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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 18:03

 

 

Guillaume Anfrye de Chaulieu est né au château de Beauregard à Fontenay-en-Vexin en 1639 (département de l’Eure actuel). A cette époque, les cadets de familles nobles devaient entrer dans les ordres. Comme il se trouvait dans cette situation peu enviable et qu’il était impossible de s’y soustraire, bien qu’il n’eût pas la vocation, il devint donc l’abbé de Chaulieu, car sa famille possédait la seigneurie de Chaulieu, actuellement dans la Manche.

Si l’Histoire le connaît sous ce nom, il fut fort peu abbé, et plutôt bel esprit, poète, et pour tout dire, libertin. C’est donc tout naturellement qu’il rangea sa soutane au rayon des accessoires inutiles…..Il projeta tout d’abord de se lancer dans la diplomatie. Il s’était fait de bonnes relations, notamment auprès du duc de Bouillon (et surtout de la duchesse…..). Il connaissait bien les frères Vendôme, descendants d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées. Avec de tels appuis, une voie royale lui était ouverte, pensait-il. Il se rendit donc à la cour de Jean III Sobieski roi de Pologne. Mais à part une dépense fort élevée, il n’obtint rien de positif. Déçu, il rentra à Paris et décida de se consacrer à la poésie. Nous étions alors en 1676. Il versifia donc…..

Fervent adepte d’Epicure, il consacra désormais sa vie à la recherche du plaisir, adoptant la devise d'Horace "“ carpe diem ”, qui est plus une invitation à découvrir le plaisir dans le seul fait de vivre, plutôt qu’une recherche inconsidérée du plaisir à tout prix. En clair, la paix de l’esprit et de l’âme, la liberté intérieure, l’amour, contribuent à être heureux. Le libertinage raffiné plutôt que la débauche honteuse.

Il fréquenta alors le Temple, un salon où Philippe de Vendôme, le Grand Prieur, réunissait des hommes d’esprit , des libres penseurs, adeptes d’Epicure. Là, Chaulieu donnait libre cours à sa verve. Mais les plaisirs plus bassement matériels n'étaient pas oubliés. Le repas occupait une place importante. Ne fait-il pas partie des plaisirs simples de la vie ?…..Ces Messieurs aimaient beaucoup l’omelette au lard. Goûts simples on le voit…..On trouvait là autour de la table les habitués, comme le chevalier de Bouillon, le marquis de La Fare, Chaulieu bien sûr, mais aussi parfois La Fontaine, ou encore Ninon de Lenclos qui ne dédaignait pas les parties fines.

Le lendemain, Chaulieu se sentait inspiré pour célébrer la beauté des femmes, glorifier les vertus du vin, louer les délices de l’amour et ses pièges délicieusement subtils. On l’avait surnommé “ l’Anacréon du Temple ”, poète grec dont les écrits ont inspiré la poésie dite anacréontique, dont Chaulieu, mais aussi Ronsard, sont les représentants les plus connus. Mais notre abbé ne se contentait pas de parler de l’amour.

C’est ce que lui avait répondu le vieux chanoine Maucroix qui faisait les yeux doux à une femme de réputation douteuse. Chaulieu lui reprochait de conter encore fleurette à son âge. Maucroix avait montré avec esprit la différence entre dire et faire :

“ A ne rien vous cacher nous sommes bien contraires.

Vous le faites sans parler, j’en parle sans le faire ”……

En 1703, Charles Perrault meurt. Son siège à l’Académie Française se trouve libre, et Chaulieu pense que la place est pour lui, d’autant plus que le duc de Vendôme le protège. Mais le roi n’aimait pas Vendôme ! D’autre part, la morale trop libre de Chaulieu ne lui plaisait pas. Il fit élire le Président Lamoignon, lequel refusa cet honneur qu’il n’avait pas sollicité. Louis XIV ravala sa rancœur et proposa l’abbé de Rohan, futur cardinal et évêque de Strasbourg, qui fut élu. Depuis cette époque et pour ne pas se heurter au refus d’un nouvel élu, l’Académie décida que nul n’obtiendrait un siège s’il n’avait auparavant manifesté son intention en allant solliciter les suffrages des autres Immortels.

Chaulieu fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua à se livrer à son activité favorite dans les jardins d’Epicure. Mais les bons repas finement arrosés vont lui apporter la goutte, la maladie des bons vivants…..Il souffre mais continue à versifier, si bien que Voltaire écrit à ses correspondants en parlant de Sa Majesté Prussienne, le roi Frédéric II : “ Vous avez peut-être ouï dire, messieurs, que l’abbé de Chaulieu faisait de très jolis vers après ses accès de goutte; et moi, je vous apprends que ce roi en fait dans le temps même que la goutte le tourmente. ”

Mais les années passaient inexorablement. A 80 ans, il tombe amoureux de Mademoiselle de Launay, future Madame de Staël. “ Vous rendre heureuse…vous donner des plaisirs ” lui écrit-il….sérieusement. Elle lui répond finement que chacun donne ce qu’il peut, pas plus….

Sentant venir sa fin, et souhaitant être enterré dans le cimetière de son village natal, il légua à l’église 4 000 livres pour les frais et la célébration d’une messe annuelle à sa mémoire. Ce libertin qui chantait la gloire du vin au sortir de table où il avait bu plus que de raison, mourut le 27 juin 1720, plus dignement qu’il n’avait vécu. Il avait dit peu avant : “ La mort est simplement le terme de la vie….Pourquoi craindre Dieu puisqu’il est l’infinie bonté ? ”…..

Un moine fut chargé de transporter son corps dans sa dernière demeure terrestre. Voulut-il oublier sa triste mission ? Toujours est-il qu’il s’enivra dans une auberge et y resta endormi. C’est un valet qui termina le voyage et se présenta au curé de Fontenay. Ce dernier crut à une farce de l’impénitent abbé et refusa tout net l’entrée à l’église. Ce cercueil contient des pierres ou une bûche, se dit-il. Point n’est besoin de prières ! Arrivés au cimetière, on ouvrit le cercueil. Stupeur du curé qui reconnut son confrère revêtu de ses ornements sacerdotaux. On revint illico à l’église pour les prières d’usage. Mais cet incident en avait choqué plus d’un et le malheureux curé fut puni par l’archevêque de Rouen de deux mois de séminaire……..

(à plus...)

 

 

 

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Published by Gerard Nedellec
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