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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:35

 

Voici le début de mon dernier livre "L'Ecole des Frères" paru voici un mois.

 

L'école St Blaise de Douarnenez sera témoin de mes premiers pas d'interne. Non seulement cette situation m'était jusqu'alors totalement inconnue, mais je ne pensais pas du tout endosser cet état, du moins à Douarnenez, où nous habitions.

Tout a commencé en avril 1950... J'avais suivi mes études à l'école St Blaise de la même ville, en tant qu'externe puisque je pouvais rentrer tous les soirs chez moi... à pied. Mon père était employé au Crédit Nantais, une banque qui se tenait et se tient toujours rue du Centre, à la différence près qu'elle a changé de nom voici quelques décennies pour s'appeler maintenant «  Crédit Industriel de l'Ouest ».

Comme je l'ai raconté dans un précédent livre*, mon père y exerçait depuis 1935, année de ma naissance. Il avait été un peu « oublié » et cet oubli était dû principalement à la guerre.

Mais soudain en ce début d'année 1950, une nouvelle effarante bouleversa notre petite famille : mon père était nommé gérant du bureau d'Audierne ! Oh ! Ce n'était pas un grand bureau puisqu'il ne comptait que deux employés, mon père et un autre, le chef et le sous-chef... Mais c'était un début. Je précise qu'au départ de mon père en 1964 pour Douarnenez, où il revenait mais comme directeur, le « petit » bureau d'Audierne comptait 5 ou 6 employés et était devenu le meilleur bureau de tout le CIO quant aux résultats financiers (Eh oui ! Une banque est faite pour gagner de l'argent, non ? Vous ne le saviez pas ?).

Pour vous aider à comprendre l'organisation du CIO, on trouvait, à cette époque (maintenant, cela a dû changer...) et suivant l'importance de la ville, des bureaux, des agences, des succursales, et le siège à Nantes. Audierne était un bureau, Douarnenez une agence, Quimper une succursale. Cela posé, il y avait des bureaux, agences ou succursales plus importants les uns que les autres.

Mais je m'éloigne de mon sujet... Pas tellement d'ailleurs car cette nouvelle promotion entraînait un déménagement. Nous allions quitter notre troisième étage de l'immeuble situé 13 rue Jean Jaurès à Douarnenez pour habiter 20 rue Victor Hugo à Audierne, les appartements se trouvant au dessus de la banque. Le bureau se tenait auparavant dans un petit local situé sur le quai. J'y avais accompagné quelquefois mon père venu rendre une visite professionnelle à son collègue, celui qu'il allait remplacer. Rue Victor Hugo, les locaux refaits à neuf offraient plus de place et de plus, il y avait un logement pour le directeur.

Mes parents avaient suffisamment d'amis à Douarnenez pour se passer de déménageur professionnel. Tous furent mis à contribution, ce qu'ils firent de bon coeur. C'est le camion d'un de nos grands amis, M. Heydon, marchand de charbon rue Berthelot, qui se chargea du transport. Je précise que le camion fut nettoyé avant d'y recevoir nos meubles... Tout fut effectué en une journée. Nous ne perdions pas au change, non que nous fussions mal logés rue Jean Jaurès, mais à Audierne nous avions plus d'espace. De plus, il y avait trois étages, rien qu'à nous... alors qu'à Douarnenez nous devions les partager avec les autres locataires, bien sûr !

Ce détail vous paraît certainement futile, insignifiant; pourtant je vous assure qu'il revêtait pour nous une grande importance. Nous pouvions monter et descendre les escaliers, en chantant si nous le voulions (et nous le voulions...) sans gêner personne. Si bien que les premiers jours de notre installation, nous ne rencontrions que... nous dans les escaliers. Peu à peu, la chose perdit de son intérêt et les escaliers retrouvèrent leur fonction première : le moyen le plus facile de passer d'un étage à l'autre...

Ce déménagement avait eu lieu pendant les vacances de Pâques. J'étais en 3è et devais passer le Brevet, le B.E.P.C., en juin. Ce sigle (ou cet acronyme suivant la façon dont on le prononce : B.E.P.C. ou « Bepce »...) signifie Brevet d'Etudes du Premier Cycle, et j'ajoute du Second Degré. C'était un examen important qui allait décider de ma future carrière secondaire. Son obtention me permettrait de poursuivre mes études en Seconde puis jusqu'au BAC. Je n'étais pas mauvais élève, sans me situer dans les meilleurs. Je naviguais toujours dans une bonne moyenne, celle qui ne vous donne pas les honneurs du classement, mais qui vous évite les « remontées de bretelles » au retour à la maison...

Le déménagement de mes parents posait une question cruciale : devais-je les accompagner et terminer l'année scolaire à l'école St Joseph d'Audierne, tenue par les frères de la même congrégation, ou valait-il mieux que je reste à St Blaise où j'avais mes habitudes ? Dans cette seconde hypothèse, je devenais interne...

Conseillé par les Frères, mon père choisit la solution la plus raisonnable. Il décida de me laisser à St Blaise pour ne pas me perturber par un changement de cadre, d'amis, de méthodes, de professeurs, avec le risque que ces bouleversements à répétition soient la cause d'un échec éventuel au Brevet... Sur le moment, je fus déçu à l'idée de me retrouver avec les autres internes, ceux dont je m'étais bêtement moqué durant les dernières années avec mes petits camarades externes et que nous appelions « les ploucs »... Ainsi, j'allais devenir moi aussi un plouc... D'ailleurs, n'avais-je jamais été autre chose qu'un plouc ? Lorsque, devant me présenter au Certificat d'Etudes Primaires, un an auparavant, je dus choisir entre l'étude du milieu marin et celle du monde agricole, j'optai pour ce dernier, seul externe dans ce cas de figure ! Je me retrouvai donc avec tous les fils de cultivateurs de ma classe à étudier le labourage et le pâturage, qui sont comme chacun sait, les deux mamelles de la France. J'étais déjà un plouc ! Alors... un peu plus, un peu moins...

 

(A suivre dans le livre ... et à plus...)

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 08:50

 

 

Jean de La Varende est né le 24 mai 1887 au château de Bonneville, commune de Chamblac (Eure). Après avoir écrit quelques contes dont deux seront publiés dans le Mercure de France, il fera publier en 1934 sa première œuvre, “ Le Pays d’Ouche ”, aux éditions Maugard de Rouen. Malgré la qualité de l’ouvrage et l’attribution du prix des Vikings en 1936, il ne rencontrera qu’un succès d’estime.

Mais déjà La Varende commençait l’écriture d’un nouveau roman : “ Nez-de-cuir. ” Pour cela, il lui suffit de plonger dans ses souvenirs. Dans son enfance, sa mère avait pris l’habitude de faire prier ses enfants pour toute la famille dont les portraits ornaient le salon. L’un de ces fiers personnages intriguait les enfants par le masque qui lui couvrait une partie de la figure et le surnom qui lui avait été donné : Nez-de-cuir. Ils priaient donc pour Nez-de-cuir, ou plutôt pour l’oncle Achille.

Qui était donc ce personnage étrange ?….Achille Perier de La Genevraye était le grand-oncle de La Varende. Il a écrit de nombreuses lettres à sa famille et laissé des souvenirs alors qu’il était conseiller général de l’Orne jusqu’à sa mort en 1853. Ces renseignements ont permis à Philippe Brunetière d’écrire le récit de sa vie dans un livre ayant pour titre “ Sous le masque de Nez-de-cuir ”.

Achille était trop jeune pour se battre dans les rangs des Chouans. L’Empire ramena l’ordre en France mais transporta la guerre ailleurs. Les besoins en hommes étaient de plus en plus grands. Napoléon décida de créer des régiments de gardes d’honneur dans lesquels seraient recrutés tous les fils de famille, qu’ils soient de vieille, de nouvelle noblesse, ou même bourgeois. Voilà notre jeune homme enrôlé dans les armées de l’empereur.

Sa jeunesse, sa fougue, son ardeur au combat, lui font monter rapidement les grades. Mais le vent tourne. Les ennemis de la France l’envahissent en cette année 1814. Près de Reims, son régiment charge les Cosaques, sabre au clair. La mêlée est furieuse, confuse. On retrouvera le jeune Achille mort sur le terrain. Mort ?…Non, mais il ne vaut guère mieux. Son visage, tailladé par de nombreux coups de sabre, à moitié emporté par un coup de pistolet reçu à bout portant, n’est qu’une plaie sanglante.

On le ramène chez lui. Grâce à des soins attentifs, Achille de La Genevraye vivra. Mais il restera défiguré à jamais et devra désormais porter un masque pour cacher cette laideur. Voilà l’histoire de l’oncle Achille, que La Varende va appeler Roger de Tainchebraye, et qu’il a choisi de raconter. Mais son roman commence lorsque le blessé est ramené chez lui.

Ce qui l’intéresse, c’est la façon dont Roger va se comporter devant ce coup du sort, et surtout comment les autres vont réagir. Avant son accident, il avait beaucoup de succès auprès des dames. Maintenant que le voilà estropié, comment vont-elles se conduire avec lui ?….Pourra-t-il séduire encore ?…..

Voilà ce qui intéresse l’écrivain, plus que les circonstances de l’accident. Le séducteur devant qui toutes succombaient, le don Juan “ qui ne connaissait point de cruelles ”, est frappé dans ce qui se voit le plus et contribue à son charme : son visage.

 

 

Il est évident que si l’on gratte un peu Roger on trouve La Varende. La Varende qui, comme son personnage, aimait par-dessus tout la beauté. On peut penser que Roger est tout ce qu’il ne pouvait pas être, lui qui se trouvait laid, qui ne s’aimait pas. Ecoutons La Varende décrire Roger. “ Tainchebraye fut classique, réunissant l’Apollon du Belvédère et l’Athlète au strigile dans ce corps épais et fin, avec une musculature cachée, épanouie dans la santé générale. ”

Et voilà Apollon défiguré ! Dès qu’il est remis, il guette par la fenêtre la vie qui court dehors, et surtout les jeunes filles qui passent, se rendant ou revenant du marché. Et La Varende décrit ce que Roger voit, avec la délectation d’un amateur avisé, “ ces Normandes douces merveilleusement, mates entre leurs channes brillantes et rondes comme des astres…. ”

Et parmi celles qui ne restent pas insensibles au charme de l’Athlète défiguré, se trouve Judith de Rieusses qui n’hésite pas à se brûler volontairement à une flamme, “ heureuse de souffrir, de sentir une brûlure qui fût pour elle le début de sa damnation consentie [……..]” Mais si l’écrivain éprouve une certaine jouissance à prêter à un autre ses fantasmes amoureux, jamais son récit ne dérape vers le grivois ou la licence. Susciter le désir, mais “ arrêter le lecteur aux portes de l’alcôve. ” La Varende est certes amoureux de l’amour, d’un amour voluptueux mais sain, sensuel mais élégant. Admirateur de Barbey d’Aurevilly, il s’inspire de ses scènes d’amour pour décrire celles de ses personnages : discrètes, raffinées. Ceux qui attendent de l’égrillard ou du graveleux en sont pour leurs frais, si j’ose dire…..

Mais dans le même temps où La Varende célèbre l’amour humain à travers Roger de Tainchebraye, il glorifie la foi en Dieu. Il prête à son héros des mots qui pourraient être proférés par lui. Ainsi cette phrase: “ J’ai perdu mon âme, je ne suis qu’un corps et en perdant mon âme j’ai perdu celle des autres. ” Car le péché hante La Varende, peur de susciter par ses textes d’une rare sensualité contenue le péché des autres. “ Je n’ai jamais écrit une page vile, jamais ! ” s’écrie-t-il.

Allant jusqu’au bout de sa passion, une nuit Roger vainc la résistance de Judith des Rieusses. Quoi de plus normal direz-vous ?… Mais Roger pense qu’il a profané le jeune femme. Toujours ce combat entre l’amour et la foi. Il s’élance en pleine nuit sur son cheval Agramant qu’il aime comme un autre lui-même, et galope jusqu’à ce que l’animal tombe mort. A travers son cheval, c’est lui qu’il veut punir. Meurtri dans son corps, blessé dans son âme, Roger se réfugie à la Trappe où le Père abbé lui dit qu’il faut vivre et souffrir afin d’arriver au bonheur.

“ Nez-de-Cuir ” paraît en 1936. Deux ans plus tard, “ Le Centaure de Dieu ” raconte la suite des aventures de Roger de Tainchebraye.

Mais cela est une autre histoire. Lisez donc d’abord ce beau livre qu’est “ Nez-de-Cuir ”, ou regardez le film qui en a été tiré, avec Jean Marais dans le rôle titre et Françoise Christophe en Judith.

GN


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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 08:38

 

 

 

Chacun connaît la phrase célèbre de Flaubert : "Madame Bovary, c’est moi !" Mais ce n’est qu’une formule destinée à faire taire la critique de l’époque, une sorte de bravade bien dans le style du grand écrivain normand. Il est vrai qu’il a mis beaucoup de lui-même dans cette œuvre, son œuvre principale. Mais il a surtout été inspiré par un fait divers de l’époque : le suicide d’une femme infidèle dont le mari était l’élève de son père, le docteur Flaubert, à l’école de médecine de Rouen.

Flaubert vient d’écrire "la Tentation de saint Antoine" mais n’en est pas totalement satisfait. C’est à ce moment que son ami Louis Bouilhet lui propose d’écrire l’histoire de Delphine Delamare. Cela le tente. Mais que connaît-il des femmes, ce jeune homme de 28 ans qui ressemble déjà à un vieux Gaulois ?…

Certes, il a depuis trois ans une maîtresse, la poétesse Louise Collet, qui trompe aussi son mari. Cette banale histoire d’adultère sera-elle suffisante pour lui faire comprendre l’âme féminine ?… Mais déjà le nom de sa future héroïne s’impose à lui : Emma Bovary ! Pourquoi ? Allez savoir avec ces créateurs…

C’est dit : Emma Bovary vivra la sombre histoire de Delphine Delamare. Mais elle aura le tempérament de Louise, son charme, ses caprices, son exaltation, et pour tout dire, son caractère féminin. Cette femme idéaliste et passionnée, qu’un mari à l’esprit étriqué n’a pas su comprendre, étouffée par une société dans laquelle elle n’avait pas sa place, il va la faire revivre : ce sera Emma Bovary !

 

Delphine Couturier est née à Blainville-Crevon en 1822, dans une famille de fermiers, aisés mais sans plus. Le père Couturier a des idées de grandeur, qu’il reporte sur sa fille. C’est sûr, elle épousera quelque notable. Il lui faut donc une éducation digne d’elle. Elle passe par le couvent bien sûr ! Là, elle s’imprègne de cette littérature romantique où l’on "porte son cœur en écharpe", où "les plus désespérés sont les chants les plus beaux". Elle apprend le piano et essaie de jouer comme ce jeune virtuose polonais. Comment s’appelle-t-il donc ?… Ah oui ! Chopin !

La chose est certaine : elle ne se contentera pas d’une petite vie morne et triste. Elle est avide de vivre les élans enflammés d’une grande passion. Ce n’est pas dans la ferme paternelle qu’elle les connaîtra… Il lui faudra donc quitter au plus vite cette ambiance campagnarde et misérable.

Mais à la sortie du couvent, elle n’a que seize ans… Même actuellement c’est jeune pour envisager le mariage. Alors, en 1838 !

Pourtant, Delphine y pense. Il n’est que de constater les regards un peu trop appuyés des hommes qui la dévisagent lorsqu’elle passe dans les rues du village pour se rendre compte, si elle ne le savait pas, qu’elle ne les laisse pas indifférents. Sans être une beauté sculpturale, on peut dire que son visage régulier encadré par de longs cheveux bruns, ses yeux noisette où brillent des points d’or, sa voix chaude et envoûtante, ont tout ce qu’il faut pour subjuguer la gent masculine.

Un jour, le destin frappe à la porte. Il a pris les traits d’un jeune médecin de 27 ans, Eugène Delamare, venu soigner le père Couturier. Il n’est ni beau ni vilain garçon. Sa conversation est plus technique que romantique. Il n’est réellement qu’officier de santé car il n’a pas obtenu son doctorat en médecine. Qu’importe ! Quelques œillades appuyées ont définitivement conquis le jeune homme.

Delphine a 17 ans lorsqu’elle épouse Eugène. Le couple s’installe à Ry (Yonville-l’Abbaye dans le roman). Elle fait désormais partie des notables avec le pharmacien, le notaire, l’instituteur. Elle se fait aider par une petite bonne. Eugène accepte tout ce qu’elle demande. Ses moyens financiers sont limités, mais comment refuser à une si jeune et jolie femme ?

Mais Delphine commence à s’ennuyer. La naissance d’une fille, Alice, ne comble même pas son instinct maternel. En a-t-elle d’ailleurs ?… La vie entre son bonhomme de mari qui ne sait que lui parler des maladies qu’il rencontre chez ses patients, et les notables qui à l’usage sont d’une banalité désespérante, lui pèse. Elle n’a pas voulu garder, je devrais dire s’encombrer, de sa fille, confiée à une robuste paysanne.

Où sont ses rêves de jeunesse ? Son mari l’ennuie. A peine couché, le voilà qui ronfle… Est-ce ainsi qu’on agit avec une jeune fille passionnée ?

C’est alors que le destin se manifeste une fois de plus et met sur sa route Louis Campion (Rodolphe Boulanger dans le roman). Il est exactement tout ce qu’Eugène n’est pas, et que Delphine attend. Et puis, il sait parler aux femmes, lui !… Trop bien peut-être, et à beaucoup… Mais Delphine saura bien écarter les rivales... Elle se donne à lui avec la fougue de ses espérances déçues. Les deux amants vont filer le parfait amour jusqu’à ce que Delphine propose un jour de partir avec lui.

Ce n’est évidemment pas ce qu’il souhaitait. Il ne refuse pas mais ne vient pas au rendez-vous fixé. Exit Louis ! Delphine s’étourdit en dépenses que son mari n’ose refuser mais peine à payer.

Elle rencontre alors un clerc de notaire, Narcisse Bollet (Léon Dupuis dans le roman) dont elle devient la maîtresse. Eugène a enfin compris (à moins qu’on ne l’ait aidé à comprendre…) mais ne dit rien car il ne veut pas perdre son écervelée d’épouse. L’amour est aveugle, a-t-on dit ?…

Mais Le jeune clerc veut devenir un notaire respectable. Ce n’est pas avec une telle liaison qu’il y parviendra. Il a bien profité des charmes de la belle, cela suffit maintenant ! Il rompt brutalement, au désespoir de l’amante, délaissée pour la seconde fois.

Cette fois, c’en est trop. Son mari paraît soudain pourvu de tous les défauts de la terre. L’idée de continuer à vivre avec lui devient vite insupportable. Elle a 28 ans. Elle n’en peut plus.

Elle s’empoisonne un jour de marché à Ry. Son mari, appelé à son chevet, est impuissant devant cette situation qui dépasse ses modestes compétences. Il demande le secours du docteur Flaubert. Hélas, elle refuse de dire ce qu’elle a pris. Comment la sauver dans ces conditions ? Ce n’est qu’à sa fillette venue la supplier qu’elle avoue. Mais il est trop tard. Elle meurt dans des souffrances qu’on imagine.

A Ry, on jase bien sûr. On se doutait que cela se terminerait ainsi. Eugène ne peut survivre à son grand amour qu’il a su si mal garder. Il meurt un peu moins de deux ans plus tard.

Flaubert va se saisir de cette triste histoire pour écrire l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française, "Madame Bovary".

Le bovarysme pouvait commencer !

 

GN

(Texte écrit pour l'almanach du Normand)

(A  plus !)

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:40

 

 

 

Que n’a-t-on écrit (de bêtises….) sur les Normands !……A en croire certains, leur philosophie tiendrait dans ces deux affirmations élevées au rang de devises nationales : “ P’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non ” et “ j’y vas-ti, j’y vas –ti pas ”…..

Ce qui tendrait à supposer que le Normand a un caractère irrésolu, hésitant, bref timoré voire pusillanime…..

Pourquoi dans ces conditions des êtres si peu conquérants… ont été justement des conquérants ?… Et je ne parle pas que de Guillaume (le Conquérant...)...

Mais laissons ces affirmations péremptoires qui font aujourd’hui partie du folklore. Car bien souvent moins on en sait, plus on en parle... « Il parle, il parle, jusqu'à ce qu'il ait enfin trouvé quelque chose à dire »... disait quelqu'un à propos d'un bavard...

Il est vrai qu'à une certaine époque, on a eu tendance à classer nos provinciaux français dans des catégories bien ciblées. Le Normand n’osait pas se prononcer, le Breton avait la tête dure, l’Auvergnat était près de ses sous… J’en passe et des meilleures. Chacun était ainsi jugé, catalogué, calibré, étiqueté...

Le Normand est quelqu’un de complexe, ce qui ne signifie pas forcément compliqué. Je veux dire par là que son caractère est formé de différents traits qui, conjugués ensemble forment un tout unique et original.

Il est d’abord réaliste, très attaché à son bien, à son droit. Il possède un sens aigu de la propriété. Faut-il l’en blâmer ?… Une devise qu’on lui attribue : “ C’est mein dret, et mé, j’y tiens ! ” (faut-il traduire ?…), n’a rien de péjoratif. Lorsqu’il est dans son droit, il ne craint personne. Rappelons-nous le cri fameux : “ haro mon prince, on m’a volé !…. ” qu’il n’hésitait pas à lancer à la face des puissants s’il s’estimait son droit bafoué. Connaissant bien les lois, surtout lorsqu’elles le concernent, il raisonne très bien. Les Normands font de bons juristes.

Mais il préfère les faits, les actes, aux belles paroles, au verbiage, dont il de méfie. Peut-on lui donner tort ? Il est réaliste, même opportuniste, ai-je dit, et sait que tout le monde ne peut pas avoir raison en même temps. Lorsque deux personnes s’opposent sur un terrain donné, il ne fait pas preuve de fanatisme en clamant haut et fort son droit, s’il n’en est pas entièrement certain. Il se dit que son adversaire peut aussi avoir raison. Cela explique ce qui est compris souvent comme de l’indécision, mais qui n’est au fond que du simple bon sens, un respect du droit d’autrui.

Il se montre réservé et n’aime pas du tout se livrer. C’est pour cela qu’il préfère dire “ p’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non ”, ce qui laisse les portes ouvertes à la discussion. Ce n’est pas comme on peut le penser de la rouerie, et s’il se montre finaud, c’est avant tout pour ne pas être trompé, plutôt que pour tromper les autres. Cela arrive, certes. Il y a toujours des exceptions à chaque règle…..

Sa méfiance est saine, car après tout, il faut parfois se méfier de ceux qui sont en face de vous… Tout le monde n’est pas honnête… En étant ainsi méfiant, ou prudent, il ne va pas à l’encontre du droit romain, ou même du droit civil qui demande toujours une certaine dose de prudence dans les affaires.

Cette méfiance le fait paraître parfois renfermé, peu causant. Ses affaires personnelles n’intéressent pas les autres. Si vous demandez à un fermier s’il y a eu des pommes cette année, il vous répondra rarement oui ou non. Peut-être l’entendrez-vous dire : “ Dire qu’il y a eu des pommes, il n’y a pas eu de pommes. Mais dire qu’il n’y a pas eu de pommes, il y a eu des pommes… mais c’est pas d’la pomme comme on a vu d’la pomme… ” Comprenne qui pourra…. En clair, la récolte a été raisonnablement bonne… mais sans plus… elle aurait pu être meilleure, mais….(ça y est, je m’y mets moi aussi !… D'ailleurs, on entend rarement un Normand se réjouir d'une réussite... Ne pas faire de jaloux...

Et puis, n’est-ce pas de la sagesse, que de ne pas affirmer trop péremptoirement ce dont on n’est pas entièrement sûr ?… On saura que la récolte aura été bonne lorsqu’on pourra vérifier la qualité du cidre. Montaigne ne disait rien de plus (pas pour le cidre… mais en ce qui concerne la sagesse…).

Cette sagesse lui conseille de ne pas abattre son jeu d’un seul coup, de ne pas dévoiler ses batteries. Il a le sens des affaires, même si parfois il en fait un peu trop… Personne n’est parfait !

Le Normand est très attaché à l’intérêt matériel. Dans le même temps, il a le sens des nuances. Nous l’avons vu. Il sait relativiser les choses. Il sait s’adapter aux circonstances. Ce n’est ni un révolutionnaire, ni un réactionnaire. Il a un peu du tempérament anglais, peut-être parce que la Normandie a été anglaise pendant quelques siècles.

Ces quelques traits que j’ai tracés montrent la grande libéralité du Normand. S’il respecte la liberté, l’indépendance des autres, c’est surtout parce qu’il tient à la sienne. Aimant par dessus tout la loi synonyme d’ordre, de discipline, il déteste le désordre, la tyrannie, l’anarchie. Il tient autant à l’autorité supérieure juste et équitable qu’à l’égalité de chacun.

Il a horreur d’être dépendant. C’est la raison pour laquelle on a trouvé de nombreux Normands parmi les réseaux de résistance entre 1940 et 1945.

Il est attaché aux habitudes, aux traditions. Il n’aime pas le changement : nouvelles coutumes, nouvelles figures. Peut-être est-ce une réminiscence de la méfiance dont je parlais. Toujours est-il qu’il a la réputation d’être long à donner son amitié. Mais une fois qu’il l’a donnée, il est fidèle. C’est un conservateur, un mot qui est pris dans le sens de rétrograde, donc souvent considéré comme un défaut. Mais ce conservatisme lorsqu’il englobe le sens des valeurs, la fidélité aux amitiés, devient une qualité. Il est aussi conservateur parce qu’il a quelque chose à conserver : son bien. La nature n’est-elle pas conservatrice ?

Voilà le Normand, un être complexe comme je l’ai dit, qui paraît rempli de contradictions. C’est un libéral conservateur, un réaliste qui respecte les traditions mais a le goût de l’aventure, qui aime l’ordre mais déteste la dictature d’où qu’elle vienne, qui défend l’égalité mais est fortement attaché à ses droits.

Mais, ai-je bien cerné la vraie nature du Normand ?…….Ai-je tout dit ? Certainement pas. Peut-être penserez-vous, j’ai gommé les défauts… (qui n’en a pas ?… Le Normand ne fait pas exception à la règle…). Mais n’était-ce pas plus intéressant (et valorisant) de mettre l’accent sur les éléments positifs ? A vous, chers amis lecteurs, Normands ou non, de compléter mes lacunes…

 

(Texte écrit pour l'almanach du Normand 2004)

 

A plus...

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 08:37

 

Noël Roquevert est né à Doué La Fontaine dans le Maine et Loire car ses parents, comédiens, y jouaient une pièce de théâtre. Mais ils étaient originaires de Douarnenez et lui-même y habita plus tard.

Il monta sur les planches à l'âge de ... 6 mois... pour interpréter le rôle d'Aurore de Nevers... jeune...

Voici quelques-unes de ses aventures...

 

En 1954, Noël Roquevert a été, avec d'autres, l'interprète de 6 films. Intéressons-nous à deux d'entre eux...

« Le soupe à la grimace » a été tourné dans le Var. A côté de Noël Roquevert on trouvait Grégoire Aslan, Georges Marchal, Maurice Teynac, Maria Mauban, Dominique Wilms, et bien d'autres. En lisant le scénario, Roquevert trouva son personnage intéressant. Cependant certaines scènes se déroulant dans une mine de bauxite, il eut une certaine inquiétude... Car pour tourner dans une mine, il faut y descendre... et notre homme préférait comme il le disait « le plancher des vaches »...

Il fallut pourtant descendre à une profondeur de 180 mètres par un ascenseur qui plongeait dans les ténèbres à la vitesse de 6 m à la seconde. Il faut donc, et vous l'aurez trouvé je pense... 30 secondes pour descendre au fond...

Comme le tournage se déroulait en été et que la chaleur était accablante, la température au fond de la mine était fraîche, et permettait de travailler dans des conditions plus agréable. Cependant, l'expérience de Roquevert (qui avait alors 62 ans quand même...) lui avait fait amener un pullover, sous les ricanements de ses camarades, qui s'étaient empressés de l'imiter les jours suivants...

La mine était en exploitation et les ascenseurs étaient réservés au personnel durant la journée. L'équipe descendait donc le matin et ne retrouvait l'air libre que le soir. Il fallait donc travailler à la lueur de fortes lampes qui donnaient à ce paysage obscur une lumière irréelle. Un jour, des gouttes d'eau venues de la paroi supérieure sont tombées sur l'une de ces lampes puissantes, qui a explosé dans un bruit de tonnerre, dispersant des milliers d'éclats comme un véritable obus. Roquevert en reçut plusieurs dans l'œil, il fallut le remonter immédiatement et un oculiste consulté ne décela rien de grave.

Mais cette atmosphère surréaliste et ces conditions de travail inhabituelles perturbèrent les acteurs. De plus, le film était un drame et comportait des scènes difficiles, notamment une bagarre à coups de pioche opposant Roquevert à Georges Marchal. Ce dernier avait alors 34 ans. Le combat avait évidemment été réglé par un maître d'armes. Mais ni l'un ni l'autre des deux adversaires n'était spécialiste de ce genre de « sport »... Il fallait que le combat n'ait pas l'air truqué, et en même temps ne soit pas dangereux pour son partenaire. Lâcher ses coups en les retenant... L'un comme l'autre redoutait de porter un coup aux conséquences graves. C'est plus fatigant qu'un combat réel... Il fallut retourner la scène cinq fois pour arriver à un résultat satisfaisant pour le metteur en scène Jean Sacha.

D'autre part, si Marchal était jeune, Roquevert avait 62 ans comme je l'ai dit. Le poids de la pioche commençait à lui peser et la crainte de faire mal à son adversaire d'un jour ajoutait encore à l'épuisement. D'ailleurs Georges Marchal lui avoua qu'à la dernière prise il a eu très peur car il se rendait compte que Roquevert ne maîtrisait plus son outil et risquait à chaque coup de l'atteindre réellement. Et un coup de pioche, ça fait mal...

A la fin du tournage, tous les acteurs ressemblaient à des « peaux rouges ». Ils avaient beau se laver consciencieusement tous les jours, la poudre de bauxite pénétrait dans les pores de la peau. Ils eurent une pensée pour ceux qui travaillaient dans ces mines jour après jour, année après année...

La même année, il tournait « Cadet Rousselle »avec François Périer, Bourvil, Dany Robin, Alfred Adam, j'en passe et des meilleurs... Comme les séquences à cheval étaient nombreuses, les acteurs durent s'entraîner à bien monter. L'apprentissage se fit dans un manège du bois de Boulogne pendant plusieurs jours. Roquevert était un commissaire du peuple qui pourchassait Cadet Rousselle-Périer. Il était vêtu d'une grande cape noire et coiffé comme à l'époque d'un immense chapeau à plumes tricolores qui lui tombait sur les yeux chaque fois que le cheval piquait un petit galop... Mais cela ne se voit pas dans le film... D'autre part, Roquevert et sa troupe de gendarmes soulevaient tant de poussière lorsqu'ils étaient sur des chemins de campagne, qu'ils ne pouvaient voir ceux qu'ils poursuivaient, qui soulevaient aussi pas mal de poussière. Mais cela aussi ne se voit pas...

Il leur arrivait d'emprunter des routes goudronnées. Le metteur en scène, André Hunebelle, devait s'arranger pour que la caméra ne filme que les cavaliers et la campagne, qui elle ne peut être datée, mais pas la route, trop moderne pour un film se passant sous la Révolution où l'on ne connaissait pas encore le macadam...

Il faisait une chaleur accablante. Lors d'une poursuite à cheval, la troupe des gendarmes devait être bloquée par un troupeau de moutons. La scène dut être tournée plusieurs fois. Pendant ce temps, les animaux restaient sur place à piétiner. Au bout de deux heures, le berger cria :

- « Arrêtez le tournage ! Mes moutons vont crever !

-Pourquoi ,

-Eh bien, ils font fondre le goudron de la route avec leur piétinement. Leurs pattes sont noires... »

Ils avaient fait fondre l'asphalte ! Effectivement, il était préférable de les évacuer avant qu'ils ne crèvent sur place...

Le film rencontrera un grand succès, il passe régulièrement à la télé et j'avoue que je le regarde... presque à chaque fois...

Gérard Nédellec

(D'après le livre "Noël Roquevert, l'éternel rouspéteur " , d'Yvon Floc'hlay, éditions France-Empire, 1987)

 

 

 

 

Georges MARCHAL, Maria MAUBAN, Noël ROQUEVERT, Maurice TEYNAC, Jean-Jacques DELBO, Christine LÉNIER, Grégoire ASLAN, et : Dominique WILMS

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 09:01

 

 

Il y avait autrefois sur la côte sud de Bretagne une auberge pimpante tenue par un couple d'aubergistes sympathiques et affables. Comme la façade était entièrement blanche, les voyageurs avaient pris l'habitude de la désigner sous le nom d'auberge blanche et les propriétaires avaient accepté cette appellation. L'auberge blanche était réputée à la ronde pour son accueil chaleureux et les voyageurs qui circulaient dans la région en avaient fait leur étape favorite. On disait même que leurs chevaux, qui y trouvaient aussi leur pitance, la connaissaient si bien qu'ils n'était pas besoin de les conduire pour qu'ils trouvent leur chemin.

Par un beau soir du mois de septembre, alors que Youen, l'aubergiste, prenait le frais sur le seuil après une chaude journée comme l'automne sait en réserver dans ce coin de Bretagne, un cavalier se présenta tout couvert de poussière. Cependant, son maintien et ses vêtements indiquaient un personnage important. Il s'approcha de l'aubergiste, porta sa main à son couvre-chef et demanda de la voix de celui qui a l'habitude de commander:

- « Je voudrais souper ce soir chez vous, puis avoir une chambre pour la nuit. Bien sûr, vous vous occuperez aussi de mon cheval !

- Faites excuse mon bon Monsieur, répondit Youen en soulevant aussi son chapeau, mais si je puis vous fournir à souper et m'occuper de votre cheval, il ne m'est pas possible de vous donner une chambre car les six que nous possédons sont occupées par des voyageurs qui se rendent à la foire de Guémené. Vous m'en voyez navré.

- Cela est fâcheux... répondit le cavalier... Mon cheval trouvera le gîte et le couvert... et son maître restera dehors ! Cela ne se peut !

- Monsieur, croyez bien que j'en suis fort marri... Mais l'auberge est pleine et je ne puis vous proposer que la chambre rouge.

- Eh bien ! Qu'attendez-vous alors ?

- C'est que... depuis que je suis ici, je n'ai donné cette chambre que deux fois. Les deux hommes qui l'ont occupée avaient le lendemain matin les cheveux aussi blancs qu'ils étaient noirs la veille...

- Essayez-vous de me dire qu'il y a des revenants dans votre chambre rouge ?

- Par ma foi, oui Monsieur !

- Alors, prions Dieu et la Vierge, et allez faire du feu dans cette chambre car j'ai froid ! »

Après avoir soupé, le voyageur monta se coucher. Les murs de la chambre étaient d'un rouge sang, avec au fond un grand lit fermé par des rideaux. Le reste était totalement vide. Le vent sifflait lugubrement dans la cheminée et les flammes jetaient sur les murs des grandes taches rougeoyantes.

Après une courte mais ardente prière, le voyageur se coucha, l'âme en paix.

Vers minuit, il fut réveillé par des bruits bizarres. Quelqu'un tirait les rideaux du lit. Il se redressa et voulut descendre, mais ses pieds touchèrent un objet glacé. Il vit devant lui un cercueil recouvert d'un grand drap noir parsemé de larmes argentées, avec quatre cierges aux coins. Il se tourna vers un autre côté mais le cercueil fut plus rapide et lui barra à nouveau le passage.

Cinq fois il essaya de descendre de ce maudit lit, cinq fois le cercueil se retrouva sous ses pieds pour l'empêcher de descendre. Il comprit alors qu'il était vain de continuer. Il s'agenouilla sur le lit, se signa et demanda d'une voix sourde:

-« Qui es-tu et que veux-tu ? Parle sans crainte, c'est un chrétien qui t'écoute.

Du cercueil sortit alors une voix caverneuse qui dit:

- Je suis un voyageur comme toi, assassiné par ceux qui tenaient l'auberge avant celui qui y vit maintenant. Hélas pour moi, je suis mort en état de péché et depuis tout ce temps je brûle dans les flammes du purgatoire.

- Que veux-tu pour soulager ta peine ?

- Il me faut six messes dites à l'église de Notre Dame du Folgoët par un prêtre en étole noire et blanche ; ensuite un pèlerinage à Notre Dame de Rumengol par un chrétien qui le dédiera à mon intention. »

Dès qu'il eut terminé de présenter sa requête, les cierges s'éteignirent, les rideaux se fermèrent et la chambre retrouva le calme. Profondément ému par cette détresse, et désireux de la soulager, le voyageur, qui était un fervent chrétien, pria longuement avant de trouver le sommeil. Le lendemain, il conta par le menu l'affaire à son hôte et lui déclara :

  • « Je suis M. de Pontcallec, un nom fort connu et respecté en Bretagne. Je vous assure que je ferai dire les six messes et j'accomplirai le pèlerinage à Rumengol pour libérer ce pécheur. Son âme sera délivrée et votre auberge retrouvera sa quiétude et les voyageurs pourront y dormir sans crainte. »

Un mois plus tard, la chambre rouge avait perdu sa couleur sang. Elle était redevenue une chambre comme les autres, aux murs blancs et gais. Elle avait retrouvé son mobilier : en plus du lit, une grosse armoire de chêne, des chaises, et surtout, un crucifix accroché au mur...

La parole de M. de Pontcallec avait été tenue.

Gérard Nédellec

(Inspiré des contes populaires de Bretagne)

 

 

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 08:16

 

 

Voici une autre histoire de l'auteur des « Mémoires d'un agent secret de la France libre », racontée à ma façon. Parue dans l'almanach du Breton dont je vous recommande la lecture, il vient de paraître, comme tous les autres almanachs...

 

Par une froide matinée d'hiver, un individu marchait lentement, les mains derrière le dos, l'air accablé, le front soucieux, dans un coin perdu de la banlieue parisienne. Un automobiliste qui passait au volant de sa Mercedes le reconnut, s'arrêta et lui demanda :

- « Tiens ! C'est vous, mon cher Patrice... Que faites-vous donc tout seul dans cet endroit désert ? Vous n'êtes pas à votre usine ?

L'homme releva la tête et reconnut un confrère, Maxime, PDG d'une entreprise voisine de la sienne.

-Seriez-vous en panne ? Fit Maxime.

-Non... Je viens de renvoyer mon chauffeur...

-Vous l'avez licencié ce brave Isidore ?

-Non... Je lui ai dit de rentrer à la maison...

-Quelle idée ! Une envie irrésistible de faire un petit jogging avant de vous installer à votre bureau...

-Ce n'est pas exactement cela... Tel que vous me voyez, continua Patrice, voilà quinze jours que je n'ose plus remettre les pieds à mon usine.

-Que dites-vous ?

-C'est ainsi... Tous les matins, Isidore me conduit jusqu'ici, je le renvoie et je m'en vais tout seul. Mais arrivé près de mon usine, je n'ose pas entrer, je fais demi-tour et je vais au bistrot voisin d'où j'appelle un taxi pour rentrer à la maison.

-Eh bien, mon pauvre ami, fit Maxime... Auriez-vous des problèmes avec la CGT  ?

-Pas du tout. Nos rapports sont tendus mais corrects.

-Je ne comprends pas du tout... Mais vous êtes vert de froid. Venez donc dans ma voiture pour vous réchauffer un peu.

-J'y mets une condition : que vous ne me rameniez pas à mon usine par surprise !

La chaleur de la voiture aidant, Patrice se détendit et demanda soudain à Maxime :

-Connaissez-vous ma secrétaire ?

-Attendez... Une grande et belle femme aux cheveux auburn... Alors, elle et vous...

-Pas du tout !

-Une histoire avec un gars de votre équipe ?

-Non, rien de ce genre. Micheline est d'ailleurs d'une nature réservée.

-Ah ! Elle s'appelle Micheline...

-Oui, c'est elle-même qui m'a demandé de l'appeler par son prénom. Elle venait d'une firme britannique où la chose était courante. Il y a quinze jours, en entrant dans mon bureau, elle me dit  : « Bon anniversaire, Monsieur le Président Directeur Général ! »

-C'est gentil ça ! Fit Maxime.

--Oui. D'autant plus que j'avais complètement oublié que ce 12 février j'entrais dans ma 49è année. Ma femme et les enfants sont à la neige. Je l'ai remerciée, pensant qu'elle en avait terminé, mais elle ajouta :« Monsieur le Président Directeur Général, j'ai une faveur à vous demander. » J'ai pensé qu'elle voulait une augmentation... Mais ce n'était pas cela.

Elle continua : « Je voudrais dîner avec vous. » J'ai vaguement répondu que... oui... à une prochaine occasion. Mais elle a insisté : « M. le Président, j'aimerais que ce soit ce soir, jour de votre anniversaire. » Ma soirée était libre, j'ai accepté, demandant dans quel restaurant elle voulait que je m'emmène... Maxim's ? « Non, fit-elle, je voudrais que ce soit chez moi. »

-Ah ! La fine mouche ! Fit Maxime... Et vous ne vous êtes pas méfié ?

-Pas du tout, son attitude était très déférente. J'ai noté l'adresse et à l'heure dite, je me suis présenté à sa porte, avec une gerbe de roses thé. Elle est apparue en robe du soir, d'une coupe sobre qui lui allait à la perfection. C'était effectivement une très belle femme...

-Veinard !

-Attendez la suite... Je suis entré, elle m'a remercié pour les roses. Sur la table, un magnum de champagne attendait dans un seau à glace, ainsi que du caviar, du foie gras, du poulet en gelée, sur une table basse. Après m'avoir invité à m'asseoir sur un divan, elle m'a servi un whisky on the rocks bien tassé.

-Nous y voilà...

-Pas du tout. Cependant, je commençais à me poser des questions et envisager... Ma foi, on est un homme, n'est-ce pas ? Cette femme ne s'offrait-elle pas à moi ? Et si... Elle me dit soudain : « Si vous le permettez, je vais passer dans ma chambre. Quand vous entendrez Hou Hou, vous entrerez. » Elle me laissa seul avec mes idées. C'était clair, me dis-je... Au bout d'un moment, j'ai entendu Hou Hou. J'ai poussé la porte, et...

-Moment crucial...

-Vous ne croyez pas si bien dire. Au milieu du lit, sur un plateau, trônait un superbe gâteau couvert de bougies bleues toutes allumées. En face, se tenaient les chefs du personnel, du contentieux, du marketing, le colonel de la Chapelle, chef de la sécurité, bref, tous les cadres de mon usine au grand complet. A ma vue, ils entonnèrent un joyeux « Happy birthday to you ».

-Quelle attention charmante ! Je comprends d'autant moins que vous ne vouliez plus remettre les pieds dans votre usine !

-Ah ! fit douloureusement Patrice, c'est que moi... j'étais à poil ! »

 

(Elle est bien bonne, n'est-ce pas ?... Alors, à plus... pour d'autres histoires...)


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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 07:38

 

Qu'on se rassure... Elle ne voulait pas le tuer vraiment... mais laissez-moi vous conter l'anecdote.

Julie Lebœuf est née à Saumur vers de 1840. C'était ce qu'on appelait une lorette, une femme entretenue comme on disait à l'époque. Elle commença sa « carrière » à Nantes parmi les gandins de Loire-Inférieure et monta à Paris où elle gravit « les échelons de la galanterie ». Bien évidemment elle avait changé son nom trop « peuple » pour celui de Marguerite Bellanger. Elle venait en fiacre aguicher les officiers de l'école militaire, ce qui représente un progrès certain... On la surnommait « Margot la rigoleuse »...

L'empereur la croisa en forêt de Fontainebleau. Il conduisait son phaéton, elle était à cheval. Il lui trouva « beaucoup de grâce »...

Depuis son mariage avec Eugénie, Napoléon III avait eu beaucoup d'aventures. Il faut dire que l'impératrice était « froide de corps, sinon de cœur ». Elle considérait l'amour comme une « saleté ». On comprend qu'il ait voulu chercher ailleurs ce qu'il n'avait pas chez lui... Ceci n'excuse pas cela mais permet de le comprendre...

Elle devint évidemment la maîtresse de l'empereur et se voyait déjà « la Montespan impériale » ...

Elle eut un fils... mais comme elle courait plusieurs lièvres à la fois, on ne peut affirmer que le petit Lebœuf ait été un petit Napoléon...

L'empereur aussi... avait plusieurs fers au feu... si je puis dire. Sa santé se dégradait car il brûlait comme on dit couramment « la chandelle par les deux bouts »...

Curieusement, l'impératrice s'en émut. La liaison avec Margot la rigoleuse était la fable de tout Paris, elle était bien renseignée.

Un soir d'août 1864, Napoléon III fut pris d'une syncope. Le lendemain, l'impératrice fit appeler le secrétaire de l'empereur et le pria de l'accompagner en voiture. Elle donna une certaine adresse d'une maison de Montretout, celle de Margot justement... Stupeur du secrétaire qui craignit le pire...

Arrivée, Eugénie descendit, sonna, se fit introduire chez la courtisane qui se reposait sur un divan. A la vue de l'impératrice, elle bondit sur ses jambes, rouge de confusion.

D'une voix méprisante dans laquelle sourdait une froide colère, l'impératrice lança :

-«Mademoiselle, vous tuez l'empereur. »

Puis elle sortit, laissant Margot en larmes...

L'empereur n'en mourra pas... Il continuera...

G N

(Texte paru dans l'almanach du Breton il y a quelques années...)

A plus...

 

 

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 08:08

La baleine de Luc sur Mer dans le Calvados est connue... comme le loup blanc. Laissez-moi vous conter son histoire. (paru dans l'almanach du Normand 2010), lecture que je vous recommande...

 

 

 

Nous sommes le 15 janvier 1885. En faisant sa tournée matinale, un douanier aperçut sur la plage, au lieu-dit « la brèche du Moulin », un énorme animal échoué. Un ruisseau, la Capricieuse, forme à cet endroit la limite entre les communes de Luc et de Langrune. La grosse bête se trouvait bien sur la commune de Langrune. Un jeune garçon passant par là et voyant l'animal fabuleux alerta les habitants de Luc en criant qu'il y avait un monstre sur la plage. Le voici d'ailleurs tel qu'il apparut aux badauds étonnés... Avouez qu'il y a de quoi être surpris !

 

 

Baleine-Luc-1885.JPG

 

La voici sous un autre angle. Les photos sont d'époque...

 

Baleine-de-Luc.JPG

 

 

 

Quelques curieux se déplacèrent pour voir le phénomène, la rumeur publique s'enfla et atteignit les communes environnantes. Les commentaires allaient bon train, alertant même les Caennais.

Une ligne de chemin de fer reliant Caen à Courseulles via Luc avait été inaugurée il y avait une dizaine d'années. Le « tortillard » comme on l'appelait déversa alors des centaines de curieux avides de voir de près un monstre marin.

Pendant ce temps, le cadavre de l'animal n'avait pas attendu pour commencer à se décomposer. L'odeur pestilentielle qui enveloppait ce coin de plage devenait insupportable. D'autre part, la tentation de rapporter chez soi un souvenir de la bête était trop forte et nombreux étaient ceux qui bravaient la pestilence pour s'approprier un trophée de l'animal. Il était donc urgent d'agir si l'on ne voulait pas le voir disparaître à jamais...

Par chance, il existait à Luc un laboratoire maritime dirigé par Yves Delage, antenne de l'université de Caen, et qui se trouvait installé villa Arcisse de Caumont, du nom du célèbre archéologue bayeusain décédé 12 ans auparavant. C'est la présence d'un scientifique sur le terrain dès le début qui permit le sauvetage... si l'on peut dire... de ce mammifère marin, du moins de son squelette. Il fallait attendre les autorisations officielles qui, en France, ont toujours été longues à obtenir, comme s'il s'agissait d'une spécificité bien française... Des scientifiques et des étudiants ont néanmoins pu étudier les chairs putréfiées, n'hésitant pas à affronter l'odeur insoutenable...

On constata que l'animal était déjà mort lorsqu'il s'est échoué. Des côtes cassées attestaient qu'un choc s'était produit, vraisemblablement contre un gros navire, et qu'un épanchement de sang dans le corps de la baleine avait provoqué sa mort.

Et voici ce qui reste après le dépeçage... Vous préférez la queue... ou la tête ?...

 

Baleine-apres-depecage.JPG


Le professeur Tramond, éminente personnalité du Muséum National d'Histoire Naturelle, était venu spécialement de Paris pour la circonstance afin d'apporter son concours précieux à ses collègues normands. Ces scientifiques établirent qu'il s'agissait d'un rorqual commun, classé au deuxième rang des plus grands animaux du monde, un mâle adulte d'une longueur de 19 mètres et d'un poids de 40 tonnes. Mais que faisait-il à cet endroit ? On pensa qu'il venait des mers boréales et se dirigeait vers les eaux tropicales pour sa migration annuelle. Blessé mortellement comme nous l'avons dit, il fut porté par les courants jusqu'à nos côtes.

La protection des cétacés n'existait pas encore à cette époque. On récupéra à des fins commerciales tout ce qui était utile sur l'animal, notamment de la graisse nécessaire à la fabrication de savon.

En revanche, le squelette fut conservé ; mais comme la commune de Luc ne possédait pas d'abri suffisamment grand pour le recevoir, on décida de l'emmener à Caen. Soigneusement répertorié sous la direction du professeur Tramond, il fut remonté et exposé dans l'église St Sauveur de Caen. Mais l'usage montra que ce lieu ne convenait pas. Le squelette fut donc transféré dans une serre du Jardin des Plantes. Cependant le vif intérêt suscité au début s'émoussa peu à peu, on oublia la baleine et il fut même question de détruire ce qui n'intéressait plus grand monde...

La municipalité de Luc s'émut de la disparition possible de ce qu'elle considérait comme « sa baleine »... Pratiquement au même moment (1937), elle venait d'acheter le parc devenu depuis « parc de la baleine ». Le squelette quitta donc Caen pour revenir à Luc où il fut soigneusement remonté et installé dans le parc près de l'hôtel de ville.

Depuis, le squelette de la baleine est devenu la mascotte des Lutins (habitants de Luc) et le symbole de la ville. On sait que la chasse à la baleine est devenue un problème mondial, notamment la chasse à outrance bien sûr. Ces mammifères marins sont menacés et la ville de Luc, soucieuse de sensibiliser les jeunes générations aux dangers qui menacent les baleines, a créé en 1966 et à l'initiative du maire de l'époque, M. Chabriac, une association : la Confrérie des Chevaliers de la Baleine. Chaque année sont distingués ceux qui auront oeuvré pour perpétuer le souvenir de la baleine ainsi que pour le commune de Luc.

En 1992, un petit musée a été inauguré. Il rassemble du matériel scientifique, des photos, des maquettes, des articles de journaux. Un espace vidéo retrace l'épopée du grand cétacé. Une boutique permet aux nombreux visiteurs d'emporter un souvenir de leur passage.

Je ne puis que vous inciter à aller faire un tour à Luc si vous passez dans le Calvados. Vous ne regretterez pas, le parc est superbe, le musée fort instructif, l'air est vivifiant et la plage est à deux pas...

Voilà une page d'histoire précisée. Bon, je m'arrête. C'est assez, comme disait la baleine...

(Réalisé avec  les renseignements et les photos aimablement fournis par la Mairie de Luc sur mer que je remercie)

 

A plus...

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 08:39

Texte que j'ai écrit pour l'almanach du Breton voici quelques années.

 


 

Pour parler normalement, nous étions le 24 décembre 1800. Trois individus escortaient, en cette fin de journée froide et brumeuse, une misérable carriole tirée par un vieux cheval noir. L'un était le chevalier de Limoëlan, gentilhomme breton, surnommé « Pour le Roy »; le deuxième s'appelait Saint-Régent, un chouan redoutable; le dernier était Carbon, un ancien attaqueur de diligences. Tous trois étaient là pour assassiner le Premier Consul, Bonaparte. La charrette transportait sous une bâche un baril de poudre bien tassée.

En ce soir du 24 décembre, le Premier Consul devait se rendre à l'Opéra situé rue de Richelieu. Pour cela, il devait passer par la rue Saint-Nicaise, fort étroite.

Personne ne faisait attention à ces trois hommes. Chacun était occupé à la préparation du réveillon, une tradition interdite pendant les dernières années. Dans tous les magasins du quartier, on trouvait des gens heureux de vivre, enfin libres, dans un pays pacifié. Pendant ce temps, nos trois comploteurs combinaient de la façon dont ils allaient disposer la carriole pour que l'explosion soit la plus efficace possible...

Il ne s'agissait pas pour eux de rester là quand elle se produirait car ce serait la mort assurée. Il fallait trouver quelqu'un qui tienne le cheval pour ne pas qu'il s'en aille. Limoëlan s'éloigna un peu et revint après avoir trouvé ce qu'il cherchait : il avait aperçu rue du Bac deux fillettes qui vendaient des petits pains. Il ramena l'une d'elle, ravie de l'aubaine qui allait lui permettre de gagner quelques sous. C'était une gamine de 14 ans, pauvre, vêtue de loques. Saint-Régent lui confia son fouet et lui recommanda de ne pas quitter le cheval durant l'absence de ses deux comparses, chargés d'aller au devant afin de le prévenir de l'arrivée de Bonaparte.

En cette soirée de réveillon, les passants étaient plus nombreux. Soudain, on grand bruit de voitures se fait entendre. Dans la rue Saint-Nicaise, on ouvre portes et fenêtres, on s'arrête, on s'appelle : le voilà ! Quatre carosses précédés d'une une escorte de grenadiers à cheval arrive au grand trot et s'engage dans l'étroite rue. Juste derrière, dans une première voiture, on devine plus qu'on ne voit le héros accompagné de trois généraux.

Saint-Régent n'a pas été prévenu par ses complices, soit qu'ils aient eu peur, soit qu'ils n'aient pas reconnu la voiture du Premier Consul. Il allume rapidement la mèche sous la bâche et s'éloigne vivement. Mais c'est trop tard pour le Consul dont la voiture est passée. Une explosion énorme, fulgurante, déchire l'air. Des pierres, tuiles, vitres brisées, plâtras, s'abattent sur les passants pendant que des cris de terreur, des hurlements de douleur, des appels angoissés, répondent au coup de tonnerre de l'explosion. Tous les gens, heureux il y a un instant, gisent, déchiquetés, hachés, tordus, noircis, sanglants. De la fillette qui tenait le cheval il ne reste qu'un morceau de chair dans le ruisseau, le crâne ouvert. Un bras a été projeté à trente mètres, l'autre « sur la corniche d'une maison d'en face ». Les trois criminels par contre ont disparu.

Fouché, ministre de la police, décide de tout faire pour retrouver les auteurs de ce carnage qui a fait 22 victimes innocentes. Il essaie d'identifier la petite victime « sacrifiée par des scélérats ». Mais il ne reste rien de ses vêtements. La chance se présente le surlendemain sous la forme d'une femme Peusol venue signaler que sa fille, Marianne, âgée de 14 ans, n'était pas rentrée depuis le soir de l'attentat. Il s'agissait bien de la malheureuse victime. Fouché partit sur cette piste vague avec son habileté extraordinaire à la recherche de ces farouches chouans de Bretagne qui devaient être les auteurs de cet horrible attentat.

Le petit peuple les maudissait, non parce qu'ils avaient voulu attenter aux jours du Premier Consul. Cela c'était de la basse politique et c'était peu de chose auprès de ce qu'on avait connu depuis des années... Mais ce qu'on ne pardonnait pas, c'était la mort affreuse de Marianne Peusol, immolée pour une cause qui lui était totalement étrangère.

Saint-Régent et Carbon furent arrêtés après bien des péripéties... abracabrantesques... Ils furent donc jugés. Lorsque la veuve Peusol parut à la barre, anéantie par le chagrin, un murmure de pitié parcourut le prétoire. Elle répondit dignement aux questions du président du tribunal, affirmant que des personnes lui avaient dit qu'on avait donné douze sous à sa fille pour garder la carriole fatale. Les deux chouans furent condamnés à mort et lorsqu'ils furent conduits à l'échafaud, c'est en souvenir de la gamine martyre que la foule les couvrit de huées.

Limoëlan ne fut jamais pris et passa en Amérique. Réalisant son geste et accablé de remords, il entra dans les ordres. Il vécut jusqu'en 1826. Tous les ans le 24 décembre, il s'abîmait dans la prière, le front sur les dalles de l'église. Il implorait le pardon du ciel pour l'innocente enfant qu'il avait conduite par la main à une mort affreuse...

(A plus...)


 

 

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