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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 07:47

 

 

A l'occasion de fêtes religieuses ou d'événements particuliers, comme le baptême de nos amis tahitiens, j'ai évoqué la chorale. St Louis possédait une bonne chorale, composée des élèves qui avaient « de la voix »...

En effet, en début de chaque année, les frères Croizier et Rouat, responsables de la dite chorale, opéraient parmi les nouveaux arrivants une sélection rigoureuse leur permettant d'élargir leur effectif. Etre sélectionné était à la fois une distinction... et une contrainte.

Charles m'a raconté comment... il ne fut pas sélectionné... Frère Léonard Croizier, qu'il avait connu à Audierne, l'avait appelé pour un essai, Charles « à la voix »... frère Léonard à l'orgue.

-Alors Charles, chantez n'importe quoi !

N'importe quoi... Facile à dire... N'importe quoi... mais quoi ? Après moultes réflexions, Charles proposa timidement « Au clair de la lune »... Incolore, inodore... et sans saveur. Le genre de chanson qui ne risquait pas de déchaîner la foudre chez les frères... Quoique... Quand Pierrot va chez la voisine... Bref !

-Allons-y pour « Au clair de la Lune »

Charles se gratta la gorge... et se lança... vite arrêté par le frère.

-Ah ! Charles, votre voix est en train de muer... Je vous rappellerai !

Et Charles m'a avoué qu'il attend toujours...

Chose curieuse, je n'ai aucun souvenir d'une telle sélection me concernant. Pourtant, je faisais partie de la chorale de l'école St Blaise de Douarnenez d'où je venais, et j'avais prêté ma voix de soprano à des interprétations lors des messes de minuit. (voir « Un soldat de l'ombre » du même auteur).

A St Louis, rien de tout cela. Ma voix était certainement en train de muer, comme celle de Charles... et cela se voyait sans doute... C'est pourquoi je n'ai pas fait partie de la chorale... comme Charles...

 

B---la-chorale-dirigee-par-M.-Rouat-B.jpg 

La chorale dirigée par Frère Rouat


Aussi, pour en savoir un peu plus, j'ai bénéficié de l'aide d'un de mes camarades audiernais, Jean... C'est lui qui m'a révélé... non les dessous de cette organisation... mais des anecdotes amusantes... dont celles que je vais vous narrer.

J'ai parlé plus haut de contrainte. Il fallait en effet suivre assidûment toutes les répétitions, ce qui n'était pas trop difficile, car être en répétition de chorale... ou en étude... la différence n'était pas bien grande, mis à part un détail : dans le premier cas, il fallait ouvrir la bouche, et dans le second, la fermer... C'est évidemment une façon... de voir les choses.
Plus sérieusement, la principale contrainte, disons plus nettement, ce qui pouvait pour certains être un obstacle... rédhibitoire... à la participation à la chorale, consistait parfois dans la perte d'un jour de vacances. Et ça, c'était quelque chose qui passait mal...

En effet, pour la fête de Noël, il était indispensable que la chorale fût présente à la messe de minuit afin de montrer l'étendue de son répertoire. Il fallait assurer le « Primo tempore, alleviata est terra Zabulon, et terra Nephtali... » ainsi que le « Consolamini, Consolamini, populus meus »... Et bien d'autres cantiques... C'est pourquoi, lorsque les petits chanteurs quittaient le pensionnat le lendemain, c'est à dire le 25 décembre, leurs petits camarades étaient chez eux depuis la veille... et même s'ils n'avaient pas pu chanter ces cantiques vénérables, ils avaient sans doute profité du réveillon préparé par la maman... Et ça, c'était quelque chose qui passait bien...

Mais l'honneur de faire partie de la chorale compensait... partiellement peut-être... cet inconvénient... gênant... Il s'agissait d'une activité ludique... dit Jean... même si le mot avait moins de succès alors que maintenant. C'était encore l'occasion de s'enrichir sur le plan culturel car les deux maîtres de chants étaient d'une grande culture, et savaient faire profiter leurs élèves de leurs compétences.

Jean faisait partie des barytons et tous les dimanches, la chorale animait la grand-messe, ainsi que les autres fêtes religieuses, comme le baptême des Tahitiens dont j'ai parlé. Pensez donc : il y avait l'évêque !

Il existait quand même des avantages, le plus intéressant étant la participation à des concours de chants ou autres manifestations culturelles. Les choristes quittaient alors l'univers fermé du pensionnat pour d'autres horizons... vers la vie.

C'est ainsi qu'un dimanche du mois de juin (l'année n'est pas mentionnée... peu importe), la chorale prit le car pour Landerneau où était organisé un concours régional de chorales. C'était une excellente occasion de faire connaître celle de St Louis dans le monde du chant choral à plusieurs voix et de la placer parmi les meilleures. L'honneur d'avoir été choisi excitait l'appétit de tous et les frères-maîtres portaient de grands espoirs sur cette confrontation régionale, prélude à d'autres plus étendues, et pourquoi pas nationales...

Parmi le groupe des barytons, figurait Pierre, un Landernéen. Il demanda et obtint la permission d'aller déjeuner chez ses parents, accompagné de ses camarades. Le concours avait lieu à partir de 14 h 30. Il était donc indispensable qu'ils arrivassent un peu avant cette heure, afin d'assurer leur prestation dans les meilleures conditions. Soyons plus précis : il fallait être présents... et présen... tables !

 

B-quelques-chanteurs.jpg

A gauche frère Léonard-Croizier, à droite Frère Rouat. C'est ce type de chorale dont il est question dans l'anecdote de Jean, bien qu'il n'y figure pas...


La famille de Pierre était certainement ravie de recevoir son fils et ses camarades. Elle mit les petits plats dans les grands... comme on dit familièrement... en proposant un repas digne de Lucullus... accompagné de vins aussi fins les uns que les autres... On bavarda, les jeunes étant certainement intarissables sur leur vie de pension. Ils avaient là un public acquis à leur cause... Le repas s'éternisa... Les vins étaient fameux...

Finalement, vers 15 h, nos chanteurs se présentèrent au concours, qui ne les avait pas attendus pour commencer. Pire : la chorale de St Louis était en scène... mais l'absence du groupe de barytons faisait un sérieux vide dans l'interprétation... Le chef de choeur, habituellement d'un calme légendaire, leur lança un regard glacial. Nos gaillards, la tête basse, se faufilèrent le plus discrètement possible au milieu de leurs camarades, lesquels se débattaient tant bien que mal avec les motets de :

 

« Jubilate Deo, universa terra,

Psalmum dicite nomini ejus... »

 

Ils tentèrent de les reprendre au vol. C'est comme si vous essayiez de prendre un train en marche... Obligatoirement, il y a de la casse...

 

(La suite dans le livre "L'Ecole des Frères."...)

 

A plus...

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:02

 

un nouvel extrait de mon dernier livre "L'Ecole des Frères"...

 

En classe de Seconde, le programme comprenait le français et les maths pour les matières principales, puis l'anglais, l'histoire et la géographie, les sciences physiques et enfin la gymnastique.

Notre professeur de français était le frère Léonard. Précisons que ces noms ne correspondaient habituellement pas aux prénoms des intéressés mais aux noms sous lesquels ils avaient prononcé leurs vœux. Nous appelions certains par ce nom de frère, Frère X, d'autres par leur nom de famille, Monsieur Y, et quelques rares par leur sobriquet... mais seulement entre nous...

Le frère Léonard était un homme au maintien noble et distingué... au comportement « vieille France »... et à la diction raffinée. Au premier abord il nous parut un peu distant, mais à l'usage... si je puis dire, il s'avéra être un professeur tout à fait convenable et nullement fier... Il est vrai cependant qu'il parlait en s'écoutant un peu. C'était sa façon d'être, il fallait l'accepter comme il était, d'autant plus que c'était un bon professeur de français. Mais personne n'aurait empêché les espiègles que nous étions de relever ses manies, ses tics... Qui n'en a pas ? Moi-même, lorsque j'étais prof, j'en avais et mes élèves me « singeaient » gentiment... Non seulement je ne leur en ai jamais voulu... mais je riais avec eux... C'est d'ailleurs le meilleur moyen connu à ce jour de désamorcer la chose...

 

B-classe-de-seconde-1950-51-B.jpg

Voici la classe de seconde, année scolaire 1950-1951. Vous pouvez me voir au deuxième rang, à droite, juste au-dessus du Frère Léonard dont il est question.A gauche, le directeur, M. Divanac'h. Quarante élèves... pas un de moins... Une belle classe et d'excellents camarades...



Le programme comprenait... entre autre... l'étude des livres de Rabelais, Maître Alcofribas Nasier soi-même... Les aventures de Gargantua nous amusaient beaucoup. Mais sentions-nous sous l'ironie et la démesure toute la profondeur de l'œuvre ? J'en doute... C'est là qu'intervenait frère Léonard, avec l'air cérémonieux qu'il prenait pour nous expliquer des choses bassement matérielles. Il fallait l'entendre nous parler de Gargantua écoutant son maître Ponocrates à chaque instant de la journée de telle façon qu'aucune minute ne fût perdue, même lorsqu'il devait satisfaire à des besoins... naturels, car comme écrit Rabelais : « Puys s'en alloit es lieux secretz fayre excretion des digestions naturelles. Là son precepteur repetoit ce que avoit esté leu : luy exposant les poinctz plus obscurs et difficiles. » En clair, lorsqu'il allait aux toilettes, son maître lui répétait ses leçons pour qu'il s'en souvienne bien. Nous imaginions ce spectacle au cours duquel « le petit poussait »... Et nous transposions à notre propre situation... sans pousser plus loin... la comparaison...

Mais c'est le prédécesseur de Ponocrates qui nous amusait beaucoup, le professeur Thubal Holopherne, dogmatique et solennel, en un mot, pédant, et nous lui trouvions des points de comparaison avec notre propre professeur, auquel nous nous empressâmes de donner le surnom de « professeur Thubal ». Mais cette appellation contrôlée... ne franchit pas les limites de la classe de Seconde.

D'autres auteurs étaient aussi au programme, mais comme l'étude fut poursuivie en Première, je mélange un peu... J'en parlerai en temps voulu.

 

Frère Léonard nous apprenait aussi l'Histoire, et sans doute la Géographie bien que je ne m'en souvienne plus. Il fallait apprendre des résumés par coeur et je me rappelle uniquement que le siècle de Louis XIV était au menu et que nous devions nous « farcir » le nom de tous les artistes de ce siècle . L'un d'eux attira notre attention par la difficulté de prononcer son nom  : Coysevox, sculpteur de style baroque, dont nous nous appliquions à bien prononcer toutes les lettres, alors que, paraît-il, il faut dire « Cozevo »... Mais personne ne le savait... et nous encore moins !


 

Les mathématiques étaient enseignées par frère Pierre. Il était tout l'opposé de frère Léonard. Autant ce dernier avait le geste onctueux et la parole lénifiante, autant frère Pierre était agité de mouvements saccadés, son débit heurté, ses formulations « à l'emporte pièce ». Il roulait des yeux qui se voulaient terribles... Mais au fond, comme c'était un brave homme, que j'ai pu fréquenter plus tard lorsque j'étais « de l'autre côté de la barrière »... mais j'en parlerai en temps voulu, il n'impressionnait personne. Il souriait rarement, pensant sans doute que le sourire était une marque de faiblesse...

Il peinait parfois dans ses explications qui s'éternisaient, et je le soupçonnais de ne pas bien comprendre ce qu'il devait enseigner. Je me trompe certainement... mais c'est l'impression qu'il donnait. Curieusement ce défaut devenait une qualité. En effet, malhabile dans son exposé, il le recommençait plusieurs fois avec des variantes, et celui qui n'avait pas saisi la première fois avait toutes les chances de mieux comprendre la deuxième, voire la troisième fois... Bien entendu, je pense à mon cas en disant cela...

En écrivant ces lignes, j'imagine qu'on avait quand même mis un professeur de mathématiques qui comprenait les mathématiques... Mais la façon d'agir de frère Pierre, agité, nerveux, parfois résigné ou fataliste, donnait à penser qu'il pataugeait autant que nous...

 

(la suite, vous pourrez la lire dans le livre... of course !)

 (A pus...)

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 08:22

Voici un extrait de mon dernier livre. Mais d'abord, une photo du St Louis que nous avons connu. Au premier plan, le bâtiment neuf (à l'époque...) dans lequel nous avions nos quartiers : les classes au niveau de la route, les dortoirs au-dessus. Derrière, logeant la route, la longère construite après, au fond la chapelle... toujours debout... et dont on murmure qu'elle va peut-être sauver sa tête... Mais, comme l'a si bien dit mon camarade Pierre (Dac)... "Rien n'est moins sûr que l'incertain !"


B-saint-louis--vers-1953.-On-voit-bien-la-longere-.jpg

Les jours allaient maintenant succéder aux jours, les nuits aux nuits... A part quelques événements qui viendraient rompre la monotonie et dont nous parlerons, ils se déroulaient pratiquement tous de la même façon.

En dehors des heures de cours, nous étions sous la responsabilité d'un frère surveillant. Nous en avons connu plusieurs au cours de ces trois années. J'en parlerai un peu plus loin. Mais voici d'abord la journée type d'un interne à St Louis dans les années 1950...

Il suffit de multiplier cette journée et les nombreuses péripéties qui l'émaillaient... mais pas toujours les mêmes au fil des années... par le nombre total de journées passées en ce lieu... Je sais que certains de mes labadens... disons plus simplement de mes condisciples... ont gardé un souvenir atroce du régime sévère de l'internat et ont parlé d'un univers concentrationnaire... Je n'irai pas jusque là. Je ne dirai pas que nous étions dans une prison sans barreaux. Je n'ai pas gardé de si mauvais souvenirs.

Certes, nous étions enfermés pour près de deux mois sans espoir de sortie en ville (je veux dire « seuls »). Certes la discipline était assez sévère, les différents pions que nous avons eus étant plus ou moins tolérants ou bienveillants (c'était quand même rare...).

Nous étions là pour travailler et préparer le BAC. De ce côté, ce fut un succès. Certains ont pu dire que nous étions dressés pour passer un examen précis, mais pas préparés à la vie. C'est sans doute vrai pour la philo, matière pour laquelle nous apprenions par coeur des pages de notre manuel sans en comprendre parfois toute la subtilité. C'est certainement vrai pour l'anglais, car nous nous coltinions des pages entières de verbes irréguliers qu'il fallait réciter à la suite. « To go, went, gone... to begin, began, begun... » et notre esprit iconoclaste en faisait des dérivés non prévus au programme... « to see, saw, cisse... ». Au BAC, l'épreuve d'anglais consistait en une version (traduction de l'anglais en français) et nous étions à ce jeu de première force. Mais il n'aurait pas fallu nous demander de parler l'anglais ! La conversation n'était pas au programme ! J'ai connu des camarades qui se payaient des 18 minimum sur 20 en anglais... et qui, lorsqu'ils sont allés en Grande Bretagne pour des vacances, ont été incapables de se faire comprendre et de comprendre les autochtones...

Mais je m'écarte de mon propos de départ, et je ne doute pas que le frère Anatolien (ou un autre...) m'ait noté en marge d'un crayon rouge rageur : « Hors sujet... »

 

17--le-dortoir--dans-le-fond-les-lavabos.jpg

Voilà notre dortoit rel qu'il se présentait à l'époque. Au fond, on aperçoit les lavabos.

 

Commençons la journée par le matin... C'est plus logique que de la commencer par le soir... ou en milieu de journée...

Six heures moins cinq ! Le dortoir est calme, tout le monde dort encore ; à peine quelques ronflements se font entendre. Les lits grincent lorsque son occupant se retourne. Celui qui viendrait de l'extérieur et pénétrerait soudain dans la chaleur moite de cet endroit clos serait pris à la gorge par une odeur puissante de renfermé, de transpiration, et de la respiration de tous ces jeunes poumons endormis mais bien actifs... et parfois des émanations de chaussettes ou de pieds... Mais loin de ces considérations... malodorantes, nous dormons paisiblement, rêvant à des vacances au soleil...

Soudain, un bruit terrifiant transperce le silence. Un avion à réaction traverse-t-il notre dortoir endormi ? A mieux écouter, c'est plutôt un bruit de vieux réveil d'autrefois à la sonnerie puissante, propre à réveiller les morts... C'est le réveil du pion qui dort dans une alcôve fermée par un drap et qui sonne à 6 heures pile ! Des dormeurs arrachés brutalement aux bras de Morphée grognent sourdement, les yeux mi-clos. On n'a pas idée de réveiller les gens aussi brutalement ! Mais très vite ce réveil intempestif signifiera : encore trois quarts d'heures au lit ! Et en hiver, lorsque le froid régnera en maître, nous serons bien heureux de savourer ces 45 minutes dans la chaleur du lit.

L'hiver, le dortoir est encore dans le noir, éclairé seulement par des veilleuses maigrichonnes. Au printemps, il fait grand jour, car les fenêtres ne sont pourvues ni de volets ni de rideaux. Cette clarté permettra à certains de réviser leurs leçons, lorsque la date du BAC approchera.

Six heures trente : le pion, qui a fini de se préparer, sort de sa tanière et circule dans les allées du dortoir.

Comme je l'ai dit, nous avons eu plusieurs pions en trois ans et l'allure de chacun différait de celle des autres. Frère Anatolien, grande silhouette noire, soutanelle au vent, arpentait le terrain à grandes enjambées, comme s'il devait préparer le prochain marathon, le chapelet entre les doigts... Lorsqu'il passait près de notre lit, nous sentions le souffle de son passage et nous fermions les yeux, non pour ne pas être enrhumés... mais pour ne pas montrer que nous étions réveillés.

Frère Stanislas, plus râblé, sanglé dans sa soutane bien boutonnée de haut en bas, avançait à petits pas nerveux, la tête secouée d'un tic... à moins que ce ne fut d'un toc...

Frère Guy marchait prudemment, guettant le piège que nous lui avions certainement tendu... Il faut dire que nous lui en avons fait voir de toutes les couleurs.... D'autre part, il était affligé d'un fort strabisme divergent, l'oeil droit regardait à droite, le gauche à gauche, mais aucun des deux droit devant lui. C'était sans doute gênant pour lui, mais tout autant, sinon plus, pour ses interlocuteurs car on ne savait jamais qui, ni où, il regardait... Mais chaque chose en son temps...

Six heures trente était l'heure où les plus anciens, ceux du 2è BAC, Philo ou Mathélème, se levaient pour faire leur toilette.... car ces jeunes messieurs avaient déjà une barbe naissante et il leur fallait se raser. Nous les jeunes, les regardions avec envie : quand pourrions-nous à notre tour faire partie de ces privilégiés qui maniaient le rasoir avec une grande dextérité ? Oui, nous avions hâte de nous raser (cela nous a passé...). Se lever avant les autres pour se raser signifiait que l'on faisait partie des grands... de l'aristocratie du poil au menton... des hommes ! J'avoue m'être regardé dans la glace bien des fois pour guetter le premier poil, annonciateur de bien d'autres... On racontait à ce propos des tas de bêtises. Il fallait, par exemple, se frotter sous le nez avec de la fiente de pigeon si l'on voulait avoir une belle moustache ! Aucun de nous n'a jamais essayé : nous n'avions pas de fiente de pigeon à notre disposition ! En eussions-nous eue, je doute fort qu'un téméraire ait eu le courage de s'oindre de cette crème malodorante.

Les « barbus » ne se rasaient pas tous les jours. Mais chaque matin il y en avait toujours un ou deux, ce nombre étant plus important le jeudi jour de congé.

Pendant ce temps, tout le monde se réveillait, se dressait et s'assoyait sur le bord du lit. Six heures quarante-cinq : lever pour tous. Notre premier geste de la journée devait être le signe de croix afin sans doute de remercier le ciel de nous réveiller... vivants... ainsi que pour l'excellente journée que nous allions évidemment passer. Notre vraie prière était plutôt : « Mon Dieu, faites que les jours passent très vite et que les vacances arrivent encore plus vite... » Pour ma part - et je n'étais pas le seul - j'avais un petit calendrier de poche sur lequel je barrais consciencieusement chaque journée terminée. Quelle joie lorsque le petit carton se trouvait entièrement noirci ! Car le temps des vacances était déjà rayé : ces jours ne comptaient pas dans notre calcul, c'est à dire qu'ils comptaient beaucoup... mais pour faire autre chose ! C'étaient des jours de liberté, de farniente, qui passaient d'ailleurs trop vite ! Inutile de les noircir, ils se noircissaient bien tout seuls !

Bref... Je m'écarte encore ! Mais je livre mes impressions comme elles viennent. « Hors sujet »... pensez-vous. Non, au contraire puisque c'était l'essentiel de nos préoccupations, ce qui ne nous empêchait pas de travailler correctement !

La prière dite, nous enfilions rapidement nos vêtements. Pas de temps à perdre en questions de ce genre : mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir mettre aujourd'hui ? C'étaient les mêmes que la veille, le lendemain et les jours à venir ! Du solide, du rustique, et qu'il fasse beau, froid, chaud, qu'il pleuve ou qu'il vente, nous étions habillés de la même façon... La plupart portaient des sabots, que nous laissions au pied des marches pour monter en chaussons.

Ensuite nous allions nous laver à notre tour. Les lavabos étaient installés dans une grande pièce carrelée autour de laquelle couraient des grands bacs en zinc, en forme de demi-tonneau, de la longueur de la pièce, surmontés de robinets qui laissaient couler, quand on les ouvrait, de l'eau froide. Une glace à hauteur des yeux reflétait notre visage encore endormi... Eh oui ! Pas d'eau chaude ! Douillets, s'abstenir ! Un bon lavage à l'eau froide, voilà qui dissipait les brumes de la nuit et vous remettait les idées en place ! Je dois avouer qu'en fait de « bon lavage »... nous nous contentions d'une légère ablution, juste de quoi vous humecter un peu la figure... Une toilette de chats... Mais si le surveillant se trouvait dans les parages, il fallait faire plus que semblant.

Comme il n'y avait pas autant de robinets que d'élèves, les derniers arrivés devaient attendre. La pièce connaissait donc de fréquents encombrements, mais comme la toilette était vite expédiée, l'attente n'était pas trop longue.

 

(La suite... non pas au prochain numéro... mais dans les pages du livre...)

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 08:28

 

 

La sortie officielle de « L'Ecole des Frères » a eu lieu le 8 octobre dernier au lycée Saint-Louis de Châteaulin.

Pour cette occasion, l'école nous avait largement ouvert ses portes et le mérite en revenait à son directeur, Olivier Quéneuder. Ce dernier livre était pour moi un peu plus important que les autres. D'abord, il aurait droit à une sortie officielle ; ensuite, cette sortie se déroulait dans les lieux où j'avais été interne 60 ans exactement auparavant puisque le dimanche 8 octobre 1950, à l'heure où je dédicaçais mon livre 60 ans plus tard, nous étions dans la chapelle pour le salut du Saint Sacrement...

M. Quéneuder nous avait placés, Jean Louis Giard, directeur des éditions L'àpart, Janine et moi, dans une grande salle où nous avons installé notre matériel... et attendu les visiteurs.

La dédicace était prévue à partir de 18 heures. Bientôt les premiers arrivaient. J'ai eu le plaisir au cours de cette soirée de rencontrer bon nombre des mes anciens camarades, qui n'habitaient pas trop loin de Châteaulin, et qui m'ont fait le plaisir de venir.

Mais certains venaient de plus loin, du Nord Finistère, et même de Normandie où ils habitaient, et je pense qu'ils avaient profité de l'occasion pour visiter leur famille bretonne. Mais ils avaient certainement fait coïncider ce voyage et la dédicace.

Voir tous ces visages amis fut pour moi une grande joie. C'était déjà très bien... Mais je n'avais pas encore tout vu...

 

 

DSC06377.JPG

 

(photo prise au salon du livre de Châteaulin le 10 octobre)


J'avais bien vu ce couple arriver, alors que je dédicaçais à tour de bras, en levant un œil pour observer ceux qui entraient. Je les avais bien vus se diriger vers Janine, constater qu'ils avaient l'air de se connaître... mais leur visage ne me disait rien... J'étais trop absorbé par mon travail de dédicace pour réfléchir. Mais je me demandais bien de qui il s'agissait... Je devais les connaître, puisque Janine parlait familièrement avec eux... Nous verrons bien ! me dis-je...

Une fois que la foule des solliciteurs se fut un peu dissipée, voici l'inconnu qui se présente devant moi. Il fallait que je le reconnaisse !

Je crus qu'il s'agissait de mon ancien camarade de Brasparts... Aussi, je lui dis :

-Tu es de Brasparts ?

-Non ! fit-il, un peu amusé...

Tiens ! Ce n'était pas lui. Alors, qui ? Décidément, je ne voyais pas de qui il s'agissait...

Janine me souffla qu'il s'agissait d'un ancien élève... J'ai compris : un ancien élève... de Châteaulin... puisque j'avais eu une classe pendant l'année scolaire 1953-1954... Il ne pouvait en être autrement... Mais j'avais beau me torturer les méninges, je ne trouvais pas.

Je donnai ma langue au chat... Et la surprise fut énorme : c'était un de mes anciens élèves, de l'époque où j'exerçais en Normandie, Guy, qui habite sur la côte au nord de Caen, et qui était venu spécialement pour nous voir !

Si rencontrer mes anciens camarades suscita une grande joie, la présence de Guy, venu de si loin spécialement, provoqua une grande émotion et un immense plaisir.

Olivier Quéneuder nous avait préparé le verre de l'amitié, et c'est dans une ambiance chaleureuse que nous avons tous trinqué à l'amitié.

Bien entendu, nous avons voulu prolonger la soirée avec Guy et son épouse, ainsi que Louis et sa femme, sans oublier Jean-Louis. Moments exceptionnels comme on aimerait en avoir souvent, rappel de souvenirs, émotion...

Le dimanche suivant 10 avait lieu le salon du livre de Châteaulin, une autre occasion de rencontrer d'autres camarades.

Voici l'article paru sur le journal « Ouest-France » quelques jours plus tard.

« L'École des frères », dédicace à Saint-Louis - Châteaulin

mardi 12 octobre 2010


Gérard Nédellec, professeur à la retraite et écrivain depuis une quinzaine d'années, dédicaçait son dernier livre l'Ecole des frères, au lycée Saint-Louis.</P>

 

 

 

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Janine n'était pas inactive...Elle était chargée de proposer aux visiteurs mes autres livres...

 

 

"Vendredi, en début de soirée, Gérard Nédellec était au lycée Saint-Louis, à Châteaulin, pour la sortie de son nouvel ouvrage l'Ecole des frères. Ancien pensionnaire du lycée, de 1950 à 1954, dont la dernière année est un redoublement mais en tant qu'instituteur, Gérard Nédellec raconte, dans un style simple, vivant et chargé d'humour, ses souvenirs et ceux de ses camarades. Il y avait du monde vendredi pour obtenir une dédicace. Public d'amis, d'anciens du lycée, élèves ou enseignants, qui ont connu ou pas Gérard Nédellec.

C'est une ambiance de retrouvailles qui régnait donc à Saint-Louis vendredi soir. « C'est une journée formidable, des journées comme ça compte, pas seulement dans ma vie d'auteur, mais dans ma vie d'homme, voir un ancien élève qui fait des kilomètres juste pour me rencontrer, c'est formidable » affirme-t-il les larmes aux yeux.

C'est le 9 e livre de Gérard Nedellec « j'ai commencé à écrire à la fin de ma carrière de professeur, vers les années 1996. Surtout des anecdotes des souvenirs d'enfance qui paraissaient dans le Poher-hebdo. Histoires que j'ai rassemblées puis complétées, pour en faire mon premier livre, à la veillée en Bretagne » confie-t-il. L'ouvrage, dans lequel on découvrira une autre époque et d'autres méthodes d'enseignement et d'éducation, sera disponible dans les librairies de la région."


Depuis, je réalise des dédicaces à Angers et autour, avec toujours le même succès. Beaucoup ont été comme moi élèves chez les Frères ou les Soeurs, que ce soit en Bretagne, en Normandie ou en Anjou. L'ambiance était partout la même, et tous mes lecteurs s'y sont "retrouvés"...

Faites comme eux ! ! !


Si vous voulez me rencontrer, je serai à l'espace culturel Leclerc, Bd Camus à Angers,  le samedi 27 novembre toute la journée.  Je vous attends !


 

( A plus...)

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 08:35

 

Connaissez-vous Paul Féval ?… Voyons cela… Vous dites… Paul Féval ?… Peut-être… Vaguement…

Vous connaissez "Le Bossu ?"… Je pense bien !… "Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira "ta" toi !… "(ce pataquès fait souvent partie de la citation…)

Eh bien Paul Féval est l’auteur de cet immortel chef-d’œuvre du roman de cape et d’épée : "Le Bossu" !

Mais s’il fut en son temps plus lu que Balzac, aussi célèbre qu’Alexandre Dumas, reconnu par ses pairs, Paul Féval tomba brusquement dans l’oubli lorsqu’il effectua une remise en question qui l’amena à revenir à la foi de son enfance. Les foules sont versatiles dit-on. Allez savoir pourquoi on brûle ce qu’on a adoré (et réciproquement… ). Ses œuvres retrouveront plus tard le succès. Ses œuvres… Je devrais dire son œuvre maîtresse, "Le Bossu", car pour beaucoup, il semble que Paul Féval n’ait rien écrit d’autre… Pourtant, notre Breton a écrit près d’une centaine de romans !… (certains avancent le nombre de 250 : je n’ai pas vérifié : peu importe…)

Paul Féval est né à Rennes le 28 novembre 1817, dans une vieille famille de robe (ce qui ne signifie pas qu'ils étaient dans la haute couture... mais dans la magistrature;...). Son grand-père fut procureur général au Palais de Justice. Son père, conseiller à la cour royale de la ville, habitait un vieil hôtel ayant appartenu à la famille Blossac-La Bourdonnaye. Ses modestes revenus suffisaient à peine pour entretenir une femme et cinq enfants.

Le jeune Paul allait souvent en vacances chez un oncle du côté de Redon. Cette atmosphère rurale, où le folklore breton était vivace et où les idées de la Chouannerie n’avaient pas encore totalement disparu, le marqua profondément. Il s’en inspirera pour écrire de nombreux ouvrages, dont "La première aventure de Corentin de Quimper", les "Contes de Bretagne" et bien d’autres.

Mais n’anticipons pas… Avec une telle famille, c’est donc tout naturellement que Paul Féval fit des études de droit et revêtit la robe d’avocat. Mais au fond de lui il ne se sentait nullement à l’aise dans ce vénérable monument où il serait appelé à plaider : le Palais de Justice de Rennes.

Sa première plaidoirie eut la particularité de ne pas exister... et d’être aussi la dernière… Son fils raconte. “ Par inadvertance, il avait glissé dans sa serviette, le jour de sa première plaidoirie, au lieu et place de ses notes, un ouvrage d’Alfred de Vigny. Selon la formule d’usage, le président lui ayant dit : "Maître, vous avez la parole", Féval ouvrit… sa serviette… et resta bouche bée… ”

Peut-être en fut-il ravi au fond de lui-même … Il n’avait d’autre alternative que monter à Paris. Pour le barreau rennais, la perte n’était pas bien grande... Mais la littérature romanesque gagnait beaucoup, bien qu’elle n’en sût encore rien…

A Paris, il fallait bien vivre. Il travailla un temps dans la banque. Mais il était plus attiré par la littérature que par la finance. D’autre part, l’esprit de lucre ne lui convenait pas. Il exerça "mille métiers, mille misères" et ne mangea pas tous les jours à sa faim. Stimulé par les deux "vedettes" littéraires bretonnes de l’époque, Chateaubriand et Lamennais, il commença quelques récits, mais ne trouva pas d’éditeur.

Cependant, grâce à des recommandations rennaises, des journaux royalistes ouvrirent leurs pages à sa plume fertile. Ses premiers ouvrages étaient empreints de l’esprit breton qu’il avait découvert lorsqu’il était gamin gambadant dans les landes du côté de Redon. Eugène de Mirecourt prétendait même que pour mieux se mettre dans la peau de ses personnages, Féval écrivait ses romans vêtu du costume complet du paysan léonard, “ avec la perruque longue et retombant par derrière, le large chapeau sur la tête et les pieds dans d’énormes sabots. ” Le costume breton a toujours attiré la raillerie (et la jalousie). Avait-il besoin de cela pour pénétrer dans l’âme de ses personnages ? Ses plus connus (on pense à Lagardère, mais il y en a d’autres) ne sont pourtant pas Bretons.

"La revue de Paris" publia en 1841 "Le club des Phoques", un récit d’une grande originalité. C’est le début du succès. On lui commanda de réécrire le livre "Les mystères de Londres", paru en Angleterre, dont la première traduction s’était avérée impubliable. C’était un ouvrage dans la veine des "Mystères de Paris" d’Eugène Sue. Féval s’attela à cette tâche avec ardeur. En 1843-1844, "Les mystères de Londres" parurent sous forme de feuilleton. Féval avait donné à l’ouvrage son style fait de verve, de dynamisme et de rebondissements. Il trouva plus judicieux de signer son œuvre du pseudonyme de sir Francis Trolopp, qui faisait à ses yeux plus couleur locale… Le succès fut immédiat.

C’était la grande époque du roman-feuilleton, un genre inauguré en 1838 par Francis Wey dans "La Presse" avec "Les Enfants du Marquis de Gange". Le succès incita d’autres journaux à publier des romans-feuilletons. De grands noms s’illustrèrent, les plus connus étant Eugène Sue, Alexandre Dumas père, et bien sûr Paul Féval.

Mais certains considéraient ce genre comme mineur, et déniaient aux auteurs de romans-feuilletons le droit d’être de véritables hommes de lettres.

"Le Bossu" parut en 1857 (ou 1858, les auteurs ne sont pas d’accord….) dans "Le Siècle". Rappelons-nous qu’un épisode paraissait chaque jour, qu’il fallait attendre le lendemain pour connaître la suite, et parfois plusieurs mois pour savoir la fin… Le suspense était haletant… (bien que ce mot n’existât pas encore dans ce sens) Les auteurs étaient alors payés à la ligne, ce qui provoquait quelques abus, Dumas par exemple multipliant les Ha !… Ho !… Tiens !… (un par ligne évidemment…) ce qui obligea les journaux à décréter que chaque ligne ne serait comptée que si elle était remplie au moins aux trois quarts…

Parmi les titres nombreux de Paul Féval, citons "Les amours de Paris", "La Quittance de Minuit", "Le Fils du Diable", "Le roi des Gueux", "La Fée des Grèves", "Le capitaine Fantôme"... Il y en a comme cela près de cent, peut-être plus. Il fut l’ami de Dickens.

Ses tentatives pour entrer à l’Académie Française furent des échecs. On pensait sans doute qu’un feuilletoniste n’avait pas sa place parmi la docte assemblée. On lui préféra des gens réputés plus sérieux, même s’ils n’avaient pas sa notoriété… et qui sont complètement oubliés de nos jours...

Le succès amena la richesse. Mais Féval n’avait rien d’un financier, je l’ai dit. Il spécula et perdit. Sa popularité baissa. Il se tourna alors vers la religion catholique et écrivit "Les Etapes d’une conversion", ne gardant pas rancune à ses contemporains pour leur ingratitude. Philosophe, il disait : “ Les Bretons n’ont jamais eu de chance, sauf les Nantais pourtant qui regardent toujours où ils posent le pied ”... Boutade ?…

Atteint de paralysie en 1880, il mourut en 1887.

Son œuvre par contre ne mourra jamais.

(A plus...)

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 07:43

 

 

Eugène René Poubelle est né à Caen en 1831. Après des études de droit à l’université de Caen, il devint professeur de droit tout naturellement. Après la guerre de 1870 qui sonna le glas du second Empire, il fut nommé préfet de l’Isère.

En 1883, il est nommé préfet de la Seine. A cette époque, le ramassage des ordures posait toujours un gros problème car pendant des siècles, les Parisiens ont jeté leurs déchets dans la rue comme cela……Un détail : c’est grâce à cette mauvaise habitude, les déchets s’étant fossilisés, qu’on a pu connaître les habitudes alimentaires de nos ancêtres…..Ceci compense cela……

Et pourtant, ne croyez pas que les rois n’ont rien fait pour la salubrité de Paris ! 700 ans avant Poubelle, Philippe Auguste décréta que les rues de Paris seraient pavées. Quatre siècles plus tard, seules la moitié le seront…..

En 1506, Louis XII décida d’apporter sa contribution. Les ordures seront ramassées par les services royaux. Bonne idée ! La suite l’est moins….Une taxe sera levée pour couvrir les frais, taxe qui s’ajoutera à celle qui financera l’éclairage des rues. Cette “ taxe des boues et des lanternes ” rencontra une belle unanimité….contre elle. On n’en reparlera plus, pas plus que du ramassage des ordures.

Paris est alors plus que jamais la ville de boue comme la saluera Rousseau. Signalons que Lutèce vient du latin lutum, qui signifie boue. Déjà !….

En 1799, une ordonnance de police oblige les Parisiens à balayer devant leur porte. Les travaux du baron Haussmann modifieront sensiblement et dans le bon sens le paysage parisien. A la même époque, les découvertes de Pasteur vont sensibiliser les gens à l’hygiène.

C’est dans ce contexte que Poubelle arriva à Paris. Il s’émut de cette situation et décida d’y mettre un peu d’ordre. C’est ainsi que le 7 mars 1884, un décret obligea les propriétaires d’immeubles à “ mettre à la disposition des locataires un récipient commun - ou plusieurs - pour recevoir les résidus du ménage. ” J’ajoute qu’il avait prévu la taille et la contenance des boîtes, et rendu obligatoire trois récipients pour opérer ce qu’on appelle maintenant le tri des déchets : un pour les ordures ménagères proprement dites, un autre pour les papiers et les chiffons, un troisième pour le verre, la faïence ou les coquilles d’huîtres. Très important, les huîtres !…..

Hélas ! Ce point du règlement fut peu ou mal suivi et le tri des déchets devra attendre plus d’un siècle pour être appliqué. Et encore !……Certains traînent encore des pieds…..ou de la poubelle……

Toujours est-il que les Parisiens appelèrent ces boîtes des “ poubelles ”, sans imaginer que de nos jours ce nom serait tellement passé dans les usages qu’on a complètement oublié celui qui en fut à l’origine.

Rendons au préfet Poubelle ce qui lui appartient !…..

 

 

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 08:49

 

 

 

La vache normande est, avec le cidre, le camembert, le calva, un emblème vivant de la Normandie. Elle est à la fois massive et élégante, ce qui semble contradictoire. Mais la Normandie n’est-elle pas une terre de contradictions ? Ou plutôt de contrastes ? A moins que ce ne soient des nuances ?… Relisez donc “ Le Normand tel qu’en lui même ” paru voici quelque temps dans le blog pour vous en convaincre…..

Car la vache normande est toute en nuances. Sa robe particulière s’harmonise bien avec les prairies dans lesquelles elle évolue. Elle permet de la reconnaître parmi d’autres vaches de races différentes.

C’est une vache tricolore, ce qui signifie que sa robe comprend trois couleurs (qui ne sont pas obligatoirement le bleu, le blanc et le rouge !…..).

Le fond est blanc. Par dessus, comme un manteau, du blond, mais du blond nuancé, qui peut aller du fauve au roux. Mais il ne s’agit pas d’un manteau uniforme. Il est composé de taches plus ou moins grandes, qui peuvent former comme des îles plus ou moins compactes, ou des îlots dispersés. Avec un peu (beaucoup ?…) d’imagination, on peut trouver à ces taches la forme d’un continent….ou d’un personnage….

Et ce n’est pas tout. Des fines rayures brun foncé parcourent ce manteau. Elles sont plus ou moins serrées, plus ou moins fines. Les spécialistes disent que cela donne à l’animal un aspect "bringé".

Ainsi, on trouve des vaches chez lesquelles le blanc domine, avec peu de couleurs, d’autres où le fond blanc est presque entièrement recouvert de ces taches blondes, mais qui tirent en réalité davantage sur le fauve ou le roux. Mais toutes sont reconnaissables et possèdent à des degrés divers les éléments cités plus haut. La vache normande a les mêmes caractéristiques que ses maîtres : diversité, nuances, complexité, mais par dessus tout, unité. Contradiction ?……

N’oublions pas de signaler ce qui peut paraître comme une fantaisie….ou une coquetterie : elle porte des lunettes…Je veux dire que des taches de couleur autour des yeux donnent l’apparence de lunettes…..

La vache normande est d’une bonne taille, 1,50 m de hauteur moyenne au garrot pour les mâles, un peu moins pour les femelles (1,42 m). Elle est robuste, rustique, elle passe la plupart du temps dehors quelle que soit la saison, et n’est pas difficile pour la nourriture. D’un poids moyen de 7 à 800 kg pour les femelles, 1 à 1,2 tonne pour les taureaux, c’est une excellente productrice de viande. N’oublions pas le lait bien évidemment, car la vache normande est une bonne laitière. Elle donne en moyenne 6 000 litres de lait par an, dont la teneur en matière grasse est de 4,2 %. Ce signifie qu’une vache peut fournir 250 kg de beurre par an (si on lui en laisse le loisir…..)

Ajoutons qu’elle a un bon taux de fécondité et que c’est une bonne mère.

Voilà. La vache normande n’aura plus de secrets pour vous !…..

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 08:32

 

 

 

 

Tout le monde a un jour ou l’autre écrit avec un crayon Conté, sans savoir s’il s’agissait d’une marque ou un nom. En fait, c’est le nom de son inventeur, Nicolas Jacques Conté. Conté est donc devenu, comme bien d’autres, un nom propre….bien commun.

Nicolas Jacques Conté est né à Saint-Céneri, près de Sées, dans ce qui deviendra l’Orne, en août 1755, dans une famille modeste. Orphelin de son père alors qu’il était jeune, il manifesta très tôt des dons manuels. C’est surtout dans le dessin que son jeune âge lui permettait d’exceller. Sa mère l’éleva comme un futur cultivateur, et le jeune garçon n’aurait pas refusé de suivre cette voie naturelle pour l’époque. Mais c’eut sans doute été dommage….De toutes façons, la destinée en décida autrement.

En ce XVIIIè siècle, l’agriculture comme l’industrie connaissaient une ère inventive qui n’était pas pour déplaire à l’ingénieux Nicolas Jacques. Mais qui pourrait bien faire attention à un modeste et jeune cultivateur ? Pas plus les grands propriétaires aristocratiques que ses voisins, plus enclins à jalouser un confrère jugé intelligent qu’à l’encourager dans ses essais d’amélioration de l’outil de travail.

Ses dons pour le dessin furent remarqués par l’évêque de Sées, Mgr Duplessis d’Argentré et Madame de Premesle, supérieure de l’Hôtel-Dieu. On lui demanda de décorer l’église, ce qu’il fit avec un tel succès que des commandes de portraits affluèrent. Il avait le coup de crayon sûr, ses portraits étaient ressemblants, les coloris vifs. Que demander de plus ?…..

Mais il considérait cette occupation comme un passe-temps certes lucratif, tandis qu’il suivait des études de physique et de mécanique. On l’avait chargé de tracer le plan d’une grande propriété située près d’Alençon. Un travail de cadastre long et fastidieux avec les outils de l’époque. Notre inventif Normand imagina et fabriqua lui-même un instrument qui lui permit de lever le plan plus rapidement. Sur sa lancée si j’ose dire, il fabriqua une machine hydraulique permettant d’élever les eaux. C’est d’autant plus remarquable qu’il ne connaissait pas les machines hydrauliques existantes.

Ces succès l’incitèrent à monter à Paris où, pensait-il, la fortune l’attendait. Certes, mais il faudra attendre un peu…..Il devait avoir 25 ans environ, il s’était marié, mais sa femme, bien qu’elle fût d’une origine distinguée, était aussi pauvre que lui.

A Paris, ils vécurent de ses portraits. Il prit le temps de suivre des cours de sciences où ses capacités furent remarquées par ses professeurs. Dix années passèrent ainsi lorsque éclata la Révolution de 1789. L’heure n’était plus aux portraits, mais Conté était désormais capable de se créer de nouvelles ressources.

La France, attaquée de toutes parts, la patrie en danger avait un urgent besoin de toutes les compétences. Conté allait pouvoir donner sa pleine mesure. Le Comité de salut Public rassemblait dans ses mains tous les pouvoirs. Il pensa utiliser les ballons, invention nouvelle des frères Montgolfier, pour les opérations militaires.

On créa une commission de savants dans laquelle Conté eut sa place, très vite la première. On créa une école aérostatique à Meudon, dont il fut nommé directeur. Mais les élèves étaient ignorants des choses de l’aérostation. Dans cet art nouveau, tout était à créer. Conté se dépensa sans compter…..Il dressa des plans, réalisa des expériences parfois dangereuses, inventa des instruments nouveaux, les fit exécuter par ses élèves. Un jour qu’il étudiait l’effet produit pas des gaz différents sur des vernis, un courant d’air entraîna l’hydrogène contenu dans un madras (une cornue) sur la flamme. Ce fut l’explosion dans laquelle il perdra l’œil gauche.

Remis de ses blessures, il fut nommé commandant en chef de tous les corps d’aérostiers après la bataille de Fleurus. C’est l’époque où on créa le Conservatoire des arts et métiers de la rue Saint-Martin. Avec Vandermonde, Leroy et Joseph Montgolfier, Conté en fut l’un des fondateurs.

Les crayons étaient devenus rares et chers. On ne savait utiliser que la plombagine venant d’Angleterre. La guerre avait fermé les portes. Conté se mit au travail, inventa la plombagine artificielle (mélange d’argile et de graphite) et fonda une fabrique dont les produits ont été connus depuis sous le nom de "Crayons Conté".

Mais le chef des aérostiers dut quitter ses travaux pour suivre l’armée. Il travaillait notamment sur un nouveau baromètre qu’il venait de soumettre à l’Institut. Le voici en Égypte avec Bonaparte qui avait amené avec lui des savants. Il allait une fois de plus montrer son savoir-faire, son immense talent. Tout le matériel envoyé de France avait disparu. Avec l’aide d’ouvriers adroits qu’il avait formés, il recréa tout. Des fonderies s’élevèrent. On y fabriqua aussi bien des caractères d’imprimerie, de la poudre, de la monnaie.

L’armée manquait d’uniformes. Conté fit fabriquer du drap. Tout manquait. Il fit fabriquer tout : instruments de chirurgie, sabres, lunettes astronomiques, loupes….Son intelligence encyclopédique lui permit de créer ou recréer tous les arts d’Europe.

Décidément, il savait tout faire ! Lorsqu’il rentra en France, avec quelques regrets, l’Égypte était prête à exploiter les pistes d’améliorations industrielles qu’il avait ouvertes. Il avait réalisé de nombreux dessins non pas sur la richesse culturelle de l’Égypte ancienne, mais sur la civilisation industrielle de l’Égypte moderne. Il lui fallait en effet illustrer le livre de l’expédition et pour cela il utilisa une machine de son invention.

Il retrouva le Conservatoire. Membre du Bureau consultatif des arts et manufactures au Ministère de l’Intérieur, toutes les nouvelles inventions passaient entre ses mains. C’est alors qu’il perdit celle qui était sa raison de vivre, sa femme. “ Je lui rapportais tous mes succès, disait-il parlant d’elle. Que me reste-t-il à présent ? ”

Mais la grande tristesse qu’il éprouvait ne l’empêcha pas de poursuivre son travail. Malheureusement sa santé donna des signes de défaillance, et malgré son courage, il mourut en 1805. Il n’avait pas encore 50 ans. Mais cette vie de cinquante années fut plus remplie qu’aucun autre.

On peut dire qu’il a bien travaillé pour la France. Précisons qu’il était aussi désintéressé qu’ingénieux. Il ne tira profit que de l’invention des crayons.

(à suivre... bien entendu...)

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 08:19

 

 

....Mais il existe, ce département !... Auriez-vous l'intention d’enfoncer... une porte ouverte ? ....

Non ... Je veux dire que Le Havre voulait créer voici deux siècles un département dont il aurait été le chef-lieu, en face de la Seine-Inférieure de Rouen. Rivalité entre les deux métropoles normandes....

Lors de la création des départements par l’Assemblée Constituante, la ville du Havre avait présenté le projet de création d'un département de Seine-Maritime comprenant la frange maritime du département actuel. Mais Rouen ne se laissa pas faire. Ajoutons que la position excentrique du Havre par rapport au reste de la Haute Normandie ne favorisa pas cette demande. Le département de Seine-Inférieure vit donc le jour avec Rouen comme préfecture.

Le temps passa. L'idée semblait avoir été abandonnée. Elle attendait son heure ! A la fin du Second empire, l’idée républicaine fait son chemin au Havre, grâce notamment à l'élection à la députation de Jules Lecesne en 1869 et l'arrivée au gouvernement d'Emile Ollivier, ancien républicain pour le moment rallié à l'Empire. La Chambre de Commerce du Havre, voulant se dégager de la tutelle rouennaise, en profita pour demander « la création d'un département de la Seine-Maritime ayant Le Havre pour chef-lieu ».

La municipalité soutient le projet, malgré la crainte de dépenses nouvelles. L'affaire a toutes les chances de réussir, lorsque survient la funeste guerre de 1870 ... Envolés les espoirs ? Non ! Le député Lecesne est ami de Gambetta, chef du gouvernement de Défense Nationale. Un décret est rédigé, et même signé. il officialise la transformation de l'ancien arrondissement du Havre en département de Seine-Maritime ! C'est gagné ? … Non ! Le décret n'est pas daté, et les Prussiens assiègent Paris. A quoi tiennent les choses !… La paix revenue, on a oublié le décret ...

En 1879, le creusement du canal de Tancarville est prévu, mais Rouen met des bâtons dans les roues … C'en est trop ! L'affaire repart. Tous s'y mettent : Chambre de Commerce, Conseil municipal, élus, opinion publique. La presse s'en mêle. Des pétitions demandant la séparation avec Rouen circulent. Gambetta appuie le projet.

Et Rouen pendant ce temps ? Va-t-elle laisser faire sans réagir ? Non ! Des pétitions rouennaises répondent aux pétitions havraises. Elles mettent le doigt sur le coût de l'opération. La majorité des élus du département sont aussi de cet avis, y compris dans l'arrondissement du Havre où des villes comme Bolbec et Fécamp ne sont pas ravies de changer de département…

Le gouvernement qui était réservé en profite pour mettre un point final à l'affaire par une décision digne de Salomon. On donnera au Havre le canal qu'il voulait, mais pas la préfecture ! La Seine restera Inférieure !

L'idée ressurgira de temps en temps, sans succès.

Ironie du sort, en 1955 Rouen prendra le nom tant convoité pour débaptiser le département (comme d'autres départements où l'on voulait chasser tout ce qui était inférieur...) et l’appeler Seine-Maritime.

L’affaire était définitivement close !…

GN

(D'après les renseignements fournis par « Histoire du Havre » )

(paru dans l'almanach du Normand)

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 08:52

 


 

Lorsque Le duc Guillaume de Normandie récompensa un de ses plus fidèles serviteurs, Richard de Reviers, en lui donnant la ville de Vernon, le nouveau maître des lieux prit le nom de Richard Vernon. Il faut préciser qu’il était de la parentèle du duc puisqu’il était le fils de la nièce de Guillaume.

Lorsque ce dernier débarqua en Angleterre pour conquérir la couronne promise et qu’on lui refusait maintenant, Vernon était à ses côtés. La victoire acquise, l’Angleterre conquise, Vernon fut lui aussi conquis par le pays. Il décida d’y rester, d’autant plus que son oncle et roi Guillaume lui octroya généreusement de belles et vastes terres.

Richard Vernon fut à l’origine de la branche anglaise des Vernon alors que la branche française s’éteignit (sans doute parce que le meilleur était parti….).

Ses descendants essaimeront un peu partout, notamment aux Etats-Unis. Un amiral Vernon fut ami de Washington. Le domaine sur lequel il mourut et se fit enterrer, s’appelle depuis Mount-Vernon, et vous en avez peut-être entendu parler.

L’autre Vernon, Edward, celui qui nous intéresse, vivait une cinquantaine d’années auparavant et était aussi amiral. Il remporta certes bien des victoires mais fut radié de la liste des amiraux britanniques pour désobéissance et extrême sévérité envers ses subordonnés. Ses hommes qui le craignaient fort l’avaient surnommé Old Grog car il portait toujours un vêtement en gros de Naples, une toile de soie grossière que les Anglais appelaient grogram, de l’italien grossagrana.

Ce terrible amiral si sévère eut un jour une idée géniale. Les marins ont la réputation de boire….sec ! Ils réservaient leurs faveurs au rhum, de la Jamaïque bien sûr !….Mais après avoir ingurgité ce breuvage de feu, leurs gestes étaient moins précis, et le travail s’en ressentait. Néanmoins, il leur fallait du “ remontant ” car leur travail était pénible.

Old Grog imagina alors de donner à ses marins de l’eau chaude arrosée de rhum. La chaleur de l’eau ajoutée à l’alcool donnerait aux hommes l’excitation au travail sans l’ivresse…..Tout naturellement, les marins appelèrent cette boisson un grog…..Dire qu’elle leur plut autant que le rhum pur….je l’ignore. Mais on peut ajouter dans l’eau autant de rhum qu’on veut !…..

Bref, ce breuvage remporta un vif succès et se généralisa. Qui n’a goûté cette boisson un jour de grippe ?…On peut donc avancer que l’amiral Vernon est un bienfaiteur de l’humanité……

 

A suivre...

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