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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 08:30

Voici une histoire extraite de mon 4è livre : "De derrière les fagots, contes et menteries du pays normand"... paru en 2006 aux Editions Cheminements.

C'est la première histoire, celle qui "ouvre" le livre en quelque sorte. Elle donne le ton...

 

 

Le père Halbique possède la meilleure goutte du monde…..Vous allez penser que j’exagère, mais si je vous dis la meilleure de Normandie, cela ne revient-il pas au même ?... Car la goutte, on n’en trouve qu’en Normandie, n’est-ce pas ?... Certes, on peut boire ailleurs de l’eau de vie de cidre, mais elle n’a rien à voir avec le calva !.....

L’autre jour, je passais près de la ferme qu’il exploite dans le Domfrontais, région réputée pour son calvados mais aussi son poiré. C’était l’hiver, les travaux de la ferme étaient réduits au minimum. Le père Halbique avait tout son temps.

- « Vos avez ben cinq minutes ! qu’il me fit. Entrez don !

Nous nous sommes assis devant l’âtre où brûlait un bon feu de bois de pommiers. Il tirait sur sa pipe et je regardais pensivement le feu. Il n’y avait pas besoin de parler pour se comprendre. Un regard, une mimique, un clin d’œil… et tout était dit.

Il fallut quand même sacrifier au rituel du sou d’café, expression qui date de l’époque où la tasse de café coûtait un sou. Il versa un peu de ce liquide noirâtre dans une casserole qu’il mit à chauffer sur le gaz. Lorsque ce fut chaud, il la posa sur la table accompagnée de l’inévitable topette de calva.

Ce calva était celui qu’on mettait habituellement dans le café. Il était bon, quoique de qualité moyenne. Je savais que le père Halbique en avait de bien meilleur. Mais c’eut été un crime de le mélanger avec le café. Il fallait le déguster seul pour en découvrir tout l’arôme et la saveur. J’étais plongé dans ces pensées … alcooliques lorsque le père Halbique m’interpella soudain :

- Eh bien !... Vous rêvez !... Vos attendez que vot’ café refroidisse ?... Faites don un peu de place pour que je vous met’ de la goutte !....

- Excusez-moi, je rêvassais. Ce doit être la chaleur de la cheminée. Je vais creuser !

Je bus une gorgée pour creuser, pour faire de la place à une rasade de calva. Maintenant, on boit rarement du café arrosé. Il y a quelques décennies, lorsque vous alliez dans un bistrot, on vous mettait systématiquement un petit verre avec la tasse. Le café bouillonnait doucement dans une casserole au coin du feu. Il supportait donc…  il exigeait devrais-je dire, une bonne dose de calva pour qu’il soit buvable à défaut d’être bon. Actuellement, tout le monde possède sa cafetière électrique... Le café est très bon, point n’est besoin d’y rajouter quelque chose… Mais en ce temps-là, le boire ainsi à l’état brut relevait de l’exploit ! Autant avaler une purge !

Lorsque la tasse fut vide, le père Halbique me dit :

- Attendez ! Je vas maintenant vous faire goûter de la vieulle !....

Je savais qu’il allait dire cela. Après le café, la rincette pour rincer la tasse, parfois suivie de la surrincette. Son vieux calva était une merveille. Il sortit d’un placard une bouteille remplie d’un liquide mordoré. Tiens ! Ce n’était pas la bouteille habituelle en grès de Noron.

- J’ai mis des noyaux d’cerises dans celui-ci. Il paraît que cela donne bon goût !

- Oh ! Mais votre calva est déjà très bon ! Croyez-vous que des noyaux de cerises le rendront meilleur ?...

- Dame ! Faut ben essayer !

Il versa dans la tasse encore tiède un liquide cuivré au bouquet délicat. Quelques noyaux tombèrent avec l’alcool.

- Allez, à la bonne vôtre !

Ce calva était tout simplement divin, ni trop fort pour ne pas agresser le palais, ni trop doux, pour ne pas être confondu avec une liqueur. J’absorbai deux noyaux avec ma gorgée. Je les suçai consciencieusement mais fis attention de ne pas les avaler et les recrachai dans ma main. Il paraît qu’avaler des noyaux de cerises est dangereux : ils peuvent se loger dans l’appendice et c’est l’appendicectomie assurée !... Mais d’autres prétendent qu’ils avalent des noyaux de cerises depuis des lustres, et qu’ils n’ont eu aucun pépin. Cela ne m’étonne pas, car les cerises n’ont pas de pépins, mais des noyaux. Quand même, je reste prudent !....

Je les considérai avec attention : dans le creux de ma main, ils semblaient deux petites billes parfaitement lisses et blanches. Pas une seule parcelle de chair n’y restait accrochée. Des noyaux propres comme des sous neufs !

- Eh bien ! père Halbique, fis-je admiratif, on peut dire qu’ils sont bien propres vos noyaux !

- J’pense ben !....y m’sont tous passés par la goule !.... »

 

( à suivre... d'autres histoires...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 19:13

Connaissez-vous la guerre de sucession de Bretagne ? Non bien sûr ! 

Heureusement que je suis là ... et bien évidemment, j'ai essayé de faire court...

Mais... faut c'qu'il faut !

 

Cet épisode tragique sera la partie bretonne de la guerre dite de Cent ans.

Après l’assassinat d’Arthur de Bretagne par Jean sans Terre roi d’Angleterre en 1203, sa demi-sœur Alix devient duchesse de Bretagne. Afin de préserver cette province de l’influence anglaise, le roi de France Philippe Auguste la marie à un prince capétien, Pierre de Dreux dit aussi Pierre Mauclerc. C’est lui qui introduira le blason moucheté d’hermines dans les armoiries de Bretagne.

De père en fils la couronne ducale arrive à Arthur II, qui a 9 enfants de deux mariages différents. Dans ces cas-là, un remariage est souvent source d’ennuis… voire de conflits. Son fils Jean III né d’un premier mariage monte sur le trône en 1312. Sa mort en 1341 va précipiter la guerre de succession.

En effet, sans enfant, il n’a pas désigné de successeur. Comme il détestait sa belle-mère Yolande de Dreux, seconde femme de son père Arthur II, il refuse de désigner son demi-frère Jean de Montfort pour lui succéder. Profitant de cette situation, sa nièce, Jeanne de Penthièvre, petite fille d’Arthur II, réclame le duché.

Jean de Montfort invoque la loi salique qui doit s’appliquer en Bretagne (les filles sont exclues des successions). Il se proclame donc duc de Bretagne. Il s’empare de Nantes et du trésor de Jean III à Limoges. Il conclut aussi un traité avec le roi anglais Edouard III.

Le roi de France Philippe VI contre attaque en nommant son neveu Charles de Blois, qui est aussi le mari de Jeanne de Penthièvre, duc de Bretagne. Jean de Montfort est fait prisonnier. La guerre aurait pu s’arrêter là. Mais Jeanne de Flandres sa femme prend la relève de son mari emprisonné.

C’est alors ce qu’on a appelé la guerre des deux Jeanne : Jeanne de Penthièvre contre Jeanne de Flandres. Plus couramment, ce sera Blois, soutenu par les grands vassaux, le clergé et la France, contre Montfort, appuyé par la petite noblesse, une grande partie du peuple, et l’Angleterre. La France contre l’Angleterre, avec des Bretons dans les deux camps.

En 1342 les Français prennent Rennes et mettent le siège devant Hennebont où est enfermée Jeanne de Flandres et son fils. Une nuit, elle sort avec 300 hommes, met le feu au camp français et revient. Exploit qui ne rompt pas le siège mais lui donne le surnom de Jeanne la Flamme ! Les Anglais appelés en renfort libèrent la ville. Les Français lèvent le siège mais s’emparent de Vannes et d’Auray.

Le pape intervient alors et oblige les belligérants à signer la trêve de Malestroit en 1343. Jean de Montfort est libéré, mais meurt en 1345. C’est son fils qui lui succède mais, trop jeune, il est placé sous la tutelle du roi anglais, qui se méfiait de sa bouillante mère, ce qui donnera à cette guerre de succession son caractère ambigu.

Charles de Blois est fait prisonnier à son tour par les Anglais en 1347. Mais la guerre n’en continue pas moins. C’est pour la Bretagne une période sombre où, comme d’habitude, les pauvres sont les plus malheureux. S’ajoute aux malheurs du petit peuple une épidémie de peste noire qui fait de nombreuses victimes. Sombre période.

Le fait d’armes le plus connu est le célèbre Combat des Trente en 1351 (vous avez peut-être pu lire dans l’Almanach du Breton que les 30 étaient 31…..). On présente habituellement ce combat comme opposant 30 Bretons à 30 Anglais (nombre exact 31 ). La réalité est moins…tranchée….si j’ose dire, car sur les 62 combattants, on trouvait 35 Bretons, 21 Anglais, 6 divers (Allemagne et Brabant). Il y avait donc des Bretons dans les deux camps. Vous comprenez peut-être mieux le caractère ambigu dont je parlais plus haut…..Les partisans de Blois remportent la victoire. Mais le parti Montfort ne reste pas inactif et s’empare du château de Mauron l’année suivante.

A ce moment du conflit, personne ne pouvait dire qui l’emporterait. Edouard III d’Angleterre joue la prudence en entamant des négociations qui ont pour premier effet de faire libérer Charles de Blois.

Mais la défaite française de Poitiers en 1356 sonne le glas des espérances franco-bretonnes. Ragaillardi par sa victoire, Edouard III chasse toute idée de compromis. C’est alors qu’intervient Du Guesclin qui par des coups de main hardis sème la pagaille dans les rangs anglais. Il pousse jusqu’en Basse Bretagne où il prend Carhaix (vous avez pu lire dans l’Almanach 2002 “ le siège de Carhaix 1363 ”). Mais ses succès restent sans lendemain. Il faut en finir.

En 1364, la bataille d’Auray (dont vous avez pu lire la relation dans l’Almanach du Breton 2004) met un terme aux ambitions des Blois et des Penthièvre. Charles de Blois meurt. On en fera un martyr et peut-être un saint. La paix est signée au traité de Guérande en 1365. Jean de Montfort devient Jean IV.

Mais ce dernier était trop anglophile au gré des Bretons. Il laisse les Anglais débarquer à la Pointe Saint Mathieu en 1369. Maladresse….La découverte d’un traité secret entre Edouard III et lui met le duché en ébullition. Les Bretons supportent les Anglais quand ils leur sont utiles. Opportunisme ?…..Mais ils restent des étrangers. Bretagne d’abord ! Le roi de France Charles V appelé en renfort remporte des succès qui lui font croire que la Bretagne est prête à devenir française. Il décide tout simplement d’absorber cette province qui devient sa possession personnelle.

Grossière erreur ! Tout sage qu’il est, Charles V connaît mal les Bretons……Ils veulent bien l’aide de qui que ce soit, mais tiennent à garder leur indépendance ! Ils appellent les Anglais à l’aide ! Opportunisme ?…Les anciens partisans de Blois et de Montfort font cause commune (sauf Du Guesclin qui restera fidèle à Charles V, ce qui le fera considérer comme un traître à la Bretagne par certains). Jean IV qui s’était réfugié en Angleterre débarque à Saint Servan le 3 août 1379 où il est reçu triomphalement. L’unité bretonne était retrouvée. Bretagne toujours !

L’échec de Charles V pour s’approprier en force le duché de Bretagne servira certainement de leçon à François 1er qui agira avec plus de…..duplicité….pour le rattacher à la couronne de France, sous le couvert d’un traité d’autonomie. Ce sera en 1532, et nous n’en sommes pas encore là !

Le duc conclut avec le nouveau roi d’Angleterre Richard II une alliance offensive et défensive contre Charles V en mars 1380. Du Guesclin et Olivier de Clisson qui avait changé de camp furent envoyés contre les Bretons. Mais ils montrèrent peu d’empressement à combattre leurs compatriotes. Charles V mourut. Son successeur Charles VI s’empressa de traiter.

Il signa le 4 avril 1381 le second traité de Guérande qui mit fin à cette guerre de succession de Bretagne. Jean IV retrouva son château de Nantes où il en profita pour créer un nouvel ordre de chevalerie : l’Ordre de l’Hermine. Il gagna le surnom de “ Conquéreur ” La Bretagne trouvera enfin une certaine paix.

La guerre de Cent ans n’était pourtant pas terminée…..

 

(à suivre... d'autres histoires...)

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:54

 

Voici une anecdote  tirée... non des contes de Maupassant... mais de l'almanach du Normand 2009, de la plume de votre serviteur...

 

 

Nous sommes au milieu du XIXè siècle à la foire de Guibray près de Falaise (ou à Lessay dans la Manche). Deux braves Normands sont attablés au cabaret devant une moque de cidre. La discussion est… passionnante. Je vous la livre telle que je l’ai ouie lors d’un de mes voyages dans le temps…

- « Alors, dame…

- J’te crois… dame !

- Sûr et certain que j’te dis… Dame !

Silence. Puis au bout d’un petit moment :

- … Qué qu’t’en dis, té ?

- Mé ?... Eh ben… J’pense comme té !

- Je me doutais ben qu’tu pensais comme mé !

- Pisque j’te l’dis !

- C’est bé ce que j’me disais !

- C’est sûr et certain que j’te dis !

- J’pense ben !

- Oui, je te l’acertaine ! (je te le certifie)

- Mé itou ! (moi aussi)

- Ma fé…

- Mé n’n’tout ! (moi non plus)

- J’ai pas dit ça…

Nouveau silence pesant. Ils prennent la lourde moque et boivent goulûment en se jaugeant du coin de l’oeil. Tant causer donne soif ! Puis au bout de quelques minutes, le dialogue palpitant reprend.

- C’est ben ce que j’me disais…

- Qué que-tu disais ?

- Que j’pensais comme té !

- Bié sûr ! Mais là, faudrait voir à voir…

- C’est pas tout vu.

- Dame non !

- Je te l’fais pas dire…

- C’est jamais tout vu !

- Sûr et certain !

- Alors là, dame…

- Mé, j’te dis : ça s’pourrait ben !

- Ça c’est sûr ! Si en cas…

- Et la bourgeoise, qué qu’elle en dit ?

- Oh ! La bourgeoise… Alle dit rien !

- Rien ?

- Brin !

- La bourgeoise… tu sais ben…

- Ma fois, oui ! J’comprends…

- Si qu’il fallait que les bourgeoises pensent à c’t’heure…

- Ça c’est ben vrai… Mé, c’que j’en dis…

- Nos n’saurais pu où donner d’la tête…

- Les bourgeoises, c’est bien pour faire la soupe…

- Et s’occuper des enfants...

- Quand qu’y en a…

- C’est ben c’que j’dis…

- Alors, voilà…

- Voilà…

Nouveau silence. Ils finissent leur moque de cidre, s’essuient la bouche d’un revers de manche et se lèvent.

- Jusqu’à…

- Jusqu’à… »

Puis d’un pas pesant, ils sortent sur la place, éblouis par la lumière crue du jour. Ils se sont donné rendez-vous jusqu’à… Jusqu’à quoi au juste ? Bien malin celui qui pourrait le dire. Jusqu’à la prochaine foire sans doute où ils reprendront leur conversation si passionnante et si pleine de rebondissements…

 

Et je terminerai par la phrase de Pierre Dac : "Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler, sont les deux principes fondamentaux de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir..."

 

(à suivre...)

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 09:17

Un autre conte ? Allons-y !

 

 

Les animaux, un jour, voulurent élire un roi.

« Ce poste me revient, dit le lion, je crois…….

La raison en est simple, et tient en quelques mots :

On appelle le lion le roi des animaux ! »

 

- « Pourquoi ce sont toujours les lions qui sont rois ?…….

La mère s’était arrêtée dans sa lecture, surprise de la question de sa fille. Elle lui lisait comme chaque soir pour l’aider à s’endormir, quelques lignes d’un gros livre d’histoires intitulé « En vers et pour tous ». Mais là, elle avait les yeux bien ouverts, pétillants d’une curiosité inhabituelle.

- Dis maman, pourquoi ce sont toujours les lions qui sont rois ?

Les enfants posent de ces questions !…….Eh oui, pourquoi toujours les lions ?….Voilà une question que les adultes ne se posent jamais. Le lion est le roi des animaux, le roi de la jungle. Point final.

Eh bien, non ! Le lion n’a pas toujours été le roi des animaux. Ah !…..Je devine votre curiosité. Vous voudriez en savoir plus long ?….Eh bien, écoutez… je veux dire... lisez ...

 

Il y a de cela très longtemps, les animaux vivaient tous ensemble en bonne intelligence. Peu à peu des frictions apparurent entre eux. Les plus forts profitaient de leur force pour opprimer les plus faibles. Cela ne pouvait durer. Ils décidèrent un jour d’élire un roi qui ramènerait l’ordre et la paix. Ils se réunirent tous pour en débattre. Pour diriger les débats qui promettaient d’être houleux, on désigna le singe jugé le plus malin, assisté du renard.

- « Ce roi ne peut être que moi, dit le lion qui se posa d’emblée comme le prétendant le plus sérieux.

Mais d’autres contestaient sa candidature, prétextant qu’ils avaient, au moins, autant d’atouts que lui à ce titre.

- Je suis le plus fort de tous les animaux ! affirma péremptoirement l’éléphant. C’est moi qui dois être roi !

- Pardon, rétorqua le guépard. Moi, je suis le plus rapide. Je vous bats tous à la course quand vous voulez !

- Vous faites erreur, fit le rhinocéros. Voyez ma corne !……Admirez ma cuirasse !….Je puis résister à tout ! C’est moi le candidat idéal…..

- Pas si vite ! Ne suis-je pas le tigre royal ?….Aucun besoin de choisir un roi puisque je le suis déjà !…..

Ces paroles semblèrent refroidir l’ardeur des quatre autres prétendants. Un tigre royal !….Ils n’avaient pas pensé à cela…...Après un moment de surprise, le lion résuma l’opinion des autres en disant :

- Tigre royal…..Qui a décidé cela ?…..Pas nous certainement !

Les autres approuvèrent. Il crut bon d’ajouter d’un air patelin :

- Pour ma modeste part, il n’est point besoin d’ajouter le qualificatif de royal à mon nom : le lion est royal par nature. Dire lion royal serait dire deux fois la même chose…..

Le singe comme à son habitude, voulut monter son savoir. Il ajouta finement :

- Cela s’appelle un pléonasme…..

Mais on ne l’écoutait pas. Tous les animaux parlaient en même temps. Le singe essaya de rétablir le calme.

Il eut beaucoup de mal à obtenir le silence. Dans le brouhaha, il put lancer ces mots :

- Ecoutez, Si l’on organise une course, c’est le guépard qui gagnera. Si l’on choisit une épreuve de force, l’éléphant remportera sans conteste la palme. Je ne parle pas lion qui se dit roi par pléonasme….je veux dire par nature, et du bulldozer à corne…..Doit-on privilégier la force, la vitesse,….ou l’intelligence ?…..

Le silence s’était fait soudain. Personne n’avait pensé à cela. L’intelligence ?….Aucun des animaux candidats ne s’encombrait de cela.

- A qui penses-tu donc ?….demanda le lion.

- Mais…..fit timidement le singe….à moi !……

Une huée couvrit ces paroles. Le singe, roi des animaux !…..Passe encore qu’on le tolère pour mener les débats, à condition qu’il se contente de donner la parole aux grands, aux seigneurs, à ceux qui pouvaient prétendre au titre.

- Si je suis roi, dit le rhinocéros, je te prendrai comme bouffon !…..

Des gros rires saluèrent ces paroles. Le singe s’aperçut que sa proposition était prématurée. Par une pirouette dont il était coutumier, il s’écria :

- Donc, nous avons cinq prétendants au titre de roi : le lion, le guépard, l’éléphant, le tigre et le rhinocéros. Approchez, Messieurs !

Fiers d’être appelés « Messieurs », les cinq animaux se rangèrent sous la houlette du singe, heureux d’avoir retrouvé son emprise, toute provisoire certes, mais bien réelle. Pour le moment, à défaut d’être le roi, il était le maître, celui qui dirige, celui que l’on écoute. Les cinq puissants animaux étaient sagement placés devant lui.

Lequel allait être élu roi ?……

 

A ce moment, un aigle royal vint se poser dans un grand bruit de plumes sur un rocher devant l’assemblée. Il replia dignement ses puissantes ailes, jeta sur l’assistance un regard perçant, un regard d’aigle tout simplement, et déclara en redressant son cou musculeux :

- Je vois qu’on a encore oublié la gent ailée ! Ne suis-je pas royal moi aussi ?…..N’ai-je pas autant de droits que vous ? fit-il en s’adressant aux cinq prétendants.

Comme il terminait ces mots, un tout petit oiseau pas plus grand qu’un moineau vint se poser sur une branche et déclara en se dressant sur ses pattes frêles :

- Puisque c’est ainsi, je pose moi aussi ma candidature !…..

Le ciel tombant sur la tête de l’assistance n’aurait pas produit un effet plus grand. Comment ce petit oiseau pouvait-il prétendre être le roi des animaux ?

- Toi, minuscule avorton ! lança dédaigneusement l’aigle. Je t’écrase sous mes serres si je le veux…..

- Va-t-en, chétif oiseau, excrément de la terre !…..lança le lion qui avait entendu cela quelque part…..

Le rhinocéros s’étouffait d’indignation et ne put qu’articuler difficilement :

- Mais tu es….tu es….tu es…tout petit !

Tous se récriaient. Ils voulaient un roi, certes, mais un roi digne de ce nom…..Un roi qui présentait bien. Pas cette petite boule de plumes ébouriffées…..qu’on distinguait à peine.

L’agitation était à son comble. Le singe tentait vainement de rétablir le calme en lançant des « Messieurs, voyons !…. » qui se perdaient dans le tumulte.

 

Soudain, de grandes flammes s’élevèrent autour de ce congrès improvisé tandis qu’une épaisse fumée enveloppa les participants : la savane était en feu. Dans le feu de la discussion, ils n’avaient pas vu arriver le vrai feu, celui qui anéantit tout.

Il leur restait encore un peu d’espace, ils pouvaient s’enfuir, mais dans quelle direction ? S’ils allaient s’enfoncer dans le brasier au lieu de le fuir ?

Paralysés par la peur, rendus aveugles par la fumée, aucun n’osait bouger. Les candidats au poste de roi n’en menaient pas large. Ils tournaient comme des lions en cage…..

- Va voir de quel côté il faut partir ! criaient-ils au singe.

Mais ce dernier s’adressa à l’aigle :

- Toi qui te dis si fort et qui de plus voles dans les airs, va voir et indique-nous le chemin !

Mais l’aigle tremblait de toutes ses plumes sur son rocher, incapable de bouger.

- Je ne peux pas….disait-il d’une voix pitoyable. Il me faut plus d’espace pour m’envoler.

Alors, le petit oiseau qui jusque-là n’avait rien dit, s’écria :

- J’y vais, moi !

Il s’éleva comme une flèche et disparut. Au bout de longues minutes, alors que le feu gagnait et que les animaux allaient griller comme de vulgaires saucisses, le petit oiseau se montra au-dessus d’eux et cria :

- Par ici !….La ligne de feu n’est pas très large. C’est le moment de montrer ce dont vous êtes capables ! Courez vite et ne vous arrêtez pas !

Tous les animaux s’élancèrent dans la direction indiquée, dans une confusion où seul l’instinct de survie prévalait. Le singe avait sauté sur le dos du guépard, le plus rapide à ses yeux, et s’accrochait à son cou…..

La terre tremblait sous le piétinement des centaines d’animaux, l’air bruissait du crépitement des herbes qui brûlaient. Suffoquant à moitié, le troupeau arriva brusquement à une rivière et pénétra dans la fraîcheur bienfaisante de ses eaux, le guépard en tête.

Il était temps. Le feu était à leurs trousses mais s’était arrêté. La rivière n’était pas très profonde mais suffisamment large pour offrir un rempart à la coulée enflammée.

Ruisselants mais saufs, les animaux sortirent de l’autre côté de la rivière et s’arrêtèrent pour reprendre leur souffle. Devant eux, le petit oiseau s’était posé sur une branche basse et les regardait.

- Vous voyez ? Il suffisait de savoir par où aller !

La nuit tomba, chacun essaya de retrouver quelques forces. Le lendemain, les six prétendants se réunirent, discutèrent à voix basse. Les autres animaux s’étaient rassemblés et attendaient. Le lion s’avança et dit :

- Nous voulions un roi…..Pas un roi fort…Cela ne sert apparemment à rien !

- Mais moi j’ai couru vite, je suis arrivé le premier ! fit le guépard.

- Ah oui ! dit le tigre, et tu voudrais qu’on choisisse un roi qui court vite….pour fuir ! Un beau roi en vérité !

- Non, continua l’éléphant. Ni un roi rapide, ni un roi fort.

Le singe allait ouvrir la bouche, croyant qu’on se souvenait de ses paroles et qu’on allait faire appel à son intelligence. Mais l’éléphant poursuivit :

- Un roi capable d’aider ses sujets……Un roi utile ! Comme doivent être tous les rois !

Le singe baissa la tête. Non seulement il n’avait pas essayé d’être une aide pour les autres, mais il avait profité de la vélocité du guépard pour fuir…..

- Un roi qui sache nous sortir d’une situation délicate…..ajouta l’aigle.

Tous les regarda se tournèrent vers le petit oiseau qui rougit, mais sous ses plumes, cela ne se vit pas…..

- Oui, reprit le lion. Toi, dont je me suis moqué, comme les autres. Toi le petit qui as su te montrer si grand ! Toi qui nous as sauvés tous ! Oui, toi, tu seras notre roi ! Nous n’en voulons pas d’autre !

Un tonnerre d’applaudissements salua ces paroles. Le petit oiseau se tut un moment, et dit,

- Mais….je suis tout petit !….Je ne pourrai être qu’un petit roi !…..

- Peut-être, fit l’éléphant, mais tu as dans ta petite cervelle autant d’esprit de décision que nous tous rassemblés !

- Et même plus !….ajouta le rhinocéros.

- Alors, lança le tigre, tu seras notre roi. Mais comme tu es tout petit, tu seras notre…roitelet ! Et puisqu’il faut te trouver un nom de roi, nous t’appellerons……Roitelet 1er !

Il se tourna vers tous les animaux et dit d’un air solennel :

- Mes chers amis, je vous présente votre nouveau roi, Roitelet 1er, roi des animaux ! »

 

C’est ainsi que ce petit oiseau s’est appelé le roitelet. Après lui, d’autres animaux devinrent rois. Mais il avait trouvé son nom, il le garda. C’est ainsi que l’on rencontre encore des roitelets dans nos campagnes. Ils descendent peut-être du petit roi des animaux……

 

(à suivre...)

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:36
  • Changement de décor... si j'ose dire... Voici une histoire d'un genre différent que j'ai aussi écrite, dans le style des contes orientaux mais à ma façon... Il faut avouer qu'elle m'a été racontée par quelqu'un qui s'y connaissait en contes orientaux... Elle n'a pas encore été publiée, vous en avez donc la primeur. Et si cela vous plait... dites-le... Il y en a d'autres !

 

 

Il était une fois un petit chat qui décida d’aller parcourir le monde. L’univers étroit du carton dans lequel il avait passé ses premières semaines avec ses frères et sœurs lui parut soudain un peu étriqué. Un jour, profitant que sa mère Pomponnette s’était absentée, il escalada le bord de sa prison et se retrouva dans une pièce qui lui parut immense. Il ouvrit ses grands yeux curieux et pensa : comme c’est grand, le monde !

Il avança prudemment car il manquait encore d’équilibre. Il aperçut alors au ras du plancher un petit trou qui lui sembla bien mystérieux. Soudain, il vit émerger un museau pointu. C’était une petite souris qui avait eu comme lui des idées de liberté et avait quitté le nid maternel. Elle courait ainsi de bien grands risques ! Mais le chaton était encore trop jeune pour savoir que les chats croquent volontiers les souris. Il fut tout content de trouver une amie avec laquelle il allait pouvoir jouer. La souris s’ébroua un peu et déclara d’une voix fluette, une voix de souris :

- « Bonjour ! Je m’appelle Minnie, la petite souris ! Et toi ?….

- Miaou !…..Moi je suis…..

C’est vrai ! pensa notre chaton, on ne m’a pas encore donné de nom ! Il faut en trouver un tout de suite ! Il pensa à son père que l’on appelait Gros Matou.

- Je suis….Timatou, le petit chat !….Miaou !…..

- Et….tu habites ici ?….

- C’est ma maison !….répondit fièrement le chaton. Et toi ?….

- Nous nichons sous le plancher de la chambre, quatrième latte à partir de la gauche…..en entrant... sinon on pourrait se tromper...

- Si tu veux, nous pouvons jouer ensemble. Je suis seul, mes frères ne veulent pas jouer avec moi !…

La souricette accepta et les deux nouveaux amis passèrent un bon moment à jouer avec du linge qui séchait sur un fil et que le chaton avait adroitement fait tomber. Ils couraient par toute la pièce, s’entortillant dans les chemises, les torchons, les serviettes, ce qui les faisait ressembler à des fantômes bondissants. Cela les amusait fort. Et c’étaient des rires à n’en plus finir !…

Toute essoufflée, alors que le chaton avait du savon sur le bout du nez pour avoir regardé d’un peu trop près la lessive, Minnie ne put s’empêcher de rire.

- Comme tu es drôle !…..

Elle considéra le désordre qu’ils avaient provoqué et dit :

- Regarde un peu le bouleversement que nous avons fait tous les deux !…..

Il faut dire que le petit chat, bien plus gros que la petite souris, s’y entendait pour semer la pagaille partout où il passait, renversant des piles de linge prêt pour le repassage, et d’autre déjà repassé. La minuscule Minnie suivait comme elle pouvait, mais s’amusait bien.

Au bout de longues minutes de jeu, elle dit :

- Il faut que je rentre sinon ma maman va s’inquiéter. Si elle s’inquiète, elle pleure. Et si elle pleure, elle devient aveugle et sourde. Je ne voudrais pas que ma maman devienne aveugle et sourde !….

- Aveugle et sourde en même temps ?….fit le chaton. C’est bizarre cela !

- C’est ma maman qui me l’a dit ! Alors, c’est vrai !….Il ne faut pas que je tarde aujourd’hui. Mais je reviendrai demain et nous pourrons jouer encore.

Le lendemain, le petit chat retrouva la petite souris et joua avec elle, ainsi que tous les jours suivants. Ils étaient devenus des amis vraiment inséparables.

Une semaine plus tard, Pomponnette, la maman du chaton, qui se demandait bien où partait son espiègle de fils, le questionna :

- Où vas-tu tous les jours ?

- Je vais jouer avec Minnie la petite souris !

- Avec une petite souris ?….C’est très bien, mon fils !….Et après, bien sûr……tu la manges !

- Je la mange ? s’offusqua le chaton. Mais…C’est mon amie !

- Voyons, mon fils, fit doucement la chatte, une souris ne peut pas être l’amie d’un chat ! La souris, c’est….voyons comment dire….c’est un mets de choix pour nous les chats ! C’est un délice ! Ça fond dans la bouche !….Quand on a mangé une souris, on se sent fort !….

- Mais c’est mon amie….Et puis, on joue bien ensemble ! Je ne vais quand même pas manger ma meilleure amie !

- Ecoute mon petit. (sa voix était plus dure) Tu es un chat. Les chats mangent les souris. C’est aussi simple que cela. Je te demande de me croire, sinon je serai obligée d’en parler à ton père Gros Matou…..La prochaine fois que tu verras ton…la souris, tu l’attraperas et tu me l’amèneras ! Je te montrerai, moi, comment un chat digne de ce nom s’occupe des souris !…

Devant le pauvre Timatou effondré, Pomponnette s’éloigna dignement, la queue en l’air.

 

Dame Sourisse, la maman de la petite souris, s’était aussi inquiétée et avait demandé où elle passait ses après-midi.

- Je joue avec le petit chat !

- Avec un chat !….s’effraya-t-elle. Mais ma pauvre enfant, tu vas te faire manger !

- Mais non, voyons ! Il n’a pas l’intention de me manger. Et puis, c’est mon ami !

Qu’est-ce que sa mère allait encore imaginer ?…..Décidément les parents voient le mal partout !…..

- Ecoute bien ce que je vais te dire. Jamais on n’a vu un chat ami des souris ! Promets-moi de ne plus jouer avec lui ! Tu vas encore me soucier….Et je deviendrai aveugle…et sourde….

- Non ! Je te promets que je jouerai plus avec lui. Je ne veux pas que tu deviennes aveugle et sourde ! Et surtout pas en même temps…

 

Le lendemain, le petit chat se présenta devant le trou de la souris, le cœur gros, mais fort des recommandations de sa mère. Personne. La souris arriva au bout d’un moment, mais pointa seulement le bout de son museau pour dire :

- Je regrette, mais je ne vais plus pouvoir jouer avec toi. Ma maman me l’a défendu !

- Allez, viens encore une fois ! fit le chaton d’un air engageant. Qu’as-tu à craindre de moi, ton ami ?….Tu n’as pas confiance en moi ?

- Confiance en toi !…..Je ne sais plus. Ma maman…

- Tu écoutes trop ta maman ! Tu es une grande fille maintenant, non ?…..

La petite souris se laissa prendre à ces paroles hypocrites et s’avança hors du trou protecteur. Comme le bout de sa queue finissait de sortir, le chaton la saisit brusquement dans ses pattes et la maintint serrée contre lui.

- Excuse-moi, petite souris, mais je dois obéir à ma maman ! Tu es une souris, et nous autres chats, nous mangeons ceux de ton espèce. C’est ainsi ! C’est ma maman qui me l’a dit. Elle m’a demandé de t’attraper et de te manger. C’est la nature qui veut cela !

- Hélas oui ! répondit Minnie. Ma maman me l’a dit aussi…..C’est pourquoi je ne voulais pas sortir. Mais je ne t’en veux pas : tu es un bien chat, hypocrite, doucereux, menteur : tu obéis à leur loi. Allez, je serai mangée par mon meilleur ami. Cela me console un peu….

En entendant ces paroles, le chaton ressentit un peu de remords. Mais il se reprit bien vite en pensant à Gros Matou qui n’en éprouvait certainement jamais. C’était un vrai chat, lui ! Timatou voulait lui ressembler ! Il fallait qu’il fût fier de lui ! A cette pensée, il se redressa et serra plus fermement la souris entre ses deux pattes de devant.

- Mais si tu veux bien, poursuivit la souris d’une voix résignée, je voudrais faire ma prière avant que tu me manges. Ma maman va être très triste, elle va beaucoup pleurer, et quand elle pleure, elle devient aveugle et sourde…..Alors, je voudrais dire une petite prière pour ne pas que ma maman devienne aveugle et sourde Tu veux bien, dis ?….

- Si tu veux ! répondit le chat. En souvenir de notre amitié, je ne puis te refuser cela.

- Ce serait chic de ta part si tu disais la prière avec moi !….continua la souris d’une voix douce en le regardant de ses petits yeux humides. Tu es mon meilleur ami. Comme cela, ma maman pleurera moins, et elle ne deviendra pas aveugle….ni sourde….

- Au point où j’en suis…..fit le chaton. Va pour la prière. Commence, je te suis !

La petite souris pria le dieu des souris, lui demandant que sa maman n’ait pas trop de chagrin, qu’elle ne pleure pas trop et ne devienne pas aveugle et sourde. Le chat répétait docilement ses paroles.

A la fin de la prière, Minnie la souricette écarta ses petites pattes et dit : Amen. Le chat l’imita, ouvrit également les pattes et reprit en écho: Amen.

Dégagée de l’étreinte du chat, la petite souris en profita pour filer dans son trou. Là, derrière le rempart du mur, le cœur encore battant après toutes ces émotions, elle pointa le bout de son museau et lança au chat tout déconfit :

- Ta maman a oublié de te dire qu’il ne fallait pas faire de prière avec une souris !….. »

(à suivre...)

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 07:40

 

Voici une histoire que j'ai écrite pour l'Almanach du Breton 2009 et que certains ont peut-être lue.

Pour les autres, la voici  dans son intégralité...

 

Gilbert Renault, plus connu sous le nom de Rémy qu’il adopta dans la clandestinité, est né à Vannes en 1904. Il répond tout de suite à l’appel du 18 juin 1940 et rejoint Londres. Le général De Gaulle le renvoie en France occupée où il créera le réseau de renseignements la "Confrérie Notre-Dame". Il échappera aux Allemands grâce au dévouement sans limite de ses camarades, que beaucoup paieront de leur vie. Il a laissé ses souvenirs dans « Mémoires d’un agent secret de la France libre » et écrit d’autres comme « La ligne de démarcation ».

On connaît moins les talents de conteur qu’il a montrés dans son livre « Les bonnes histoires du colonel Rémy ». Car il s’agit bien d’histoires. Je lui laisse la parole : « Vraies pour certaines et le reste pouvant y prétendre, les histoires que je rapporte ici n’ont d’autre prétention que d’éveiller une gaieté dont la vertu tonique, parfois alliée à l’émotion, m’a permis de traverser sans y laisser trop de plumes les vicissitudes d’une existence déjà longue en conservant une nature résolument optimiste. »

Parmi ces multiples histoires, j’en ai extrait une que je m’en vais vous raconter à ma façon. On pourrait l'appeler : une histoire de nez...

Georges Bonnet est né en Dordogne en 1889 (la même année que De Gaulle, Charlie Chaplin…et Hitler…mais c’est un pur hasard !). Avocat, il se tourne vers la politique. Peut-être le fait qu’il était neveu par alliance de Camille Pelletan n’y était pas étranger. Il occupa de nombreux postes ministériels de 1924 à 1940. En avril 1938, il devint ministre des affaires étrangères, poste qu’il conserva jusqu’en septembre 1939. Le 6 décembre 1938, il signa avec son homologue allemand, Von Ribbentrop, un accord destiné à être la pierre angulaire d’un renouveau franco-allemand. Dans l’esprit tortueux d’Hitler, cet accord avait surtout pour but d’endormir les démocraties occidentales afin de lui donner le temps de préparer la guerre qu’il voulait.

Lorsque Georges Bonnet arriva au Quai d’Orsay en 1938, un petit fonctionnaire de cette grande maison se réjouit car il était lui aussi natif de la Dordogne. Il y a cinq ans de cela, il avait eu un petit garçon et avait demandé à son député Georges Bonnet d’être son parrain, comme cela se pratiquait souvent à cette époque. Et voici que son député, qui plus est parrain de son fils, devient ministre des affaires étrangères, donc son patron.

L’homme crut sa fortune faite. De sa plus belle écriture, il écrivit à son ministre pour lui demander respectueusement s’il acceptait de venir à sa table fêter les cinq ans de son filleul. Avec son amabilité coutumière, Georges Bonnet accepta, y mettant comme unique condition que le héros de la fête, son filleul, soit aussi présent au dîner, ce qui semble pour le moins normal…

Lorsqu’ils reçurent la réponse du ministre-parrain, les parents de l’enfant firent un peu la grimace. Ils n’avaient pas imaginé que le ministre exigerait la présence de l’enfant au dîner. C’est que… voilà : Bonnet était affublé d’un appendice nasal… très prononcé, qui se voyait… comme le nez au milieu de la figure. Cette exigence changeait tout ! Il allait falloir demander au petit garçon de tenir sa langue. A cinq ans, c’est difficile.

- « S’il parle de son nez, dit le père, ce serait fichu ! Adieu ma promotion ! Aussi, ajouta-t-il à sa femme, débrouille-toi pour arranger ça !

La mère prit donc le petit garçon à part et lui dit :

- Ton parrain va venir dîner. Mais il ne faudra pas parler. S’il te parle, tu diras seulement : oui parrain, ou non parrain. C’est tout. Ne t’avise pas à ajouter autre chose ! Et si tu fais bien ce que je te demande, on n’attendra pas Noël pour t’offrir le beau train électrique qu’on a vu tous les deux aux Galeries Lafayette. Tu m’as bien compris ?

- Oui maman. Je serai sage pour avoir le train électrique !

Le dîner se déroula parfaitement bien. Le père et la mère étaient certes très inquiets, car qui sait ce qui peut passer par la tête d’un enfant de cinq ans ?... L’enfant resta parfaitement sage, répondant par oui ou non, sobrement, comme sa mère le lui avait demandé. Sans doute pensait-il au train électrique promis ! Les parents eux, avaient le nez du ministre plein la tête et ne pensaient qu’à une chose : pourvu qu’il ne parle pas de son nez !

Le ministre apprécia le repas et complimenta la mère pour la tarte aux fraises qu’elle avait confectionnée et qui était excellente. Un peu soulagée, elle dit alors :

- Avec votre permission, Monsieur le Ministre, votre filleul va maintenant vous dire bonsoir. Il n’est pas habitué à se coucher tard.

- Je vous en prie, répondit-il. Faites comme chez vous… Je comprends que les enfants doivent se coucher tôt. Ce soir, il aura fait une petite entorse au règlement… Mais c’est exceptionnel.

- Dis bonsoir à ton parrain, mon enfant, fit la mère.

Sagement l’enfant dit :

- Bonsoir parrain !

- Quel brave petit ! fit Georges Bonnet qui, pour faire bonne mesure, l’embrassa sur les deux joues.

L’enfant sortit dignement avec sa mère et le père, ravi, se voyait déjà promu au grade supérieur.

Au bout d’un moment, soulagée et souriante, la mère revint avec le café.

- Si vous le voulez bien, fit-elle, nous allons prendre le café à la table.

- Volontiers répondit le ministre.

Elle posa la cafetière sur la table, plaça une tasse devant chacun, remplit la tasse de son hôte et lui demanda avec son plus beau sourire :

- Et pour vous, Monsieur le Ministre, combien de morceaux de sucre dans votre nez ?... »

(à suivre...)

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 15:34

  

Le lundi de Pâques 5 avril 2010, Agnès et Hugues nous proposèrent d'aller pique-niquer à Fagan Park. Nous n'y vîmes aucun inconvénient, nous ne connaissions pas et ne demandions qu'à connaître. Le temps de préparer le repas que nous allions emporter, et nous voilà partis.

Ce park se trouve à peu de kilomètres... Je ne puis dire exactement combien. Comme on ne peut pas rouler vite, la vitesse étant sans cesse limitée, il est difficile de se faire une idée de la distance. Peut-être une dizaine de km... peut-être une vingtaine...Il se situe à Galston, district de Hornsby.

En 1847, la famille Fagan, venue d'Irlande, s'est installée sur ce territoire, et y a installé sa ferme. Ils ont cultivé des oranges et élevé des vaches jersiaises. En 1977, personne ne pouvant continuer les activités agricoles, le dernier Fagan donna la propriété au district de Hornsby avec la mission de perpétuer le nom de la famille Fagan, ce qui fut fait. Le nom "Fagan Park" lui fut donné. On trouve encore des traces de cette ferme, notamment des outils d'époque, un peu rouillés... 

On y installa de nombreux jeux pour les enfants, des aires de pique-nique. Il y avait de quoi faire car la propriété s'étend sur 55 hectares.


DSC05879.JPG

(voici une photo qui aurait dû se trouver plus loin et je vous indiquerai sa place. Mais Internet est capricieux... Je ne vous apprends rien ...)


Nous sommes donc arrivés avec beaucoup d'autres... avons pris nos sacs et paniers et en avant pour chercher un coin pour déjeuner.

Mais nos deux gaillards n'ont pu résister à l'attrait d'une sorte de tourniquet... et ils n'étaient pas seuls...

 

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Mais voici un banc qui nous tend les bras... si je puis dire, car ce banc n'en avait justement pas (de bras...) ! Qu'à cela ne tienne ! A table !

Repas donc mais dans le désordre, chacun vaquant à des occupations diverses...

 

Tiens ! Voici deux convives pris sur le vif...

 

DSC05852.JPG

 

Serait-ce Agnès dont on entrevoit un bras sur la droite ? Sans doute... Quant à moi, vous pouvez me deviner devant... car je prends la photo...

Mais où est Clovis ?

 

DSC05855.JPG

 

Ah ! ... Le voici en pleine réflexion...

Autour de nous, ça s'agite, ça mange, ça cause... Voici un aperçu de la chose...

 

DSC05857.JPG

 

DSC05862.JPG

 

Il existait de nombreux jeux dont celui-ci pour lequel il fallait faire la queue...

(Et c'est ici qu'il faut placer la photo d'Agnès poussant Sydney...vous l'aurez compris...)

 

Lorsque notre festin fut terminé ( ! )... nous avons laissé nos affaires près du banc convivial et sommes partis à la découverte du parc. Il y a différents jardins fleuris : australien, chinois, méditerranéen, cottage nord américain,  dont celui-ci :

 

 

DSC05908.JPG

 

Very nice, indeed ?

 

Et n'oublions pas que ce panneau affiché un peu partout : "Please note no alcohol is to be consumed or taken into the park"... Et tout le monde le respecte !

Il y a aussi un lac dans lequel nagent des petits poissons et Clovis et Sydney ont essayé d'en pêcher... à l'aide d'une épuisette, sous l'oeil attentif de mamie car il ne faudrait pas qu'ils tombassent dans l'eau ! D'ailleurs, vous remarquerez qu'Agnès tient Sydney par le colback...

 

DSC05922.JPG

 

Il faisait beau, nous avons passé une agréable journée, le site était très joli et malgré tout le monde qui s'y trouvait, nous n'étions pas les uns sur les autres.

 

Nous étions à 13 jours de notre départ programmé, 23 jours du départ réel...

(à suivre...)

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 16:56

Dans un précédent mail, je vous annonçais la parution prochain de mon 9è livre : "L'Ecole des Frères  mémoires d'un pensionnaire des années 50".

Je puis vous fournir des détails supplémentaires sur cet ouvrage.

Il raconte la vie des internes enfermés entre les murs austères d'un pensionnat au milieu du siècle précédent. J'étais l'un d'eux...

Certes, l'internat existe toujours mais il n'a rien à voir avec celui des années 50. Cependant, ce n'était pas le bagne...

Dans ce livre abondamment illustré de photos d'époque, tous les acteurs de ce microcosme revivent pour votre plus grand plaisir : élèves insouciants, toujours prêts à se livrer à des espiègleries de potaches, prompts à la moquerie jamais méchante, mais répondant "présents" le jour du bac ; professeurs avec leurs manies, leurs défauts mais aussi leurs qualités. Tous évoluent dans un pensionnat dirigé par des Frères, l'Ecole St Louis de Gonzague de Châteaulin dans le Finistère.

Cette tranche de vie restitue bien l'atmosphère studieuse mais parfois étouffante d'un internat du milieu du siècle dernier...

Il s'agit d'anecdotes prises sur le vif, amusantes, émouvantes, racontées comme je le fais pour tous mes livres d'une plume alerte où l'humour est rarement absent, de séquences retraçant les grands moments de la vie d'un pensionnaire, avec ses plaisirs et ses petits soucis. Tout un passé révolu resurgit devant vous.

Mais vous allez déjà avoir une petite idée car en voici la couverture...

 

nouvelle-couverture.JPG

.

La  photo est celle de la classe de philo pendant l'année scolaire 1952-53. On peut me reconnaître... debout sur la droite, jouant de l'harmonica... Mais si... je vous assure que c'est bien moi !

Ce livre doit paraître vraisemblablement à la rentrée.


Mais déjà une sortie nationale avec dédicace est prévue le 8 octobre 2010 à l'Ecole St Louis, sur les lieux de nos exploits...


Ceux qui habitent près de Châteaulin seront les bienvenus évidemment ! Ceux qui habitent dans la région d'Angers pourront se le procurer à la maison où je me ferai un plaisir de le dédicacer... Les autres le trouveront dans leur librairie préférée...

Mais je vous en reparlerai...

à suivre donc...

 

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 07:57

Je vous ai parlé du "second hand shop", qui vend des articles d'occasion, comme nous en trouvons aussi chez nous.

Ici, il s'agit plutôt de l'équivalent de notre "vide-greniers",à la différence près que les vide-greniers concernent toute une ville ou une rue, mais pas une seule personne qui aurait décidé tout d'un coup de vendre ses "rossignols"... 

En Australie, les particuliers ont le droit de vendre ce qu'ils ne veulent plus garder, et je pense que c'est réglementé : une fois dans l'année par exemple, car l'argent récolté échappe au fisc... dans la mesure où il n'est pas payé de TVA sur les ventes [la TVA existe aussi en Australie... elle s'appelle la GST (Goods and Services Tax) et son taux unique est de 10% selon Hugues qui m'a donné cette précision...)].

Donc une fois par an environ, chacun décide de se séparer des objets inutiles. On dispose tout ce bric-à-brac dans son garage ou même dehors si le temps le permet (et il le permet souvent...), on colle des affichettes annonçant le jour du "garage sale" chez des commerçants, un samedi matin, et le jour venu  on attend les clients...

Un point à élucider tout d'abord : "garage sale" signifie grosso modo  "vente dans un garage", "sale" voulant dire "vente"... Rien à voir avec un garage qui serait sale...

Avec Hugues et les enfants, c'était la grande occupation du samedi matin, car il y avait plusieurs "garage sale" dans le secteur...

 

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Voici un exemple. Nous sommes dans le garage et Clovis cherche prioritairement des jouets... mais ici il n'y en a point... Ailleurs peut-être !

 

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Voici une autre situation : les "objets" sont disposés à l'extérieur car ils sont plutôt encombrants. On trouve de tout dans ces "garage sale", du plus petit au plus grand, mais pas obligatoirement ce que l'on cherche... Je précise que les prix sont très bas.

 

DSC05998.JPG

 

Vous pouvez voir Clovis et Sydney en chasse... pour chercher des jouets. Ici, il y en a et nos deux gaillards vont trouver leur bonheur à des prix défiant toute concurrence...

 

DSC06002.JPG

 

On peut trouver aussi des livres pour enfants, de très beaux livres, pour 50 cents, ou des films sur CD.

(50 cents = 30 centimes de nos euros, pour les livres qui vaudraient souvent entre 10 et 15 euros, voire plus...)

Si les enfants trouvent souvent leur bonheur, les adultes aussi. C'est pourquoi il est inutile d'acheter du neuf, sauf article particulier que l'on n'a pas trouvé ni dans un garage sale, ni dans un second hand shop, ni sur le trottoir...

 

C'est quand même rare...

 

(à suivre...)

 


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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 10:45

Un régiment entier qui disparaît dans sun nuage... Voilà quelque chose d'incroyable... Pourtant cette histoire est authentique ! Elle a été rapportée dans de nombreux journaux anglais d'anciens combattants qui ont publié les témoignages des Néo-Zélandais, elle a fait l'objet de recherches, de vérifications, de la part des Anglais mais aussi des Turcs.  Personne n' a pu fournir une explication.

Alors ?

On a avancé des explications aucunement convaincantes et finalement le dossier a été classé parmi les énigmes de l'Histoire. Qu'en est-il aujourd'hui ?

L'hypothèse la plus répandue est qu'il s'agit d'un enlèvement par un engin ayant la forme d'un nuage... Rappelez-vous que ce nuage avait semblé bizarre à ceux qui l'ont vu, un nuage dense et fixe qui reflétait la lumière du soleil...

Alors, des gens venus d'ailleurs viendraient "pêcher" sur la terre des individus... Savez-vous qu'il disparaît rien qu'en France 25 000 personnes par an ? Si parmi elles 20% sont expliquées (suicides, crimes parfaits, fuites à l'étranger, il  reste 80% de disparitions  inexpliquées...  C'est beaucoup... Et cela dure depuis pas mal d'années...  Cela fait beaucoup de monde...

Ce n'est pas le seul cas connu. Pendant la dernière guerre, une division japonaise a disparu sans laisser de traces en Nouvelle-Guinée. De nombreux automobilistes sont partis et ne sont jamais arrivés à destination... En novembre 1809, la calèche de Benjamin Bathurst , ambassadeur de Grande Bretagne à la cour d'Autriche, arrive dans une petite ville allemande, Perlberg et s'arrête devant une auberge. Bathurst descend déjeuner. Quand il a fini, il salue l'aubergiste qui se trouve sur la porte avec quelques voyageurs, contourne sa voiture pour assister au changement des chevaux. On ne l'a jamais revu ! La route était absolument vide ! Il n'y avait ni mur ni buisson où l'ambassadeur aurait pu se cacher. Et cette histoire est facilement vérifiable...

Vers 1930, un torpilleur de la marine américaine, le Cyclops, qui navigue par temps calme et une mer d'huile, disparaît sans que les spécialistes puissent fournir la moindre explication...

On pense au Triangle des Bermudes...

Voilà qui est fort étonnant et tout bonnement incroyable...

Où vont tous ces gens ? Dans un univers parallèle... dont parlait H. G. Wells ?  "Les univers parallèles sont plus proches de nous que nos mains et nos pieds..." disait-il...

Mystère... Et chacun sait qu'expliquer un mystère relève de l'impossible...

 

le blog continue...

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