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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 13:35

 

Dans le cadre de la rédaction de mes multiples almanachs, je me trouvais hier mardi à Sainte-Suzanne dans la Mayenne. J'avais le projet de présenter cette commune et son riche passé historique comme personnalité du Maine pour l'almanach du Maine 2012, qui paraîtra en septembre prochain. Son château... enfin, les ruines de son château féodal, a la particularité d'avoir résisté à Guillaume le Conquérant il y a... quelques années... Le fait mérite d'être souligné car il s'agit du seul cas de ce genre : on ne résistait pas au conquérant de l'Angleterre ! J'avais raconté cela dans l'Almanach du Maine 2010. Voici donc le texte en question.

Mais tout d'abord, voici une photo que j'ai prise en arrivant. On distingue bien le donjon féodal à gauche et le château construit au 17è siècle à droite.

 

DSC06415.JPG

 

 

Hubert II de Beaumont-au-Maine, surnommé Hubert de Sainte Suzanne, vicomte de Beaumont, du Maine et de Vendôme, détenait au XIè siècle les places fortes de Beaumont, Fresnay et Sainte Suzanne.

Le Maine à cette époque était convoité par ses puissants voisins : la Normandie au nord et l'Anjou au sud. Hubert avait choisi la cause du comte d'Anjou et du Maine, et dut résister à Guillaume de Normandie qui se cassa les dents sur sa forteresse de Sainte Suzanne...

Il avait construit cette dernière sur un mamelon inabordable, l'avait complétée d'un donjon dans lequel il s'enferma. De cette tanière inexpugnable, il attaquait les Normands, les pourchassant jusqu'au Mans.

Cela eut le don d'agacer profondément Guillaume, habitué à ce que rien ne lui résistât... Il envahit une nouvelle fois la région et prit sans difficultés les forteresses de Fresnay, Sillé et Beaumont. Il faut dire qu'elles étaient moins facile à défendre que la puissante forteresse de Sainte Suzanne, perchée sur son éperon rocheux...

Voici donc Guillaume devant cette dernière. Hubert s'est réfugié dans le donjon avec ses meilleurs soldats et sa famille dont son épouse, Ermengarde de Nevers, arrière-arrière petite-fille d'Hugues Capet. Bon sang ne saurait mentir...

Pendant trois ans, de 1083 à 1086, Sainte Suzanne fut le théâtre de combats répétés entre le vicomte Hubert et le duc-roi Guillaume. Ce dernier mit le siège devant le château mais sans succès. Agacé par la résistance d'un petit vicomte, il confia le commandement du siège à l'un de ses lieutenants de confiance, Alain le Roux, lord de Richmond. Sa femme, la reine Mathilde, mourut en 1083 .

Au cours du siège de Sainte Suzanne, nombreux furent les vaillants chevaliers normands qui laissèrent la vie.

Le comte d'Anjou et le roi de France Philippe ne manquèrent aucune occasion d'aider les révoltés du Maine contre Guillaume. Pour punir le roi de France, Guillaume se dirigea vers Mantes qu'il détruisit. C'est là qu'il fera une chute de cheval qui le blessera à mort.

Orderic Vital, chroniqueur de ces temps, écrira : "Le roi ne put assiéger la forteresse, qui était inaccessible à cause des rochers et de l'épaisseur des vignes qui l'entouraient de toutes parts". De plus, des puits situés à l'intérieur de la forteresse relient le château au « moulin du vicomte », permettant aux assiégés de se ravitailler correctement, élément essentiel dans un siège...

 

Et si vous voulez en savoir plus, procurez-vous l'almanach du Maine dès qu'il paraîtra en septembre prochain. Je rappelle que je "sévis" également dans les almanachs de Bretagne, de Normandie, de l'Anjou, de Champagne-Ardennes, de l'Orléanais, de la Beauce...

A moins que vous n'habitiez pas loin de Sainte-Suzanne, qui se trouve dans le pays des Couëvrons, donc pas loins d'Evron dans la Mayenne... D'Angers à Sainte-Suzanne, il n'y a que 85 km... Et c'est "tout d'route"... comme disent les Normands...

A plus...



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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 06:58

Vous avez eu l'occasion de lire de nombreux textes sans photos... En effet, je n'en avais pas obligatoirement à ma disposition pour illustrer mon propos...

Aujourd'hui, je vous livre des photos sans textes... juste quelques explications nécessaires...

D'abord des photos de la sortie dédicace de mon dernier livre le 8 octobre 2010 à Châteaulin. Je viens de les recevoir il y a peu, transmises par un fidèle ami venu spécialement de Colleville-Montgomery  près de Caen.

 

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Vous me voyez en pleine action... C'est vrai que ce jour-là j'ai eu le plaisir de rencontrer de nombreux anciens camarades qui avaient vécu les mêmes aventures que moi à Saint Louis dans le milieu du siècle dernier...

 

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Je retrouve là un ancien élève d'Epinay sur Odon où j'ai exercé pendant 23 ans et qui est venu spécialement de Colleville-Montgomery... J'avoue à ma courte honte que je ne l'ai pas reconnu... Vous le lisez sur mon visage. Qui est donc cet individu que Janine semble connaître ?... Avouez que la surprise était de taille... Je ne m'y attendais pas du tout et ma joie fut immense... une fois que je l'eus reconnu... bien sûr !

 

Passons à autre chose maintenant... Mardi dernier 18 janvier, je suis allé au Mans pour participer à un jeu "Les chercheurs d'or" sur France Bleu Maine. Auparavant, j'avais été chargé de concocter quelques questions se rapportant au département de la Sarthe, extraites de l'Almanach du Maine pour lequel je travaille aussi... avec six autres... Des auditeurs téléphonaient, l'animateur Bruno Vandestick leur posait trois questions et je devais ensuite expliquer les réponses.

Une question parmi d'autres : Qu'a inventé Léon Besnardeau ? Cela remonte à 1870 et il serait bien rare que d'ici le 31 décembre 2011 vous n'en adressiez pas une... J'attends les réponses... je donnerai la solution la prochaine fois... Je rappelle que j'ai écrit dans l'Almanach du Maine un article sur cette personne et son invention...

Journée très intéressante. Ensuite, j'ai été accroché par une autre journaliste pour laquelle j'ai dû raconter une de mes histoire.

Il est question que je retourne dans quelques mois pour participer à une autre séquence de cette amission.

 

Voici donc des photos...

 

DSC06409.JPG

 

 

Un peu sérieux, non ? Pourtant, je souris... intérieurement...

 

 

 DSC06411.JPG

 

 

Le plan est plus large. Remarquez la lampe rouge au milieu de la table : elle est éteinte. Mais quand elle est allumée, on a intérêt à ne pas tousser... On est en direct !

 

A plus...

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 11:37

 


Une autre histoire tirée de "L'école de Monsieur Paul"

 

Après des études primaires à l’école de sa petite commune de la région de Vire, Jean Boujon entrait en 6è à l’Institut Lemonnier de Caen, tenu par les Salésiens de Don Bosco. Nous étions en septembre 1946. La guerre était terminée depuis un peu plus d’un an mais la libération du pays ne signifiait pas le retour à l’abondance.

Jean quittait pour la première fois la chaleur du foyer familial. Il se sentait un peu perdu dans cette école qui lui paraissait immense. Encore faut-il préciser que les nouveaux bâtiments, ceux qui se dressent de nos jours, n’étaient pas sortis de terre. L’institut avait été détruit lors des bombardements précédant la libération de Caen. Pendant dix-huit ans les cours furent donnés dans des bâtiments provisoires. Eh oui !….Le provisoire dure parfois longtemps !.....Quand je suis arrivé à Caen en 1955, beaucoup de commerçants tenaient encore boutique dans des baraquements place Saint Martin…..

Le premier soir, dans son petit lit de fer, perdu dans le grand dortoir au milieu des autres enfants, tandis que le frère surveillant glissait silencieusement dans les allées pour veiller au sommeil de ses ouailles, le petit Jean réalisa sa solitude et pleura doucement en se cachant sous les draps. Il crut entendre des sanglots étouffés pas très loin de lui. D’autres esseulés ressentaient cruellement le poids de la séparation et versaient des larmes amères. Curieusement, cela le réconforta. Il n’était pas seul ! Bientôt la fatigue l’emporta et il sombra dans le sommeil.

Dès lors, les jours succédèrent aux jours dans l’atmosphère studieuse et recueillie du pensionnat. Les journées étaient bien longues, entièrement consacrées au travail : des heures interminables d’étude coupées de moments de classe, des récréations monotones dans une cour austère ceinturée de baraques sans âme, avec, entre deux palissades, une échappée sur la ville, sur la vie, même si cette vie avait été meurtrie et reprenait doucement après les épreuves du débarquement et ses ruines.

Les après-midi des jours de congé, les internes partaient pour la promenade en rangs par deux, à travers la campagne. Ils se rendaient parfois à la Prairie, véritable poumon de la ville, à moins qu’ils ne partent par Venoix et Bretteville sur Odon pour arriver à Verson et la campagne. Ils en auront parcouru, à pied, des kilomètres, les petits pensionnaires !…..Mais à cette époque où les voitures étaient encore rares, on ne rechignait pas à la marche. On avançait sans se poser de questions. L’insouciance de la jeunesse !

La rentrée était déjà loin. Les élèves avaient ravalé leurs larmes et travaillaient dur pour complaire à leurs parents. Ces derniers n’avaient pas pu rester à l’école très longtemps. Ils faisaient souvent des sacrifices pour que leurs enfants suivent des études qui leur avaient été refusées. Ils voulaient qu’ils réussissent mieux qu’eux. Pour cela, rien ne valait une solide instruction qui leur ouvrirait certainement des horizons nouveaux.

Les restrictions de la guerre n’étaient pas très loin et l’ordinaire offert à l’appétit insatiable des pensionnaires était plutôt limité. Les pommes de terre constituaient la base de l’alimentation. Elles étaient stockées à peu de distance de la chapelle et lorsque les élèves s’y rendaient en rangs par deux pour quelque office, leurs narines étaient assaillies par les exhalaisons capiteuses de ces tubercules entassés dans la chaleur moite d’une soupente obscure et sans air. Malgré la proximité de la chapelle, on était loin de l’odeur…..de sainteté !…..

Dans leur grande majorité, les internes étaient originaires des communes environnantes. Le vendredi jour de marché, les fermiers venaient vendre leurs produits frais. Les chars à bancs convergeaient vers la place Saint Sauveur, chargés de victuailles toutes aussi appétissantes les unes que les autres : choux pansus, poireaux épanouis, navets rebondis, carottes charnues, pommes aux coloris variés et au parfum entêtant. Des poulets caquetants s’agitaient dans des paniers en osier tandis que les lapins duveteux, plus sages, usaient indéfiniment leurs canines, ce qui leur donnait l’apparence de petits vieux à favoris occupés à mâchouiller une sucette invisible.

Comme la plupart avaient un ou plusieurs fils à l’Institut, ils lui rendaient une visite rapide et laissaient au petit prisonnier un panier rempli de produits de la ferme : motte de beurre d’un jaune d’or sur laquelle se détachait une vache immobile, rillettes ou pâté si l’on avait sacrifié le cochon, andouille qui fumait dans la cheminée depuis des mois, pots de confitures aux couleurs vives. Parfois la maman avait confectionné un plat délicieux encore tiède, qui rappellerait à l’enfant des souvenirs heureux, ou une teurgoule onctueuse accompagnée d’un brasillé.

Les élèves enfermaient toutes ces bonnes choses dans le tiroir de la table qu’ils occupaient au réfectoire. Le midi, lorsqu’ils arrivaient pour le repas, après s’être assis, ils ouvraient leur tiroir plein à ras bord et choisissaient dans cette caverne d’Ali Baba personnelle ce qui allait compléter, et même parfois remplacer la maigre pitance de la pension.

Tous les tiroirs étaient pleins. Tous….Mais celui de Jean Boujon restait désespérément vide vendredis après vendredis. Il y enfermait sa serviette et tandis qu’il la prenait, il voyait ses voisins couvrir leurs tartines de rillettes onctueuses, de tranches de pâté odorant, de confitures dégoulinantes. Ses narines frémissaient inutilement sous l’assaut de toutes ces senteurs subtiles.

Ses parents habitaient un peu plus loin que les autres et ne pouvaient venir le voir souvent. Une distance de 60 km, qui paraît dérisoire de nos jours, était alors un obstacle insurmontable pour celui qui ne possédait pas de voiture, comme c’était le cas des parents de Jean. En effet, peu de gens possédaient une voiture. Elles avaient été confisquées par les Allemands pendant la guerre. Il faudra attendre les années 1950 pour retrouver une vie quasi normale…..On était donc tributaire de la compagnie de transports en commun, les Courriers Normands. On prenait le car des Courriers Normands comme on prend maintenant sa voiture….à la différence près que les cars étaient le plus souvent très chargés et qu’il fallait jouer des coudes pour trouver une place. J’en sais quelque chose moi qui vous parle….J’ai dû une fois entrer par la fenêtre afin de réserver une place assise à mes parents…..

Mais revenons à notre pauvret. Pendant que ses camarades de table se régalaient des délices familiaux, Jean mangeait en silence le repas rudimentaire préparé par le cuisinier de l’établissement. Il regardait ses voisins en poussant de gros soupirs. Et si parfois des larmes montaient à ses yeux, il les refoulait pour ne pas pleurer devant ses camarades. Comme il se trouvait seul à cet instant ! En quittant le réfectoire, il sentait encore des contractions au creux de l’estomac, signe que sa faim n’était pas assouvie, alors que les autres sortaient avec des sourires de satisfaction….

Les semaines passaient, les jours succédaient aux jours, jusqu’à ce fameux vendredi de novembre. Les élèves étaient entrés au réfectoire dans une joyeuse animation. Les parents avaient reconstitué leurs stocks……Les lourds souliers ferrés frappaient joyeusement le plancher disjoint, les bancs qu’on rapprochait de la table raclaient le sol. Et puis les tiroirs s’ouvraient dans un brouhaha réjoui.

Tout ce cérémonial n’intéressait pas Jean, habitué à un tiroir désert……Il l’ouvrit donc machinalement, ses yeux se baissèrent pour chercher sa serviette. Stupeur ! Il était rempli de tas de choses dont il avait presque oublié l’existence. Il reconnut des confitures, du pâté, du beurre. Il resta un moment sans voix et dit enfin :

- « Je crois qu’il y a une erreur ici !…..

Autour de la table, les autres mangeaient sans s’occuper de lui, en essayant de feindre l’indifférence.

- Eh !….Je crois qu’il y a une erreur ici !….reprit Jean. Quelqu’un a dû se tromper de tiroir !

- Se tromper de tiroir ?…fit un loustic et regardant les autres. Non ! Je ne pense pas que nous soyons assez sots pour nous tromper ! Regarde ! Mon tiroir est plein. Le tien aussi, Joseph…Et le tien, Yves….Tous nos tiroirs sont pleins. Comme le tien Jean. Je ne vois pas d’erreur !….N’est-il pas mieux que tous les tiroirs soient pleins……..plutôt que d’avoir un tiroir vide ?

Alors Jean comprit. Ses camarades s’étaient émus que semaine après semaine personne ne vînt le voir pour lui apporter des provisions. Alors ils avaient décidé de donner chacun quelque chose pour celui qui n’avait rien. C’est ainsi que ce vendredi-là, Jean eut la plus belle surprise de sa vie d’écolier. Il sentit ses yeux s’embuer, mais là il ne retint pas ses larmes. Des larmes de bonheur. C’est la voix étranglée par l’émotion qu’il dit : merci.

Désormais, chaque vendredi, il trouvait dans son tiroir quelques provisions qui montraient que la solidarité n’est pas un vain mot. Il trouverait la semaine un peu moins longue. Il n’était plus seul. Il avait trouvé des amis, des frères.

Jean a maintenant quelques années de plus. Lorsqu’il m’a raconté cette belle histoire un jour que je lui rendais visite, je crois bien qu’à la fin, il était aussi ému que le jeune Jean un demi-siècle plus tôt. Il ne pouvait que me répéter : « Tu te rends compte ?…. »

Oui, je me rendais compte. Cela fait toujours chaud au cœur de savoir que l’on n’est pas seul. La solidarité aide à surmonter les moments pénibles de la vie….

 A plus...

 

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 09:05

 

Il eut à peine le temps de réaliser ce qui lui arrivait, son père s'était jeté sur lui.

- Tu es reçu ! Tu es reçu !

- Quoi ? Reçu ? répondit le jeune homme, qui ne comprenait rien et croyait encore rêver.

Sa mère avait suivi, et regardait son mari avec inquiétude. Serait-il soudain devenu fou ? Elle l'avait vu passer tout excité dans l'escalier en criant : Hervé est reçu ! Elle crut que l'échec de son fils lui avait fait perdre la tête. Il semblait absent depuis ce fameux soir du retour. Comment pouvait-il être reçu puisqu'il affirmait être collé ?

Il s'assit sur le lit, réalisant que son attitude pouvait surprendre.

- Je vais vous expliquer, dit-il, reprenant son souffle. Voici cinq minutes, j'ai reçu un coup de téléphone du professeur d'Hervé. Il venait d'appeler l'Inspection Académique pour une autre raison, lorsque son interlocuteur lui dit :

- Ah ! Tiens ! J'y pense ! Vous êtes le lycée Mathurin Méheut........ Justement, ça tombe bien ! Nous avons un élève de chez vous................ Voyons, comment s'appelle-t-il déjà ? (bruits de papiers) Ah oui ! Hervé Baudoire ! C'est cela. Eh bien.......c'est un oubli ! Oui....Il a été oublié si vous préférez ! Il a été déclaré collé….En fait, il est reçu ! Oui…..Reçu !….Que voulez-vous, l’erreur est humaine !…..Pouvez-vous le prévenir ?

Le père était tout excité. Il s’arrêta un moment.

- Et c'est ainsi, continua le père, que tu es reçu ! Je me disais aussi.....Ce n'est pas possible qu'il ait échoué deux années de suite. Il devait y avoir une erreur !

Hervé avait écouté ces explications avec intérêt. Reçu ! L'incroyable était arrivé. S'il s'attendait à ce retournement de situation !

- Bon ! Ne perdons pas de temps ! fit-il. Il va falloir que je prépare l'oral maintenant ! C’est peut-être dans peu de jours.

- L'oral......reprit son père. Je savais bien que j'oubliais quelque chose ! Tu le passes demain !

- Demain ? cria Hervé en sautant hors du lit. Demain ? Cela ne me laisse pas beaucoup de temps pour les révisions !

Evidemment, depuis son retour, il n'avait pas ouvert ses livres. A quoi bon ! A cette époque, seuls les admissibles à l'écrit devaient passer l'oral. Ce n'était pas son cas.

- Il ne faudrait pas que j'échoue maintenant à cause de cet oral ! Si j'avais été averti comme les autres, j'aurais pu travailler, me préparer ! En m'oubliant, "ils" ne m'ont pas favorisé !

- Justement, dit la mère, "ils" en tiendront certainement compte.

- Si tu crois cela ! Pas de sentiment dans ces cas-là ! Ne pense pas que je bénéficierai de faveurs de la part de ces messieurs !

- J'y pense ! s'écria soudain la mère...... Monsieur Lemoulant !

- C'est vrai ! reprit le père, Monsieur Lemoulant !

- Monsieur Lemoulant ? répondit en écho le nouveau reçu. Qui est-ce ?

- Tu sais bien ..... Ses parents tiennent un commerce sur le quai........ Il est professeur au lycée Jules Verne. Il pourra nous conseiller !

Hervé se souvint que des camarades lui avaient parlé d'un professeur d'une distraction exceptionnelle, habitant la même ville que lui. Un jour, sortant de son appartement pour se rendre au lycée, il aperçut un lacet de sa chaussure dénoué. Il posa sa serviette en cuir sur le trottoir et se baissa pour le lacer. Puis il se releva, saisit distraitement une poubelle malencontreusement placée à côté de son porte-documents, et s'en alla d'un pas décidé au lycée. Son entrée dans la cour, une boîte en fer blanc à la main à la place de sa serviette en maroquin rouge brun, eut un énorme succès ! On en parla longtemps. C'était sur lui que ses parents comptaient pour l'aider !

- Il est très gentil, continua sa mère. Il te dira comment faire.

- Va pour le professeur Nimbus .....enfin, pour Monsieur Lemoulant ! Au point où j'en suis, je n'ai pas le choix, et je n’ai plus rien à perdre !

Les parents Lemoulant, appelés par téléphone, indiquèrent que leur fils était justement là et qu'il se ferait un plaisir de l'aider de ses conseils. Hervé se rendit donc chez lui et se trouva devant un grand gaillard qui l'observait attentivement derrière de grosses lunettes d'écailles. Il raconta son histoire que son interlocuteur écouta avec une extrême attention.

- Bon ! fit-il lorsqu'il eut terminé. Il n'est plus question que tu mettes le nez dans les livres. C'est trop tard ! Lequel choisirais-tu ? Tu n'en sais rien ! Comme tu ne peux les revoir tous, n'en regarde aucun ! Aujourd'hui, détends-toi..... si tu le peux ! Je devine que ce doit pas être agréable de se trouver dans une telle situation......Ils pourraient quand même faire un peu plus attention ! Oublié ! Est-ce qu'on oublie un candidat reçu au Bac ? Je crois plutôt qu'ils ont fait une erreur dans l'addition de tes notes, et qu'ils s'en sont aperçus après. Estime-toi heureux qu'ils t'aient prévenu !

- Ils ne l'ont pas fait ! C'est mon professeur de philo qui l'a appris par hasard. S'il n'avait pas téléphoné, je me demande s'ils se seraient manifestés !

- Oh ! Je n'en suis pas sûr ! J'ai connu le cas d'un élève, collé comme toi, qui s'est rendu compte à la réception de ses notes qu'il avait le nombre de points suffisants, et même plus.

- Alors, il a été déclaré reçu ?

- Pas du tout ! Malgré ses réclamations, ainsi que celles de ses professeurs, on lui a dit que c'était "trop tard" ! Il aurait dû le signaler plus tôt.

- Plus tôt.....Comment aurait-il pu le savoir s’il n’avait pas connaissance de ses notes ? Ce n'est pas normal !

- Je ne te le fais pas dire ! Mais c'est ainsi : il n'y a rien eu à faire ! Collé il était, collé il est resté ! C'est pourquoi je te dis : estime-toi heureux !

- Vous croyez que ceux qui font les additions ont leur Bac ?

Le professeur éclata de rire.

- En attendant, rentre chez toi et repose-toi. Je connais les examinateurs. Demain, j'irai leur glisser deux mots. Je pourrai au moins leur demander de se pencher avec bienveillance sur ton cas, compte tenu des circonstances. Allez, sois confiant ! Le plus dur est fait !

Hervé rentra avec le sentiment qu'au contraire, le plus dur restait à faire ! Mais ce Monsieur Lemoulant était effectivement très compréhensif. Il parlerait aux examinateurs.

A cette idée, Hervé reprit espoir. Allons, rien n'était perdu ! Il avait eu de la chance jusqu'à présent : on s'était aperçu de l'erreur concernant ses notes, et son professeur avait providentiellement appelé l'Inspection Académique. La chance n'allait pas l'abandonner maintenant !

Il dormit peu, essayant malgré les conseils de réfléchir aux questions qu'on pourrait lui poser. Le lendemain, peu frais et moyennement dispos, il prit le car pour la ville. Il avait rendez-vous à 14 heures. La grande aiguille de la pendule centrale indiquait moins cinq lorsqu'il entra sous le porche, fébrile et un peu nerveux. De nombreux candidats se pressaient déjà dans la cour. Des listes avaient été placardées afin de fournir toutes les indications aux futurs bacheliers. Il remarqua son nom, ainsi que celui de deux autres, ajoutés à la main en bas d'une feuille tapée à la machine.

- Tiens ! se dit-il : des oubliés comme moi !

Il ne croyait pas si bien dire ! Ils étaient trois "oubliés", rattrapés en catastrophe par on ne sait quel miracle. Il aperçut dans un couloir son conseiller privé, qui s'approcha de lui et lui glissa quelques mots.

- J'ai parlé de vous aux examinateurs. Vous êtes trois dans ce cas. Ils sont conscients du préjudice que vous avez subi et prêts à se montrer indulgents. Si vous ne faites pas d'erreurs grossières, cela devrait bien se passer.

- Alea jacta est ! répondit-il.

Cette présence amicale et ces paroles encourageantes lui redonnèrent confiance. Il se présenta devant les différents examinateurs qui le questionnèrent avec compréhension, évitant de le pousser dans ses derniers retranchements. Sauf un ! Il n'avait donc pas été prévenu ? Il tortura le pauvre Hervé de questions insidieuses.

- Mais enfin, mon jeune ami, fit-il au bout d'un moment, qu'avez-vous donc fait entre l'écrit et l'oral ? Rien...... évidemment !

Allait-il échouer à cause de ce professeur insensible ? Il chercha des yeux son sauveur, mais ne le vit pas. Par contre, l'examinateur voisin s'était rendu compte de la situation. Il s'approcha et chuchota quelques mots à l'oreille de son collègue.

- Eh bien, continua ce dernier après cet intermède, j'en apprends de belles ! J'ignorais que l'on pouvait oublier des élèves sur une liste........ Allez, je ne vous fais pas souffrir davantage ! Je vais vous mettre une note suffisante pour que vous ne soyez pas oublié une seconde fois !

Ouf ! Qui a dit que la justice n'était pas de ce monde ? La suite de l'oral se déroula convenablement. Hervé ne fut ni brillant, ni mauvais. Il se souvenait des paroles de son mentor : ne pas faire d'erreurs grossières. Il sut louvoyer entre ce qu'il savait, et ce qu'il avait oublié........

Les résultats se firent peu attendre. Il eut la satisfaction de relever son nom, tapé cette fois à la machine, sur la liste des reçus. Les deux autres "oubliés" se trouvaient dans son cas. Il reprit le car, plus serein qu'à l'aller. Son retour au logis fut plus calme........Son père ne l'accueillit pas par des grandes démonstrations de joie. Il était reçu, quoi de plus normal ? Il avait fait son travail. Faut-il féliciter sans arrêt celui qui accomplit sa tâche quotidienne ?

Le travail bien fait ne porte-t-il pas en lui-même sa meilleure récompense ?……

Néanmoins, une question taraudait l'esprit d'Hervé. Un jour, il demanda à son père :

- Je voudrais te demander une chose........Avais-tu vraiment l'intention de me placer mousse sur un bateau ?

- Toi ? répondit-il en éclatant de rire. Tu aurais fait un fameux mousse ! Non....C'était pour te faire réagir !

- Me faire réagir ?

- Bien sûr ! Je savais que cela ne te plaisait pas. Tu aurais tout fait pour ne pas être mousse !

- Oh ! Mais j'aurais eu de l'avenir ! On commence mousse, on peut finir amiral ! C'est un emploi..…prometteur ! Difficile de partir de plus bas ! On ne peut que monter ! Vraiment, je me demande si cela n'aurait pas été mieux pour moi ! Que vais-je faire maintenant ?

Son père ne riait plus. Il le regarda avec étonnement.

- Tu......Tu aurais préféré être mousse ?

Hervé allait répondre lorsque le réveil sonna. Il se réveilla tout étonné de se trouver dans son lit. Mais alors, il avait rêvé ?....Ce rêve paraissait si réel ! Il est vrai qu’aujourd’hui, il devait connaître les résultat du Bac qu’il avait passé voici quelques semaines. Ainsi, ce rêve le donnait collé d’abord, puis reçu ensuite ! Quelle histoire ! Et puis, cette histoire se passait dans un port du Finistère, lui qui habitait Port en Bessin ! La mer, c’est toujours la mer ! Mais il n’y a pas de langoustiers à Port !.....

Pourquoi avait-il rêvé cela ?....Il trouva une explication : aux grandes vacances dernières, il s’était rendu avec ses parents à Douarnenez où ils avaient passé une quinzaine. Il avait admiré les bateaux divers, dont les fameux langoustiers. Mais cela faisait presque un an ! Pourquoi cette histoire ressortait maintenant, justement le jour où il attendait ses résultats ?....

Il ne trouva aucune explication qui lui convienne. Il souffla bruyamment, se leva péniblement et se dirigea vers la cuisine où sa mère avait préparé le petit déjeuner.

- Tu as une drôle de tête !...fit-elle.

- Si tu savais d’où je viens !....

- D’où tu viens ?....Mais….de ton lit !

- Non ! Je viens tout droit….de Douarnenez !

La mère le regarda bizarrement.

- Tu te sens bien ?....

- Mais oui ! répondit-il en riant. J’ai rêvé tout simplement !

Il dut raconter son rêve.

- Eh bien, fit sa mère, quelle histoire ! Mais ce n’est qu’un rêve ! Espérons que le sort te sera plus favorable ! Dépêche-toi, tu dois être à Bayeux où les résultats sont affichés à 10 heures ! Il est bientôt 9 heures !

A 10 heures il était dans la cour du lycée, avec bien d’autres candidats comme lui. Il put lire son nom dans la liste des reçus : Hervé Baudoire.

Ouf !.....Ce maudit rêve lui avait fait peur ! Plus tard, il apprit qu’un camarade, déclaré collé, fut finalement rattrapé au dernier moment et reçu : une erreur !.....

- Au fond mon rêve, c’était un rêve prémonitoire…pour un autre ! »

 

Fin de l'histoire... à plus pour d'autres aventures tout aussi... saignantes...

 

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 07:09

 


Une petite histoire maintenant extraite de mon livre "L'Ecole de Monsieur Paul". Elle est vraie, cet oublié du bac... c'était moi...

 

« Tu es collé ! »….Les trois mots avaient claqué aux oreilles du pauvre garçon comme une triple détonation. Collé ! Encore collé ! Déjà l'année dernière, Hervé Baudoire avait échoué deux fois au Bac Philo, malgré des résultats plus que satisfaisants en cours d'année, qui le plaçaient parmi les premiers de la classe. Allez comprendre les examens ! Rien n'est plus imprévisible ! Il avait redoublé, mais le coeur n'y était plus. Revoir des matières connues, ou supposées telles, n'a rien d'exaltant. Les cours ne présentaient aucune originalité susceptible de piquer la curiosité et le désir d'apprendre. L'enthousiasme de l'an dernier avait fait place à une assiduité résignée et peu efficace. Le ressort était cassé.

Il attendait les résultats dans la cour du lycée, avec les autres candidats, silencieux au milieu des bavardages de ses condisciples. Il se faisait peu d'illusion, ne croyant pas en sa réussite. Mais il espérait malgré tout. On espère toujours.

Voici un an, plein d'espoir, il se trouvait dans la même situation, presque au même endroit. Il était certain de son succès. Comment en aurait-il été autrement ? Et l'incroyable était arrivé : son nom ne figurait pas parmi les reçus ! Ce devait être une erreur ! L'explication fut fournie par la communication de ses notes : sa composition de philosophie n'avait pas plu au correcteur, qui lui avait attribué une note très basse. Comme elle représentait les deux tiers du total, on imagine le résultat. La session de septembre ne fut pas plus heureuse.

Ces souvenirs lui revenaient douloureusement tandis qu'il faisait fébrilement les cent pas.

- Allons, se disait-il, l'année dernière, j'aurais dû décrocher facilement ce diplôme : je ne l'ai pas eu. Cette année, je le mérite......moins. Donc, je l'aurai ! C'est la logique ….illogique des examens !

Hélas ! La vie n'est pas aussi simple ! S'il suffisait de mériter quelque chose pour l'obtenir .......

Soudain, un professeur était arrivé tout essoufflé du centre d'examen. Il avait lancé ces petites phrases, pointant le doigt sous le nez de l'intéressé : tu es reçu ! ...... tu es collé ! ......tu es reçu ! ......tu es collé ! ......... Ah ! On voyait bien qu'il n'était pas concerné par ce verdict qu'il lançait d'une voix joyeuse, la même qu'il aurait utilisée pour dire : tu as gagné le gros lot ! ..... Tu es condamné à mort ! .......

Hervé avait fermé les yeux, ruminant ses regrets, au milieu des manifestations bruyantes des reçus qui ne se souciaient pas de l'amertume des refusés. Qu'allait-il devenir à présent ? Il devinait les paroles que son père ne manquerait pas de lui adresser. Il l'obligerait certainement à s'engager comme mousse sur un bateau !

Depuis de nombreuses années, lorsque ses résultats scolaires n'étaient pas conformes à ce qu'il en attendait, son père le menaçait de le placer comme mousse sur un bateau de pêche. Dans un port de pêche, on a le choix, d'autant plus qu'il connaissait de nombreux patrons.

Mais il ne mit jamais ses menaces à exécution, pour la simple raison qu'il n'avait pas un seul instant eu l'intention de le faire. Mais Hervé l'ignorait ! Il existe (disons plutôt il existait…..) deux façons d'inciter les enfants à mieux travailler : leur promettre des châtiments exemplaires, ou leur faire miroiter des récompenses mirifiques. Son père avait opté pour la première méthode, la jugeant certainement plus efficace, sinon moins onéreuse !

C'est ainsi que le pauvre Hervé faillit être mousse sur un sardinier, puis en grandissant, sur un thonier. La taille de l'embarcation augmenta avec l'âge. Le chalutier lui fut promis à l'aube de ses quinze ans. Il vit défiler devant lui presque toute la flottille.

Mais il manquait un type de bateau qu'on avait dû réserver à ses dix-huit ans, le plus beau, le plus noble, celui qui avait donné à ce port finistérien ses lettres de noblesse, après que la sardine eût déserté la baie.

- Ça y est ! pensa-t-il. Je vais finir mousse sur un Mauritanien !

Eh oui ! Mousse sur un langoustier ! Ces navires immenses partaient trois longs mois sur les côtes de Mauritanie pêcher ce grand crustacé aux antennes fortes et délicates à la fois ! Il aimait bien les admirer lorsqu'ils étaient à quai, le pont couvert de casiers qui représenteraient plus tard pour la langouste autant de pièges mortels. La coque blanche leur donnait fière allure. Les marins se lançaient des plaisanteries en breton, certains d'appartenir à la noblesse de la mer. Mais imaginer qu'il pourrait être l'un des leurs ....... Non, vraiment ! Il se passerait volontiers de cette aristocratie-là ! D'ailleurs, il n'avait pas le pied marin. Et puis, il ne savait pas nager. Deux raisons majeures !

Il craignait cependant qu'elles ne fussent pas suffisantes. Ne disait-on pas que la plupart des marins ne savaient pas nager ?…..Que ferait-il d'autre ? Le Bac était indispensable à la poursuite d'études supérieures. Pas de Bac, pas d'Université ! Le langoustier……voilà son univers.....cité !

Il n'avait pu résister à ce mauvais calembour qui le dérida un peu. Mais décidément, ce n'était pas le jour des plaisanteries ! Il se reprit bien vite.

- Voilà ! Tu vas devenir un petit mousse sur un gros bateau qui remue d'avant en arrière et de gauche à droite ou le contraire, et tu ne penses qu'à faire des jeux de mots ! Allez, rentrons à la maison ! Nous verrons bien le sort qui nous attend !

Il prit un car cahotant et poussif. Deux heures plus tard et cinquante kilomètres plus loin, sa valise à la main, il arriva à la porte de la maison et entra.

- C'est toi, Hervé ? cria sa mère.

Il n'eut pas le coeur de répondre, comme il le faisait habituellement :

- Non ! C'est mon frère !

Il répondit donc d'un air bourru en montant l'escalier :

- Et qui veux-tu que ce soit ?

- Oh ! Mais tu n'as pas l'air aimable ce soir......Oui, je comprends, fit-elle en voyant sa mine déconfite. Pas de chance ?

Il poussa un gros soupir qui équivalait à un aveu.

- Que va dire ton père ?

- Quelle importance ! Je n'y puis plus rien maintenant !

C'était la seule chose qui les préoccupait tous les deux : la réaction du père !

Lorsqu'il arriva vers sept heures, il lança, presque joyeusement, tant il était certain du résultat :

- Alors ?

La mine basse de la mère et du fils fut la seule réponse, muette mais éloquente. Sa mine se rembrunit, se renfrogna, et il lança dans un grognement de dépit :

- Rien encore ? Décidément........Combien de fois te faudra-t-il le passer pour l'avoir, ce maudit examen ?

Il continua ses récriminations dans un discours heurté que la colère rendait parfois incompréhensible. Devant lui, comme un boxeur étourdi de coups, Hervé entendit dans un état second des fragments de phrases lancés d'une voix fulminante : "pas assez travaillé.......comme d’habitude…….pas sérieusement ......mousse...."

- Ça y est ! se dit-il. Le grand mot est lâché !…….

Mais son père ne précisa pas quel type de bateau l'attendait ! Après le souper, il monta se coucher. Il éprouva des difficultés à trouver un sommeil peuplé de rêves maritimes dans lesquels les jeunes mousses, ballottés de bâbord à tribord, trempés par les embruns, vivaient de véritables cauchemars. Les jours suivants, son père n'en parla plus. Il semblait l'ignorer.

- Il n'a pas encore trouvé sur quel bateau me placer ! se dit Hervé. Profitons-en pour musarder. Cela ne durera pas !

Le matin du troisième jour, Hervé était encore endormi. Il profitait de ces moments de trêve pour faire la grasse matinée. Il s’imaginait mousse sur un bateau de pirates. Brrr !....Ils avaient des figures peu engageantes….surtout leur chef, le terrible Bec Du…..Dans son demi-sommeil, il entendit un sourd piétinement, comme un branle-bas de combat. Les pirates allaient attaquer, c’est sûr ! Bec Du, bandeau sur l'œil, montait déjà l'escalier, le sabre à la main, suivi de ses forbans aux mines patibulaires ! Il entendait leurs pas pressés résonner sur les marches dans une mêlée confuse. Leur chef lançait un cri de guerre curieux. Il ne le comprenait pas en entier, seulement la fin : cela finissait par "u".....Mais comme il se rapprochait, il l'entendit nettement : "Hervé est reçu !"

Quoi ? Comment peut-il dire cela ? Que sait-il, ce Bec Du ! Qu'il s'occupe donc de ses pirates plutôt que de se moquer des pauvres candidats malchanceux ! La cavalcade de la horde sauvage résonnait dans tout le navire......enfin......dans toute la maison. Le fracas de l'ouverture de la porte de la chambre réveilla complètement Hervé qui se terra au fond de son lit. Il aperçut soudain devant lui...........son père qui criait :

- Hervé est reçu ! Tu es reçu !

 

A suivre...

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 09:08

 

A la demande générale... parlons un peu de la Normandie et des Normands...

Remontons le temps... Prêts ?... Let's go !

 

 

La Normandie existe depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911. Mais avant ?…..Il y avait bien des peuples sur le territoire qui allait devenir la Normandie. Peut-être des Pithécanthropes ou des Ramapithèques……Moins loin, la femme exhumée à Caen en 1980 avait peut-être la même origine que les squelettes néolithiques de Fontenay-le-Marmion, ce qui la fait remonter de trois ou cinq mille ans avant notre ère, seulement…..

 

Ne remontons pas si loin….

Nous avons tous appris la fameuse phrase : “ Il y a 2 000 ans, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois ”. Et les Gaulois dans nos contrées s’appelaient les Unelles dans le Cotentin, les Bajocasses dans le Bessin, les Abrincates dans l’Avranchin, les Viducasses du côté de Vieux, les Esubii ou Esubiens à Sées, les Eburovices à Evreux, les Lexoviens à Lisieux, les Véliocasses dans le Vexin…et j’en oublie certainement. “ Et tout ça ça fait d’excellents Gaulois ”, comme dit la chanson….Pas forcément. Mais devant les légions de César, les tribus gauloises vont s’unir (une fois n’est pas coutume…) et se battre comme des lions du côté de Saint-Pierre d’Entremont (dans l’Orne, pas en Savoie…). La défaite de la Gaule amènera la Pax Romana. C’est déjà ça !

Alors sont arrivés les Romains ou prétendus tels car bien peu étaient natifs des rives du Tibre…..des auxiliaires recrutés par les Romains au hasard de leurs conquêtes européennes ou africaines. Ce qui deviendra un jour la Normandie faisait partie de la Seconde Lyonnaise, de la Bresle au Couesnon….déjà ! Mais avant, ce sera la Neustrie.

La chute de l’empire romain a vu déferler sur notre pays les hordes barbares. Les Saxons venus d’outre Manche s’installeront sur tout le territoire qui s’appellera l’Aremorica, le pays devant la mer, qui s’étendait sur toute la côte de la Manche. Ce sera l’Armorique que certains voudront limiter à la seule Bretagne. Mais la future Normandie en faisait également partie. D’autres peuplades viendront de l’autre côté du Rhin. Les Burgondes, les Alamands, les Wisigoths, les Francs.

Ces derniers vont se faire la part belle, à grands coups de francisque ! Tous ces peuples venus de Germanie pour la plupart vont se fondre peu à peu dans le même creuset. Clovis saura, avec l’aide de la Croix, devenir non pas encore roi de France, mais roi des Francs. Un peu plus tard, Charlemagne réunira un grand empire. Si bien qu’après sa mort, et celle de son fils, ses trois petits-fils devront se partager l’empire. Le traité de Verdun en 843 verra la naissance de la Francie ou pays des Francs (pas encore la France, mais on se rapproche….) mais aussi la source de conflits ultérieurs entre notre voisin allemand…..(c’est terminé, Dieu merci !….)

C’est le moment que choisiront les Vikings pour venir faire des incursions sur les côtes de Neustrie. Il s’agissait parfois de peuples nordiques chassés par leurs frères et qui n’avaient pour seule ressource que d’aller piller ailleurs…..C’est qu’elle était bien tentante, notre région, et aussi mal défendue par des Carolingiens sans grand pouvoir. Il est certain que les Vikings ont profité de la faiblesse de l’Etat carolingien pour mener à bien leurs expéditions.

Ces guerriers navigateurs couverts de cuirasses en écailles, se jetaient en poussant des cris effrayants sur des domaines sans défenses. Leurs chefs portaient des noms curieux : Harald à la Dent bleue, Harald à la Belle chevelure, Leif l’Heureux, Sven à la Barbe fourchue, et Rolf le Marcheur. (pas d’Olaf Grossebaffe en vue !….)

Incapable de les empêcher de piller, le roi Charles dit le Simple leur octroya généreusement ce territoire qui allait devenir la Normandie, ou pays des Normands. Ce fut le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911. Qui fut la dupe de l’autre ? Rolf devenu Rollon….ou Charles ? Aucun ! Charles a confié à Rollon la garde d’un territoire qu’il ne pouvait plus défendre. Rollon a accepté ce qu’on lui donnait. La négociation a toujours été préférable à la guerre. Nos guerriers étaient peut-être las de combattre !….Ils ont remplacé leurs armes par d’autres plus pacifiques et se sont mis à reconstruire ce qu’ils avaient abattu.

Peu à peu le petit territoire dévolu à Rollon repoussera ses limites pour aller jusqu’au Couesnon. Bientôt régnera la Pax normannia. Le nouveau Normand sera un homme libre. Pas de serfs en Normandie ! Bien sûr, certains devront manier la charrue ou se livrer à des corvées et autres obligations. Bien évidemment devront-ils payer diverses redevances envers le château, la cure ou l’abbaye. Ce seront des roturiers libres, “ sire de sei ” comme l’ont écrit les moines.

Et qu’ils soient descendants des Maures, des Vikings ou des Saxons, ils s’appelleront Morel, Blondel ou Roussel…ou Morin, Blondin et Roussin…...Ils auront bien sûr d’autres noms qu’il n’est pas possible de citer tous.

Guillaume futur Conquérant rassemblera la Normandie sous son autorité, avant de partir à la conquête de l’Angleterre à la suite du cousinage avec le feu roi Edouard. Certains Normands s’établiront en Angleterre après la conquête. L’histoire de la Normandie ne s’arrête pas avec Guillaume. Mais si vous le voulez bien, je vais en terminer ici. Je vous laisse continuer le prochain chapitre : “ Des Normands aux Français ”……

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 07:48

 

Passons à autre chose de différent...

 

 

Une phrase extraite du livre de Frédéric Le Guyader « La chanson du cidre » m’a interpellé…comme l’on dit maintenant. Je vous la livre : « Il y a autant de différence entre une femme d’Yffiniac et une femme d’Auray qu’entre une Samoyède et une Arlésienne. L’une a les attributs du sexe, l’autre en a toutes les grâces. »

Vraiment ?....Ce livre est paru en 1901. Ce qui était vrai à cette époque ne l’est sans doute plus un siècle plus tard. Heureusement !...Il est vrai que la Bretagne est à la fois unique et diverse, traditionnelle et moderne, attachée à son terroir et ouverte sur l’avenir. Voilà qui peut paraître contradictoire, mais bien dans l’esprit des Bretons, à la fois complexes et simples….

Si vous allez à Douarnenez et à Carhaix….(au hasard…), verrez-vous la même Bretagne ? Oui…et non…La même fierté de son terroir, oui ! Le même attachement à sa langue, oui ! La même façon de la parler, non !...Le même costume, non ! Je pourrais multiplier les exemples. Il y a l’Armor, le pays de la mer, et l’Argoat, le pays des bois.

Prenons le Finistère. Vous avez la Cornouailles au sud, le Léon au nord. Le nord et le sud….Combien de fois m’a-t-on dit que j’étais un sudiste !...Et alors ?...Le Cornouaillais est réputé pour sa gaieté, sa bonne humeur, son insouciance. Ses costumes sont plus colorés. Le Léonard (ou le Trégorois) est plus renfermé, plus mélancolique, plus réfléchi. Ses costumes ont une sévérité pleine de noblesse. Je n’ai surtout pas dit qu’il est triste ! Non. Le Breton est gai de nature. Mais cette gaieté ne se manifeste pas toujours de la même façon. Ici elle est plus expansive, là plus réservée.

On dit…et c’est sans doute vrai, que la côte du sud Finistère est plus riante et celle du nord plus sauvage. On prétend aussi que cet environnement influe sur les personnes. Le poète polonais Kraszewski dit même : « L’homme finit toujours par se pénétrer des influences extérieures. » Il y a peut-être du vrai. La sévérité physique des côtes nord correspond à celle des caractères des personnes qui y vivent. L’éclat des côtes du sud se retrouve dans le tempérament exubérant de ses habitants. Pourquoi pas ? (Mais non, je ne suis pas chauvin !....)

On a aussi classé les raconteurs d’histoires, (les gwerz), en disreveller, ceux qui racontent des histoires émouvantes, tragiques ou édifiantes, et en marveiller, qui content des mésaventures burlesques ou satiriques. Mais là encore les choses sont moins tranchées.

En résumé, le Breton reste, partout, profondément breton…Renan, Breton lui-même, l’a défini : « un Celte mâtiné de Gascon »….

Allons bon !.....

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:12

 

Suite et fin de l'acte 1... L'acte 2 n'est pas encore écrit... Faut-il vraiment que je continue ?... De toutes façons, actuellement, je n'ai pas beaucoup de temps, occupé que je suis avec mes almanachs...

Cette scène est parue "en texte"... dans mon livre "L'Ecole de Monsieur Paul" sous le titre "Un savoir tout neuf"...

 

Scène 6

(la grand-mère entre, avec les deux autres enfants, Jacques et Victoire)

 

Le Père

Alors… Les poules ont pondu ?… Que nous ramènes-tu ?…

 

La grand-mère (en désignant les deux enfants)

Je n’ai trouvé que ces deux gros poussins-là !…

 

La Marie

Oh mais !… Attention !… v’là la mère qui se met à plaisanter maintenant !…

 

La grand-mère

Et alors ?… J’en ai bien le droit, moi aussi !

 

La Marie

Mais bien sûr !… Au contraire !… Plus on est de fous, plus on rit !… (s’adressant à ses enfants) Alors, qu’avez-vous appris de beau aujourd’hui à l’école ?

 

Victoire

As-tu une bouteille ?…

 

La Marie

Une bouteille ?… Tu as soif ?

 

Victoire

Non ! Une bouteille vide… enfin… une bouteille où il n’y a rien dedans.

 

La Marie

Une bouteille vide, quoi !

 

Victoire

Non… Enfin si !… Vide si tu veux…

 

La Marie

Elle est bien compliquée ton histoire !

 

Victoire

Mais ce n’est pas une histoire !… Donne-moi une bouteille dans laquelle il n’y a ni eau, ni lait, ni… rien !… Vous comprendrez après…

 

La Marie (cherchant un moment)

Tu veux une bouteille vide ! C’est bien ce que je dis !

 

Victoire

Oui… Une bouteille vide… puisque tu y tiens !

 

La Marie

Il fallait le dire tout de suite !… La voilà.

 

Victoire (elle la prend, la présente aux autres)

Qu’est-ce qu’il y a dans cette bouteille ?…

 

La Marie

Rien !… Elle est vide, tu l’as dit toi-même ! Tu te sens bien ?…Tu n’es pas malade ?…

 

Victoire (hausse les épaules)

Ai-je l’air malade ?

 

La Marie

Je ne sais pas, moi… Tu dis des choses bizarres ! Bref, je répète que cette bouteille est vide ! Voilà. Cela te convient-il ?…

 

Victoire (triomphante)

Ah oui !… Elle est vide. Eh bien… non !… Elle est pleine !…

 

Jacques (haussant les épaules d’un air supérieur)

Ma pauvre fille, tu dis n’importe quoi ! Pleine !... Chacun peut remarquer qu’elle est vide… totalement vide… intégralement vide…

 

Victoire (frémissante)

Et moi je te dis qu’elle est pleine !

 

Le Père

Voyons, Victoire, tu vois bien que la bouteille est vide !… C’est cela qu’on vous apprend à l’école ?… Eh bien !… De mon temps…

 

La Grand-mère (le coupant, avec jubilation)

De ton temps !… Tu vois, mon petit Firmin, il existe aussi, ton temps !… Tu es comme les autres ! Tu n’y peux rien ! En vieillissant, on ne peut s’empêcher de dire ces trois petits mots : de mon temps…

 

Le Père (bougon)

En tous cas, lorsque j’étais à l’école, on n’apprenait pas qu’une bouteille vide était pleine !

 

Victoire

J’ignore ce qu’on apprenait de ton temps, mais je t’affirme que cette bouteille est pleine ! Veux-tu parier ?…

 

Le Père

Montre-moi donc cette fameuse bouteille vide qui est pleine… (il la regarde attentivement) Ah ! Je n’y vois rien… Passe-moi mes lunettes. Les mauvaises…

 

La Marie

Tu veux tes mauvaises lunettes ?… Prends plutôt les bonnes !…

 

Le Père

Mais non ! Les bonnes me serrent le nez… Après j’ai des bleus.

 

Victoire

Tu as des bleus au nez ?…

 

Le Père

Oui, il devient tout rouge…

 

La Marie (elle lui donne ses lunettes puis,devant l’air ahuri de sa fille)

Ne cherche pas à comprendre… Pour ton père, un nez rouge est bleu… Quoi de plus normal ?…

 

Le Père (qui regardait la bouteille pendant ce temps)

Décidément… Je ne vois vraiment rien. Même pas une mouche prisonnière dedans… Cette bouteille est vide ! Je te parie tout ce que tu veux !

 

Victoire

Eh !… Attention ! Ne parie que ce que tu peux donner !…Tout ce que tu veux… c’est vague ! Disons plutôt…. un paquet de bonbons… par exemple ?…

 

Le Père (surpris)

Un paquet de bonbons ?… Que veux-tu que je fasse d’un paquet de bonbons ?…

 

Victoire

Mais il est pour moi… pas pour toi ! Je suis sûre de gagner !

 

Le Père

Eh bien ! D’accord !… Va pour un paquet de bonbons ! (à part) J’aurais préféré un paquet de tabac !… Alors ?… Que contient cette fameuse bouteille ?

 

Victoire (se rengorgeant)

Elle est pleine… d’air !

 

Jacques

Pleine d’air ?… Mais, ça ne compte pas, l’air !… C’est du vent, l’air !…

 

Victoire

Si ça ne compte pas, si l’air ne sert à rien, pourquoi gonfles-tu les roues de ta bicyclette ?… Roule donc sur les jantes !… Et dis-moi donc comment les avions tiennent en l’air ?… On dit bien "en l’air", non ?… Si l’air ne servait à rien, les avions tomberaient… De plus, sans air, tu serais mort !… Car tu respires bien de l’air, non ?… De quoi aurais-tu l’air… sans air ?…(elle s’arrêta, essoufflée….)

 

Le Père

C’est vrai, ça !… Je n’y avais pas pensé !… Mais l’air ne se voit pas ! Comment sais-tu que la bouteille en est pleine ?…

 

Victoire

Que veux-tu qu’il y ait d’autre dans la bouteille ?…

 

 

Le Père

Je ne sais pas… Rien !… Tout simplement rien ! Elle est vide, c’est tout.

 

Victoire (toute imbue de sa nouvelle science)

Mais ce n’est pas possible ! Le vide n’existe pas ! La nature a horreur du vide !…

 

Le Père (à sa femme)

Ma pauvre Marie, je capitule… Je crois bien que nous sommes dépassés !… Moi j’ai horreur des huîtres… la nature elle, a horreur du vide !… Elle n’aime pas le vide !… C’est son droit, n’est-ce pas ?… On a les horreurs qu’on peut !

 

Victoire

Tu vas encore tourner ce que je dis en dérision… C’est le maître qui nous l’a dit. Et puis, tu n’as jamais goûté les huîtres !…

 

Le Père

Justement !… Parce que je ne les aime pas ! Je ne vais tout de même pas manger un plat que je n’aime pas !…

 

Victoire

Tu m’as bien fait manger des poireaux que je n’aimais pas !…

 

Le Père

Eh bien, comme cela, tu as su que tu ne les aimais pas !….

 

Victoire

Mais c’est la même chose pour toi ! En mangeant des huîtres, tu aurais su si tu les aimais ou non !…Tant que tu n’y as pas goûté, tu ne peux pas dire que tu n’aimes pas quelque chose… C’est bien ce que tu m’as dit quand tu m'as forcé à manger des poireaux !… Ce qui est vrai pour moi, doit l’être aussi pour toi, n’est-ce pas mon petit papa ?

 

Le Père (agacé par la tournure de la conversation qui tourne à sa confusion)

Tu parles trop !… Tu commences à me… fatiguer !… Et puis d’abord, la nature… Est-ce qu’elle a goûté le vide ?… Tu peux me le dire ?…

 

Victoire

Mon Dieu !….Que c’est difficile d’avoir des parents de nos jours !…

 

Le Père (du tac au tac)

Pas plus difficile que d’avoir des enfants !…

 

La Marie

Vous n’avez pas bientôt fini de parler pour ne rien dire, vous deux ?… C’est vous qui ne manquez pas d’air !… (s’adressant à sa fille) Alors ton instituteur vous a dit qu’une bouteille vide… est pleine d’air ! Pas la peine d’aller à l’école pour savoir cela !

 

Victoire

Mais vous ne le saviez même pas !

 

 

Le père

On savait… mais on ne s’en souvenait plus ! Puisque l’air nous entoure, qu’il occupe tous les endroits, pourquoi n’irait-il pas se cacher dans une bouteille… vide ?…

 

Victoire

Oui… Comme d’habitude, vous les parents, ne voulez pas avouer que vous ignorez quelque chose. Tiens !… C’est comme l’autre jour où je vous ai dit que nous avions appris tout sur les squales. Papa m’a affirmé qu’il les connaissait bien… Il s’est mis à me parler des squaws. Mais les squaws sont les femmes des Indiens… tandis que les squales sont des poissons, comme le requin !… Rien à voir !… Il n’y a aucun déshonneur à avouer que l’on ne connaît pas tout !….

 

Le père

Tout le monde peut se tromper !…

 

Victoire

Peut-être… Encore faut-il le reconnaître ! .En attendant, donne-moi le paquet de bonbons que j’ai gagné !

 

Le Père

Une minute… Il vous a appris autre chose, l’instituteur ?…

 

Victoire

Il nous a demandé qui avait inventé la poudre. Je ne le savais pas.

 

Le Père

Je ne sais pas moi non plus. Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas moi !…

 

Victoire

C’est bien ce que j’ai répondu à l’instituteur… Je lui ai dit : en tous cas, ce n'est pas mon père ! Il a ajouté : je m’en doutais !…

 

Le Père

Mais il sait tout cet homme-là !… Bon. Et…. qui a inventé la poudre ?

 

Victoire

Les Chinois je crois….

 

Le père

Les Chinois !… Voyez-vous cela… Je pensais qu’ils n’étaient bons qu’à manger du riz avec des baguettes… leur poudre… C’était pour assaisonner leur riz… J’y suis ! C’était de la poudre de riz !… Voilà ! C’est aussi simple que cela ! Tu vois que ton père sait des choses… quand même !

 

Victoire

Là, je ne sais pas. Je demanderai à l’instituteur.

 

Le père

Mais oui, demande… Tu as donc gagné un paquet de bonbons. Je te le donnerai demain, car je n’en ai pas sous la main. Quand même… Une bouteille vide… pleine d’air ! Elle est bonne celle-là ! Je la replacerai !

 

 

La Marie

Tout le monde est là, on peut commencer à manger. Ce n’est pas du riz !…

(La famille s’installe autour de la table tandis que tombe le rideau.)

Fin de l'acte 1...

Mais... à plus... pour d'autres anecdotes...

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:47

 

Scène 5

 

Madeleine

Tiens ?… Vous vous embrassez encore ?…

 

La Marie

Comment cela, encore ?…Tu nous a vus nous embrasser souvent ?

 

Madeleine

Oh ! Mais… Vous faites ce que vous voulez ! Cela ne me dérange pas !…

 

La Marie

Je te remercie !… Mais…Pourquoi dis-tu encore ?…

 

Madeleine

Je voulais dire : vous vous embrassez encore… à votre âge… Je croyais qu'on ne s’embrassait plus… qu’on était trop vieux pour cela !….Ça fait drôle de voir deux vieux s’embrasser…..

 

Le père (suffoquant)

Deux vieux !… Non mais !… Tu as vu la jeunesse d’aujourd’hui comme elle nous assaisonne !…

 

Madeleine

Mais… vous êtes vieux !…

 

Le père (en aparté)

Entre la mère qui me rajeunit et la fille qui me vieillit, j’ai l’air fin, moi !… J’ai le choix entre la barboteuse et le fauteuil roulant ! Choisissez, Messieurs-dames !… l’homme à transformations !… Je gazouille… ou je bafouille… à gueu à gueu… ou bla bla bla… Je bave… ou je bave… Là, c’est pareil ! (à sa fille) Tu nous trouves donc si vieux que cela ?…

 

Madeleine (se rendant compte qu’elle a parlé un peu vite )

C’est à dire… vous êtes pas complètement gâteux… Non, mais c’est vrai… Vous êtes encore acceptables… Vous n’êtes pas vieux vieux vieux… mais seulement… vieux… enfin… âgés… je veux dire… vieux quoi !… Comment dire les choses autrement ?…

 

Le père

Arrête ! Sinon nous allons nous sentir décrépits, séniles, bref, hors d’usage, hors service…

 

Madeleine

Vous êtes quand même… plus vieux que moi !…

 

Le père

Là, tu as raison ! On n’a encore jamais vu des parents plus jeunes que leurs enfants !… C’est ce que je disais à ta grand-mère il y a peu. Mais à l’allure où vont les choses, je ne doute pas qu’on y arrive un jour !…

 

Madeleine

Je ne vois pas comment… Ce sera difficile…

 

Le père

Disons plutôt qu’on verra des enfants plus âgés que leurs parents...

 

Madeleine

C’est la même chose !…

 

Le père

Pas du tout !… A vous entendre, vous, les jeunes, on constate que vous savez bien plus de choses que nous, que vous êtes bien plus en avance que vos parents, que vous avez plus d’expérience que les anciens, bref, que vous connaissez la vie beaucoup mieux que nous ! J’ai bien résumé votre discours ?… C’est bien ce que vous affirmez tous les jours ?… Donc, j’en conclu que vous êtes plus vieux que nous !

 

Madeleine

Tu n’exagères pas un peu, là ?…

 

Le père

A peine !… Sais-tu seulement ce que signifie l’expression « être vieux ? »…

 

Madeleine

Ben… C’est… être vieux !…

 

Le père

Pour toi, c’est une question d’âge.

 

Madeleine

Ben… oui ! Que veux-tu que ce soit d’autre ?… On est vieux… parce qu’on est âgé !…

 

Le père

Mais ma chère enfant, on est vieux à tout âge ! J’ai connu de jeunes vieux… et de vieux jeunes !

 

Madeleine

Je n’y comprends rien !

 

Le père

Je vais essayer de t’expliquer. La vieillesse, c’est dans la tête qu’elle se trouve ! La jeunesse aussi ! On peut avoir pas mal d’années au compteur et être jeune de cœur, avoir l’esprit jeune, raisonner jeune, penser jeune ! Bref, être jeune ! Par contre, il existe des jeunes, et là crois bien que je ne pense pas à toi : tu es quand même trop jeune ; il existe des jeunes disais-je, qui ont un esprit de vieillards !… C’est à dire un esprit étriqué, petit, mesquin, timoré, rétrograde. Des jeunes qui ont peur de leur ombre, qui n’osent rien entreprendre de crainte de se faire manger par le grand méchant loup !… Bref, des jeunes qui ont leur avenir derrière eux.

 

 

Madeleine

Oui bien sûr…. Mais….Moi….je suis jeune ?…

 

Le père

Mais oui, tu es jeune… Tu viens de nous en administrer la preuve éclatante. Reste comme cela ! Mais ne considère pas les gens de notre génération comme des vieillards séniles sous prétexte que tu as 40 ans de moins….

 

Madeleine

Tu me rassures… Et puisque tu parlais du grand méchant loup… Voilà grand-mère !…

 

Le père (riant)

Veux-tu bien te taire ! Impertinente !…


(à suivre...)

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 08:56

 

 

Scène 4


(le père, la mère)

 

La Marie

Qu’est-ce qu’elle a la mère ?… Avant que tu rentres, elle n’a fait que tout critiquer ce que je faisais. Elle m’a reproché d’être trop gaie, de rire… bref, de vivre. Je me demande bien quelle mouche l’a piquée…

 

Le père

Ne t’inquiète pas. C’est sa crise hebdomadaire !

 

La Marie

Justement. Je trouve que c’est de plus en plus rapproché. Avant, elle nous jouait cette scène tous les 6 mois environ. Bientôt, on aura droit au grand air de l’acte 3 tous les jours !

 

Le père

Oh !…Tu sais, moi… j’en prends, j’en laisse. Mais j’avoue que cette fois, elle a fait fort ! Figure-toi qu’elle m’a reproché de t’aimer plus qu’elle. Tu vois un peu le travail…..

 

La Marie

Et que lui as-tu répondu ?

 

Le père

Je lui ai dit que je l’aimais autant que toi, mais différemment…. bien sûr…

 

La Marie

Autant que moi… Tu aimes ta mère autant que moi… C’est bon à savoir !

Le père

Mais ce n’est pas la même chose, évidemment ! C’est formidable quand même ! Je ne peux plus dire un mot sans être attaqué de front ! Ma parole, tu me cherches toi aussi ! Tu ne vas tout de même pas t’imaginer….

 

La Marie

Je n’ai pas besoin de m’imaginer. Il me suffit de constater. Tu aimes ta mère autant que moi. C’est clair !

 

Le père

Mon Dieu ! Que les femmes sont compliquées !… On me l’avait dit, mais alors à ce point… D’abord ma mère, ensuite ma femme… C’est mon jour de chance ! Si ça continue, je ne pourrai plus dire un mot sans la présence de mon avocat !

 

La Marie (négligemment, comme si rien ne s’était passé)

Et…. à part cela, que t’a-t-elle dit d’autre ?

 

Le père

Elle m’a menacé d’aller à l’hospice !

 

La Marie

Si ça pouvait être vrai !…

 

Le père

Voyons, Marie… Tu sais bien qu’elle dit cela parce qu’elle est contrariée, parce qu’elle a peur que nous la mettions à l’hospice sans lui demander son avis. C’est sa hantise. En réalité, elle souhaite rester avec nous. Et tant qu’elle pourra rester, elle restera.

 

La Marie

Je comprends. Tant qu’elle peut nous embêter encore un peu… ne nous en privons pas ! On serait trop heureux sans elle ! Elle nous manquerait !…

 

Le père

Voilà que tu exagères encore ! Tu passes d’un extrême à l’autre.

 

La Marie

Oui… Sans doute… Mais c’est parce que je commence à en avoir assez de cette situation ! Je fais tout ce que je peux, j’ai supporté beaucoup… Si en plus je dois supporter sa mauvaise humeur… C’est trop pour moi !

 

Le père

Au fond, elle a mal accepté notre mariage…

 

La Marie

Ah bon !… Et ça lui sort comme cela au bout de 25 ans… Eh bien ! Dis donc… Elle a pris le temps de la réflexion ! Vous êtes des petits rancuniers dans ta famille…

 

Le père

Ce n’est pas après toi qu’elle en a… Elle en a après ma femme, quelle qu’elle soit !…. N’importe laquelle !… Si je m’étais marié avec une autre, cela aurait été la même chose.

 

La Marie

Marié avec une autre femme… N’importe laquelle !… Comme tu y vas !… Tu aurais sans doute voulu te marier avec une autre que moi !

 

Le père (piqué au vif)

Mais non… Décidément, tu es pleine d’imagination aujourd’hui !… Qu’est-ce que tu vas inventer encore… Seulement… je dois avouer que beaucoup auraient voulu se marier avec moi !… J’avais le choix !… Je t’ai choisie parmi bien d’autres !

 

La Marie

J’ai eu de la chance en quelque sorte d’être remarquée par toi… Oh ! Comme c’est agréable à entendre !… Et mon Dieu, que les hommes sont mufles ! Vous avez vraiment l’art de mettre les pieds dans le plat ! Vous n’avez pas du tout l’art et la manière de dire les choses…

 

Le père

Quoi ?… La manière… Mais je n’ai rien dit de désagréable ! Au contraire, puisque je te dis que je t’ai choisie parmi bien d’autres. Tu devrais être contente !

La Marie

C’est bien ce qui est désolant ! Je devrais me réjouir… Pour toi, c’est un compliment ! Tu nous a toutes alignées conte un mur et tu as chanté : « Pouf ! Ce sera toi qui seras ma femme ! »… Tu aurais tout aussi bien choisir la Gertrude !…

 

Le père

La Gertrude… Que vas-tu imaginer… D’abord, elle a des grands pieds… Et puis, elle a des taches de rousseur sur tout le corps.

 

La Marie (surprise)

Sur tout le corps… Comment tu sais cela ?…

 

Le père (se rendant compte qu’il a trop parlé et ne sachant trop que répondre)

Je ne sais pas moi… Tout le monde sait ça !…

 

La Marie

Ah oui ?… Tout le monde sait que la Gertrude a des taches de rousseur sur tout le corps ?… Je n’étais pas au courant. Elle a dû faire une exposition publique en mon absence…

 

Le père (de plus en plus gêné)

Je ne sais pas… Enfin, c’est de notoriété publique ! Et puis tu m’embêtes à la fin ! Je ne sais pas ce que vous avez toutes les deux aujourd’hui… Ma mère d’abord, ma femme ensuite… Ce n’est pourtant pas ma fête !

(Silence. Ils se regardent tous les deux. )

 

La Marie

Allez… je sais qu’au fond tu es plus bête que méchant !…

 

Le père

C’est gentil de me dire cela… Tu veux t’essayer à la muflerie, toi aussi ?…

 

La Marie

Mais non !… Tu vois, on ne fait que dire des bêtises ! Et puis, on n’a pas eu de nouvelles de Justin depuis longtemps. Voilà bientôt 3 mois qu’il est à la caserne. Sa dernière lettre remonte à 1 mois. Depuis, rien. Je m’inquiète….

 

Le père

Mais que veux-tu qu’il lui arrive ? Il est bien entouré, il n’est pas seul. S’il lui était arrivé quelque chose, nous aurions été prévenus. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

 

La Marie

Je sais, mais c’est plus fort que moi. Alors, cela me rend nerveuse… et je dis n’importe quoi... Allez… mon petit Firmin…

 

Le père

Ah ! Non ! Pas toi !

 

 

La Marie

Mon gros Firmin… Ça va comme cela ? Mais on cause… on cause... Les enfants vont bientôt rentrer de l’école. Je demande un armistice !

 

Le père

Moi je propose la paix !… Voilà 25 ans que nous sommes mariés. T’ai-je rendue malheureuse ?

 

La Marie

Oh non !… Au contraire… mais comme j’étais inquiète par le silence de Justin, les réflexions de ta mère m’ont énervée.

 

Le père

Je te comprends. Et comme je sens qu’elle en fera encore d’autres, il faut qu’elles glissent sur toi comme l’eau sur les plumes d’un canard.

 

La Marie

J’ai eu peur que tu dises : …d’une oie…

(Ils rient tous les deux et s’embrassent. A ce moment, entre leur fille Madeleine.)

 

A suivre...

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