées à Pontmain, dont je rappelle que cette commune se situe dans le département de la Mayenne... (texte que j'ai écrit pour l'Almanach du Maine.)

 

 

 

 

En janvier 1871, la situation de la France n’était guère brillante. Pourtant cette guerre avait été acceptée « d’un cœur léger » (Emile Ollivier) en juillet 1870. Mais plus qu’une défaite des armées françaises, c’est plutôt le haut commandement qui a offert la victoire aux Prussiens par son impéritie… (habitude typiquement française... que l'on retrouvera en 1940... Bis repetitas...)

En ce début janvier 1871, Paris est assiégé et les Prussiens victorieux sont aux portes de Laval. A Pontmain, on désespère comme partout ailleurs. 38 jeunes sont partis à la guerre, dont on est sans nouvelles. Les prières adressées à Dieu semblent sans effet. De plus, il fait froid. Le moral est en berne… L’angoisse règne partout.

Le soir du 17 janvier, Eugène Barbedette et son frère Joseph aident leur père à piler l’ajonc dans la grange. Jeanne Destais, l’ensevelisseuse, arrive afin de leur donner des nouvelles des soldats dont Auguste Friteau, le demi-frère d’Eugène et Joseph. Il peut être 6 heures du soir. Eugène ouvre la porte pour voir le temps qu’il fait. Ce qu’il voit alors le surprend et l’effraie à la fois : une belle dame à la robe constellée d’étoiles semble flotter à 5-6 mètres au-dessus de la maison Guidecoq située en face. Son visage est jeune, sa tête porte une couronne d’or marquée d’un fin liseré rouge. Elle le regarde en souriant en lui tendant les mains.

 

Vierge-de-Pontmain.JPG

 


La peur éprouvée par Eugène fait bientôt place à une certaine sérénité devant cette dame inconnue dont le regard affectueux le fascine. Il ne peut s’empêcher de la contempler en silence, paraissant totalement hors du temps. Les autres personnes qui se trouvaient dans la grange sortent afin de découvrir ce qui retient Eugène. Mais ni le père ni Jeanne Destais ne voient la dame. Seul Joseph la voit en en fait la même description que son frère.

Il est d’ailleurs remarquable que seuls des enfants ont vu la belle dame. La mère est allée chercher les sœurs Vitaline qui ramèneront deux petites pensionnaires : Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé, ainsi que sœur Marie-Edouard qui préviendra l’abbé Guérin le curé de Pontmain. Bientôt toute la population est venue devant la grange et commence à prier. Mais aucun adulte ne voit la dame dont on pense qu’elle peut être la Vierge. Ils ne voient que les trois étoiles qui encadrent en triangle la tête et les bras de la dame.

En effet, la "Dame" prend différentes attitudes.

 

Pontmain-3.JPG

 

 

 

Pontmain-4.JPG

 

 

Par contre d’autres enfants ont laissé éclater leur joie en regardant le ciel, signe qu’ils voyaient quelque chose. L’assistance récite le chapelet et chante le Magnificat. Soudain une banderole blanche se déroule au pied de la Vierge et on peut lire lettre après lettre « MAIS » puis d’un seul coup « PRIEZ », suivi par deux autres mots « MES ENFANTS », puis encore « DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS ». Deux autres mots (importants ceux-là car ils sont comme la signature) « MON FILS » et enfin « SE LAISSE TOUCHER ».

Il ne fait désormais plus de doute que la belle dame est la Vierge. Les enfants restèrent trois heures à prier, sans jamais se lasser. Trois jours plus tard, les Prussiens se replient sans prendre Laval. Le 28 janvier, l’armistice est signé. Les 38 jeunes soldats de Pontmain rentrent tous sains et saufs. Il ne fait plus de doute que l’intervention de la Vierge a précipité l’issue de la guerre. Les sceptiques se font plus rares , les foules affluent dans ce petit coin de Mayenne.

Une enquête est diligentée afin de préciser les faits exacts. Les jeunes voyants sont interrogés par l’évêque de Laval Mgr Wicart. Ils sont également examinés par des médecins. Mais indépendamment de cela, le 17 janvier 1872, pour le premier anniversaire de l’apparition, huit mille pèlerins s’étaient déplacés sans attendre la décision de l’Eglise, venant parfois de loin.

La messe était célébrée à 10 heures dans la petite église paroissiale. Ensuite, les fidèles se rendaient en procession à la grange et à la petite colonne élevée en souvenir de l’apparition. On écoutait un prêche et on revenait pour le salut du St Sacrement à l’église.

Très vite, il ne fit plus de doute de la réalité de l’apparition de la Vierge et le 2 février 1872, soit un peu plus d’un an après les faits (ce qui est rapide…) l’évêque prononça sa sentence en authentifiant l’apparition. « Nous jugeons que l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu est véritablement apparue le 17 janvier 1871 à Eugène Barbedette, Joseph Barbedette, Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé, dans le hameau de Pontmain ».

Il ne retient donc que quatre voyants sur les sept qui virent la Vierge. Il demande aussi la construction d’un sanctuaire. L’abbé Guérin mourut en 1872. L’évêque demanda aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée de prendre en charge les premiers pèlerinages qui s’organisaient, ce qui fut fait à compter du le 1er octobre 1872. Par un curieux hasard (mais est-ce bien un hasard ?) les Oblats furent également chargés de desservir la future basilique du Sacré Cœur de Montmartre.

Le 18 juin 1873 Mgr Wicart bénissait la première pierre du sanctuaire de Pontmain. Il mourut peu après mais ses successeurs continuèrent l’œuvre entreprise.

Il était prévu d’élever un gigantesque clocher avec au sommet une statue de la Vierge. Mais le terrain n’était pas assez solide. La tour s’effondra et on se contenta des deux clochers déjà construits et d’élever la voûte à 35 mètres. Celle-ci fut posée en 1883. Une statue de la Vierge fut érigée devant la basilique à l’endroit présumé de son apparition. La basilique de Pontmain fut finalement consacrée le 15 octobre 1900.

Le nombre des pèlerins ne cessa de croître au fil des années.


(J'ai pris ces photos à Pontmain, lors d'une précédente visite, dans la grange dont il est question dans le texte)

 

(A suivre...)

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article

Présentation

Recherche

Liens