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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 08:00

Vous connaissez la comtesse de Ségur écrivain pour enfants... Vous ne la saviez pas auteur d'un livre de pédiatrie...

J'ai écrit ce texte pour l'Almanach du Normand car la comtesse a vécu près de L'Aigle après son mariage avec Ségur. Je signale qu'elle est enterrée à Pluneret près d'Auray dans le Morbihan...

 

 

 

 

On connaît la comtesse de Ségur (née Rostopchine) par les livres pour enfants qu’elle a écrits, des “ Mémoires d’un âne ” au “ Général Dourakine ”, en passant par les inévitables “ Malheurs de Sophie ”, que nous avons tous lus un jour ou l’autre.(si, si, Harry Potter n’existait pas encore…).

Sophie Rostopchine est née le 1er août 1799 à Moscou. Son père, Fédor Rostopchine, étant le chambellan et favori du tsar Paul 1er, c’est tout naturellement ce dernier qui sera son parrain. Toute petite, elle s’inventera des histoires que les adultes ne comprennent pas. Plus tard, les enfants la comprendront. C’est son père qui ordonnera l’incendie de Moscou en 1812 alors que Napoléon venait d’y entrer. Mais ne nous égarons pas… Rostopchine tombera en disgrâce et se réfugiera à Paris en 1817 avec sa famille.

Là, Sophie rencontrera le comte Eugène de Ségur, descendant d’une noble famille de militaires et d’écrivains, pour le moment désargenté. Elle a 20 ans lorsqu’elle l’épouse le 14 juillet 1819. C’est une belle jeune femme, comme le montre le portrait de Devéria. Mais cela n’empêche pas son mari de courir après tous les jupons qui se présentent. Cela ne l’empêchera pas non plus de faire huit enfants à sa femme, de 1820 à 1835. La comtesse se fait une raison et s’enferme dans sa propriété des Nouettes, près de l’Aigle, où elle se consacre à l’éducation de ses enfants.

Et c’est là pensez-vous qu’elle va écrire tous les chefs-d’œuvre de la littérature enfantine de l’époque… Eh bien non !… Enfin si, mais pas tout de suite. Elle écrit tout d’abord un petit livre : "La santé des enfants", édité à ses frais. Elle a alors 56 ans et possède les connaissances acquises par l’éducation de huit enfants. (sept exactement car l’un mourra en bas âge). Elle ne prétend pas écrire un livre de médecine. Elle veut tout simplement faire profiter les jeunes mères de son expérience.

“ Que de fois, dira-t-elle, a-je vu de pauvres mères pleurer des enfants qu’elles auraient conservés si elles avaient pu prévenir la maladie ou, tout au moins, aider aux prescriptions du médecin par des soins éclairés ! ” Elle ajoute ce qui constitue comme une de ses motivations : “ Moi-même, j’en ai perdu un par ignorance des symptômes du mal qui me l’a enlevé et par une alimentation reconnue trop tard détestable. Mes premiers enfants ont fait des maladies graves qui ont nécessité des remèdes douloureux. J’aurais tout évité si j’avais eu les notions d’hygiène et de médecine que j’ai acquises plus tard et que je dois à un homme de talent et de conscience. ” Elle veut parler du docteur Mazier de l’Aigle, son médecin de famille.

Tout est dit dans ces quelques lignes. Ce qu’elle souhaite, c’est prévenir plutôt que guérir. Elle parle d’hygiène à une époque où l’on s’en souciait peu. Pour cela, son langage est nouveau.

Son livre commence par la description des principales maladies auxquelles les enfants sont confrontés. Elle y voit deux causes : refroidissement et mauvaise alimentation (ou trop riche selon les cas). Suivent des conseils d’hygiène enfantine.

L’alimentation doit être bien réglée. Inutile d’entrer dans les détails pour ne pas lasser, mais tout est expliqué clairement. Pas de bouillies avant 4 ou 5 mois… De la soupe à un an… De la viande à partir de 18 mois, s’ils ont des dents… Une seule fois par jour… Repas plus consistants à partir de 2 ans… Et défense de manger entre les repas…. Pas de pâtisserie, pas de bonbons… Coucher à 7 heures l’hiver, 8 heures l’été… Comme on le voit, des recommandations simples et de bon sens…

Pour éviter les refroidissements, elles sont aussi simples. Ne pas serrer l’enfant… Lui laisser les jambes libres (à cette époque, on emmaillotait soigneusement les enfants comme des momies… On le faisait encore il y a 50 ans. J’ai été momie… comme bien d’autres). Aérer sa chambre en son absence… Le sortir quand il fait beau…

Toutes ces recommandations sont toujours actuelles. Ce n’est pas parce qu’un livre a été écrit voici un siècle et demi qu’il est démodé… Il suffit d’adapter. On ne dit peut-être plus tout à fait les choses ainsi, mais l’esprit est le même.

La description des symptômes de la fièvre pourraient sortir d’un livre de médecine. “ Quand un enfant a de la fièvre, la tête est prise (…..) L’enfant a le regard lourd, la pupille est plus dilatée que d’habitude. Le cœur bat très fort, alors que le pouls est petit, quoique vif. La tête est chaude, le visage lourd et brûlant. ”

Suivent les "traitements" recommandés. Les "dérangements d’entrailles" étaient sans doute plus fréquents à l’époque. La comtesse s’y attarde et ses recommandations sont celles que l’on donne encore (lactéol et smecta mis à part !… ) : carottes et riz…

Elle préconise encore des remèdes pour soigner toux, écorchures, brûlures, piqûres d’insectes, empoisonnement par les champignons, maux de gorge… “ Il faut apprendre aux enfants dès l’âge de 15 à 18 mois à se gargariser : ils le feront s’ils vous le voient faire. ” (ça, c’est plus difficile certainement… Essayez quand même !…)

Comme on le voit, il s’agit d’un manuel de pédiatrie, même si le mot n’apparaîtra que plus tard vers la fin du XIXè siècle. Elle fait figure de novatrice, et cet aspect de son personnage méritait d’être connu.

Après cet essai, elle se lancera dans l’écriture des livres qui ont fait sa renommée. Le premier sera "Les Mémoires d’un âne" en 1860. Certes, ces livres eux ont bien vieilli… plus que son premier essai "La santé des enfants"…

Elle qui savait si bien soigner les autres sera une éternelle malade. Une migraine tenace lui empoisonnera la vie.

Elle mourra en 1874. Ce qu’on retiendra d’elle, ce seront bien sûr les nombreux romans pour enfants où elle fera vivre 200 personnages, dans des aventures dont la morale dépassée fait peut-être sourire de nos jours. En ce début du XXIè siècles, elles paraissent bien loin les "Petites filles modèles ! "……

 

(à suivre...)

 

 

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 08:46

 

Voici maintenant une page d'Histoire... que j'ai écrite pour l'Almanach du Normand 2004.

Je ne vous demande pas si vous sous en souvenez... mais les choses se sont passées ainsi.

Garde à vous ! Lisez maintenant...

 


 

 

L’instant est grave, solennel, l’atmosphère pesante. Dans cette casemate du fort de Verdun transformée en chapelle ardente, un jeune soldat dans sa tenue N° 1 toute neuve, un bouquet de fleurs des champs à la main, impressionné par la grandeur de la mission qui lui a été confiée, se tient immobile devant les huit cercueils alignés devant lui.

Dehors, les canons tonnent, les cloches sonnent à toute volée. La guerre, la Grande guerre comme on dira, est terminée depuis deux ans. Que se passe-t-il dans cet endroit meurtri, symbole de la résistance à l’ennemi ? La cérémonie a pour objet de choisir le soldat inconnu. Il représentera tous les soldats tombés pour la patrie. Celui qui a été désigné pour accomplir cette tâche s’appelle Auguste Thin.

Auguste Thin, né en 1899, était commis épicier à Caen. Son père était mort pour la France. Le 3 janvier 1918, il s’engage à Lisieux. Il n’a que 19 ans. Son frère aîné a été gravement blessé. Il estime que son devoir est de délivrer le sol de sa patrie, mais aussi de venger son père et son frère.

Incorporé au 234è régiment d’Infanterie, il participe fin août à la contre-attaque de Champagne destinée à stopper la dernière offensive allemande. Victime des gaz, il est rapatrié à l’arrière pour être soigné. Après quelques semaines de repos, il repart pour les Vosges à l’Hartmannswillerskopf, surnommé familièrement le Vieil Armand, où de durs combats se sont déroulés en 1915-16. L’armistice du 11 novembre le trouve à Guebwiller. C’est plus que de la joie, c’est du délire. Mais si la guerre est terminée, son temps de service ne l’est pas.

C’est ainsi qu’en novembre 1920, Auguste Thin se trouve à la caserne Niel de Verdun. Il a accompli la presque totalité de son service puisqu’il n’a plus que trois mois à faire. Il se réjouit de retrouver sa famille et ses amis à Caen.

Il ne savait pas encore qu’il avait rendez-vous avec l’Histoire.

Il pouvait être midi ce 10 novembre 1920. Le colonel Plande, commandant le 132è RI, le convoque. Surprise du jeune soldat. Que peut bien lui vouloir le colonel ? Aurait-il fait quelque chose de répréhensible ?…

Au garde-à-vous devant son chef, Auguste Thin entend comme dans un rêve le colonel lui dire :

- « Soldat Thin, c’est vous qui désignerez le soldat inconnu cet après-midi. Allez toucher une tenue neuve.

Le soldat inconnu ?… Certes, tous en parlaient, sans trop savoir de quoi il en retournait. On disait que… des bruits, des on-dit, des bobards comme d’habitude !…

Et puis, pourquoi lui ?… Mais quand on est soldat, on obéit ! Il se rendit donc au service de l’habillement pour toucher une tenue neuve.

C’est ainsi que quatre heures plus tard, le jeune homme de 21 ans, habillé de neuf, casqué, très ému, pénètre dans la casemate, en compagnie du Général Gouverneur Boichut et du Sergent André Maginot, grièvement blessé aux combats et qui doit s’aider de cannes. Présentement, il est ministre des pensions chargé plus spécialement du choix du soldat inconnu.

A leur entrée, le silence déchirant est rompu par la sonnerie aux Morts, tandis que les tambours recouverts de crêpe noir roulent douloureusement. Huit cercueils sont alignés deux par deux, recouverts entièrement d’un drapeau tricolore. Devant chaque cercueil, deux anciens Poilus, la poitrine recouverte de décorations, le visage de marbre, sont figés dans une immobilité de statues.

Dans le silence pesant, la voix du ministre Maginot s’élève, grave et puissante :

- Soldat Thin, voici un bouquet de fleurs cueillies sur le champ de bataille de Verdun, parmi les tombes des héros morts pour la patrie. Vous les déposerez sur l’un des huit cercueils qui sont ici. Celui que vous choisirez sera le "soldat inconnu" que le peuple de France accompagnera demain sous l’Arc de Triomphe.

En réalité, c’est un bouquet d’œillets rouges et blancs. La terre de Verdun a été si meurtrie et si calcinée qu’il n’y poussera plus aucune fleur pendant longtemps…

Auguste Thin prend le bouquet et reste un moment paralysé par l’émotion et la responsabilité qui est la sienne en cet instant émouvant. Il lui faut choisir… Mais lequel choisir parmi les huit ?… Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ?... Ces huit soldats sont morts pour la France. Ils méritent tous d’aller représenter sous l’Arc de Triomphe nos 1 300 000 morts… Tous attendent anxieusement. L’émotion est à son comble.

Emu et embarrassé, Auguste Thin hésite, la main crispée sur son bouquet. Soudain, il lui vient une idée : il appartient au 132è RI. En additionnant ces trois chiffres, il obtient 6 !… De plus, le 132è RI appartient au 6è Corps d’Armées… C’est décidé : il choisira le 6è cercueil !… Ainsi s'écrit l'Histoire...

La démarche raide, il fait lentement le tour des huit cercueils. Il s’arrête, puis recommence. Brusquement, il dépose son bouquet sur le troisième cercueil de la rangée de gauche, donc le sixième cercueil. Un murmure de soulagement accompagne son geste : il a choisi ! La rumeur court jusqu’à la porte. La foule massée dehors l’entend : il a choisi !… Lequel ?… Un inconnu… parmi huit inconnus… Un mort sans nom parmi huit morts sans nom. Mais celui-là les représentera tous.

Le tambour roule. Une musique militaire se fait entendre. On soulève le drapeau du cercueil choisi et on y fixe une plaque :"le Soldat Français". Porté par des soldats, le cercueil est posé sur l’affût d’un canon de 75 tiré par un double attelage. Le cortège se dirige vers la gare, suivi par la compagnie d’Auguste Thin, le fusil sur l’épaule, dans un silence bouleversant. Verdun porte encore les cicatrices de la guerre sur lesquelles la neige a déposé son linceul blanc.

Devant la mairie, le maire prononce quelques mots. « Va, petit soldat de France ! Tu emportes dans ta gloire un peu de l’air de nos champs de bataille tout saignant encore du sang de tes frères »…

A la gare, le cercueil est chargé dans le fourgon du train ministériel qui doit le conduire à Paris. Le 11 novembre, le cercueil du soldat inconnu, après avoir été béni par l’archevêque de Paris, est déposé sous la voûte centrale de l’Arc de Triomphe au milieu d’une foule grave et recueillie. Sur la dalle, on peut lire : « Ici repose un soldat français mort pour la Patrie. »

Resté à Verdun, Auguste Thin enterrera avec ses camarades les sept autres inconnus au cimetière du faubourg Pavé.

Il sera démobilisé trois mois plus tard et retrouvera l’anonymat que lui confère la tenue civile, mais n’oubliera jamais son frère de guerre sous l’Arc de Triomphe.

(à suivre...)

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 07:52


Un texte que j'ai écrit pour l'Almanach du Normand 2004... et qui vous apprendra que Blériot n'est pas le... mais... chut ! Lisez la suite...

 

 

 

 

Donc... la première traversée de la Manche par les airs (et je n'ai pas dit "en avion"... car dans ce cas, Blériot. est bien le premier.. ) ne fut pas l’œuvre de Blériot comme vous le croyez, mais celle de Jean-Pierre Blanchard, 125 ans plus tôt… C’était donc en… (allons, cherchez un peu… Faut-il que je fasse tout ?… ) Je précise que ce fut en ballon ! Calez-vous bien dans votre fauteuil. Je vais vous raconter une belle histoire d’amour. Vraie bien sûr !…..

Nous sommes à Paris le 2 mars 1784. La foule se presse, dense, sur le terrain situé près de l’École Militaire. Qu’attendent donc tous ces gens ?…Seule au milieu d’une sorte d’arène, une immense montgolfière se balance doucement au vent. Dedans, un homme s’agite. Le premier vol en montgolfière datait d’un an seulement. Cette activité, banale de nos jours, était totalement nouvelle, et pour tout dire, extraordinaire !

- “ Qui est-ce ?... demande un bourgeois endimanché, sans doute un provincial monté à Paris.

Sa voisine, une jeune femme, Madame Armand, tient à la main une gamine impatiente, sa fille Sophie. Elle la calme d’un sourire et répond :

- C’est Jean-Pierre Blanchard….le fils d’un tournier des Andelys….Un original….Un illuminé…

- Dis, maman… est-ce qu’il va voler, le monsieur ?… C’est long !…

C’est vrai : à 7 ans, tout paraît long !… Mais voici que la montgolfière s’élève majestueusement. Dedans, l’homme agite le bras. Soudain, quelque chose bascule de la nacelle. La foule pousse un cri. Mais deux grandes ailes blanches se balancent bientôt dans le ciel bleu. Au bout d’un fil, s’agitant comme un gros insecte, un chien vient atterrir doucement au pied des spectateurs sans aucun dommage : eh oui : le premier parachutiste de l’histoire était un chien !…

La foule applaudit. En guise d’apothéose, l’homme volant lance d’une main adroite des poignées de roses qui tombent en pluie sur l’assistance conquise. L’une de ces fleurs vient se poser sur les cheveux de Sophie. Elle la saisit délicatement.

- Une fleur du monsieur qui vole… fit-elle.

Rentrée chez elle, elle la rangea dans un coffret et avoua tout simplement à sa mère surprise :

- Quand je serai grande, je me marierai avec le monsieur qui vole…

Pour le moment, le héros de l’air n’était plus considéré comme un illuminé… Il avait la faveur des gazettes. Il s’agissait de Jean-Pierre Blanchard, né aux Andelys en 1753. Mais déjà il voulait plus. Il décida de s’attaquer à la traversée de la Manche. Il existait un autre concurrent : Pilâtre de Rozier, le premier à s’élever dans les airs à bord d’une montgolfière, avec le marquis d’Arlandes, en 1783.

Blanchard construisit un navire volant, avec des rames, qu’il suspendit à un ballon. Il choisit la traversée la plus facile, d’Angleterre vers la France. C’est ainsi qu’il s’envola de Douvres le 7 janvier 1785 et atterrit à Calais. Le premier, il avait vaincu la Manche ! Pilâtre décida d’effectuer la traversée inverse, jugée plus difficile. Peu de jours après Blanchard, il s’envola de France, malgré les réticences de Montgolfier qui avait vu le danger. Ses réserves étaient fondées, puisque Pilâtre de Rozier, après avoir été le premier homme à voler, fut la première victime aérienne. La flamme du brûleur vint enflammer le ballon à hydrogène. Il périt avec Romain, l’aide qu’il avait emmené avec lui. (on a très vite en effet remplacé l’air chaud par l’hydrogène, plus performant… mais beaucoup plus dangereux !… )

Blanchard continua ses expériences. C’est ainsi que le 23 août 1786 il se trouvait à Hambourg. Son ballon décolla si l’on peut dire (bien que le mot ne fût pas encore employé dans ce sens… ) de la Sternschanze, sous les yeux d’un public ravi. Arrivé à une altitude suffisante, il lança un mouton accroché à un parachute. Comme le chien, l’animal atterrit sain et sauf (pour l’homme, il faudra attendre 1797 et le parisien Garnerin, qui se lança d’un ballon libre à une altitude de 1000 mètres).

Pendant ce temps, la petite Sophie rêvait d’imiter celui qu’elle considérait comme son idole.

- Moi aussi je volerai, et je vaincrai le ciel ! avait-elle dit un jour.

Elle s’astreignit à des études difficiles. Sa mère était morte. Elle habitait maintenant Paris, et se trouvait à la tête d’une belle fortune. Nous sommes en 1797. Elle est devenue une belle jeune fille de 19 ans. Jean-Pierre Blanchard a fait son chemin. Il n’est plus l’inconnu dont on se gaussait gentiment voici une douzaine d’années. Paris organise une grande fête en son honneur. Sophie est là, avec son oncle, ses cousins et cousines. Elle se fraye un passage à travers tous les admirateurs du savant reconnu. N’est-elle pas une de ses admiratrices, elle aussi ?… Et depuis longtemps ?

A peine émue, elle se présente devant l’aéronaute, une fleur séchée à la main. Elle ne lui chante pas "La fleur qu'un jour tu m'as jetée..." mais lui dit sismplement :

- Monsieur… La rose que vous m’avez offerte il y a quelques années !…”

Devant l’air surpris du héros de la fête, elle lui rappelle son premier envol et la pluie de fleurs sur la foule. Les fleurs ont un grand pouvoir, dit-on… Et Sophie sait être persuasive... L’austère quadragénaire, célibataire endurci, cède bientôt devant la fraîcheur juvénile et le charme de la jeune fille. 25 ans de différence !… Est-ce que cela compte lorsqu’on est en plein ciel ?… Jean-Pierre Blanchard épouse Sophie Armand. Elle avait bien dit qu’elle se marierait avec le monsieur qui vole !…

Désormais les deux époux sont associés dans les recherches sur l’aviation. L’année de son mariage, Sophie se laisse tomber en parachute. Mais le couple ne restera ensemble qu’une dizaine d’années. En 1809, Blanchard meurt, frappé d’une congestion dans son appareil. La jeune veuve décide de continuer seule les travaux.

Hélas !… Ils coûtent cher. Sa fortune a fondu. Pour pouvoir les poursuivre, elle dut accepter de se livrer à des exhibitions rétribuées. Elle montait dans des ballons pavoisés de couleurs multicolores, qui s’élevaient au milieu des feux d’artifice, pour la plus grande joie des badauds.

Malheureusement le monde de la science vit d’un mauvais œil ce qu’il considéra comme un manque de rigueur scientifique. Sophie souffrit de l’isolement et du manque d’estime que les doctes savants lui infligèrent. Cependant, elle connut encore un jour de gloire. Napoléon 1er la chargea de lancer sur les campagnes françaises des banderoles annonçant la naissance de son fils le roi de Rome (futur aiglon, futur duc de Reichstag, futur Napoléon II...).  C’était en 1811.

En 1819, lors d’une exhibition, son ballon s’enflamma au milieu des fusées qu’elle lançait pour corser le spectacle. Transformée en torche vivante, la malheureuse disparut dans le ciel qu’elle avait juré de vaincre.

Qui se rappelle aujourd’hui de Jean-Pierre Blanchard et Sophie Armand ? Ne méritaient-ils pas une petite place parmi les chevaliers du ciel ?

 

(à suivre... d'autres histoires tout aussi passionnantes...)

 


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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 18:52

 

Une histoire d'un genre encore différent , extraite d'un recueil qui n'est pas encore paru et qui ne le sera vraisemblablement pas... Son titre ? "Histoires abracadabrantes"... vous l'aurez vite remarqué...  Mais vous aurez peut-être la primeur des histoires les plus intéressantes...

 

 


La salle à manger de ce grand restaurant parisien était presque remplie en ce beau dimanche de printemps. L'élégance se voulait raffinée. On se sentait entre gens de bonne compagnie. Le homard "Thermidor" côtoyait la langouste "Bellevue". Le veau Orloff fraternisait avec le gigot à la Mirabeau. Le caneton rouennais "à la Philéas Gilbert" saluait la poularde "à la Bernier". La pauchouse bourguignonne congratulait la bourride marseillaise.

La Coulée de Serrant répandait ses flots dorés délicieusement fruités. Le Meursault rivalisait avec le Chablis, le Chambertin avec le Nuits-Saint-Georges, le Château-Pétrus avec le Château-Ausone. Le Mouton-Rothschild trinquait avec le Mouton-Cadet.

 

Des serveurs vêtus comme des princes russes glissaient entre les tables, tenant d'une main experte les plats dont la composition était d'abord un régal pour l'œil.

Des sommeliers en tenue de gala faisaient sauter les bouchons avec une désinvolture qu'une longue expérience rendait naturelle.

Un parfum de bien-être, mêlé au fumet des mets servis, flottait sur cette assemblée de gens à l'aisance confortable et discrètement voyante...

Tout respirait une satisfaction profonde, un bonheur réjoui. Les conversations étaient en harmonie : douces, détendues, discrètes, savantes.

Soudain, la porte s'ouvrit, un individu aux manières populaires et à la tenue négligée se présenta et lança d'une voix forte :

- « Je suis le roi Richard !

De surprise, un garçon faillit renverser la sauce sur l'habit du baron d'Agneaux, un autre manqua d'éborgner un ancien Président du Conseil avec l'antenne d'une langouste "Bellevue" couvant ses médaillons comme une poule ses poussins. C'eût été un comble ! Le sommelier sursauta et aspergea le châle en cachemire de la femme du sous-préfet de Porspoder d'une giclée de Moulin-à-vent.

Le maître d'hôtel qui servait des suprêmes de turbotin "Raquel Meller" à une tablée de membres du Conseil d'Administration du Crédit Auvergnat avala son dentier de saisissement.

- Je suis le roi Richard ! continua l'intrus d'une voix gouailleuse en s'avançant légèrement.

Le silence s'était établi dans la salle où l'on aurait entendu voler un chronomètre en or. Tous regardaient avec gêne ce personnage qui n'était même pas en habit et avait osé les interpeller sans être présenté. Le directeur appela discrètement la police qui arriva peu après. Deux agents se saisirent du quidam qui déclarait pour la sixième fois :

- Je suis le roi Richard !

Ils l'emmenèrent et le calme retomba sur la docte assemblée.

- C'est curieux, fit la marquise de Grand Air, je l'aurais cru plus grand !

- Qui donc ? lui répondit l'amiral Larima.

- Le roi Richard, voyons !

- Mais ma chère, il est mort voici près de huit siècles.

- Déjà ? Comme le temps passe !

Pendant que cette conversation fort instructive se déroulait dans la salle du grand restaurant qui retrouvait sa sérénité et où le cliquetis des fourchettes et couteaux avait repris, le roi Richard était conduit directement au commissariat. On l'enferma dans une cellule tandis qu'il déclinait son identité pour la vingtième fois.

- Cet individu est bizarre, fit un agent. D'habitude, ils se prennent pour Napoléon... ou Charlemagne ! C'est le premier qui se prétend le roi Richard... Mais, qui est donc le roi Richard ?

- Bah ! répondit son voisin, qui ne le savait pas davantage, ce doit être un roi de France quelconque... Quelle importance ! Le roi Richard ou le roi René ou le roi Charles, c'est un roi qui est tellement vieux, qu'il doit être mort actuellement ! Passe-moi plutôt ses papiers : je les range dans le tiroir de droite. Le commissaire les trouvera demain à son retour. En attendant, ajouta-t-il au prisonnier, on dort calmement et en silence !

Le lendemain, dès son arrivée, le commissaire prit connaissance des papiers de l'individu qui se morfondait dans la cellule depuis la veille. Sur sa carte d'identité, il put lire son nom : Richard Leroy.

- Mais… Qu’est-ce qui vous a pris de pénétrer dans ce restaurant où, manifestement, vous n’aviez rien à faire ?

- C’est tout simple répondit le sieur Richard Leroy. Je venais d’apprendre que j’étais embauché à la cuisine de ce restaurant.

- A la cuisine ?… Dans ce palace ?... Vous ?…

- Oui ! Pourquoi ?… Ah ! Je comprends : je venais d’être pris comme plongeur !… Pas comme cuisinier ! Alors je me suis trompé de porte tout simplement !

- Eh bien, on peut dire que vous avez fait sensation !

- Sensation désagréable je le crois... Au lieu de plonger dans le petit bain, j’ai directement plongé dans le grand bain !

- J’ai peur que votre situation soit compromise. Quelle idée d’interpeller ainsi les clients ?

- Je pense que c’est un reste de mon ancien rôle. Je jouais au théâtre aux armées, je devais entrer en scène en déclarant d’une voix assurée : Je suis le roi Nabuchodonosor ! Malheureusement, j’ai tout mélangé. Je suis entré sur la scène complètement paralysé par le trac en bredouillant : je suis le roi Nadobu…..Nachonodobu…..Badonochodobu……..Nabadadabodudodo……Et puis zut et zut !… Je suis le roi des andouilles !

Le commissaire n’avait pu s’empêcher de sourire.

- Alors, continua notre acteur improvisé, j’y pensais en entrant, par distraction, par la grande porte du restaurant, et je me dis que je pourrais m’annoncer ainsi : je suis Le roi Richard….Vous comprenez ?

- Je vois…

- Et vous aurez remarqué que j’ai dit mon nom sans me tromper ! "

 

(to be followed... of course !)

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 10:16

 

Voici un texte extrait de mon livre "De derrière les fagots", paru en 2006. Ce livre contient beaucoup d'histoires de ce genre et toutes n'ont qu'un seul but : vous distraire...

 


 

 

 

Monsieur Freulard Isidore, que tous appelaient le Père Freulard, était mort le 5 juin 1955. Il avait longtemps habité une petite ville du Calvados où il aidait sa femme qui tenait une boutique de bonneterie et corsets. Cette activité lui laissait beaucoup de loisirs qu’il occupait fréquenter le beau sexe… Devenu veuf, il dut vendre son commerce pour lequel il n’avait jamais éprouvé un grand intérêt. Depuis, il traînait sa solitude de femmes en bars et, un jour, vieillissant, il se résigna à entrer en maison de retraite et confier son existence à d’autres femmes plus professionnelles… en un mot plus médicales… Ayant d’autres clients dont elles devaient s’occuper pour des soins divers (qu’elles pratiquaient en toutes saisons), elles ne lui accordaient que le strict minimum : le temps de faire sa toilette et refermer son lit….

Il avait retrouvé dans cette maison du déclin une ancienne connaissance, qu’il avait connue à l’époque où il collectionnait les aventures. Il avait bien essayé de renouer les fils rompus depuis des décennies… En vain : elle se contentait d’un bonjour poli, c’est tout. Avait-elle peur de succomber aux charmes de ce nonagénaire, elle qui filait allègrement sur ses 80 ans ?…

Et un jour, il était mort. Alors, comme cela se faisait encore à l’époque, on l’avait installé dans sa chambre, allongé sur son lit, habillé comme s’il partait à la noce… enfin, pas tout à fait à la noce quand même… et ces dames, octogénaires pour la plupart (et c’est un minimum… ), s’étaient relayées pour le veiller. Non qu’on eût peur qu’il s’échappât… Le malheureux, il aurait été bien en peine d’aller quelque part… Mais veiller les morts, jour et nuit, cela se pratiquait aussi à cette époque. Il aurait été certainement content d’avoir des femmes autour de lui. Mais il n’était plus en état d’apprécier...

Et que faisaient donc ces dames pendant ce temps ?… Elles papotaient.

Il y avait donc là, devisant joyeusement… non, pas joyeusement, mais personne n’était triste, quand même… trois dames dont l’ancienne amie du Père Freulard. La conversation allait bon train tandis que le défunt reposait enfin en paix.

- « …..Il paraît que vous l’avez connu, Madame Margoton ?

- Oui… répondit-elle d’un air plein de sous-entendus.

- Vous l’avez bien connu ? insista la questionneuse en appuyant sur bien.

- C’est selon… Disons qu’il me faisait la cour… Mais il ne m’a jamais épousée.

- Il en a donc épousé plusieurs ?…

- Trois ou quatre je crois… Mais nos destinées se sont séparées un jour. Je ne me souviens que de ses deux premières épouses…

Les deux mémés gloussaient de plaisir. Il n’était point besoin d’être un grand devin pour comprendre que leur regard n’avait qu’un seul mot à la bouche : racontez !

- Voulez-vous que je vous raconte cela ?… laissa tomber négligemment Madame Margoton.

Les yeux répondaient pour la bouche. Elle s’installa confortablement dans son fauteuil et commença.

- J’avais alors… (elle réfléchit : il fallait que cela concordât avec l’âge qu’elle prétendait avoir… ) 30 ans. Il était bien plus vieux que moi, mais avait un certain charme. Nous étions à la fin du siècle dernier (le XIXè bien sûr)…

- Mais alors… coupa Madame Lagrolle, vous êtes née vers 1870…

- Attendez… C’est si loin… Voyons… crut bon de préciser Madame Margoton….Actuellement, j’ai 70 ans…

- C’est cela !… Vous avez 70 ans….depuis déjà 10 ans !… Ça correspond !

- Mais taisez-vous donc madame Lagrolle ! fit Madame Hurlurette. On ne peut pas suivre l’histoire !

Puis, se retournant vers Madame Margoton :

- Vous étiez donc un peu avant 1900, et vous aviez 30 ans. Continuez !…..

- ….J’avais peut-être 20 ans… et nous étions au début du siècle…

- Quelle importance !… Parlez-nous plutôt de Monsieur Freulard !

Elle avait presque crié cela. Réalisant soudain son inconvenance, elle jeta un œil vers l’intéressé (qui ne pipait mot, et pour cause !… ) et dit comme s’il pouvait l’entendre :

- Oh Pardon !……

- Il ne nous entend plus, le pauvre !… fit Madame Margoton. Mais, où en étais-je restée ?… Ah ! Oui. Nous étions vers 1900. A ce moment-là, il était marié avec Rosalie, une amie de jeunesse. C’était sa première femme. Ce qui ne l’empêchait pas de me faire une cour éhontée… Elle avait dû s’apercevoir de quelque chose car elle commença à me regarder avec froideur. Je dus lui assurer qu’il n’y avait rien entre nous, malgré les efforts qu’il déployait pour me séduire. J’étais mariée et ne tenais pas à jouer les bigames… Rassurée de ce côté, elle ne ratait aucune occasion pour lui lancer des allusions à peine voilées sur son infidélité. Eh oui !… Ce bon Monsieur Freulard était un coureur invétéré !…

Elle essuya une larme furtive. Regrettait-elle de ne pas avoir succombé alors ? Les deux autres étaient subjuguées par ce récit captivant. Elle renifla un peu et continua :

- Bref, un soir, ils avaient été invités chez des amis. Ils avaient peut-être un peu bu. Toujours est-il qu’elle était en verve. Elle profita de ce public nouveau pour lancer des pointes assez claires sur la conduite de son mari. Elle a certainement parlé un peu trop… cela ne lui a pas plu. Mais il n’a rien laissé paraître. Ils sont rentrés vers onze heures le soir. C’était l’hiver. Il se plaignit d’avoir trop chaud et déclara qu’il allait prendre le frais, emportant avec lui une bouteille d’eau minérale.

Elle s’arrêta. Elles étaient littéralement suspendues à ses lèvres. Elle laissa passer quelques secondes pour mesurer son effet, puis déclara :

- Il n’est jamais revenu !…

Elles restaient pétrifiées sur leur fauteuil.

- Ça alors !… fit l’une d’elles. Quelle histoire ! Jamais revenu ?…

- Jamais ! Ils se sont séparés après, bien évidemment. Il a fait la connaissance d’une autre femme, Eulalie. Ils se sont mariés en… peu importe. Je les voyais de temps en temps, car il n’avait pas renoncé à me séduire. Mais vous pensez bien que je le connaissais trop bien pour me laisser faire !… Sa deuxième femme était charmante. Nous avons vite sympathisé. Mais notre homme continuait à courir…

- Quel homme !… firent les deux mémés, les yeux brillants.

- Si bien que sa deuxième femme se mit à nourrir les mêmes soupçons que la première. Mais elle ne procéda pas par allusions. Elle le lui dit en face. Si bien qu’une nuit…

- Vous n’allez pas nous dire qu’il est encore parti ?…

- Eh bien ! Si, justement !

- Et il n’est plus revenu ?

- Exactement.

- Comme la dernière fois ?

- Pas tout à fait. La première fois, il avait emmené une bouteille de Vittel.

- Et alors ?

- Cette fois, il emporta une bouteille de Vichy !… Que voulez-vous, il aimait bien le changement !…

- Et après ?… firent les deux commères, haletantes.

- Après ?… Ils se sont séparés, et je suis allée habiter ailleurs. Je ne l’ai donc plus revu.

- Oh !…

Le désappointement se lisait sur leur visage.

- …..Mais j’ai eu de ses nouvelles.

- Ah !…

- Il s’est remarié une nouvelle fois. Cela a duré quelques mois, et là, c’est sa femme qui est partie !

- ….Ah ! Quand même !... Et… Qu’a-t-elle pris, elle ?

- Elle a pris le train de Paris, et personne ne l’a plus revue…

- Le pauvre Monsieur Freulard !... Il a dû se sentir bien seul !….

- Sans doute. C’est pour cela qu’il s’est remarié ! Il avait alors environ 60 ans, et elle dix ans de plus.

- Une vieille !… lança, dédaigneuse, Madame Hurlurette, qui en avait 75 mais prétendait avoir dix ans de moins.

- Elle avait dix ans de plus, continua Madame Margoton, mais elle faisait dix ans de moins. Ainsi, elle faisait son âge.

(Excusez ce charabia, mais lorsque les femmes parlent de leur âge, c’est toujours confus. Entre l’âge qu’elles ont, et celui qu’elles voudraient qu’on leur attribue, il y a de quoi se perdre !… Quand une femme vous demande quel âge vous lui donnez, soyez galant. Répondez : « Oh ! Vous, Madame, on ne vous donne pas d’âge… On vous le prête seulement !… »)

- Mais, fit Madame Lagrolle, il aurait pu en choisir une plus jeune !

- Pour qu’elle parte aussi un jour ?… Non : il a préféré se calmer un peu afin d’assurer ses vieux jours. C’est qu’il courait nettement moins… vite !

- Puisque personne n’est parti cette fois, ils ont donc pu goûter un peu de calme, et peut-être de bonheur.

- C’est vrai, précisa Madame Margoton. J’ai appris qu’ils furent heureux tous les deux. Malheureusement, elle était très malade et ne le savait pas. Elle est morte voici une dizaine d’années. Il a alors pu courir librement et sans froisser personne… Et puis un jour, ne pouvant plus se débrouiller seul, et pensant avec raison que le temps des courses était définitivement terminé, il est venu se réfugier ici, où j’ai eu la surprise de le retrouver.

Elle sortit son mouchoir pour s’essuyer les yeux.

- Ah !… Que sommes-nous sur la terre ?… fit Madame Hurlurette avec un gros soupir.

- Des voyageurs sans bagages… »

Le silence était tombé. La nuit aussi. Sur son lit, le Père Freulard ressemblait à un gisant à la transparence éburnéenne. L’obscurité avait gagné la pièce. Les trois mémés étaient plongées dans leurs souvenirs, et peut-être dans leurs regrets…

 

(à suivre...)

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 07:19

Voici un article qui est paru sur le journal "Le Télégramme" en juillet dernier concernant mon prochain livre.

Il était intéressant que vous en prissiez connaissance...

 

 

Châteaulin

Saint-Louis. Un livre sur l'école dans les années 50

20 juillet 2010

Ancien interne de Saint-Louis, l'écrivain Gérard Nédellec raconte, dans un livre illustré de photos d'époque, la vie à «L'école des Frères» dans les années 50 à 54.

«Nous étions enfermés entre les murs austères d'un pensionnat sans le droit d'en sortir. Cependant, ce n'était pas le bagne», tempère l'ancien instituteur angevin qui se consacre à l'écriture depuis une dizaine d'années. «J'ai écrit ce livre non pas pour critiquer mais pour témoigner», précise Gérard Nédellec. À paraître à l'automne, L'école de Frères est abondamment illustré de 32 photos d'époque et émaillé d'anecdotes amusantes et émouvantes. 400 pages de tranches de vie qui restituent «l'atmosphère studieuse et parfois étouffante» des années 50 à 54, dans ce pensionnat dirigé par les Frères de Ploërmel.

La révolte de 1953

Aujourd'hui âgé de 75 ans, Gérard Nédellec a mené, au sortir de Saint-Louis avec le bac en poche, une carrière d'instituteur dans le Calvados et à Angers. Depuis qu'il est à la retraite, on lui doit une quinzaine de publications, notamment sur les terroirs de différentes régions françaises. On se souvient que l'été dernier, ce Douarneniste de naissance était venu dédicacer à Châteaulin son précédent opus, "D'Armor et d'Argoat". Quant à L'école des Frères, il mûrit dans la tête de l'écrivain depuis 1997. «J'avais, à cette époque, réuni mes anciens camarades de promotion à Port-Launay». Des retrouvailles qui ont permis d'enrichir le livre grâce aux souvenirs et aux photos des uns et des autres. «Mais aussi grâce au lycée qui m'a largement ouvert ses archives», complète ce passionné d'histoire. Des histoires, on en trouve à foison dans ce nouveau livre, écrit d'une plume alerte où l'humour est rarement absent. Comme celle de la Simca 8 du directeur de l'époque, M.Divanac'h, dont la réputation de fou du volant était redoutée des élèves lorsqu'ils devaient prendre place à bord du bolide. Ou encore celle de la révolte de 1953. «La nourriture était si mauvaise et si maigre qu'un jour nous avons refusé de manger. Le directeur a crié à la révolution. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. On sortait de la guerre et les tickets d'alimentation venaient d'être supprimés en 1949. Mais comme au fond c'était un brave homme, il a demandé à l'économe de nous donner autre chose».

Le Saint-Louis d'aujourd'hui

Gérard Nédellec évoque aussi la punition infligée pour avoir «séché le salut au Saint Sacrement». Ce qui lui en coûta de partir en vacance un jour après ses camarades et, en prime, de redessiner toute la carte d'Angleterre. Damned ! L'auteur de "L'école des Frères" évoque également la figure de son professeur de philosophie, M.Jain, à qui il rend hommage. «Il m'a beaucoup marqué en me transmettant une certaine forme de sagesse». Il se souvient aussi des levers à 6h30 et des couchers à 21h «dans ces grands dortoirs de 60 lits», des messes quotidiennes, des longues heures d'études et des retours à la maison, à Audierne, «uniquement pendant les petites et les grandes vacances». Les temps depuis ont bien changé. En témoigne, le chapitre qui clôt le livre et dans lequel Gérard Nédellec présente le Saint-Louis d'aujourd'hui. Pratique L'école des Frères, éditions L'àpart Buissonnière. Dédicace à Saint-Louis le 8octobre.

  • l'article est de Loïc L'Haridon

(à suivre...)

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 08:23

Toujours de l'almanach du Normand 2010, une suite au précédent article, pour rester dans la même veine...

 

 

Vous venez de lire quelques incongruités littéraires appelées kakemphatons... Corneille a commis d'autres plaisanteries dans ses œuvres et je vous livre celle-ci ; elle est tirée d'Horace. C'est Horace qui parle :


« S'attacher au combat contre un autre soi-même,

Attaquer un parti qui prend pour défenseur

Le frère d'une femme et l'amant d'une soeur

Et rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie

Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie,

Une telle vertu n'appartenait qu'à nous ;

L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux... »


Oui, je sais... c'est compliqué... C'est du Corneille... Mais la joyeuseté est dans l'acrostiche... Lisez donc l'initiale de chaque vers de haut en bas... et ne dites pas que c'est un hasard : ce n'est pas possible ! C'est volontaire ! D'ailleurs, Corneille ne rechignait pas à de telles facéties. Étonnant, non ?

Il a écrit encore dans La mort de Pompée :

« Car ce n'est pas régner d'être deux à régner ! »

 

D'autres grands auteurs s'y sont collés aussi. Voulues ou non, ces perles de la littérature française vous feront passer, je l'espère, un bon moment...


D'Alexandre Dumas :

« Vous êtes, dit Colbert, aussi spirituel que Monsieur de Voltaire » (Le vicomte de Bragelonne) (Voltaire est né 11 ans après la mort de Colbert...)

« Ah ! Ah ! Dit Don Manoël en portugais » (Le collier de la reine)

(quand j'étais étudiant, on ajoutait : en portugais et en lui-même, car il connaissait les deux langues...)


De Ponson du Terrail :

« La main de cet homme était froide comme celle d'un serpent. » (Rocambole)

« Bon ! Bon ! Maugréa-t-il en silence et en bas-breton. »

« Il avait un pantalon de velours et un gilet de la même couleur. » (Rocambole)

« Il rentra chez lui, il vit le lit vide, il le devint aussi. »


De Balzac :

« Il l'atteignit si furieusement de son poignard qu'il le manqua. » (La femme de 30 ans)

« La femme de chambre lui cria deux mots à voix basse. » (La muse du département)

« Il est onze heures, répéta le personnage muet. » (La Bourse)

« Je n'y vois plus clair, dit la vieille aveugle. »


De Zola :

« Alors elle aperçut un pied qui riait dans un rayon de soleil. »

« Puis, c'était un capitaine, le bras gauche arraché, le flanc droit percé jusqu'à la cuisse, étalé sur le ventre, qui se traînait sur les coudes. » (La débâcle)

« Jeantrou avait gardé sur le cœur les coups de pied au cul de la baronne. » (L'argent)

« Il était inquiétant, ce gamin, avec toute la moitié de la face plus grosse que l'autre, le nez tordu à droite, la tête comme écrasée sur la marche où sa mère, violentée, l'avait conçu... » (L'argent)


De Molière :

« Elle vous croyait voir de retour à toute heure.

Et nous n'oyions jamais passer devant chez nous

Cheval, âne ou mulet qu'elle ne prît pour vous. » (L'école des femmes)


De Flaubert :

« Soixante et quinze francs en pièces de quarante sous. » (Madame Bovary)

(40 sous, c'est 2 francs. Essayez donc de compter 75 F avec des pièces de 2 F...)


Du Vicomte d'Arlincourt :

« J'habite à la montagne et j'aime à la vallée. » (Le siège de Paris)

« Sur le sein de l'épouse il écrasa l'époux. » (ibid)

« Mon père, en ma prison, seul à manger m'apporte. » (ibid)

« Le roi Louis s'avance avec vingt mille francs. » (ibid)


D'Edmond About :

« Victorine continua sa lecture en fermant les yeux. » (Les mariages de Paris)


De Chateaubriand :

« La Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord. » (Voyage en Amérique)


De Paul Hervieux :

« Je ne l'avais jamais revu depuis sa mort. » (La figure filante)


De Souvestre et Allain :

« Leur mobilier se composait d'une simple malle et d'un cadavre. » (Fantomas)


De Pierre Andrieux :

« La salle à manger sera aussi accueillante que la maîtresse de maison. On doit être heureux d'y pénétrer et n'en sortir qu'à regret. » (L'art de la table)


De Léopold Stapleaux :

« Il avait 77 ans et en paraissait facilement le double. » (Les ingénus de Paris)


D'Alain Headson :

« Dans cette famille, ils étaient stériles de père en fils. »


De l'abbé Pellegrin :

« L'amour a vaincu Loth. » ((opéra du XVIIIè siècle)


Et d'autres dont les auteurs sont anonymes...

« Elle entendit le bruit d'un cheval dans la cour. C'était son père qui rentrait. »

« La France était au bord du gouffre, mais depuis elle a fait un grand pas en avant. »

« D'une main il ouvrit la porte et de l'autre il cria : Vive la République ! »

« Le perroquet dit en roulant terriblement les r : Ah le cochon ! Ah le cochon ! »

« Un filet de sang séché coulait de sa tempe droite. »


Et je vous laisse méditer ces fortes paroles. Un peu de repos vous sera nécessaire pour reprendre vos esprits avant de poursuivre la lecture de votre blog  préféré...

 

(à suivre donc... )


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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 08:18

Voici quelque chose  que vous connaissez sans connaître... Le mot vous est certainement inconnu, comme il l'était à moi... Mais la "chose" en question vous est  familière car vous avez sans doute lu de telles "joyeusetés" ...

Ce texte est paru dans l'almanach du Normand 2010.

 

 

 

Késaco ?...

Voilà que j'emploie maintenant des mots... que je ne connais même pas ! Enfin... si, mais je le connais depuis peu... depuis cinq minutes. Alors, qu'est-ce qu'un késaco... je veux dire... un kakemphaton ? Dans un vers, c'est une rencontre involontaire de sons bizarres qui donne un énoncé incongru, équivoque, ridicule, voire déplaisant. Rassurez-vous, je vais vous donner des exemples !

Je ne retiendrai que l'aspect ridicule donc amusant... dans le seul but de vous distraire.

Donc, notre Corneille national, a commis des kakemphatons ! Oui, et même deux beaux !

Avez-vous étudié sa pièce « Polyeucte » lorsque vous étiez à l'école ? Moi oui, c'était en première je crois, et il y a de cela fort longtemps... Mais j'avoue que ce kakemphaton m'avait échappé... à moins que les bons frères chez qui j'étais alors nous l'ai soigneusement « ôté de notre vue »...(« cachez ce kakemphaton que je ne saurais voir... » )

Dans la première scène du premier acte, il se glisse imperceptiblement au fil des mots. Néarque et Polyeucte discutent et ce dernier veut montrer qu'il aime sa femme malgré la décision qu'il va être amené à prendre (se faire baptiser) et qui causera sa perte. Il répond donc à Néarque :

« Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule ».

Le kakemphaton se trouve dans le second vers et je vais vous laisser chercher car je n'écris jamais de gros mots...

Il en a commis un second dans « Horace » lorsqu'il écrit :

« Je suis Romaine, hélas, puisque mon époux l'est »...

Une question me taraude : L'a-t-il fait exprès ?... Car j'ai du mal à croire qu'il ne s'en soit pas aperçu... Il a dû vouloir s'amuser un peu... Amusons-nous donc avec lui... Je précise... quand même... qu'il a modifié la fin du vers... un peu plus tard... car le « poulet » aurait risqué de tuer la pièce comme l'a fait le « vieil hareng saur » dont il va être question...

Il ne sera pas le seul à produire des vers aussi curieux. En 1837, Adolphe Dumas écrivit une œuvre « Le camp des Croisés » dans laquelle on peut lire ces vers :

« Je sortirai du camp, mais quel que soit mon sort,

J'aurai montré du moins comme un vieillard en sort ! »

Lorsque la pièce fut jouée en 1838, « le vieil hareng saur » causa son désastre. A ce sujet, on attribue ce kakemphaton à Alexandre Dumas, similitude de nom, et même à Victor Hugo. On ne prête qu'aux riches...

A peu près à la même époque, deux auteurs, Dumanoir et Clairville, se mirent ensemble pour écrire un pastiche : « Caracalla ». Dans cette œuvre que n'aurait pas reniée Alphonse Allais ou même Pierre Dac, on pouvait lire... en vrac :

-« Un pâtre m'a sauvé. Le peuple pour t'abattre

Avait de mon tombeau donné la clé au pâtre... »

-« ... Mais je ne suis pas mort

Et je sors du tombeau comme un vieillard en sort... » (encore !)

-« ...Mais, Romaine, l'es-tu ?

Car jamais les Romaines ne mâchent leurs réponses... »

-« ... et de Commode longtemps je fus le secrétaire »...

(Ils avaient dû fréquenter le même bahut...)

Mais dans ce cas précis, le calembour est amusant certes... mais voulu...

Vous ai-je diverti ? Alors, continuons...


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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 09:18

Voici un texte que j'ai écrit pour l'almanach du Breton 2005 et qui explique comment l'amour de l'Histoire est venue à quelqu'un qui a su, plus tard, faire aimer l'Histoire en racontant des petites anecdotes (non,  ce n'est pas moi... quand même...) et qui a choisi le nom de G. Lenotre alors qu'il s'appelait Théodore Gosselin...

 

 

 

Dis Grand-mère… Car dans cette histoire vraie, c’est la grand-mère qui raconte.

Nous sommes sous le second Empire, dans un château de l’est de la France. Confortablement assise dans un fauteuil Louis XV, une vieille femme couverte de châles est plongée dans ses souvenirs. Devant elle, assis en tailleur sur un épais tapis persan, un petit garçon aux cheveux noirs bouclés, la regarde. Il s’appelle Théodore Gosselin.

- “ Dis Grand-mère, raconte-moi une belle histoire…

- Il était une fois… (toutes les histoires commencent ainsi, non ?… un jeune officier du génie qui se trouvait en garnison à Morlaix en Bretagne. Nous étions alors en 1814 à la fin de l’Empire. Le roi Louis XVIII était rentré à Paris. La municipalité de Morlaix offrit donc un bal en l’honneur du retour des Bourbons sur le trône de France. Le jeune officier participait à ce bal, bien sûr. Peu de jours auparavant, il avait aperçu à la cathédrale alors qu’il assistait à la messe, une adorable jeune fille. Peut-être la reverrai-je ici ? se dit-il en regardant partout. Soudain, il la vit, encore plus belle, timide et sage comme on l’était alors… Le cœur du bel officier (car il ne pouvait qu’être beau… ) battit un peu plus fort. Il apprit qu’elle s’appelait Félicité Le Tendre. Félicité… C’est lui qui en était rempli, de félicité… Mais, comment l’aborder ?…

La grand-mère s’arrêta un peu. Face à elle, l’enfant ne perdait aucune parole, aucun détail de l’histoire. Elle continua.

- Oui, comment l’aborder, car ils n’avaient pas été présentés, et à cette époque, un jeune homme ne pouvait adresser la parole à une jeune fille que s’il avait été présenté… C’était l’usage…

- Moi… coupa l’enfant, j’aurais été vers elle, et je lui aurais dit…

- Que lui aurais-tu dit ?… Dans ces cas-là, on ne sait pas trop quoi faire… Le jeune officier était donc perplexe. Or il arriva qu’un petit ruban blanc que la jeune Félicité avait dans les cheveux tomba sur le parquet.

- Je sais… coupa une nouvelle fois l’enfant. le bel officier est allé le rendre à la jeune fille… Et alors….

- Et alors rien, car la jeune fille s’en était allée avec ses parents. Le jeune homme ramassa le ruban blanc et le serra sous la tunique de son uniforme.

- Mais alors… il ne s’est rien passé ?… Elle n’est pas drôle ton histoire !… bougonna l’enfant.

- Mais qui t’a dit qu’elle était terminée ?….Ne sois pas impatient !… ! Il fallait que d'abord je plantasse le décor ! Quelques mois passèrent. En mars 1815, Napoléon s’échappait de l’île d’Elbe où on l’avait enfermé. Le 20 il était à Paris. Le roi Louis XVIII s’était enfui à Gand en Belgique. L’Empire était restauré. L’armée retrouvait le drapeau tricolore à la place du drapeau blanc des Bourbons.

Une moue de déception put se lire sur le visage de l’enfant. Mais le sourire engageant de la grand-mère lui indiqua que des rebondissements étaient prévisibles. Il attendit donc la suite.

- Le corps dont faisait partie l’officier était parti dans le Sud-Est. Il prit donc la route pour le rejoindre. Mais il lui fallait traverser des régions peu sûres, comme la Vendée, qui dès le retour de Napoléon, s’était insurgée, comme aux plus beaux jours de 1793. Ce qui devait arriver arriva. Notre homme fut arrêté, reconnu comme un officier de Bonaparte, un Bleu comme on disait alors. Dans ces cas-là, on ne se posait pas de questions. On fusillait les ennemis. Pas de tribunal, pas de jugement, la mort.

L’enfant frémit. La belle histoire allait-elle s’arrêter là ?… La grand-mère s’était arrêtée. Elle continua d’une voix sourde.

- Oui, la mort semblait promise au bel officier si jeune et qui ne demandait qu’à vivre. Pensa-t-il alors à la belle jeune fille rencontrée dans un bal à Morlaix ? Machinalement sa main se porta dans sa tunique où il gardait toujours précieusement le ruban blanc ramassé sur le parquet du bal. Les vendéens crurent qu’il allait sortir une arme. Ils le fouillèrent et trouvèrent le fameux ruban. Un ruban blanc, la couleur du roi !…

- Il avait donc gardé le ruban pendant tout ce temps ?…

- Bien sûr !… Ce ruban lui rappelait celle qu’au fond de lui il aimait ! Mais il ne pensait pas qu’il lui sauverait la vie un jour ! Donc nos Vendéens furent surpris de trouver un tel signe sur un officier de l’empereur. Mais alors, se dirent-ils, c’est qu’il est royaliste comme nous ! Il ne garderait pas un ruban blanc si ce n’était pas le cas !

Et la grand-mère ajouta avec un clin d’œil malicieux :

- Comment auraient-ils pu connaître la vraie raison de la présence de ce ruban dans la tunique de l’officier ?… Bref, on le relâcha avec des excuses. Note homme n’en demandait pas tant. Il continua donc sa route et put rejoindre son corps. Mais l’Histoire, la grande, était en marche. Napoléon avait rendez-vous avec elle à Waterloo le 18 juin. On connaît la suite. Vaincu, l’ex-empereur fut envoyé dans une île d’où il ne risquait pas de s’échapper : Sainte-Hélène. Et notre bon roi Louis revint de Belgique, sous les vivats des Parisiens qui criaient avec humour:  Vive notre père de Gand !…

- Elle est bonne, celle-là !… crut bon d’ajouter l’enfant.

- Et véridique !… Comme tout ce que je te raconte !… Bien. Continuons donc, car le meilleur reste à venir. L’officier retrouva Félicité Le Tendre. Il lui raconta “ de quelle façon miraculeuse il a été sauvé par son amour ”. Bien sûr, ils se marièrent et eurent comme on dit beaucoup d’enfants. Voilà mon histoire. Elle est belle, n’est-ce pas ?…

- Elle est jolie… Mais, je ne connais pas ces gens-là !… L’histoire aurait été plus intéressante s’ils avaient été de notre famille…

- Eh bien mon enfant, continua la grand-mère avec beaucoup d’émotion dans la voix, sois rassuré : ils étaient de notre famille, et tu les connais… La jeune fille, Félicité, c’était moi, ta grand-mère, et le bel officier, c’était ton grand-père… ”

L’enfant resta un moment sans voix. Cette histoire ouvrit en lui des horizons qu’il ne soupçonnait pas encore. Devenu grand, il prendra le nom de G. Lenotre et écrira beaucoup de livres sur ce qu’on appelle parfois dédaigneusement la petite histoire, sans penser qu’elle contribue largement à écrire la grande… N'est-il point vrai ?

(à suivre... si vous voulez bien...)

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 08:32

Je ne pouvais décemment pas ne pas vous parler de notre poète national et angevin, l'un des plus connus de la littérature française qui en compte pourtant beaucoup... C'est un texte que j'ai écrit pour l'almanach de l'Anjou.

 


 

C’est peut-être l’Angevin le plus célèbre….et sa "douceur angevine" nous est sortie à chaque occasion… Le sonnet dont est extraite cette formule est sans doute l’un des plus connus de la littérature française. "Heureux qui, comme Ulysse…" Mais après ?... Que sait-on de son auteur ?

Joachim du Bellay est né en 1522 au château de la Turmelière en Anjou. Quand il est mort début 1560, il n’avait pas encore 38 ans. C’est jeune, même à cette époque… Pourquoi est-il mort si jeune ?

On possède peu de renseignements sur son père Jean du Bellay. C’était un homme de guerre qui remporta plus de maladies que de victoires. Il se maria en 1504 avec Renée Chabot de Liré. Un fils naquit aussitôt, René. Joachim naîtra en 1522. C’est donc "un enfant de vieux", conçu sous l’emprise de la boisson comme le raconte Francis Ambrière qui a écrit un livre sur le poète angevin. Les enfants qui naissent dans ces conditions particulières sont rarement robustes. Du Bellay ne dérogera hélas pas à la règle.

Par contre ils sont d’une très grande sensibilité, parfois maladive. Sa souffrance transparaît sans cesse dans son œuvre. « J’ai le corps maladif » dit-il dans "Les Regrets". (sonnet 39). De plus, son père, déçu certainement de ce fils fragile, se désintéressa de lui. Joachim avait 9 ans lorsqu’il perdit ses parents. Il fut élevé par des étrangers au château de la Turmelière, dans un cadre campagnard qui le préserva de maladies graves. A 19 ans, à l’automne 1541, sa santé donna quelques soucis à son frère qui vint passer deux mois près de lui.

Il part étudier le droit à la faculté de Poitiers, apprend le latin, rédige ses premières poésies, fait la connaissance de Ronsard avec qui il écrit "Défense et illustration de la langue française" en 1549. La même année il fait paraître "L’Olive", à la façon de Pétrarque. Mais ce travail acharné et harassant s’accorde mal avec sa fragilité naturelle. Le surmenage intellectuel chez un sujet jeune mais fragile, on pense aussitôt à la tuberculose, bien que le mot ne soit pas prononcé. Il parle seulement de fièvres cruelles qui le rongent. Fin 1549 il est donc atteint de tuberculose pulmonaire qui l’immobilise pendant deux années. Parallèlement, il perd l’ouïe, comme son ami Ronsard.

Il parle de cette affection dans ses œuvres notamment un sonnet de "L’Olive".

 

« Alors que les fièvres cruelles

Mes os vont ronger de si près,

Qu’ils n’ont quasi plus de mouelles… »

 

Ce qui n’est pas d’une gaîté folle… D’ailleurs, ses œuvres sont empreintes d’une certaine tristesse nostalgique. Il doit certainement souffrir. De plus, on sent qu’il n’est pas heureux. L’a-t-il jamais été ? Le sera-t-il un jour ?

Malheureusement la tuberculose ne va pas le laisser en paix. Elle récidivera plus tard. Cependant au bout de deux années de repos, Ronsard pouvait écrire en écho aux vers cités plus haut : « Mortes sont les fièvres cruelles »… Hélas !... Elles n’étaient pas mortes… Il suffit de le relire pour s’en convaincre.

Le répit dans sa maladie lui fait envisager le voyage à Rome avec son cousin le cardinal Jean du Bellay dont il est l’intendant. Mais les voyages à cette époque n’étaient pas de tout repos. Le froid ramène la fièvre. Sursaut de la tuberculose ? Peut-être, accompagnée d’une toux qui met le feu à sa gorge.

 

« Ce Montgibel, qu’horrible je dégorge,

Et ce Caucase englacé de froideur

Ont engendré la forcénante ardeur

Qui bout et fume en l’antre de ma gorge. »

 

La surdité dont il est atteint est vraisemblablement une conséquence de la tuberculose. Surdité qui l’isole du monde et le renforce dans sa tristesse naturelle. Mais cela ne l’empêche pas d’écrire, comme pour un autre sourd génial de composer des symphonies… Le remède principal était alors la saignée, qui n’est pas vraiment appropriée pour le traitement de la tuberculose. Mais c’est ainsi qu’on soignait les tuberculeux, il y a encore un peu plus d’un siècle. Mesurez par là la chance que vous avez de vivre dans notre siècle et ne vous plaignez plus !

C’est surtout en automne que la tuberculose le prenait. Depuis la première atteinte en 1549 elle ne l’avait pas lâché. Au fil des années, elle s’est aggravée. Il publia "Les Regrets" en 1557 et "Les Antiquités de Rome" en 1558. Il y évoque la nostalgie de son pays natal et le mépris pour la futilité de la vie romaine. Il rentre en France en 1558 et reprend sa place parmi les poètes de cour. La mort du roi Henri II en 1559 l’attriste profondément. En automne de la même année il se sent très mal et voudrait rejoindre l’Anjou pour Noël. Ses amis lui déconseillent ce voyage long et fatigant, surtout dans son état.

Le 1er janvier 1560 il dîne chez un ami angevin de Paris. Après le repas, en pleine nuit, il rentre seul chez lui. Il meurt soit en route soit une fois rentré, on ne sait. Que s’est-il passé ? On a parlé d’apoplexie. C’est ce qu’on dit chaque fois qu’un décès brutal frappe quelqu’un. Mais…apoplexie à 37 ans ?... Pourquoi pas… mais quand même !... Alors, que s’est-il réellement passé ? Le professeur Roger Amsler propose la version suivante :

Le poète était fragilisé par une maladie récurrente. Il sort en pleine nuit par un froid glacial, après un repas qui a dû être copieux dans une maison amie. C’est donc le froid qui l’a tué, parce que la maladie l’avait affaibli.

Il était arrivé "au bout du rouleau", selon une expression familière mais qui s’applique bien à son cas.

Joachim avait vécu une existence chétive et douloureuse. Il est mort mais laisse des vers qui ne mourront jamais. La flamme qui l’a consumé éclaire toujours son œuvre.


(à suivre... certainement...)

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Published by Gerard Nedellec
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