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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 08:50

 

Texte paru dans l'almanach du Normand il y a un certain temps...

 

 

J’emploie le conditionnel, c’est plus prudent……Mais on le dit. Pourquoi pas ? Voyons donc ce qu’il en est.

Forges les eaux, à une quarantaine de kilomètres de Rouen, où naissent l’Andelle et l’Epte. Un endroit charmant. En 1573, le pays était plus boisé que de nos jours. Monsieur de Varennes, chevalier des ordres du roi, chassait dans la région. Au soir d’une rude journée, il s’arrêta fourbu et se pencha sur un ruisseau pour boire. Il trouva à cette eau un goût de fer qui, comme chacun sait, combat l’anémie. Il revint donc puiser de cette eau bénéfique.

L’histoire est aussi jolie que celle d’Hugues de Tessé et des eaux Bagnoles. Elle est peut-être vraie…..On raconte aussi que c’est un pharmacien de Henri II, Julien le Paulmier, qui aurait découvert les vertus ce cette eau, notamment contre l’hydropisie. Mais les guerres de Religion allaient porter un coup fatal à ces sources. On avait alors d’autres chats à fouetter que de venir se soigner à Forges !…..

La paix revenue grâce au bon roi Henri IV, un pharmacien de Gisors, Pierre de Grousset, qui n’avait pas oublié cette eau et ses qualités, publia une brochure pour en vanter les mérites. Une eau qui guérissait les calculs dans les reins, la colique. Une eau qui savait “ rafraîchir les entrailles et fortifier l’estomac. ” Une eau miracle en quelque sorte…..

Mais c’est bien la venue de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de leur ministre Richelieu qui a "lancé" cette station thermale. Le roi souffrait du mésentère. Il était triste et taciturne. Était-ce la perspective de ne pas avoir d’héritier, ce qui aurait offert la couronne à son frère Gaston, qui le chagrinait ? La reine en souffrait certainement mais semblait en avoir fait son deuil. Richelieu était plein d’attentions pour sa vessie. Bref, les trois plus importants personnages du royaume n’étaient pas très en forme en arrivant à Forges. Les médecins royaux, Bouvard et non pas Pécuchet… mais Cousinot, avaient conseillé les eaux ferrugineuses de Forges, plus proches certainement de Paris que celles des Pyrénées.

La reine devait suivre un régime sévère, quoique étonnant. Il lui fallait “ se promener d’abord un quart d’heure, s’acheminer vers la fontaine, boire un verre de la contenance ordinaire, mâcher quelques fruits confits et boire de sept en sept minutes. Une fois qu’on avait bu la quantité nécessaire, on devait se promener lentement, s’en retourner au logis où, si l’on avait froid, se réchauffer au feu allumé pour cet usage. ”

Une chose essentielle : il ne fallait pas s’endormir le jour et veiller trop tard le soir. Repos absolu. Coucher à 9 heures du soir, et s’endormir sans fatiguer ni le corps ni l’esprit. Pour une femme qui venait en cure pour pouvoir donner un héritier à la couronne, la recommandation peut surprendre.…..

En réalité, le reine n’était pas stérile. Elle avait fait une fausse couche onze ans plus tôt. Depuis, comme rien ne venait, on en avait conclu qu’elle était stérile. En fait, il aurait fallu que le roi et la reine se rencontrassent plus souvent…..Mais le roi n’était pas très porté sur la question, et la reine ne faisait rien pour favoriser les rapprochements…bénéfiques. Ils étaient mariés depuis 23 ans et semblaient s’accommoder de cet état de fait. Et voilà soudain Forges !…..

Bref ! Peu après le retour de Forges, voici la reine enceinte. Miracle ! Non, les eaux de Forges ! Le roi quant à lui avait retrouvé une meilleure santé. “ Il put même retourner voir voler les perdreaux, ce qui était un de ses plaisirs favoris. ” Plaisirs simples on le voit. Bref, neuf mois plus tard, Louis futur quatorzième naissait. Nous étions en 1638. La joie fut générale dans le royaume, tous s’en réjouirent….sauf Gaston….le tonton…..qui voyait s’envoler ses espoirs d’être roi un jour. Louis XIII prit-il goût à la chose ?…..Toujours est-il qu’en 1640 naissait Philippe, second fils d’Anne et de Louis. Le masque de fer n’est donc pas le jumeau de Louis XIV…..comme l’a si bien raconté Dumas.

Alors ici je soulève un point…délicat. Louis XIII est-il le père de Louis XIV ?….Car les eaux de Forges (comme d’ailleurs celles des autres stations) ont bon dos, si je puis me permettre cette expression familière. Nombreuses sont les femmes qui sont revenues de cure dans une position dite “intéressante”, alors que leur mari ne les accompagnait pas. Ou s’il les accompagnait, il ne participait pas au traitement à base d’eau. Il en dispensait un autre plus….enfin moins….bref plus direct et plus efficace.

Pour en revenir à Louis XIII, il faut déjà avouer qu’il ressemblait bien peu à son père Henri IV. Comment donc un roi aussi refermé, froid, sévère, a pu engendrer un fils aussi flamboyant, aussi majestueux que Louis XIV ?….Je me garderai bien de trancher car rien n’est mois sûr que l’incertain… comme disait mon regretté ami Pierre Dac...

Et pour revenir à Forges, il est bien évident que cette ville n’engendrait pas la mélancolie. Voltaire écrira : “ Les eaux de Forges étaient le dernier remède à la mode, l’espoir de celles qui étaient jolies, le théâtre des grandes faiseuses, le salon d’été de la bonne compagnie, l’hôpital le plus plaisant qu’il fût. Les malades y étaient d’ordinaire le mieux portants du monde. ”

Après le passage des trois personnalités citées au début, on nommera les trois sources la Royale, la Reinette et la Cardinale. On aura compris. On y verra d’autres grands de ce monde, comme Madame de Sévigné, Saint-Simon, Buffon, Marivaux, Napoléon 1er  etc…...

Des mauvaises langues affirmeront que seuls les malades “ bien portants ” étaient guéris à Forges……Il en est ainsi de toutes les cures……Actuellement, il existe encore des sceptiques qui vous disent : si ça ne vous fait pas de bien, ça ne peut pas vous faire de mal…

 

( à plus...)

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 07:38

 

 

- Oui, continua l'ancien. Vous placeriez la photo dans votre bureau. Chaque année, une nouvelle viendrait s'ajouter aux autres. Vous auriez ainsi une galerie de portraits que l'on pourrait montrer en exemple aux générations futures !

- La galerie des ancêtres ! lança ironiquement un jeune maître.

- Non Monsieur ! rétorqua le directeur en se redressant. La galerie de gens qui auront passé leur existence à répandre comme une ondée bienfaisante le savoir sur les jeunes cervelles. Plus tard, elles viendront les remercier ! C'est une excellente idée ! ajouta-t-il en se retournant vers l'auteur de cette trouvaille. Nous demanderons bien sûr qu'on nous l'offre !

Vers 8h30, le photographe se présenta et s'enquit de l'endroit où il pourrait installer ses tréteaux.

- Il serait préférable, dit-il d'une voix suave, de prendre ces clichés dans un cadre agréable et valorisant pour votre école.

- Les autres s'installaient devant ce mur, dit le directeur en désignant une muraille aussi haute et sombre que celle d'un château fort. Après tout, l'important n'est-il pas de bien voir les élèves ?

- Certes ! Mais un fond où l'on apercevrait un petit morceau de votre bel établissement donnerait à la photo une valeur artistique supplémentaire...... Je la verrais bien ici !

Il désigna le perron où se trouvaient les professeurs.

- On apercevra la fenêtre que voici, celle de votre bureau je crois ..... la porte que voilà..... et même la cloche !

- Ecoutez, la fenêtre de mon bureau, je veux bien ! La porte d'entrée, soit ! Mais arrangez-vous pour qu'on ne voie pas la cloche ! On pourrait ...... jaser !

- C'est comme vous voudrez ! ...... Eh bien nous sommes d'accord ! Je n'aurai même pas besoin d'installer mes gradins : les marches les remplaceront avantageusement, et nous n'aurons pas le risque de voir l'échafaudage s'écrouler. Il ne me reste qu'à préparer mon appareil.

 

C'est à partir de cet instant que la photographie scolaire prend des allures de grandes manœuvres. Il faut en effet que les classes se succèdent sans perdre de temps mais aussi sans se gêner. C'est un véritable ballet que le directeur a mis au point dans le silence feutré de son bureau. Cette séance ne doit pas perturber le bon déroulement des activités scolaires. Ce temps passé est pris sur celui de la récréation ou de la gymnastique.

Il aurait pu avec succès faire breveter son système basé sur le principe des vases communicants, ou de la valse à trois temps : tandis qu'un groupe est en place, un autre s'approche en ordre serré, en dehors du champ de l'appareil. Lorsque la photo est prise, les photographiés glissent délicatement vers le côté tandis que leurs remplaçants viennent occuper les places momentanément libres. Un troisième groupe vient se placer en attente. La manœuvre dure quelques minutes, à peine plus de temps qu'il en faut pour changer la roue d'une voiture de course modèle 1947.

Le changement de décor allait poser d'autres problèmes que notre stratège n'avait pas prévus. Placer le groupe à photographier devant la porte donnant accès à la cour, c'est la bloquer pendant un certain temps. C'est aussi s'exposer à voir figurer sur la photo des gens qui n'y ont rien à faire ! Mais n'anticipons pas !

Les classes devaient passer dans un ordre immuable : on commençait par les plus jeunes pour terminer, en apothéose, par la classe du Brevet qui se présentait à la fin du spectacle, en vedette américaine ! C'est tout juste s'ils ne saluaient pas sous les vivats.

Cette année, deux modifications de taille allaient affecter cet agencement si bien ordonné. D'abord le lieu avait changé. Ensuite, on allait photographier le corps professoral dans son ensemble. Le directeur décréta qu'ils passeraient les derniers, ravissant ainsi la vedette aux 3è !

Vers 9 heures, le dispositif était en place, l'opération pouvait commencer. Les plus petites classes se présentèrent donc, suivant la manœuvre décrite précédemment. Tout se déroula à peu près bien, mis à part quelques incidents mineurs.

Monsieur Le Teinturier, parent d'élève, fut photographié avec la classe du Certificat d'Études, alors que, voulant s'entretenir avec le directeur, son beau visage grave s'encadrait dans la porte située en toile de fond.

L'effectif de la classe de 6è B augmenta d'une unité par l'adjonction du concierge venu chercher le directeur qu'on appelait au téléphone.

La figure hilare du cuisinier venant demander si l’heure du repas serait décalée apparut au milieu du groupe de 4è A.

Décidément, l'idée de se placer devant la porte d'entrée présentait plus d'inconvénients que d'avantages. On était bien plus tranquille devant le mur d'où aucun passe muraille ne sortait !

Néanmoins, les groupes se succédaient avec la régularité d'une horloge. Vers 10 heures 30, on appela les 3è. Ils firent leur entrée, trois par trois, comme jadis les gladiateurs entrant dans le cirque. Un plaisantin crut bon de lancer :

- La marche des crabes dans le désert !......

La troupe fut secouée d'une hilarité contenue car le directeur les observait. Ils se rangèrent sur les marches et prirent la pose. Devant eux, l'opérateur s'agitait.

- Allons, messieurs..... un petit sourire !

Les "messieurs" esquissèrent une grimace.

- Non ! ..... Un sourire ! .... Répétez après moi : o-me-lette !

Oui ! On ne disait pas encore "cheese !" On savait parler le français ! On n'allait pas chercher dans des langues étrangères ce qui se trouve dans la nôtre ! On n'était pas à l'heure du "stand by", du "prime time", des "has been"….et tutti quanti ! Et si l'on avait remplacé le fromage par l'omelette, c'était pour une raison de prononciation facile à comprendre ! Seulement, il fallait savoir compter. Le petit oiseau devait sortir au moment où l'on disait :"…..lette" ! Sinon, c'était raté ! Nos grands gaillards, énervés par l'enjeu de l'examen tout proche ainsi que par cette séance de grand guignol, commençaient à se trémousser.

- Cessez donc de remuer ! lança finement le photographe : vous allez donner le mal de mer à Monsieur le directeur !

Ce dernier, qui s'était installé à sa place favorite à droite du groupe, se retourna et fusilla du regard les rieurs qui reprirent leur sérieux.

- Pourra-t-on enfin la tirer, cette photo ? dit-il avec un certain agacement dans la voix.

- Pour cela, il faut d'abord la prendre, Monsieur le directeur !

- C'est ce que je voulais dire !

Enfin, au bout de la douzième omelette, le photographe se déclara satisfait. Restaient les maîtres ! Ils vinrent se placer sur les marches du perron. On amena quelques chaises, et les anciens s'assirent sagement devant, encadrant le directeur, aussi digne que Louis XIV sur son trône. Les plus jeunes se serrèrent derrière.

Devant ce spectacle inhabituel, les élèves, qu’on avait sortis en récréation, avaient cessé leurs jeux et s'étaient rassemblés. Ils attendaient certainement l'instant de "l'omelette" ! Mais le photographe se contenta de leur dire : "attention !" avant de fixer pour la postérité cette noble assemblée.

- Voilà une bonne chose de faite ! fit le directeur en se relevant. Messieurs, je ne vous retiens pas ! lança-t-il à ses collègues qui n'avaient pas attendu cette aimable invitation pour rejoindre leurs ouailles. Vous passerez à mon bureau lorsque vous aurez rangé votre matériel ! ajouta-t-il à l'adresse du photographe.

Lorsque ce dernier se présenta quelques minutes plus tard, il l'invita à s'asseoir et dit :

- Finalement, nous reviendrons à notre emplacement antérieur ! Celui-ci présentait trop de..... surprises ! Encore faut-il espérer que nous n'en découvrions pas d'autres lors du développement des photos ! Cette porte ouverte dans notre dos .... Nous eussions dû la fermer……à clé…..

Quelques jours plus tard, les photos tant attendues arrivaient enfin. Le directeur ouvrit fébrilement le paquet. Elles étaient rangées par classe. Il en prit une au hasard. Il se trouva bien, peut-être un peu ..... mais enfin, ce n'était qu'une photo !

- L'original est toujours mieux que la copie ! se dit-il

Il chercha la fameuse photo des professeurs.

- Ah ! La voici ! Mais.... nous avons tous des airs sinistres là-dessus ! Je n'avais pas remarqué que nous étions tous habillés de noir ! On dirait une photo d'enterrement ! Il ne manque que le corps !

L'économe entra comme il prononçait ces mots, et, regardant le portrait, ajouta :

- Mais il est là ! C'est le corps ..... professoral !

- Ce n’est pas en faisant de l’esprit que la photo changera !……Je ne vais pas pouvoir afficher cela ! On me demandera qui nous enterrions !

- Eh bien ! Vous répondrez qu'elle a été prise le jour de la rentrée, et que nous enterrions les vacances !…….. »

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 11:26

 


 

Le collège Charles Léandre d’Alençon était en ébullition en cette belle journée de juin 1947 : le photographe de la société Jean Passe et Desmeilleurs, de Paris, à capital entièrement versé, venait d'annoncer sa venue pour le lendemain. Voilà des mois que le directeur avait reçu les propositions de cette entreprise spécialisée dans la photographie scolaire. Il traitait habituellement avec une société du Mans. Un changement ne ferait pas de mal ! Il avait donc répondu favorablement à cette offre alléchante. On lui avait répondu que l'opérateur passerait dans le courant du troisième trimestre. Nous étions en juin, plus occupés à préparer le Brevet qu'à se faire tirer le portrait, même par une société de Paris.

La notoriété du collège se mesurait au nombre d'élèves reçus. C'est dire si les semaines précédant cet événement étaient bien remplies. Les révisions succédaient aux examens blancs. Les élèves de 3è n'avaient pas une seconde à eux……On les préparait avec ardeur au succès de l'école.

Les futurs brevetés avalaient les ultimes leçons de chimie, de mathématique, de français. Ils relisaient fébrilement les cours mille fois appris. Ils en rêvaient la nuit. Comme la plupart étaient internes, on les faisait travailler exceptionnellement un peu plus tard le soir. Vers 5 heures, lorsque les cours se terminaient, ils regardaient avec envie les externes rentrer chez eux.

- “ Ils ont terminé leur journée, disaient-ils. La nôtre continue !

Ils ne réalisaient pas encore leur chance. En effet, rentrés à la maison, les externes n'ouvriraient plus un livre jusqu'au lendemain ! Tandis qu'eux, les veinards, les chanceux, avaient encore droit à l'étude où ils pourraient revoir une leçon qu'ils connaissaient par coeur, à moins qu'ils préfèrent lire un grand auteur classique choisi pour l’excellence de son français !.....Le soir, dans leur lugubre salle d'étude, sous la surveillance de pions endormis, ils goûteront aux joies saines du travail sur lequel il faut remettre cent fois son ouvrage ! Et pendant ce temps, les malheureux externes se distrairont ou dormiront sans soucis, perdant de précieuses heures !

Ah ! Ces heures que nos travailleurs du soir auront arrachées au sommeil, comme ils les retrouveront plus tard !

Le directeur était arrivé dans la classe de 3è alors que le professeur de français venait d'administrer une dictée à côté de laquelle celle dite "de Mérimée" faisait figure d'exercice pour école maternelle. Encore ne connaissaient-il pas Bernard Pivot et ses pièges diaboliques ,ses paradigmes abstrus, ses morphèmes abscons... L'eût-il connu qu'il se serait certainement régalé de ses pièges savamment concoctés. Les élèves moins…… (Voila que je m'exprime comme lui... )

Bref, cette dictée, s'ajoutant aux nombreuses qui l'avaient précédée, était tombée sur les cerveaux fatigués comme grêle sur les blés. Les pauvres élèves, qui en avaient pourtant vu d'autres, sombrèrent corps et biens. Le meilleur en orthographe accusait vingt-cinq fautes, les autres, bien plus ! Curieusement, le texte présentant le moins d'erreurs était l'œuvre de celui qui habituellement en faisait le plus ! Il n'avait pas dû réfléchir, ce qui expliquait sa réussite passagère…….

Le professeur, effondré, avait appelé son collègue de mathématiques. Devant l'ampleur de la catastrophe, il levait les bras au ciel d'un geste d'impuissance, tandis que son confrère, pensant que pareille chose ne pourrait jamais lui arriver, lança d'une voix mi-sérieuse, mi-amusée :

- Nous allons à un échec retentissant !

C’était la formule favorite que le professeur de français lançait à un élève qui ne fournissait pas le travail espéré pour lui annoncer les pires calamités.

Le dernier mot retentissait comme le glas des espérances de l'intéressé. On se moquait un peu cette manie inoffensive et le malheureux protestait vivement.

Cette fois-ci, il n’avait pas le cœur à s’indigner et regarda son collègue avec tristesse.

- Ah ! Vous pouvez vous moquer ! Comprenez-vous que les choses sont sérieuses ? L'échec retomberait sur tout le collège ! Les confrères des écoles du secteur, toujours un peu jaloux de notre succès, ne manqueraient pas d'ironiser !

C'est à ce moment que le directeur était entré en disant :

- Il y a photo !

- Hélas, non ! Monsieur le directeur : il n'y a même pas photo ! Le résultat est trop net !

- Mais.....que me chantez-vous là ? Vous me semblez bizarres tous les deux !

Le professeur de français raconta alors, d'une voix tremblante, le Trafalgar orthographique dans lequel avaient sombré les élèves.

- Et pourtant, je vous assure qu'elle n'était pas plus difficile que celles que je leur administre habituellement !

Le directeur était un homme de bon sens. Sa fonction faisait de lui un conseiller écouté. Il se retint de ne pas lancer, lui aussi, la fameuse phrase assassine car il nota un grand désarroi chez son adjoint.

- Mais, mon cher, c'est parce qu'ils sont fatigués ! Cela n'est pas bien grave ! Vous n'en obtiendrez plus rien aujourd'hui. Sortez-les donc en récréation pour qu'ils se détendent un peu ! Demain, il n'y paraîtra plus ! Et demain, il y a la photo, ne l'oubliez pas !

C'est ainsi que les élèves de 3è sortirent en récréation à 4 heures. Tout étonnés de se retrouver dehors au lieu de se pencher sur une leçon d'histoire ou de géographie, ils restaient dans un coin de la cour, les bras ballants, ne sachant que faire, désœuvrés, inutiles…... Soudain, l'un d'eux partit en courant dans un cri strident. Bientôt, le groupe entier s'agitait dans tous les sens, sous le regard éteint des deux professeurs qui disaient :

- Laissons-les évacuer !

- Mais.... dites-moi, mon cher confrère..... ne leur donnez-vous pas des dictées ..... trop ..... difficiles ?

- Difficiles ? Mais mon cher ami, ce sont des dictées de Brevet. Et puis, ne faut-il pas les habituer à la difficulté ?

- Peut-être ! Qui peut le plus, peut le moins ...... Mais si le plus est inaccessible ! Si la barre est placée trop haut ? ..... Vous multipliez à plaisir les difficultés alors que vous devriez les diviser pour les placer à l'intersection orthogonale du vecteur "capacité" et du vecteur "concentration" !

- Ah ! On voit bien que vous êtes prof de maths ! Et vous oubliez que devant cet insuccès, je pourrais prendre la tangente !

Les deux collègues ne purent s’empêcher de rire.

- Vous voyez, nous avons tous nos marottes ! Je sais que je ne puis m'empêcher de m'exprimer d'une façon rigoureusement mathématique ! C'est mon dada ! Allez, n'oubliez pas que demain, il y a photo ! Mais entre nous, mon cher confrère, vous savez, moi, la photo ...... l'essentiel est qu'elle soit carrée ..... ou rectangulaire !

- Tandis que moi, l'important est de l'écrire P.H.O.T.O !

La cloche indiquant la fin des classes résonna. Cela faisait une heure que les élèves tournoyaient dans la cour. Quelques-uns avaient tenté d'organiser une partie de football, mais ils étaient trop excités et donnaient de grands coups de pied dans le ballon qui retombait régulièrement sur les tomates du voisin dont le jardin était pourtant séparé de la cour par un mur assez élevé. Au bout de la troisième fois, personne n'avait osé aller le chercher car le voisin commençait à les regarder de travers.

- Laissez ! avait dit le professeur. Je ne pense pas qu'il le confonde avec ses tomates !

C'est avec soulagement que les élèves accueillirent la fin de la récréation.

- C'est peut-être fatigant de travailler, fit l'un d'eux, mais ça l'est encore plus de ne rien faire !

Le lendemain, le soleil brillait dans un ciel sans nuages. Dès huit heures, le directeur se tenait sur le perron, accueillant ses adjoints par un :

- Alors ? Paré pour la photo ?……..

Il avait passé son plus bel habit. L'usage voulait en effet que le directeur figurât sur chaque photo de classe. Il prenait place à droite du groupe, le professeur se mettant à gauche. C'était une tradition à laquelle notre homme tenait !

C'est ainsi que chaque année, les élèves qui achetaient la photo de leur classe, avaient en prime le portrait souriant….enfin grimaçant…. du directeur, lui qui ne se déridait habituellement jamais.

Ce matin-là donc, il s'apprêtait à poser pour, disait-il avec emphase, la postérité. Un à un, les professeurs arrivaient et devisaient entre eux avant d'entrer dans l'arène.

- Tout de même, fit un "vieux" qui prenait sa retraite dans quelques semaines, on devrait photographier l'ensemble des professeurs.

Le directeur qui avait entendu, s'approcha.

 

(A suivre... C'est une histoire extraire de "L'Ecole de Monsieur Paul")

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 08:52

 

 

 

Eh oui… C’est comme je vous le dis… On sait maintenant la cause de l’antagonisme viscéral qui dura des siècles et qui existait entre les Bretons et les Normands… Voilà : le Cotentin est-il… breton… ou normand ?

C’est un peu comme si l’on vous demande si l’Alsace est française… ou allemande. Enfin, presque… Dans ce cas précis, la cause doit être cherchée dans le partage de l’empire de Charlemagne entre ses trois petits-fils. Charles le Chauve reçut la Francie occidentale (qui deviendra le royaume de France en 1205), Louis le Germanique reçut la Francie orientale ou Germanie, future Allemagne, et à Lothaire à qui échut la Francie médiane qui deviendra la Lotharingie et dans laquelle on trouvait – entre autres – l’Alsace. Cela deviendra source de conflit entre la France et l’Allemagne qui revendiqueront tour à tour l’Alsace. Voilà ce qu’on nous a appris à l’école…

Dans le cas de la Bretagne et la Normandie, la cause doit être recherchée également à la même époque. En effet, on retrouve Charles le Chauve, roi carolingien de la Francie occidentale. En 843, les hostilités commencent entre ce dernier et Nominoë, roi de Bretagne. En réalité, elles couvaient depuis un moment car Charles lorgnait la Bretagne… Deux ans plus tard, en 845 donc, Charles est battu par Nominoë à la bataille de Ballon. Par un traité signé en 846, Charles confirme Nominoë comme roi de Bretagne, par obligation on s’en doute. Il doit en outre abandonner l’Avranchin et le Cotentin à Nominoë. Voilà le nœud du problème, la source des conflits qui au fil de l’Histoire verront s’affronter Bretons et Normands. Le Cotentin devient Breton… Le restera-t-il ?

Mais les combats reprennent en 849 car Charles n’a pas abdiqué toute prétention sur le royaume breton et veut au moins récupérer le Cotentin. Des raids en Francie occidentale (Maine Anjou Poitou) voient Rennes et Nantes tomber entre les mains de Nominoë. A sa mort, son fils Erispoë devient roi de Bretagne avec les comtés de Nantes et de Rennes, ce que Charles doit confirmer, à contre cœur on s’en doute…

Les combats contre les Vikings prendront fin avec le traité de St Clair sur Epte signé en 911 entre Rollon et Charles le Simple. L’un comme l’autre désiraient la paix, ils étaient prêts à s’entendre. Les Normands étaient las d’une vie de combats et Charles n’était roi que sur le papier. En fait, la partie occidentale de son domaine lui échappait puisque les Bretons possédaient le Cotentin. Rollon profita la faiblesse de Charles pour lui demander une extension territoriale du domaine qui lui était concédé. Après avoir feint la surprise, Charles donna à Rollon ce qui ne lui appartenait plus : le Cotentin et l’Avranchin. Aux Normands de les conquérir ! C’est ainsi que le Cotentin redevint normand, pour le rester. L’un de mes cousins Nédellec s’est marié avec une jeune fille du Cotentin. Alors, où est maintenant le problème ?

 

(paru dans l'almanach du Normand... à plus...)

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 08:50

 

 

Marie de Rabutin Chantal épousa en 1644 Henri de Sévigné. Veuve à 25 ans, elle laissera son nom à la postérité par les lettres qu'elle écrira, notamment à sa fille Françoise.

Françoise de Sévigné est née à Paris en 1646. On peut voir le portrait de cette belle femme blonde aux yeux bleus au musée Carnavalet à Paris.

Très vite, Madame de Sévigné s'évertua à placer sa fille au premier rang. Avec succès... Celle que son cousin Bussy appelait « la plus jolie fille de France »... connut entre 17 et 19 ans trois années glorieuses. A cette époque, les ballets de la cour n'étaient pas réservés aux seuls danseurs professionnels. Le roi lui-même se faisait un plaisir d'y participer, accompagné par les plus grands noms du royaume. Françoise eut l'honneur de faire partie des heureux élus. Fin janvier 1663, pour les fêtes du Carnaval, Benserade composa le « Ballet des Arts ». Françoise y apparaissait aux côtés de quatre autres dames ou demoiselles aux noms prestigieux : Henriette d'Angleterre, femme de Monsieur, frère du roi, Françoise-Athénaïs de Mortemart, future Mme de Montespan, Melle de La Vallière, future maîtresse du roi, et Melle de Saint-Simon, future duchesse de Brissac. Françoise de Sévigné était une bergère, comme les autres, le roi un berger.

La gazette du 20 janvier, qui rend compte de ce ballet, parle d'elle en termes flatteurs. « Jeune et brillante, de mine ravissante... » « Ses jolis agréments » ont « charmé » tous les coeurs.

L'année suivante, Françoise de Sévigné fut encore invitée à danser à la cour dans le «  Ballet des Amours déguisés ». Elle retrouvait Mme de Montespan et d'autres demoiselles. Le roi, son frère et d'autres jeunes gentilhommes dansaient également.

Son succès fut tel que l'on n'hésita pas à en faire « un morceau de roi »... c'est à dire déclarer publiquement qu'elle était digne de devenir la maîtresse du roi. Cette situation pour le moins ambiguë ne plaisait pas plus que cela à la marquise sa mère... Cependant les dames de Sévigné semblaient « en faveur » puisqu'elles furent invitées aux « Plaisirs de l'île enchantée » en mai de la même année. Dans l'esprit de Louis XIV, le fait d'être invité à une fête royale devait être considéré comme une immense faveur, même si par la suite on ne s'intéressait plus au personnage...

Pour les fêtes de janvier 1665, Melle de Sévigné participa encore au ballet de Benserade : « La naissance de Vénus », aux côtés du roi. Mais déjà elle était présentée en belle insensible. La séduction des dames de Sévigné avait fait place à leur résistance à l'amour... Le vent tournait. Ce fut la dernière année de gloire de Françoise. Il est possible que c'est la marquise elle-même qui a voulu mettre fin à cette grande faveur car elle ne voulait pas que sa fille devienne la maîtresse du roi, à l'avenir incertain... A moins que... la sympathie qu'elle montrait à Fouquet, arrêté en 1661, ne l'ait rendue suspecte elle aussi.

Il fallait songer à marier Françoise afin de lui donner une place dans le monde. On lui trouva quelques prétendants, mais les choses n'allèrent pas plus loin. Comment « la plus jolie fille de France », de surcroît bien dotée, ne trouvait-elle pas un mari ? C'est que la belle n'y mettait pas beaucoup d'ardeur... Sans doute attendait-elle un mari selon son coeur, son rang et sa beauté... Et pourquoi pas le roi... non comme mari... mais comme amant ? Louise de La Vallière n'intéressait plus guère Louis XIV. Entre les deux Françoise, de Sévigné et de Montespan, toutes deux ses partenaires de ballet, il y avait de quoi hésiter... Mais on connaît le choix du roi... Ce ne fut pas Melle de Sévigné...

Dès lors, il devenait urgent de l'établir... En janvier 1669 un contrat de mariage fut signé entre Françoise Marguerite de Sévigné et François Adhémar de Monteil, comte de Grignan. Le mariage fut célébré peu après. La mariée avait 22 ans, le marié 36.

La nuit de noce ne se passa pas comme prévu... Le comte, qui avait les intestins fragiles, souffrait de coliques... Un auteur satirique en fit une chanson... N'oubliez pas qu'il s'agissait de « la plus jolie fille de France »...

 

« Il n'a pris qu'un rat dans ma gouttière

Le vilain matou, dit Sévigné.

Sans m'amuser, je le laissais faire

Suivant le conseil de ma chère mère.

Hélas ! Ce matou écumant de rage

N'a fait que sentir mon fromage. »

 

Ah ! Qu'en termes galants ces choses-là sont dites...

Mais cette défaillance... passagère et bien excusable... n'empêcha pas le comte d'être un fort bon mari et qui plus est d'avoir avec sa femme six enfants. En effet, c'était le troisième mariage du comte et il voulait s'assurer une descendance... On ne retiendra que la deuxième fille, Pauline, mariée à Louis de Simiane, qui hérita des Grignan.

Si vous passez par Grignan, dans la Drôme provençale, allez visiter le château. C'est là que mourut Mme de Sévigné en 1696.

 

(Texte que j'ai écrit pour  l'almanach du Breton voici quelques années...  A plus...)

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 08:49

 

 

 

Le Normandie avait été l’orgueil de la France. Lancé en 1932, arrivé au Havre le 11 mai 1935, il repartit le 29 pour sa traversée inaugurale qu’il effectua à la vitesse de 30 nœuds. Il s’adjugeait ainsi le ruban bleu récompensant le paquebot le plus rapide sur l’Atlantique Nord. Il battra ce record lors de son retour.

Le 2 août 1939, il quitta le Havre. C’était sa 139è traversée, ce sera la dernière. Il se trouvait à New York lors de la déclaration de guerre. Les autorités américaines, neutres encore, ordonnèrent de le désarmer, ce qui est une formule car il ne comportait aucun canon…..Il restait sous la surveillance de son équipage français. Mais le 7 décembre 1941, en attaquant Pearl Harbour, les Japonais allaient propulser les Américains dans la guerre. Ils commencèrent par réquisitionner le Normandie pour en faire un porte-avions ou un transport de troupes. Cette deuxième solution fut choisie. Certains auraient voulu que le navire fût mis à l’abri à la Martinique durant les hostilités. Mais le voyage présentait des risques. D’autre part, il semblait normal d’utiliser ce navire dans l’effort de guerre.

Rebaptisé La Fayette, le paquebot dut subir une cure "d’amaigrissement" car il ne s’agissait plus d’accueillir près de 2000 passagers, mais cinq fois plus de troupiers…..On lui enleva donc tout l’aménagement intérieur qui avait fait son luxe et sa fierté. Les salons immenses furent transformés en dortoirs. Des centaines de couvertures militaires (si j’ajoute cet adjectif, c’est pour indiquer qu’elles n’étaient pas très épaisses….) et de ceintures de sauvetage en kapok furent rangées dans le grand hall qui avait vu passer tant de célébrités. Grandeur et décadence…..Le palace flottant devenait un vulgaire transport de troupes……

Mais le pire restait à venir. Des ouvriers s’affairaient dans les entrailles du géant pour que le bateau soit rapidement opérationnel. Ce 9 février 1942, il pouvait être 2h30 PM. (14h30 heure locale). Un ouvrier utilisait sa lampe à souder dans le hall, non loin des ceintures de sauvetage et leur kapok inflammable. Une étincelle ou une imprudence, et voilà les ceintures qui s’embrasent.

La propagation des flammes fut immédiate. Aurait-on pu l’empêcher ? On ne sait. Toujours est-il qu’en peu de temps l’immense paquebot fut la proie des flammes. Les pompiers du port de New York déversèrent des trombes d’eau sur l’incendie qui fut maîtrisé. Mais des tonnes d’eau remplissaient désormais le La Fayette et l’on craignait qu’il ne basculât.

On avait raison de le craindre car le lendemain, à la marée montante, on vit le géant des mers se coucher lentement sur le côté dans un vacarme terrible en broyant la glace épaisse de plusieurs centimètres qui paralysait le port. Il s’immobilisa dans un gargouillement sinistre.

Le lendemain les New-Yorkais affluèrent pour découvrir le géant blessé à mort. On a dit que cet accident avait été provoqué parce que les Américains étaient jaloux du fleuron de notre flotte commerciale…..comme ils ont aussi été sans doute jaloux de notre Concorde…..Soyons sérieux : rien ne permet d’affirmer cela.

C’est la malchance, tout simplement…..Pour le moment, la carcasse du titan gisait dans le port de New York. Il était évident qu’il allait encore s’enfoncer dans la vase et que sa présence constituerait un obstacle pour la navigation. Il était donc urgent de le renflouer. Le plus vite serait le mieux car la vase pénétrait dans l’intérieur du navire par les hublots restés ouverts, “ comme de la pâte dentifrice sortant de son tube. ”

Avant toute chose, il fallut enlever les cheminées ainsi que les superstructures et tout ce qui n’était d’aucune utilité mais pesait lourd. Ensuite on dut extraire les 15 000 tonnes de vase qui s’étaient introduites dans le bateau. Cela fait, il était indispensable de colmater les 356 hublots situés dans l’eau, par lesquels la vase pouvait encore entrer. Des scaphandriers s’activèrent et y parvinrent non sans mal.

Le navire était de nouveau étanche. Il ne restait plus qu’à pomper les 100 000 tonnes d’eau qu’il contenait. Quand je dis "qu’il ne restait plus qu’à pomper l’eau", il ne faut pas croire que la chose était aisée, comme tout ce qui avait été réalisé depuis le début !…..On mit en place quatorze pompes. Alors, sachant qu’une pompe débite X litres d’eau à l’heure, on demande……Bref, ce fut long…..

Petit à petit, le géant se redressa mais garda finalement une gîte de 25°. Nous étions en octobre 1943. Les travaux de renflouage avaient duré près de vingt mois de travail intensif et pénible, demandé le concours d’un millier d’ouvriers et coûté la somme de 4 750 000 dollars. Mais le pauvre La Fayette n’était plus qu’une carcasse informe. Certains pensèrent que la coque de ce qui avait été le plus beau navire du monde pouvait encore être utilisée, notamment pour faire un porte-avions. Mais les frais de remise en état furent jugés disproportionnés. Il était plus avantageux de construire un porte-avions neuf……

Le malheureux navire fut alors abandonné à son triste sort dans un coin du port. Les Américains avaient alors "d’autres chats à fouetter"….si l’on peut dire. Il fallut attendre la fin de la guerre pour que son sort fût scellé. En octobre 1946, il était vendu pour être démoli et transformé en ferraille.

Les gratte-ciel de la grande ville le virent passer pour son dernier voyage, mais aucun bateau-pompe n’était là pour le saluer comme au temps de sa splendeur et ses arrivées triomphales…….

 

(publié dans l'Almanach du Normand il y a quelque temps... à plus...)


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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 09:09

 

Après un long silence, Fougasse demanda timidement :

- Et….qu’est-ce que c’est la deuxième partie de l’opération ?….

- Chut !…..répondit Sigismond d’un air entendu. N’allons pas trop vite. Chaque chose en son temps…..D’abord, faites ce que je vous dis.

Il ne savait évidemment absolument rien de cette fameuse deuxième phase. Il avait lancé cela, suivant son inspiration. On verrait bien !…..

Dès la rentrée en classe, à peine les élèves assis, le maître s’adressa au malheureux Calusse en lui demandant d’une voix aimable de réciter la leçon. Ce dernier se leva, resta un moment muet, la bouche ouverte, comme un poisson qui se noie……Ses yeux cherchaient un réconfort. Il n’osait dire la fameuse phrase que lui avait indiquée Sigismond. Quand même, parler de thermomètre….alors que la leçon portait sur les Croisades…..Le maître le punirait ! Mais comme il ne savait pas le premier mot sur les Croisades, il serait puni de toutes façons. Alors, puni pour puni, il respira un bon coup et se lança, d’une voix d’abord hésitante, puis de plus en plus assurée.

- Le thermomètre…..est un….appareil qui sert à prendre la température !…..

- Tiens donc !….fit M. Laberlue avec un brin de surprise dans la voix. Et….je suppose que les Croisés avaient tous leur thermomètre personnel pour prendre la température…..Comme c’est intéressant !

Le maître n’avait pas réagi comme les conjurés le pensaient. Au lieu de se fâcher, il semblait s’amuser.

- Et…continua-t-il, leur chef, Monsieur Godefroy….c’est bien cela ?….plongea son thermomètre….dans son bouillon pour savoir s’il n’était pas trop chaud…..

La classe fut secouée d’un rire énorme. Calusse, debout, tel un navire au milieu de la tempête, se demandait bien quelle contenance prendre. Mais le maître, qui riait aussi fort que les autres, s’arrêta soudain et dit simplement : bon !

A ce mot, les rires se calmèrent. Il attendit un moment et dit :

- Mon bon Calusse, tu as voulu nous distraire un peu, nous t’en remercions. Mais je me vois obligé de te mettre zéro ! Et toi…fit-il à Dromard, que vas-tu nous dire d’intéressant ?….Car je suppose que tu ne sais pas davantage ta leçon ?….

Dérouté par la tournure que prenaient les événements, Dromard jugea inutile désormais de parler du thermomètre. Il fronça les yeux pour essayer d’attraper dans sa cervelle quelques bribes de la leçon qu’il avait lue une fois la veille avant de se coucher, juste pour dire qu’il l’avait vue…..

- Allons, fit le maître, je veux être bon prince, je vais t’aider un peu…..Pourquoi les Croisés avaient-ils une croix sur leur poitrine ?…..

Dromard réfléchit longuement…..Quel était le sens de cette croix ?….Il eut soudain une révélation. Mais oui….bien sûr….Ce devait être cela…..Cela ne pouvait être que cela ! Sinon, pourquoi auraient-ils tous une croix sur la poitrine ?….Je vous le demande !….Il dit donc de la voix de celui qui sait :

- ….Cette croix….c’était leur nom……Mais comme ils ne savaient pas écrire, ils mettaient une croix….

Alors là, c’est le maître qui fut surpris. Il s’attendait à une bêtise quelconque. Mais une telle réponse le remplit de joie.

- Mais mon petit Dromard, sais-tu que ce que tu dis est drôle ?….Très drôle ?….Aussi, pour cette réponse fausse, je te mets deux sur dix.

C’est Sigismond qui était mal à l’aise ! Les choses ne se déroulaient pas comme il le pensait. Il s’agitait sur son banc, si bien que M. Laberlue s’aperçut de quelque chose. Depuis quelques jours, il soupçonnait certains élèves de préparer…non une mutinerie, mais une agitation propre à perturber le bon déroulement de la classe. La confidence faite par le pion, M. Croquignolle, l’avait conforté dans son idée. Calusse qui savait sa leçon ! On allait bien voir !

Aussi lorsqu’il débita sa phrase sur le thermomètre, il comprit. Ces enfants voulaient se moquer de lui. Il était question de thermomètre….mais il ne comprenait pas la raison de l’engouement de certains de ses élèves pour cet instrument. Il changea donc de tactique, ce qui, on l’a vu, désorienta les conjurés. Il choisit l’humour plutôt que la colère. Les élèves sont toujours déroutés par l’humour….sans doute parce que leur jeune âge ne leur permet pas encore de le maîtriser complètement.

Il décida d’enfoncer le clou….je veux dire, le thermomètre. Il se tourna brusquement vers Sigismond et lui demanda:

- Qu’est-ce que le thermomètre ?….

Déconcerté par cette question, Sigismond se leva dans un rêve et répondit d’une voix blanche :

- Le thermomètre est un appareil qui sert à prendre la température……

- Oui…oui…oui….Mais…dis-moi….N’est-il pas un….instrument…plutôt qu’un appareil ?….N’est-ce pas ?….Bien sûr….Et il mesure la température……il ne la prend pas…C’est bien cela ?…..Mais puisque tu me sembles….bien connaître les thermomètres, et qu’ils ne doivent plus avoir aucun secret pour toi, dis-moi donc quelle propriété il utilise pour mesurer les températures…..

Aïe !……La situation se retournait contre lui ! Voilà maintenant que le thermomètre utilisait une propriété…..Il s’en moquait comme de ses premières bretelles, puisque son argumentation se basait sur un jeu de mot : mettre un terme au maître !…..Décidément, ce maître était un démon ! Le pauvre Sigismond resta donc désespérément muet. Le maître prit son air le plus aimable et dit doucement :

- Voyons….Réfléchis un peu….Qu’y a-t-il dans un thermomètre ?….

Ce qu’il y avait dans un thermomètre !…..Alors là !….Il n’avait jamais regardé de près. Il resta sans voix.

- Eh bien, continua gaiement le maître, je crois bien qu’il vous faut une bonne leçon sur cet instrument que vous semblez apprécier, mais dont vous ignorez totalement le fonctionnement !

Il s’arrêta un moment, comme pour réfléchir, puis continua :

- Voici ce que je vous propose. Laverdure, Dromard, Calusse, Fougasse, vous allez chercher de la documentation sur le thermomètre. Dans une semaine, disons vendredi prochain, vous nous ferez part du fruit de vos recherches. Je complèterai les lacunes s’il y en a. Si vous voulez bien, nous vous appellerons le groupe du….thermomètre !….Mais ne croyez pas ainsi mettre un terme….au maître !…..Et maintenant, revenons à nos moutons….c’est à dire aux Croisades !…..

A la sortie de l’école, les conjurés se retrouvèrent avant de rentrer chez eux. Sigismond semblait avoir reçu un coup de massue sur la tête. Il haussa les épaules d’un geste de découragement et dit ces simples mots :

- Il est trop fort pour nous !…..Il a même trouvé mon jeu de mots. Inutile d’insister. Chacun fait ce qu’il veut pour jeudi prochain. Pour ma part, je dissous l’association…..

Calusse tenta encore de plaisanter :

- Et une association à dix sous, c’est pas cher !…..

Mais cela sonnait creux. D’ailleurs, personne ne rit. Le vendredi suivant, toute la classe était impatiente d’entendre ce que diraient nos gaillards. Le maître aussi.

- Alors, Messieurs, fit-il, pouvez-nous nous exposer le fruit de vos réflexions sur le thermomètre ?….

Les gaillards baissaient la tête.

- Vous n’avez rien à nous proposer ?….continua le maître joyeusement.

Sigismond sentit que c’était à lui de répondre. Il avait prit la tête du mouvement de révolte. Il devait assumer. Même si cela lui coûtait. Il se leva lentement, se gratta la gorge et dit d’une voix douloureuse :

- Vous êtes le plus qualifié pour nous parler du thermomètre. Quant à nous, si nous avons voulu faire…..le mariole, nous déposons les armes et promettons d’essayer d’apprendre désormais nos leçons et faire tout notre possible pour bien travailler et ne pas être punis.

Il s’arrêta, épuisé comme s’il venait de courir le marathon……Un silence de mort suivit ces paroles. Le maître semblait surpris de cette issue, mais il ne laissa rien paraître et fit sobrement :

- Bien……Je prends note de ces bonnes résolutions. L’incident est clos. Continuons…. »

 

Je vous avais bien dit que c’était une fable !….

 

(à plus...)

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 08:53

 

Une autre histoire extraite de "L'école de Monsieur Paul". Quelque chose de différent... Une fable...

Un désir secret pour des profs...????

 

 

Sigismond Laverdure trouva que la coupe était pleine. Encore puni !….Toujours puni !…..C’était à croire que le maître lui en voulait personnellement !

Ce mercredi soir, il rentrait chez lui triste et amer. Qu’avait-il donc fait pour mériter une telle punition ?…..Rien ! Enfin, une broutille !….Pas de quoi fouetter un chat !…..Il avait secoué chiffon de craie sur le chapeau noir et la redingote de même couleur que le maître accrochait soigneusement à un portemanteau dans un coin de la classe. Il l’avait fait exprès bien sûr…..mais avait prétendu que c’était une erreur…..un accident. Ce ne fut pas du goût du maître qui aurait mille misères pour nettoyer ces vêtements. La poussière de craie, ça accroche bien !….

D’ailleurs, il n’était pas le seul à se plaindre des méfaits de ce maître trop autoritaire. On pouvait quand même s’amuser un peu !…..Oui, mais pas aux dépens de Monsieur Onésime Laberlue, instituteur du CM2 de l’école Arsène Lupin de la commune d’Etretat.

Le lendemain étant un jeudi, Sigismond eut tout le loisir de ruminer sa vengeance. Car il n’allait pas en rester là ! On verrait bien qui aurait le dernier mot : Sigismond….ou Onésime !….David contre Goliath……Cette idée lui plut.

Il revint donc à l’école le vendredi, des idées plein la tête. A la récréation, il attira le groupe des éternels punis derrière les cabinets et leur tint ce langage viril :

- « Cela suffit !…Y en a marre !…..Y nous ennuie à la fin !….Et qu’est-ce qu’on a fait pour mériter cet acharnement ?….Rien !…..Rien !…..Ou presque….Des bêtises…..Des bricoles…..Toi, Dromard, tu lui as mis des escargots dans sa poche…..Quand il a voulu écrire au tableau, il a sorti un de ces gastéropodes au lieu du morceau de craie attendu. Il a barbouillé le tableau. C’est drôle, non ?…..Toi, Calusse, tu as versé de l’eau de javel dans la bouteille d’encre. Quand on a rempli les encriers et qu’on a voulu écrire sur le cahier…..c’était plutôt de l’encre sympathique, invisible !…..On a bien ri !….Mais lui, non ! Et non seulement il n’a pas ri, malgré que ce soit très drôle, mais comme tu n’as pas voulu te dénoncer, il a puni toute la classe ! Toi, Fougasse, tu es entré en classe un peu avant les autres et tu as mélangé les numéros des exercices qu’Onésime nous avait marqués au tableau. Quand il a fallu travailler, aucune page ne correspondait, c’était la pagaille la plus complète. Encore une fois, on a été tous punis ! Et je ne parle pas de moi !….Pour quelques grains de poussière de craie sur son galurin…..Bref, cela ne peut plus durer !

Un murmure approbateur se fit entendre.

- Qu’allons-nous faire ?…..demanda timidement l’un des présents. Il sera toujours le plus fort !…..

- Pas si nous savons nous organiser !…..dit Sigismond d’une voix assurée. C’est pourquoi je vous propose de créer une association des mécontents.

Il parcourut du regard les visages qui le regardaient d’un air interrogateur.

- Oui, une association….J’y ai pensé hier toute la journée.

- Il faut lui trouver un nom……

- J’y ai pensé aussi…..Il ne faut pas que l’énoncé de ce nom donne des soupçons à Onésime, si par mégarde il l’apprend. Il doit le trouver sans aucun rapport avec notre activité secrète. Notre but sera de lutter contre l’ennemi commun, de lui faire toutes les farces possibles, pour qu’à la fin, vaincu par notre ténacité, il s’en aille exercer ailleurs !

Si personne n’applaudit, c’est que cela aurait attiré l’attention sur le groupe des conjurés.

- C’est pourquoi, poursuivit Sigismond, nous appellerons notre groupe le thermomètre !…..Un nom passe-partout….anonyme…….anodin. S’il est découvert, personne ne soupçonnera ce qu’il cache.

Les conspirateurs avaient l’air déçus. Ils auraient préféré le poignard….le glaive….ou même la main noire……Mais le thermomètre…..Quoi de plus inoffensif qu’un thermomètre !….

- Vous vous demandez sans doute pourquoi ce nom….continua celui qui parlait comme un chef. Eh bien….d’abord, un thermomètre, ça prend la température…..Nous aussi nous prendrons la température de la situation, nous jugerons quand et où il faudra agir…..Et puis, et surtout…..

Il s’arrêta pour ménager ses effets, et termina sa phrase en martelant les mots :

- Parce qu’il faut mettre un terme au maître !……

Des cris d’enthousiasme saluèrent cette brillante sortie, si bien que la tête hirsute de M. Croquignolle, le surveillant de cour, apparut derrière le cabinet des maîtres.

- Que se passe-t-il ici ?…..demanda-t-il d’une voix doucereuse.

Sigismond ne s’attendait pas à l’intrusion du pion dans ses affaires. Pris de court, il répondit :

- M’sieu….On se récite nos leçons pour bien les savoir….Et Calusse a répondu sans se tromper. Alors, on a tous….applaudi !…..

- Oh Mais c’est très bien mes enfants !…..Je m’en vais annoncer la bonne nouvelle à M. Laberlue. Il ne manquera pas de vérifier afin que toute la classe applaudisse ce bon Calusse !…..

Ce dernier lança un regard noir vers Sigismond qui, le pion parti, haussa les bras d’un geste d’impuissance.

- Comme d’habitude tu ne la sais pas…. fit Dromard. Il ne te reste plus qu’à l’apprendre, cette leçon !

- Pas le temps répondit Calusse. Mais si tu la sais, dis-la moi, afin que j’en aie au moins quelques notions…

- Hélas !…Je ne la connais pas plus que toi !…..

- Alors, je vais encore me payer une bonne punition !….fit Calusse d’un air résigné.

Sigismond sentit le moral de ses troupes fléchir. Il fallait sans tarder reprendre la situation en mains.

- J’ai une idée ! Tu n’as plus rien à perdre, Calusse. Tu seras puni de toutes façons. Alors, c’est le moment de mettre en pratique nos bonnes résolutions. Place au Thermomètre. Ecoutez-moi bien tous. Toi d’abord Calusse, puisque tu auras l’honneur d’être le premier. Lorsque le maître t’interrogera, tu répondras de ta voix la plus naturelle : le thermomètre est un appareil qui sert à prendre la température !….Cela n’aura rien à voir avec ce qu’il te demande : c’est exprès ! Et vous, chaque fois qu’on vous questionnera et que vous ignorerez la réponse, vous direz la même phrase. Elle paraîtra bizarre à Onésime, et cela le rendra perplexe !….Il se demandera ce que vient faire un thermomètre en histoire….ou en géo, ou….ailleurs !

Il s’arrêta pour laisser à ses paroles le temps de bien pénétrer dans les cervelles de ses camarades. Puis il continua :

- Ce n’est pas en nous opposant ouvertement que nous arriverons. A ce jeu-là, nous ne sommes pas les plus forts. Si nous répondons toujours la même chose : le thermomètre…etc…, il se demandera ce que cela signifie. Il se posera des questions. Il doutera peut-être. Alors, nous passerons à la deuxième partie de l’opération…..

(à suivre car l'histoire n'est pas terminée...)

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 08:48

 

Le pion ne sentit ni l’ironie ni la menace à peine voilée de ces phrases. Il aurait dû y porter une plus grande attention ! Il sortit accompagné de l'ex-futur martyr, avec le sourire de celui qui a remporté une grande victoire.

En réalité, cette indulgence maladroite fut interprétée comme un aveu de faiblesse. Le lanceur de billes lui-même reconnaissait avoir mérité sa punition. Tous admirent que cette clémence n'était pas un signe de fermeté et que cette bonté s'apparentait plus à une capitulation sans condition. Ce surveillant à l'abord si féroce n'était qu'un tigre de papier !

A partir de cet instant, rien ne fut épargné au pauvre homme. Il fallait tout d'abord lui trouver un surnom. On en essaya plusieurs, sans recueillir l'approbation générale. Vous ne devineriez pas comme il est difficile parfois de trouver un sobriquet qui corresponde au personnage ! C'est tout un art…..dans lequel, heureusement, les élèves sont passés maîtres ! Au bout d'une heure de vaines recherches, après plusieurs propositions refusées, quelqu'un lança soudain :

- Il ressemble à mon oncle ! On ne va tout de même pas l'appeler "mon oncle" !

- Mon oncle, non....... Mais....que diriez-vous de....Tonton ?

Le nom était trouvé ! C'est donc sous ce vocable qu'il passa à la postérité. En eut-il connaissance ? On ne le sut jamais. Il est fréquent que les intéressés connaissent leurs surnoms, mais on comprend qu’ils n'éprouvent pas le besoin de s'en glorifier !

Les parties de billes au dortoir s'étaient reproduites. Le pauvre pion avait bien essayé d'y mettre un terme, mais en vain. Il n'osait pas faire intervenir le proviseur car il se doutait de sa réaction. Ne l’avait-il pas mis en garde ? Chaque fois qu'il le croisait, il lui demandait si tout allait bien. Il répondait toujours affirmativement, mais pensait qu’il se doutait de quelque chose.

Il avait cru amadouer les élèves en faisant preuve de mansuétude. C'était prendre le problème à l'envers. C'est au tout début qu'il faut asseoir son autorité par des sanctions méritées. Après, on peut se permettre de pardonner comme Auguste le fit à Cinna ! La clémence est l'apanage des forts, pas des faibles ! Comment redresser une situation à ce point compromise ?

Comme les élèves n'abusaient pas trop, devinant jusqu'où ils pouvaient aller sans que le proviseur intervienne, l'affrontement était limité, quoique fatigant. Tonton sortait de sa case et la turbulence cessait. Dès qu'il rentrait, elle reprenait. Il préférait laisser l'effervescence retomber toute seule. Les roulements des diaboliques boules d'argile et les rires des enfants lui vrillaient les oreilles. Il aurait voulu être à cent pieds sous terre.

Pendant la journée, il essayait de faire bonne figure pour donner le change à ses collègues et faire croire aux élèves que cela ne le gênait pas. Tant que l'agitation se limitait au dortoir. Il pensait tenir encore les rênes.

Au bout de quelques jours, les parties de billes cessèrent. Ce qu'on peut faire en toute impunité n'est plus drôle ! Il fallait trouver autre chose. Ce calme soudain revenu le rassura et l'inquiéta à la fois. Que mijotaient-ils donc ?

"Ils" avaient décidé de varier les plaisirs et d'offrir à leurs camarades une séance de cinéma.....de cinéma muet évidemment ! Pour tout dire, il s'agissait plus exactement d'un spectacle d'ombres chinoises dont l'écran serait le drap blanc séparant la chambre du pion du dortoir. L'idée leur était venue en voyant sa grande ombre se débattre derrière son rideau lorsqu'il se couchait.

Durant une semaine, les promoteurs de ce divertissement inédit consacrèrent leurs moments libres à la préparation de cette soirée. Les ciseaux taillaient dans du carton des figurines grossières.

Enfin, le grand soir arriva. On n’avait pas distribué d’invitations, mais le bouche à oreille avait bien fonctionné : ce soir, cinéma !

Lorsque la lumière fut éteinte, le pion regagna sa cellule monacale, après quelques allées et venues dans la vaste chambrée. Au bout de quelques minutes, il éteignit également la sienne. Seules les veilleuses jetaient une lumière diffuse. Les "projectionnistes" attendirent quelques minutes avant de se mettre en action. Le faisceau d'une lampe électrique fut alors dirigé sur l'écran. Les bustes se redressèrent sur les lits. Le spectacle pouvait commencer.

Des mains aussi discrètes que possibles présentèrent devant le rayon lumineux des objets divers afin que leur ombre se projetât sur l'écran improvisé. On put d'abord lire : D U E L : c'était le titre. Des doigts habiles, armés de ciseaux ou couteaux, avaient passé la semaine à évider soigneusement une feuille cartonnée pour y découper les quatre lettres de ce mot qui apparaissait en clair sur un fond noir. Nos lascars n'ayant pas eu l'occasion de faire une répétition générale, ce résultat les combla. On pouvait enchaîner !

A droite de l'écran, un bretteur apparut, l'épée au poing, prêt à en découdre. Il s'agitait d'une façon comique, soulevant les premiers rires. Un second surgit à gauche, tout aussi belliqueux. Les duellistes s'approchèrent et le combat commença. Ils se jetaient l'un sur l'autre de façon désordonnée, désopilante, cocasse.

Les gaillards qui manœuvraient les deux ferrailleurs de carton dans le trait de lumière donnaient à leurs personnages des mouvements saccadés, sautillants, grotesques, accompagnés parfois de cris gutturaux étouffés et d'onomatopées. Sur l'écran, l'effet était irrésistiblement drôle. Les gloussements de plaisir de l'assistance, d'abord retenus, s'amplifièrent peu à peu jusqu'à l'explosion des rires aux éclats bienfaisants.

La lumière s'alluma soudain derrière l'écran et l'ombre menaçante du surveillant assis sur son lit couvrit les joyeux ébats. Le faisceau lumineux s'éteignit brusquement, les escrimeurs disparurent, les spectateurs s'enfoncèrent sous les couvertures, le silence revint.

Une main écarta le drap d’un geste vif, une tête apparut dans la lumière crue. Tout reposait en paix dans le dortoir obscur.

- J'ai dû rêver ! J'ai pourtant cru entendre des bruits ! Non, "ils" sont calmes : dormons ! pensa le surveillant en éteignant.

Quelques minutes s'écoulèrent. Les yeux se réhabituèrent à la pénombre. Le pinceau de la lampe électrique troua à nouveau l'obscurité et vint se poser sur le drap servant d'écran. Un "Ah !" discret monta du public. Les deux spadassins recommencèrent à se pourfendre joyeusement. Cela dura un bon moment.

Soudain, une voix se fit entendre :

- "Et si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira "ta" toi ! "

Des rires fusèrent, la lumière s'alluma derrière le rideau, la tête hirsute et ahurie apparut. Mais tout était rentré dans l'ordre.

- Décidément, j'entends des voix ! fit le pauvre Tonton. Il faudra que je consulte !

Il se leva néanmoins, s'habilla et fit un tour de dortoir pour vérifier. Mais il ne remarqua rien de suspect. Tout le monde dormait.....ou faisait semblant !

- Ils dorment !....J'ai dû faire un cauchemar ! Recouchons-nous !

L'obscurité était à peine revenue que les duellistes firent une troisième entrée virevoltante pour se livrer à des assauts fougueusement burlesques. Au plus fort de la bataille, l'un des deux s'écroula tandis qu'une voix victorieuse lançait :

-" Tiens ! Connaissais-tu la botte de Nevers ?"

Nos amateurs avaient des lettres ! Le lumière se ralluma derrière le rideau qui bougea légèrement mais personne ne se montra. Elle s'éteignit rapidement. A quoi bon ? devait penser l'intéressé.

Les trois lettres du mot FIN apparurent alors nettement sur l'écran redevenu sombre. Quelques applaudissements légers, ponctués de "chut" ! insistants se firent entendre. Le spectacle était terminé.

Il se répéta plusieurs soirs, agrémenté d'autres figures. Jamais la victime de ce divertissement pré-cinématographique ne s'en rendit compte. Puis, on s'en lassa également. Il fallait innover !

La quinzaine qui suivit fut calme. Tonton pensa que le plus dur était passé. Comme il connaissait mal les jeunes ! C'est quand on s'y attend le moins que la tempête se réveille et que l'ouragan se déchaîne ! Profite de la bonace, Tonton ! Le prochain coup de vent risque de t'engloutir corps et biens !

Nous étions à une semaine des vacances de Noël, en pleines compositions trimestrielles.

- Tant mieux ! pensait-il. Pendant qu'ils ont l'esprit occupé, ils n'ont pas l'idée de faire des blagues !

Les journées avaient filé comme le sable dans un sablier. C'était la dernière soirée avant le départ pour une dizaine de jours de repos. Les élèves étaient un peu excités par cette approche. Le coucher avait duré un peu plus longtemps. Il comprenait cette agitation et laissait faire, du moment qu'elle ne dégénère pas en chahut. Comment d'ailleurs s'y opposer ?

Il avait tourné plus longuement dans le dortoir, attendant que tous soient couchés, à défaut d'être endormis. La lumière éteinte, les lumignons des veilleuses jetèrent leur lueur blafarde sur un monde agité. Le grincement des sommiers métalliques indiquait que le sommeil était plus long à venir. Il glissait silencieusement entre les rangées de lits, ne faisant pas plus de bruit que son ombre. Au bout d'un moment, il regagna son alcôve.

- Ouf ! dit-il. Dernière soirée de l'année ! Demain je pourrai me reposer sans dresser l'oreille au moindre bruit, sans craindre je ne sais quel coup fourré de ces petits monstres !

Il commença à se déshabiller tout en pensant aux bienfaisantes vacances qui s'annonçaient. Lorsqu'il fut en pyjama, il se laissa tomber sur son lit en disant :

- Ah ! Dormir !

Mais au même moment il lui sembla que la terre s'entrouvrait et que tout s'écroulait dans un vacarme indescriptible. Lorsque le silence fut revenu, il était encore sur son lit, qui lui sembla pourtant avoir descendu d'un étage. Il se leva et aperçut des bouts de liège à ses pieds.

Les garnements avaient placé un bouchon sous chaque pied du lit pour le surélever, dans un équilibre instable. La moindre secousse devait faire s'écrouler l'ensemble. Comme cadeau de Noël, on ne pouvait trouver mieux !

Furibond, il sortit de sa niche. Dans le dortoir paisible, on entendait le souffle léger des dormeurs. C'est à peine si l'on percevait les rires étouffés des auteurs de cette plaisanterie. Tous étaient prévenus, tous avaient attendu, entendu et apprécié. Le pion ne voulut pas s'avouer vaincu et, s'adressant au dormeur le plus proche, il lui demanda :

- Tu as entendu quelque chose ?

- Moi ?….Rien !

A quoi bon insister ? De guerre lasse, il regagna sa case en vérifiant dans tous les coins s'il n'y avait pas un autre traquenard.

Le lendemain, il remarqua dans l'œil de chacun une lueur de malice. Fallait-il la mettre sur le compte des vacances....... ou sur celui de la plaisanterie dont il avait été victime ? Bien malin celui qui aurait pu le dire ! Comme il avait hâte que les garnements partent !

Le soir, il regagna seul sa cambuse. Il était joyeux.

- Ah ! presque deux semaines sans ces monstres ! Je peux parler, rire, dormir sans crainte, bref, vivre !

Il flâna un peu plus longtemps. Qui l'en empêchait ? Il se paya même le luxe de faire une tournée dans le dortoir désert. Il virevolta ainsi de longues minutes, savourant le calme. Vers onze heures, il s'allongea sur son lit. Il n'eut pas le temps de réaliser. Il se retrouva enfoui dans le centre du matelas tombé par terre, mais dont les bords se relevaient pour le coincer entre l'armature du lit. Il faillit étouffer. Au bout de longues minutes, il réussit à s'extirper de ce guêpier et regarda. Les chenapans avaient coupé à la cisaille le réseau métallique qui constituait le sommier !

C'était trop ! Le lendemain, il partait. Définitivement. Lorsque les élèves revinrent à la rentrée de janvier, ils furent surpris de trouver un autre maître d'internat, un jeune à la carrure d'athlète.

- Vous êtes surpris de ne pas trouver Tonton ? lança-t-il en guise de préambule, d'une voix amusée. Eh bien, je serai votre nouveau Tonton.....si vous le voulez bien ! Mais moi, je ne serai pas Tonton gâteau ! Moi, les billes, les bouchons, les cisailles, j'en ai ! Inutile de m'en fournir ! Alors, mes gaillards, il faudra marcher droit, sinon...... » 

 

Personne n'a trouvé la réponse à la devinette que je vous ai posée l'autre jour... Qu'a inventé Léon Besnardeau... enfin... personne ne m'a envoyé une réponse.

Eh bien, il a inventé la carte postale ! C'était lors de la guerre de 1870. Il voulait distraire les soldats de l'armée de Bretagne au camp de Conlie dans la Sarthe.

Il fallait quand même que vous le sussiez ! ! !

 

(à plus...)

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 08:21

 

Une histoire extraite de mon livre "L'Ecole de Monsieur Paul"...

 

 

Cette rentrée d'octobre 1952 s'était déroulée sous un soleil éclatant. Un à un, les internes regagnaient le lycée André Lemaître de Falaise, la mine basse, une mine de rentrée scolaire, la valise lourdement chargée, et grimpaient le raidillon qui les menait à la poterne....je veux dire à la porte d'entrée. Certains groupes, formés dès la descente du car, faisaient un détour par le bar des amis.

- « Nous avons bien le temps de nous enfermer là-dedans ! disaient-ils. Dédé attendra.

C'est ainsi qu'ils appelaient avec l’insolence de leur jeunesse leur lycée, auquel on avait donné le nom de ce peintre ancien instituteur de campagne qui se définissait comme "le peintre des mares" car elle étaient souvent présentes dans ses paysages normands.

Pour le moment, faute de mares, les flaques d’eau de la dernière averse présentaient sous leurs pas incertains autant de pièges diaboliques que les ténèbres qui commençaient à envahir la cour cachaient à leurs yeux. Les internes avaient pris possession du dortoir immense où les lits de fer s'alignaient en rangées impressionnantes. Les nouveaux semblaient pétrifiés dans cet univers glacial tandis que les anciens parlaient fort, sans doute pour cacher le cafard qui les prenait comme l'obscurité descendait.

- D'habitude, c'est ma mère qui fait mon lit ! lança un loustic. Il va falloir que je m'y mette si je veux dormir !

- Oui, répondit un autre. Et....comme on fait son lit, on se couche !

- Alors, fais-le en portefeuille ! On ne sait jamais ! ......Tu trouveras peut-être un billet demain matin !....

Mais les plaisanteries sonnaient creux. Comme elle semblait loin la chaleur de la maison familiale !

La vue du nouveau maître d'internat n'avait pas été très réjouissante : un grand gaillard vêtu de sombre, au visage glabre, taillé à coups de serpe, où des lèvres minces dessinaient un rictus inquiétant et peu encourageant. Non vraiment, il n'y avait pas de quoi être rassuré ! Ils se souvenaient encore de la gentillesse de son prédécesseur, certainement trop bienveillant, et qui avait dû céder sa place à ce cerbère. Allons, on verrait bien !

Le soir, seul, blotti dans son petit lit, il n'était plus besoin de braver pour retenir quelques larmes, tandis que le surveillant allait et venait entre les rangées, certainement pour bien marquer son territoire. Il occupait une alcôve située dans un recoin du dortoir dont elle était séparée par un grand drap blanc doublé d'un tissu noir afin qu'on ne le voie pas en ombre chinoise lorsqu'il se coucherait. Mais cette installation s'avèrera peu efficace.

Allez, dormez bien ! Vous ne savez pas encore que vous vivez les plus belles années de votre vie, celles dont on se souvient beaucoup plus tard en disant : "Ah ! ... C'était le bon temps !"……

Tous les matins à six heures, la sonnerie stridente d’un réveil retentissait derrière le rideau, telle la diane dans le matin clair d’une caserne. C’était l’heure du réveil pour le surveillant. Mais ce vacarme éclatant brutalement dans le silence de la nuit réveillait aussi la chambrée. Très vite il signifia : encore trois quarts d'heure au lit ! L'hiver, ce répit sera apprécié à sa juste valeur. Trois grands quarts d'heure dans la chaleur du lit, alors que dehors, il gèle ! Pas à l'extérieur. Non : en dehors du lit ! Ces grands dortoirs pouvant contenir environ cent cinquante potaches, peut-être plus, n'avaient aucun moyen de chauffage.

Ils n'étaient chauffés que par la chaleur humaine, celle justement qui faisait le plus cruellement défaut dans ce genre d'établissement à cette époque ! Mais nos grands garçons, élèves de Seconde, de Première, de Philo et de Mathélème, s'endurciront au fil des jours, des mois, des années.

Les jours suivants leur permirent de mieux faire connaissance avec leur gardien. On leur affirma qu'il venait d'un autre lycée, afin justement de les dresser. C'est toujours bon à savoir ! Pour le moment, les deux combattants s'observaient.

A ma droite, les élèves, calmes, dociles, mais aux aguets. A ma gauche, le pion, tel Raminagrobis le bon apôtre, les yeux mi-clos, l'air benoît, prêt à jeter sa patte sur l'un ou l'autre à la moindre occasion. Le match pouvait commencer !

L'Etat-Major des élèves se réunit discrètement un soir dans un coin de la cour au moment de la récréation. Il fallait "tester" la capacité de résistance de "l'ennemi" !

- J'ai une idée ! fit l'un des combattants. Faites-moi confiance ! Je garantis le succès du test !

La soirée se déroula comme toutes les autres. Vers 9 heures, après une heure d'étude, le groupe monta se coucher. Le dortoir se trouvait au-dessus des classes, au deuxième étage d'un bâtiment qui en comportait quatre. Chacun se glissa entre les draps, le pion éteignit la lumière, ne laissant que les veilleuses permettant à ceux qui se levaient la nuit pour des besoins naturels de ne pas réveiller tout le monde en heurtant lits et armoires. C'est tout juste si un clairon ne sonnait pas l'extinction des feux.

Derrière son rideau, se croyant bien à l'abri des regards indiscrets, notre homme avait allumé sa lampe. Son lit se trouvait tout contre le drap de séparation, afin de pouvoir surveiller plus facilement son terrain d’action : il lui suffisait d’écarter légèrement ce rideau pour l’apercevoir. Mais placé entre la lampe et le drap, il se profilait plus nettement sur cet écran improvisé lorsqu'il s'en approchait. On pouvait ainsi voir son ombre gigantesque grimper sur son lit, puis se réduire progressivement quand il se glissait sous les couvertures. Au bout d'une demi-heure, il éteignit.

Une heure plus tard, quelques ronflements sonores indiquèrent que certains dormaient déjà. Pas tous. Soudain, dans ce silence nocturne fait des mille frémissements d'un dortoir assoupi, des bruits bizarres se firent entendre.

Ce fut d'abord le coup sec d'un objet tombant sur le parquet et rebondissant plusieurs fois avant de rouler. D'autres chocs semblables suivirent, martelant le sol comme des roulements de tambour. Enfin, on crut entendre le crépitement saccadé d'une mitrailleuse. Une main criminelle avait jeté des dizaines de billes qui cavalcadaient bruyamment sur le plancher. Elles heurtaient les pieds métalliques des lits et rejaillissaient plus loin. On aurait cru que les escadrons de la Garde républicaine à cheval traversaient le dortoir.

Le surveillant, qui pensait jouir d'un sommeil bien mérité, sortit précipitamment de son antre et alluma l'électricité. Tous les élèves, réveillés par le vacarme, se dressèrent sur leur lit afin de mieux voir, plissant les yeux sous l'aveuglante et soudaine clarté.

- Que se passe-t-il ? fit-il en s'avançant.

Mais une boule voyageuse, malencontreusement placée sous ses pas, l'entraîna sur un pied vers l'avant, tel un patineur lors d'une figure acrobatique. On pensa qu'il allait tenter un saut périlleux, un triple axel par exemple, mais au dernier moment, il put se retenir aux montants d'un lit, ce qui lui évita l'affront d'une chute.

- Des billes.....dit-il, faisant rouler dans sa main celle qu'il venait de ramasser. Et pouvez-vous me dire qui est l'auteur d'une telle gaminerie ? Qu'il lève la main !

Les élèves se regardèrent avec étonnement. La plupart n'en savaient rien. Le coupable ne broncha pas.

- Bon. Messieurs, vous allez vous habiller et passer à l'étude ! Nous verrons bien.

Les "Messieurs" s'habillèrent en ronchonnant. Dix minutes plus tard, ils étaient à l'étude où ils s'assirent, bras croisés.

- Alors ?

Personne ne répondit.

- Bien. Nous ne sommes pas pressés. Nous avons toute la nuit !

Une heure plus tard, le groupe des conjurés, se doutant de l'identité du coupable, redoutant une nuit blanche, lui fit passer un mot sur lequel était écrit : " Ça va pour cette fois. Dénonce-toi !" Il se leva donc et dit simplement :

- C'est moi !

- Ah ! C'est donc vous.....Bien. Rappelez-moi déjà votre nom ? Je ne les ai pas encore tous en mémoire.

Que se passa-t-il dans la tête de notre lascar ? Sans doute se dit-il qu'il serait puni de toutes façons. Son nom figurerait le premier sur le martyrologe de cette année scolaire. Alors, il voulut ajouter le panache et sortir la tête haute. Il répondit superbement :

- André Lemaître !

- Ah ! répondit notre homme, tandis que la classe était secouée d'un rire de soulagement, Monsieur est un humoriste ! Bien. Pas besoin de nom, je vous ai photographié ! Allez vous recoucher, nous aviserons demain !

Le lendemain, le proviseur, informé des événements de la soirée, fit venir l'intéressé dans son bureau, en présence du surveillant. Il tempêta contre l'auteur de cette partie de billes, le privant de sortie pendant un mois et lui donnant à réaliser dans les trois jours la carte géographique de tous les pays d'Europe. Il menaça également de le renvoyer à la prochaine occasion.

Le priver de sortie.....C'était déjà le cas, comme celui de tous ses camarades ! S'il devait manquer les promenades en rangs par deux le dimanche, il n'en était pas fâché ! Pour les cartes, il prenait cela comme un excellent exercice ! Quant à recommencer…..Ce serait le tour des autres ! Allons, il ne s'en sortait pas trop mal !

C'est alors que le surveillant, qui n'avait encore rien dit, intervint.

- Monsieur le proviseur, permettez-moi, pour cette première fois, de vous demander de lever la punition de cet enfant.......

"L'enfant" le regarda avec effarement.

- Nous sommes en début d'année, il faut montrer quelque indulgence envers ce qui n'est qu'une gaminerie ! Ce jeune homme s'ennuyait certainement ! Ce sera mon cadeau de bienvenue !

L'ex-enfant devenu jeune homme en si peu de temps ne comprenait plus rien. Le directeur, surpris par cette requête, ne voulant pas désavouer son subordonné, grommela :

- Si vous y tenez !......Dans ce cas, l'affaire est close. Mais ne revenez plus me déranger pour des gamineries !……Je vous en tiendrais alors pour responsable !

(Ce n'est pas terminé... à suivre donc pour la fin de l'histoire...)

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