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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 18:40

 

... Eh oui... La chose aurait été possible. L'eussiez-vous cru ?  Voici ce que j'avais écrit dans l'almanach du Normand 2005. Je me référais évidemment à des ouvrages que j'avais lus... Je n'ai pas inventé cela tout seul...

 

On a écrit que presque toutes les armées allemandes en Normandie avaient été mises hors service dans la poche de Falaise. “ A 08H00 ce matin 22 août 1944, la Bataille de Normandie est terminée. ” Sans doute. Mais la guerre était loin d’être finie….

La réalité est un peu différente… La vérité oblige à dire que la moitié des Allemands a réussi à s'échapper de la poche, soit 50 000 hommes. Ces soldats feront retraite vers la Seine, avec 15 500 autres entre Gacé et Nonancourt, 60 000 entre la mer et Gacé, 25 000 entre Nonancourt et la Seine, 12 000 à l’est de Vimoutiers, les restes de la Panzer-Lehr Division, soit un total d’un peu plus de 170 000 combattants aguerris que l’Etat-Major allemand pourra utiliser, et que les Alliés retrouveront sur leur route à des endroits stratégiques comme les ponts d’Arnhem, les Ardennes.

Si les Alliés avaient pu prendre au piège de Falaise la totalité des divisions allemandes, comme il a été dit, la guerre se serait peut-être (vraisemblablement ?…) terminée fin octobre 1944. On peut le dire, plus de 60 ans après, sans oublier le rôle essentiel des Alliés dans notre libération.

Que s’est-il donc passé ?… Il existe plusieurs explications. Voyons d’abord les choses du côté allié. Sous des apparences de parfaite entente, les Alliés étaient, si j’ose dire, divisés… L’Américain Bradley et le Britannique Montgomery ont entre eux des rapports dictés par la stricte hiérarchie. En réalité l’un veut arriver avant l’autre… ou réciproquement, et agit parfois en opposition avec les instructions reçues. Ainsi Bradley disperse ses troupes alors que l’ordre reçu est de les concentrer vers la Seine. Pourquoi ?…

D’autre part, la poche n’était pas si hermétique qu’on l’a dit. Conséquence de l’ordre de Bradley évoqué plus haut, ce sont les Canadiens qui doivent la fermer. Ils ne s’engagent pas assez, tergiversent, et laissent une brèche ouverte suffisamment longtemps. Les Allemands sauront l’utiliser. Les Américains étaient chargés de défendre le passage de la Seine aux Allemands en retraite. Là aussi ils ne s’engagent pas avec suffisamment de force et cette mission échoue.

Si pour les Américains la Normandie est une affaire classée, pour les Allemands il en va autrement. Falaise peut être considéré comme un “ Dunkerque allemand ”. A Dunkerque les Anglais ont sauvé la presque totalité de leurs effectifs, à l’exception de leur matériel. A Falaise, la moitié des effectifs allemands put s’échapper, mais ils ont perdu la plus grande partie de leur matériel. La mission des chefs consistera à ramener en arrière le plus possible de troupes. Von Kluge s’est suicidé. Le maréchal Model le remplace. C’est l’homme des situations désespérées. Il va planifier et réussir le repli vers la Seine et son franchissement. Le général Hausser se trouvait lui au centre de la poche parmi ses hommes. Il saura les entraîner vers la sortie.

Les Alliés croyaient que ces rescapés ne pourraient franchir la Seine car tous les ponts étaient détruits. C’est ce qu’on avait dit à Churchill. Aussi imaginez sa stupeur et son effroi quand on lui apprend que les Allemands avaient franchi la Seine ! Comment avaient-ils donc fait ?…

Tous les ponts n’avaient pas été détruits, et certains étaient seulement endommagés. Il restait un pont de chemin de fer à Rouen, un pont flottant à Elbeuf. D’autres furent réparés pour permettre le passage. De plus, divers autres moyens furent utilisés, notamment des bacs. Le franchissement se fit de nuit, aidé par divers éléments favorables : la présence de forêts bordant le fleuve sur les deux rives, le mauvais temps, les nombreux méandres, et la grande discipline de la troupe. Et aussi sans doute la certitude du côté allié que la chose était impossible... (L'Histoire se répète : en 1940, le franchissement des Ardennes semblait aussi impossible pour le Haut commandement français. On sait que ce ne fut pas le cas... Les Allemands devaient aussi venir se heurter aux défenses de la Ligne Maginot, et non la contourner !...). 

Bref... tout cela concourait au succès d’une opération qui devait être entourée du plus grand secret.

Parmi les milliers d’hommes qui se sont échappés, il y avait des officiers d’état-major, des généraux, des cadres, des sous-officiers et hommes de troupes aguerris. Il aurait été impossible de les remplacer. Leur présence au combat va peser lourdement sur l’issue de la guerre. Elle sera gagnée, certes, mais on aurait pu faire l’économie de six mois !

Comment cela a-t-il pu se produire ? Disons d’abord qu’il est facile de dire après….ce qu’on aurait dû faire avant….Cela posé, il faut reconnaître que les Allemands possédaient d’un corps d’officiers de grande valeur. Ils ont l’expérience de quatre années de guerre. Certains sont brillants, et savent prendre des décisions rapides devant une situation d’urgence. Les soldats sont expérimentés et tenaces. Les Américains, non moins valeureux, ont dû par contre former leurs officiers plus rapidement : instruction en 90 jours (les ninety days wonders). La bonne volonté ne remplace pas toujours l’expérience. D’autre part, comme je l’ai dit, la cohésion du commandement n’existe pas, les antagonismes sont souvent présents entre les grands chefs, aussi étonnant que cela paraisse. Montgomery, pourtant supérieur en grade aux généraux américains, n’était pas toujours tenu au courant de leurs initiatives, et ses ordres étaient souvent négligés.

Il aurait fallu un double encerclement pour compléter le “ court encerclement ” de Falaise-Argentan. C’est ce qu’avait prévu Montgomery. Mais pour les Américains, la bataille de Normandie était finie. Leurs yeux se portaient vers l’est.

Il n’empêche ! Si les Alliés avaient capturé les 100 à 150 000 hommes comme cela aurait été possible, on aurait sans doute évité la déconvenue d’Arnhem en septembre 1944 où les paras britanniques trouveront devant eux les vétérans allemands des divisions échappées du chaudron de Falaise. Arnhem sera un échec pour Monty… L’offensive des Ardennes en décembre sera lancée par les rescapés du front de Normandie. Dernières étincelles d’un pays aux abois, certes. Mais que de vies épargnées si la guerre s’était terminée 6 mois plus tôt !

 

(To be followed... of course !...)

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Published by Gerard Nedellec
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