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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 07:52

 

- Le trésor de Rackam le Rouge !....s’écria la femme qui avait des lettres.

Le mari plongea les bras dans cette manne dorée. Les pièces roulaient délicieusement sous ses doigts. Il en prit une : c’était un napoléon, un louis d’or comme l’appelait aussi.

- Mazette !....fit le jeune inventeur du trésor selon l’expression consacrée. D’où cela peut-il venir ?....

- Combien peut-il y avoir ? fit timidement la femme.

Ils passèrent la nuit à compter. Au petit matin, les yeux cernés mais la figure radieuse, les piles de pièces s’alignaient sur toute la table. Ils comptèrent un peu plus de cinq cents piles de trente pièces, soit environ 15 000 pièces. Le mari alla chercher le journal Ouest France que l’on avait déposé comme chaque jour dans un tube de plastique à côté de la barrière et chercha la cotation de l’or. Il poussa un sifflement :

- Fichtre !....Le napoléon cote 370 F. Ce qui nous fait pour 15 000 pièces….

La main tremblante, il crayonna des chiffres et déclara en bredouillant un peu :

- Je…je trouve plus de cinq millions et demi de francs….

- Anciens ou nouveaux ?

- Qui te parle d’anciens francs ?....Cinq millions et demi de francs, que je te dis !

- Cinq cent cinquante millions d’anciens francs, alors…..

- Toi avec tes anciens francs !....Quand vas-tu te décider à compter comme tout le monde ?....

- Je compte comme je peux….et je me comprends !

Ils restèrent un long moment sans voix. Puis le mari dit :

- Sors-nous la bouteille de Manor au lieu de dire des bêtises !....Il convient de fêter dignement cet événement !

Les deux époux sirotèrent leur apéritif à petites gorgées.

- A qui cela peut-il bien appartenir ? fit la femme.

- Mais….à nous, puisque nous l’avons trouvé sur notre terrain !

- Hum !....Pas si sûr. Les questions d’argent, c’est toujours compliqué quand on sait de quoi il s’agit. Alors, quand on ne sait pas……Pour en être sûr, allons demander à un notaire ! Mais….pas celui qui nous a vendu la maison. Il se méfierait….Un autre !

- Tu as raison : on n’est jamais assez prudent !....Bigre ! cinq millions !....

- Et demi !.....

Ils se rendirent chez un notaire d’une commune voisine. Le gars dit :

- Voilà : je voudrais un renseignement. Une supposition…..je dis bien une supposition…que je trouve un trésor…..enfin des pièces en or à deux pas de ma maison, cachées dans les racines d’un rhododendron. A qui ce trésor appartiendrait ?....

- Une question en appelle une autre….répondit le notaire. Ce trésor….comme vous dites, vous le cherchiez…ou vous l’avez trouvé par hasard ?

- Par un pur hasard !

- Donc j’en conclus que votre supposition….n’en est plus une. Vous avez donc trouvé, par hasard, des pièces en or. C’est bien cela ?

Décontenancé (mais le gars ne devaient pas fréquenter beaucoup les notaires…..) il répondit :

-  Oui….

- Il se trouvait bien sur votre propriété….

- ….oui…

- Avez-vous une idée de celui qui l’aurait mis là ?

- Pas du tout !

- Le code civil dit…excusez-moi…fit-il en compulsant un gros livre….Voilà…dit exactement : (je lis) « Le trésor est toute chose cachée ou enfouie sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété et qui est découverte par le pur effet du hasard (article 716 du code civil). La propriété d’un trésor appartient à celui qui le trouve dans son propre fonds. » C’est bien le cas ?....

- Dame oui ! Un pur hasard ! Et le coffre était caché comme je vous l’ai dit dans les racines d’un rhododendron, juste devant notre maison, donc sur notre terrain.

- Vous êtes bien propriétaires ?

- Oui, depuis quelques mois. Nous avons acheté la petite maison de Madame Mautorte.

- Ah !...Je vois.

- Et….fit le gars inquiet…..faudra-t-il payer des impôts là-dessus ?

- Non. Un trésor n’est pas un revenu. Il n’est donc pas assujetti à l’impôt. Une chose encore. S’agit-il d’un trésor archéologique ou de pièces d’or anciennes ?...

- J’en ai amené une pour vous montrer. La voilà.

- Hum….Un napoléon. C’est banal……Et….il y en a beaucoup comme cela ?

- Environ 15 000 !...

- 15 000 !......

Le notaire faillit avaler son dentier de saisissement.

- Mais dites donc….c’est une véritable fortune !

- Je ne vous le fais pas dire….C’est pourquoi je voulais savoir si ce trésor était bien à nous.

- Si ce que vous m’avez déclaré est vrai, comme la maison et le terrain avoisinant vous ont été vendus, tout ce que vous trouvez dedans vous appartient.

- Ce trésor est donc à nous ?

- Eh bien mes amis, oui : jusqu’à preuve du contraire, ce trésor vous appartient !

- Comment cela « jusqu’à preuve du contraire ? »

- Il doit s’agir d’argent que feue Madame Motorte avait caché. Vous avez acheté sa maison. Le trésor est à vous, mais je pense que les héritiers Mautorte vont essayer de récupérer le trésor de leur mère. Il n’existe aucune preuve qu’il leur appartient. A moins peut-être qu’elle ait signalé la chose chez un confrère…..

Les enfants Mautorte tombèrent des nues en découvrant dans le journal la découverte du trésor.

- Ça alors !...Elle nous a bien eus avec son rhodo !....

- Elle nous avait pourtant prévenus…

- Oui….par énigmes….Je comprends maintenant ce qu’elle nous a dit avant de mourir : louis et rhodo…..Tu aurais dû comprendre, toi qui te dis le plus intelligent de nous !

Ils faillirent en venir aux mains. Ils comprenaient, mais un peu tard. Tout leur revenait : les fleurs ont de bonnes raison d’être jaunes….Il m’est précieux….Comment n’avaient-ils rien deviné ?

Ils firent tout pour récupérer ce qu’ils considéraient comme leur bien : en pure perte. Madame Mautorte n’avait signalé nulle part la présence d’une telle somme. Elle avait sans doute peur qu’on lui demande des comptes…..Ils durent se faire une raison : le trésor ne leur appartenait plus. Il était désormais à ce jeune couple qui put s’acheter une maison plus grande ailleurs afin d’élever leurs enfants. Ah !...Comme ils regrettaient de ne pas avoir compris ce que leur disait leur mère !...Et puis, elle aurait quand même pu les avertir !....La mort est arrivée trop brusquement. On croit toujours être plus fort que les autres. Aussi, braves gens qui me lisez, ne commettez pas la même erreur ! Ne cachez pas votre trésor sous un rhododendron ! Ou alors, prévenez vos enfants !.....

Moralité : bien mal acquis ne profite jamais !......

(à plus)

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 08:34

 

Les enfants ronchonnaient pour la forme mais promettaient. Chaque fois que l’un d’eux venait lui rendre visite, elle disait :

- N’est-il pas beau, mon rhodo ?....Regardez-moi c’te feuillage, et ces fleurs quand qu’il y en a !....Pour sûr, c’est qu’il est dans une bonne terre !....Aussi, gardez-le bien précieusement !.....

- Il est bizarre, ton rhodo !....disaient-ils. Ses fleurs sont jaunes. D’habitude, les fleurs de rhodo sont rouge carmin !....

- C’est vrai, répondait-elle. Mais il existe aussi des rhodos jaunes. C’est pus rare, mais y en a. A preuve !....D’ailleurs, c’te rhodo, il a de bonnes raisons d’êt’ jaune !....Et puis, moi j’préfère les rhodos jaunes !

- Ne te fâche pas, la mère ! Tu fais ce que tu veux chez toi !.....

Rentrés chez eux, ils disaient :

- Elle nous casse les pieds avec son rhodo !....Elle n’en a que pour lui !

- Si je pouvais, je le couperais !....

Il n’empêche ! Lors de la floraison, en avril-mai, le rhododendron développait ses superbes fleurs jaune d’or. La façade de la petite maison en était toute éclaboussée….La mère Mautorte venait alors s’asseoir près de son rhodo favori. Là, elle se laissait aller à une douce torpeur. Elle s’assoupissait même parfois.

Un jour, elle fut hospitalisée à Bayeux pour une affection bénigne, mais à son âge le médecin avait préféré ne pas prendre de risques. Chaque fois que ses enfants venaient la voir, elle leur serinait les oreilles avec son rhodo :

- Occupez-vous ben d’lui pendant que j’sieu pas là ! disait-elle.

- Mais tu sais bien que les rhodos, il ne faut pas trop les arroser ! répondaient-ils. C’est toi qui nous l’as dit.

- P’têt !....Mais occupez-vous d’lui quand même ! C’est qu’il m’est précieux, ce rhodo-là !....

- Oui…plus précieux que nous ! fit l’un d’eux mezza voce.

La mère avait toujours eu l’ouie fine. Elle entendit cette remarque acerbe et répondit :

- Mais vous, mes enfants, vous êtes hors concours ! Vous n’allez tout d’même pas être jaloux d’un pauvre rhodo ?....

- Ben !.....Parfois, on se demande si tu ne préfères pas ton rhodo à nous !

- Quand même pas ! Mais si j’vous dis que c’te rhodo m’est précieux, vous pouvez m’croire ! Aussi, je répète, prenez-en bien soin !

Elle guérit et rentra chez elle. La vie continua, la mère Mautorte vieillissait doucement. Elle était toujours aussi attachée à son rhodo. Un jour d’avril, elle eut une attaque cérébrale. On la porta sur son lit, ses enfants accoururent. Elle voulait parler mais aucun son ne sortait de ses lèvres. Elle s’agitait en semblant désigner quelque chose. Les enfants crurent comprendre qu’elle s’inquiétait pour son rhododendron.

- Mais ne t’inquiète pas ! Nous en prendrons soin de ton rhodo !....

Elle cherchait manifestement à dire quelque chose. Mais quoi ?....Les enfants étaient penchés au-dessus d’elle. Elle faisait de grands efforts pour parler, essayant de se soulever. Sa bouche se contracta et elle dit soudain : Louis…..rhodo…..Du moins, les enfants affirmèrent-ils l’avoir entendu dire ces mots.

Louis et rhodo !....Toujours cette hantise qu’ils ne s’occupent pas de son arbre favori ! Même sur son lit de mort !....Ah !...Elle exagérait quand même !....Quant à Louis, personne ne s’appelait ainsi à leur connaissance ! Leur père se prénommait Léon ! Le grand-père Victor !.....Serait-ce un cousin inconnu ?.....Comme elle était fort agitée, dans le but de la calmer, l’un d’eux dit :

- Oui…Louis….et ton rhodo…Compris…..On s’en occupera….

Elle sembla alors soulagée. Son visage se détendit, elle se laissa retomber sur le lit, ferma les yeux et mourut.

- Qu’a-t-elle voulu dire par Louis ?....Tu as compris, toi ?....

- Rien de rien ! J’ai dit que j’avais compris pour qu’elle retrouve la paix. Et toi ?

- Brin !....

Après l’enterrement, les enfants se réunirent. L’aîné continua à s’occuper de la ferme, les autres se partagèrent quelques sous. Un bien maigre héritage en vérité !....

- C’est quand même étonnant, fit l’un d’eux. J’aurais cru qu’ils avaient quelques économies. Il semble me rappeler que pendant la guerre, ils ont gagné beaucoup d’argent !

- Ils l’ont apparemment dépensé !....

- Je voudrais bien savoir ce que signifiait ce Louis qu’elle nous a dit avant de mourir !....

- Un amour de jeunesse….peut-être !....

- En tous cas, son rhodo, je ne veux plus en entendre parler !....Je crois que je suis vacciné contre les rhododendrons pour longtemps !

Ils vendirent la petite maison au rhododendron. Ils ne voulaient plus voir cet arbuste somptueux : il leur rappelait trop leur mère. C’est un jeune couple qui l’acheta. Ils avaient trouvé le rhododendron superbe, mais pensèrent qu’il était mal placé. Ils attendirent le mois de décembre pour le déterrer et le replanter dans un endroit plus approprié où il pourrait montrer sa magnificence : un peu d’ombre et un peu de soleil.

Le jeudi 5 décembre 1991, après son travail, le mari entreprit de déterrer le rhodo. Il n’avait pas choisi cette date parce qu’elle marquait le 200è anniversaire de la mort de Mozart. Non : je vous assure que c’était un pur hasard…Bref, il commença à creuser tout autour afin de bien dégager les racines et pouvoir le replanter avec succès. Une chance : le rhododendron se transplante assez facilement. Notre homme avait su choisir le moment favorable.

Soudain, son louchet heurta quelque chose de dur. Un caillou plus gros que les autres sans doute !....Il décida de le contourner. Au bout d’un quart d’heure, il aperçut un coffre en bois cerclé de fer. Tiens ! Il déterra soigneusement le rhodo et entreprit de dégager ce coffre bizarre. Quand ce fut fait, il se pencha pour le sortir de son trou. Il était trop lourd. Que pouvait-il bien contenir ?....

Il appela sa femme pour l’aider. A eux deux, ils eurent beaucoup de mal à extraire le coffre du trou où il semblait enterré depuis longtemps.

- Ça pèse au moins une tonne ce machin-là !...

- Peut-être pas une tonne….fit la femme plus pratique, mais pas loin de cent kilos !....Heureusement que je suis aussi forte que toi !...

Ils l’emmenèrent dans la cuisine et le posèrent sur le sol. La serrure était rouillée, un coup de marteau la fit céder. Ils soulevèrent délicatement le couvercle…..et poussèrent un cri.

Leurs yeux ébahis découvrirent un amoncellement de pièces d’or comme ils n’en avaient jamais vues. L’or du père et de la mère Mautorte !.....

 

(à suivre...)

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 15:41

 

Une autre histoire pour vous distraire et vous montrer que :

"Bien mal acquis ne profite jamais..."

 


 

Le père et la mère Mautorte exploitaient la ferme de la Calinette située dans le Bessin. Ils avaient repris la ferme paternelle à la mort de Monsieur Mautorte père. Travailleurs tous les deux, ils avaient introduit des méthodes d’avant-garde pour l’époque et fait de cette ferme qui vivotait une exploitation moderne. Lorsque la guerre est arrivée en 1939, le père Mautorte a été mobilisé et après la débâcle en 1940, il s’est retrouvé prisonnier dans camp en Allemagne. Madame Mautorte a vaillamment continué le travail, aidée par ses enfants : trois fils et deux filles.

Le temps de l’occupation fut une période de restrictions sévères. Les gens des villes souffraient du manque de nourriture, tandis que dans les campagnes la situation était nettement plus favorable. N’écoutant que son bon cœur, Madame Mautorte a ravitaillé de nombreux amis habitant les villes et qui auraient payé cher pour avoir de la nourriture. C’est d’ailleurs ce qu’ils faisaient, car le bon cœur de Madame Mautorte n’était pas opposé à son intérêt !

- « J’veux bien donner à manger à ceux qu’en manquent….Mais en échange ils me donnent c’qu’ils ont : queq’ billets d’mille par exemple !....C’est du troc tout simplement ! J’te donne c’que j’ai, tu m’donnes c’que t’as !....

Rassurée par ce raisonnement simpliste mais efficace, elle vendait aux citadins qui lui rendaient visite du beurre, des œufs, du lait, des poules, des lapins, de la viande, bœuf ou veau, même du blé, bref, tout ce que produit une ferme. Comme l’information « de bouche à oreilles », adaptation du système D à la française, fonctionnait fort bien, elle avait presque tous les jours des visiteurs qui venaient parfois de Paris à bicyclette pour lui acheter ces précieuses marchandises.

Les services du contrôle économique étaient bien venus une fois dans sa ferme alors qu’elle servait un client. Elle avait affirmé qu’il s’agissait d’un cousin de Paris à qui elle donnait quelques victuailles. Le « cousin » n’avait pas protesté, d’autant plus qu’obligée de jouer ce rôle jusqu’au bout, il avait bien fallu qu’elle le laisse partir sans payer. Lorsque les inspecteurs eurent quitté la ferme, elle poussa un ouf de soulagement. Elle préférait perdre quelques centaines de francs que payer l’amende réservée à ceux qui se livraient au marché noir.

- Je n’fais tout d’même pas du marché noir ! fit-elle. J’aide des gens, ils me paient…Au fond, je suis une bienfaitrice de l’humanité !....On devrait me décorer !... Il n’empêche ! Pour récupérer mes sous, j’vas augmenter un peu les prix de tout ça !....

Bref, les écus s’entassaient dans le bas de laine de Madame Mautorte, ce qui est une image puisqu’elle rangeait son argent sous son matelas. En 1942, son mari rentra d’Allemagne, grâce à la Relève, une idée des Allemands en quête d’ouvriers spécialisés, et qui consistait à échanger un prisonnier français contre trois ou même cinq travailleurs qualifiés. Des travailleurs volontaires bien sûr…..recrutés dans le cadre du Service du Travail Obligatoire, le fameux STO que l’on avait d’abord appelé SOT….Service Obligatoire du Travail….On intervertit les lettres pour une raison évidente…..le but n’étant pas de faire rire ! Toujours est-il que ce service obligatoire et libre…..n’eut pas le succès escompté, mais eut pour résultat indirect d’accélérer le recrutement des Maquis. Bref, M. Mautorte en profita. Il reprit sa place à la ferme dont les affaires furent de plus en plus florissantes……

La fin de la guerre ne vit pas tout de suite le retour à l’abondance. Il faudra attendre 1950 et les années suivantes pour voir revenir une certaine prospérité. Les époux Mautorte avaient donc encore de belles années devant eux dans leur rôle de bienfaiteurs de l’humanité……Lorsqu’on changea la monnaie en 1945, ils eurent un peu peur. Comment justifier leur fortune ? D’où venait une telle quantité de billets ?....Que répondre ? N’allait-on pas les accuser de profiteurs ?

Après avoir réfléchi, la mère Mautorte dit soudain :

- Le gars Auguste !

- Qu’est-ce qu’il a, le gars Auguste ?

- Il travaille à la banque « le Crédit du Bessin ». Il pourrait peut-être nous faciliter la chose….

Effectivement, le gars Auguste facilita l’échange de leur fortune, en douceur et sans douleur…..contre quelques victuailles bienvenues. Mais cet avertissement avait sonné à leurs oreilles comme la grosse cloche de l’église de leur village.

- Faut pas garder tout c’t’argent cheu nous ! fit le père Mautorte. Des billets, ça n’peut pus rien valoir du tout si l’envie leur prend de changer encore la monnaie ! Le gars Auguste ne sera peut-êt’ pus là ! Et pis, les billets, ça peut brûler !....C’est trop dangereux !.....

La femme, qui avait de l’idée comme une grande personne, décida d’acheter des louis d’or.

- Ça ne dévalorisera pas au moins ! L’or, c’est toujours propre. Ça brille, c’est d’qué d’beau !.....

Ce qui fut dit fut fait ! Et la vie continua. Les louis d’or s’entassaient. Comme ils étaient travailleurs tous les deux, ils continuèrent à gagner beaucoup d’argent. Mais ils n’auraient pu dire de combien d’écus se montait leur fortune. Ce n’était pas leur problème : ils amassaient.

Les enfants se marièrent. On leur fit de belles noces. Mais un fils resta à la ferme pour aider son père et prendre sa suite lorsque l’occasion se présenterait.

Elle se présenta plus vite qu’ils l’auraient souhaité. Le père Mautorte mourut subitement en 1960. Il n’avait que 55 ans, mais il était prématurément usé par le travail, et peut-être aussi par ses années de captivité. Restée veuve, la mère Mautorte se retira dans une petite maison située pas très loin. Elle voulait laisser son fils et sa bru gérer la ferme comme ils l’entendaient. Elle se disait qu’elle avait assez travaillé et qu’elle pouvait se reposer un peu.

Un jour, pour agrémenter sa maison, elle planta à côté de la porte d’entrée un rhododendron. Au fil des années, l’arbuste prit de la vigueur et grandit jusqu’à gêner parfois l’entrée dans la maison. Mais elle ne semblait pas s’en préoccuper. Ses enfants par contre s’en agaçaient.

- Tu devrais l’arracher! disait l’un.

- Tu l’as planté trop près ! disait un autre.

- Taille-le au moins ! lançait un troisième.

- J’fais c’que je veux avec mon rhodo ! Et puis d’abord, un rhodo, ça ne s’taille pas !....Quand j’serai pus là, j’vous recommande de bien l’arroser et de bien l’entretenir ! Mais pas avec de l’eau calcaire ! Parce que le rhodo, il n’supporte pas l’eau calcaire !

- Tu parles ! répondait le fils.

- Ah mais !....Je n’vous ai pas souvent demandé quel’ chose !...Mais là, j’vous demande de bien vous occuper de lui !

 

 

(à suivre...)

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 09:13

 

Toujours extrait de "De derrière les fagots" ...

 

Le train Jurques-Caen par Villers-Bocage allait partir. Il régnait une joyeuse animation en ce mois de juin 1926. Beaucoup de ces voyageurs se rendaient au marché de Villers qui a lieu comme chacun le sait tous les mercredis. C’était l’un des plus gros marchés de Normandie en ce qui concerne les veaux. Il s’en vendait des troupeaux. N’avait-on pas surnommé Villers “ Cach’ les vias ” ?….

Intéressons-nous à ce compartiment dans lequel ont pris place cinq femmes, des braves paysannes qui se rendent au marché, dont une tient sur les genoux son petiot d’un peu plus d’un an. En attendant le départ du convoi, elles parlent de la pluie et du beau temps. La locomotive halète à grands coups saccadés. Soudain, une secousse ébranle le wagon, manquant de faite tomber sur le pauvre gamin qui n’aurait sans doute pas survécu une grosse femme qui s’était levée pour caler son panier dans le filet. Le train démarre enfin. Il roule d’abord doucement avant de prendre sa vitesse de croisière, une vitesse folle : environ 40 km/heure.

Au bout de quelques minutes, l’une d’elles dit soudain :

-“ Sentous comme cha sent ?……

Toutes ces dames humèrent en se regardant l’une l’autre.

- Pour sûr que cha sent ! Et pas la rose cor !….surenchérit une autre.

Alors tous les regards se portèrent sur le pauvre gamin qui gazouillait joyeusement. Devant cette réprobation muette, sa mère rougit violemment.

- Vos n’allez tot d’même pas accuser c’te pauvre innocent ? qu’elle fit comme ça.

- Nos n’accuse personne mais nos constate que cha sent et d’qué de pas bon !

- Pisque j’vos dit que man petiot n’est pour rien dans c’t’affaire !

Mais les autres ménagères regardaient le pauvre enfant d’un mauvais œil. Pris d’une idée subite, la mère dit soudain :

- T’nez ! J’vas vos montrer que c’est pas lui !

Elle retourna l’enfant sur son devantet et entreprit de le démailloter. Puis elle montra fièrement à ses compagnes le petit derrière propre comme un sou neuf. Avec un air de triomphe elle ajouta tout en rhabillant son poupon :

- Y en a qui feraient mieux de s’taire !…..

La grosse femme qui avait eu bien du mal à s’asseoir et occupait au moins deux places prit cette remarque pour elle et répondit vertement !

- Ah ! Mais….Vos n’voudriez tot d’même pas que j’vous montre le mien !…..

Pendant cette conversation fort intéressante, le train était arrivé à Villers. La portière fut ouverte et l’on vit un bonhomme en blaude qui avançait un bras comme s’il voulait fouiller sous les cotillons de ces dames. Elles poussèrent de petits cris effarouchés.

- Eh ben !…qu’il fit le bonhomme, en v’la des affaires !….J’peux tot d’même reprendre mes livarots !…..

- Vos livarots ?….

- Dame oui, mes livarots !

Et devant ces dames toutes ébaubies, il sortit de sous la banquette un panier plein de fromages à l’odeur puissante.

- Je n’sieu tot d’même pas idiot ! qu’il fit le gars. Pour ne pas incommoder tout mon compartiment et me faire enguirlander pendant tout l’trajet, j’ai placé mon panier sous c’te banquette et j’sieu allé dans le wagon d’à côté….

Il ajouta devant l’air effaré des villageoises :

- J’sieu pas né d’la dernière averse, vos savez !…… ”

 

 

A plus...

 

 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 11:24

 

Si quelques conseillers étaient favorables à cet achat, une majorité se montrait sceptique. L’instituteur, qui tenait beaucoup à cet appareil, dut en expliquer le fonctionnement. On écrivait ce qu’on voulait sur un stencil, sorte de papier glacé. Une feuille de papier carbone placée au verso reproduisait ce texte à l’envers sur le stencil. On le fixait sur le tambour de la machine que l’on tournait avec une manivelle. Il passait sur une plaque de feutre imbibée d’alcool. On présentait une feuille ordinaire devant le tambour, on tournait le cylindre, elle sortait de l’autre côté avec le texte écrit….à l’endroit. Pensant détendre l’atmosphère, il précisa qu’il ne s’agissait pas de Calva…..Mais le visage de ses auditeurs resta de marbre.

Il ajouta qu’il se tenait à la disposition de ces Messieurs pour leur faire une démonstration lorsqu’il serait en possession de l’appareil. Il termina en déclarant que cette machine permettait de gagner du temps. L’air fermé des conseillers lui indiqua que du temps, ils en avaient à revendre et qu’ils ne voyaient pas la nécessité d’en gagner….Il conclut en lançant négligemment que son acquisition éviterait l’achat de nouveaux manuels et ferait faire des économies à la commune. Cet élément capital rallia une majorité à sa cause. On lui accorda aussi du petit matériel utile.

- Maintenant….ajouta le maire, Monsieur l’instituteur demande quelques aménagements à son logement….Mais je lui laisse la parole.

- Voilà…..fit le maître. Je voudrais….enfin j’aimerais que mon logement soit doté de W.-C……

Les conseillers regardèrent le maire d’un air surpris.

- Oui, continua-t-il, de W.-C intérieurs, bien sûr !....

Cette phrase d’apparence anodine réveilla le père Le Tourneur.

- Qu’est-ce qu’il veut encore, Monsieur l’Instituteur ?

- Monsieur l’instituteur demande l’installation de cabinets dans son logement….de W.-C, comme on dit maintenant….répondit le maire d’un air savant.

- Ah !....fit le conseiller….des double vécés…..Parce que des vécés simples ne lui suffisent pas ?....Il en veut des doubles….Mais je ne vois pas l’intérêt de faire cela à deux !.....

- Monsieur Le Tourneur ne comprend pas….fit aimablement le jeune maître. W.-C est l’abréviation de Water-Closet. C’est un mot anglais : W comme Water : eau, et C comme Closet : cabinet. Des cabinets d’aisance avec de l’eau pour…Bref, ils ne sont pas doubles comme la prononciation pourrait vous le laisser croire….mais simples. Je rassure Monsieur Le Tourneur : on y va seul !...

- Ah !....Disons alors des vécés tout simplement…..Et on est obligé d’aller chercher chez les Anglais ce que tout le monde appelle ici des cabinets ?....

- Messieurs, reprit le maire, voilà la question posée : W.-C…or not W.-C ?....

Il était manifestement satisfait d’avoir pu montrer ses connaissances en langue anglaise….Le silence se fit. Nos conseillers réfléchissaient.

- Si je comprends bien, fit l’un, cela suppose un raccordement à l’eau…..

- Et la pose d’une fosse sceptique ! ajouta le maire. Car, où voulez-vous que ça aille ?....

Les conseillers se regardèrent avec une moue significative.

- Ça va coûter cher !.....

- On demandera au cantonnier de faire les travaux. Entre deux chemins, il trouvera bien le temps !

Mais on sentait les conseillers réticents.

- Moi, fit l’un, je ne mettrais jamais des cabinets dans ma maison : ce n’est pas propre !

- C’est vrai, fit un autre : les cabinets sont toujours à l’extérieur !

Et chacun d’énumérer les inconvénients supposés de l’installation de cabinets dans le logement de Monsieur l’instituteur.

- Et puis, si le prochain instituteur n’en veut pas, des vécés simples chez lui !.....

On aura reconnu la pertinence de Monsieur Le Tourneur…..Lorsque tous eurent développé leurs arguments et qu’ils furent épuisés, le silence se fit. C’est alors que l’un des édiles dit soudain :

- Et puis….j’y pense…..il y a des cabinets sous le préau de l’école ! Cela ne suffit-il pas à Monsieur l’instituteur ? Chez nous, les cabinets sont dans le fond du jardin. A l’école, ils sont en face du logement. C’est bien plus près ! Monsieur l’instituteur est favorisé ! Que veut-il de plus ?

Tous se récrièrent : c’était vrai ! Il y avait déjà des cabinets à l’école. Comment n’y avaient-ils pas pensé ?....Lorsque le silence se fit, une voix se fit entendre :

- Et ils ne sont même pas pleins !

Ce dernier argument emporta la décision. C’est ainsi que les habitants de Clocheville les Envolées purent lire le compte-rendu des délibérations du Conseil municipal qui fut affiché à la porte de la mairie.

« Le Conseil municipal de Clocheville les Envolées, réuni le 6 septembre 1956 sous la présidence de son maire, Monsieur Roumare, a décidé l’achat d’une polycopieuse à alcool pour l’école, ainsi que du petit matériel pour une somme totale de 4000 francs.

D’autre part, l’installation d’un W.-C même simple dans le logement de Monsieur l’instituteur a été refusée, attendu qu’il existe des cabinets à l’école, destinés à l’usage des élèves et des maîtres, et que d’autre part ils ne sont pas encore pleins. »

Et toc !.....

(à plus...)

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 08:43

 

Voici maintenant une histoire extraite de mon livre "De derrière les fagots"... un livre rempli d'histoires comme celle-ci, aussi sottes que grenues... comme disait quelqu'un qui était fâché avec la langue française...

 

 

Le jeudi 6 septembre 1956, le Conseil municipal de Clocheville les Envolées, département de la Vire Inférieure, se réunissait à 8 heures précises du soir, comme tous les premiers jeudis du mois. Les onze conseillers avaient pris place autour de la grande table, entourant Monsieur le Maire qui présidait son cent cinquante-huitième conseil puisqu’il entamait la deuxième année de son troisième mandat à la tête de cette petite commune de 254 habitants.

Le secrétaire de mairie se tenait à un bout, prêt à noter ce qui se déciderait. Certaines mauvaises langues prétendaient que c’était lui qui dirigeait en réalité la commune, le maire lui laissant toute liberté pour prendre les décisions utiles. Cela avait failli lui coûter la victoire lors des dernières élections. Depuis, le secrétaire s’était un peu mis en retrait. Il disait à qui voulait l’entendre, montrant la main droite qui semblait tenir un objet invisible : je suis un crayon ! J’écris ce qu’on me dit d’écrire, rien d’autre…..Mais l’air dubitatif des interlocuteurs indiquait qu’ils y croyaient peu…..Ils ne se trompaient d’ailleurs pas…..Le maire avait du mal à se passer des avis de son secrétaire….et le secrétaire souffrait de n’être qu’un crayon…..Alors, petit à petit, le crayon reprit les rênes….pour la plus grande satisfaction de tous, maire mais aussi conseillers, qui aimaient bien qu’on fasse le travail pour eux et qu’on leur laisse la décision finale lorsqu’elle allait dans le sens qu’ils désiraient.

C’étaient tous des cultivateurs aisés, de ceux qu’on appelle Maît’ Jacques ou Maît’ Louis en soulevant respectueusement sa casquette. Des gens bien installés dont le tour de taille était proportionnel à l’épaisseur du portefeuille. Des notables campagnards qui n’auraient pas donné leur place pour un empire et qui se considéraient honorés par leurs concitoyens plutôt qu’au service de la commune……

Habituellement, la séance était consacrée à l’entretien des chemins communaux dont se chargeait le cantonnier municipal. Il allait par les routes, armé d’une faucille et non pas d’un marteau……mais d’une petite fourche en bois à deux dents qui lui permettait de présenter l’herbe à la lame. Il travaillait lentement mais sûrement. Le travail était bien fait, mais à peine avait-il terminé à un bout de la commune qu’il lui fallait recommencer de l’autre.

Ce soir-là, une autre question avait été mise à l’ordre du jour : l’école. On n’en parlait pas souvent. La commune possédait une école construite à la fin du XIXè siècle. Des murs gris en pierres grossières, des fenêtres hautes entourées de briques rouges. Elle ressemblait plus à une prison plus qu’à une école…..Mais depuis son ouverture, des générations d’élèves s’étaient succédées et avaient passé avec succès leur certificat d’études. Nos notables communaux avaient usé leur fond de culotte sur ses bancs lustrés par les frottements. Elle était pour le moment conduite par un instituteur remplaçant. Ce jeune homme, qui allait commencer sa deuxième année d’enseignement, demandait quelques achats qu’il jugeait indispensables. On l’avait exceptionnellement invité à venir présenter ses modestes revendications. Il ne put en terminer la lecture. Un conseiller lança d’une voix aigre :

- « Monsieur l’instituteur est bien exigeant ! Vous croyez certainement quenotre commune est riche !

- L’an dernier, vous n’aviez rien demandé ! renchérit un autre.

- Vous avez pu faire l’école avec le matériel existant. Maintenant, vous le trouvez insuffisant !

- Qu’est-ce que c’est que cette polycopieuse à alcool que vous demandez ? fit un autre, et à quoi que ça sert-ti ?....De not’ temps…..

Le père Le Tourneur qui somnolait au bout de la table comme à son habitude se redressa soudain et s’écria :

-  Alcool ?......Il veut de l’alcool pour faire l’école ?.....Vous allez voir que bientôt il nous demandera du calva…..

Le brouhaha général obligea le maire à demander le silence.

- Messieurs, fit-il, nous sommes ici pour étudier les propositions de Monsieur l’instituteur, les accepter peut-être, ou les refuser…..

- Avant d’les accepter, faudrait savoir si c’est utile !

- Tu veux dire indispensable ! D’not’temps, nos avait point besoin de tout ça pour faire l’école ! Une grande règle suffisait !

- Tu te rappelles le père Corbinard ! Y nous tapait d’sus jusqu’à ce qu’on donne la bonne réponse !....

- Même que je saignais des oreilles…..Mais c’est comme ça que j’ai appris l’orthographe !....

Le jeune instituteur les écoutait, horrifié. Il ne put s’empêcher d’interpeller le « saigneur des oreilles » :

- Et….vous avez gardé un bon souvenir de vos années d’école….et de ce père…Cornouillard ?

- Corbinard ! Gaston Corbinard ! Il avait fait la guerre et même perdu un bras. Mais avec celui qui lui restait, il vous flanquait une de ces fouaillées que vous n’étiez pas prêt d’oublier….Ah !...C’était l’bon temps !....Quand y t’nait quelqu’un, y n’le lâchait pas….

- …….Jusque ça saigne ! ajouta l’instituteur d’une voix ironique.

- Non Monsieur ! Jusqu’à ce qu’il sache sa leçon et qu’il ait corrigé toutes ses fautes….

- Eh bien !.....continua le jeune maître, je n’ai encore jamais fait saigner personne…..

- Ah mais !...Vous êtes jeune !....Vous avez tout l’temps d’vant vous !....

- Cela m’étonnerait !.....Il existe quand même des méthodes d’enseignement plus….enfin moins….barbares !....

- Mais moins efficaces, croyez-moi ! J’en sais quelque chose !

- Messieurs ! fit le maire, nous ne sommes pas réunis pour juger des méthodes d’enseignement….mais pour décider si nous acceptons ou refusons ce que demande Monsieur l’instituteur !

Ce dernier dut expliquer et justifier ses demandes, notamment la polycopieuse à alcool, qui lui permettait de reproduire des textes afin de personnaliser le travail. Cette machine était alors l’outil pédagogique non seulement à la mode, mais très utile pour remédier au manque de livres, fréquent dans les campagnes. Et quand ils existaient, ils n’étaient pas de la première jeunesse…...

Le livre unique de français Dumas, l’ancien, datant des années 1930, avec sa couverture verte, était bien souvent la seule référence. Les manuels étaient passés entre les mains de dizaines d’élèves. Chacun avait laissé une trace de son passage….les pages étaient maculées de marques de doigts, de taches d’encre, quand elles n’étaient pas déchirées. Les textes étaient légèrement démodés, comme les dessins. Mais qu’importe ! Il était le point de repère autour duquel devait s’articuler l’enseignement, puisque le père Corbinard….et d’autres valeureux pédagogues de son espèce l’avaient utilisé !

 

(à suivre... ce n'est pas terminé...)

 

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 08:58

 

Bien que né à Doué la Fontaine dans le Maine et Loire, au hasard des pérégrinations de ses parents comédiens, Noël Bénévent, plus connu sous le pseudonyme de Noël Roquevert est un vrai Douarneniste... comme moi... Je l'ai d'ailleurs croisé un jour il y a très longtemps, à la librairie Jugant rue Voltaire...

Voici un texte que j'ai écrit pour l'Almanach du Breton  il y a quelques années... J'ai puisé mes sources dans le livre qu'a écrit  Yvon Floc'hlay et que je cite en référence. C'est à ma connaissance le seul livre écrit sur ce grand comédien...

Mesdames, Messieurs les auteurs de biographies, à vos plumes !

 

 

Noël Roquevert a tourné dans sa longue carrière près de 180 films. Il avoue lui-même : “ Eh oui…..178 films, c’est tout ”…..Si son nom fut rarement en haut de l’affiche, il sera l’un des acteurs les plus populaires de sa génération et tournera avec les plus grands.

En 1951, il tourna (entre autres…..) “ L’agonie des aigles ”, une sombre histoire de demi-soldes après la chute de l’Empire. Il restait une scène à tourner, mais Christian-Jaque l’attendait à Grasse pour interpréter le rôle du sergent Fier-à-Bras dans le film “ Fanfan la Tulipe ” dont les vedettes étaient Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. Il prit donc le train pour Nice. Là, une voiture l’amena à Grasse où il retrouva toute l’équipe du tournage.

Comme le film comportait de nombreuses scènes à cheval, tous les acteurs et actrices durent d’abord prendre des leçons d’équitation. Cet entraînement quotidien de deux heures dura le temps nécessaire pour que tous se sentent à l’aise sur un cheval. Pour Roquevert, qui avait alors 59 ans (on ne le dirait pas quand on le voit virevolter à l’écran, n’est-ce pas ?….) c’était assez fatigant.

Malheureusement, alors que le tournage allait commencer, l’acteur était très malade. Il tenta de retarder la première scène, d’autant plus qu’il s’agissait du combat au sabre l’opposant à Gérard Philipe sur le toit d’une maison. Ce n’était pas la peur, mais la crainte de ne pas pouvoir terminer le film. On lui fit comprendre que s’il reculait encore, on trouverait un autre acteur pour son rôle. Il se décida donc en se disant : “ Si je me casse la gueule, tant pis, on n’en parlera plus ! ”

Il se retrouva donc sur le toit avec Gérard Philipe, un sabre à la main. Il faisait beau. Nos deux hommes commencèrent à ferrailler. Noël se sentait de mieux en mieux. Oublié le mal. Tout se passa bien.

Ce duel, comme les autres, avait été réglé par un cascadeur. Il n’empêche que les sabres n’étaient pas en bois…..Gérard avait 30 ans, Noël 59…..Le double…..Le combat se déroulait à 10 mètres du sol. A la fin, Noël devait tomber à la renverse et s’affaler sur le toit d’une remise qui s’effondrait sous son poids. Il se retrouvait sur le sol au milieu des poutres du toit.

Bien évidemment tout cela avait été réglé. Une scène comme celle-là était filmée en plusieurs séquences que l’on raccordait au montage. Un cascadeur, Gil Delamare, devait le doubler pour la chute. On avait disposé un filet pour le recevoir. Malheureusement, il était pourri (le filet….pas Gil….). Il fallait donc trouver autre chose. On demanda aux pompiers de Grasse de prêter leur toile de saut. Ils acceptèrent. La toile fut tendue par une vingtaine de personnes, Gil Delamare sauta. La scène était filmée sous différents angles car il n’y aurait pas de seconde prise……Coupez ! Plan suivant ! Roquevert, à plat ventre sur le toit, était prêt. Les poutres sciées ne tenaient que par un fil. Moteur ! On lâchait les fils, le toit s’écroulait avec l’acteur. Delamare devait continuer pour le reste de la chute. Il s’est blessé en tombant sur un outil qui traînait.

Le travail a continué. Est arrivée la scène où Roquevert tombait dans une fosse dans laquelle s’écoulait le purin provenant des écuries situées à côté. Elle était profonde au point que l’acteur disparaîtrait complètement dedans. Or seuls ne devaient dépasser que sa tête et une main tenant le sabre. On disposa des sacs de sable dans la fosse pour en diminuer la profondeur.

Ainsi rassuré, Roquevert se plaça au bord de la mare. Pour donner l’impression du réel, on avait disposé quelques canards attachés par un fil car ils ne voulaient pas rester là. Action ! Comme il disait son texte, une fougasse (espèce de mine) éclata dans un bruit assourdissant. Bien qu’il s’y attendît, il fut surpris. Le souffle de l’explosion avait coupé le sien…..Il tomba dans la fosse comme convenu mais voulant reprendre sa respiration, il avala du purin……Il avoua n’avoir pas aimé…..

Il n’y avait pas que des scènes mouvementées. Le sergent Fier-à-Bras était amoureux de la gitane interprétée par Gina Lollobridgida. Pour lui plaire, il sacrifia sa moustache, sans succès. La belle gitane aimait Fanfan la Tulipe……On se souvient peut-être….qu’elle était assez décolletée. Dans une scène, elle se baissait. A chaque fois, l’un des deux pensionnaires….de son opulente poitrine se montrait au balcon….si j’ose dire. Elle en était contrariée. Mais notre brave Noël, pour la rassurer certainement, lui disait :

-“ Mais ne t’inquiète donc pas, Lollo, il ne tombera pas. Quand bien même il chuterait, je tendrai la main pour le protéger……

L’actrice ne se déplaçait jamais sans sa chienne, un berger allemand de grande taille…et son mari, Milko Skofic. Pour la taquiner, Roquevert lui demanda un jour lequel elle préférait…..Elle répondit en souriant avec ce délicieux accent qui lui allait si bien :

- Lequel ?….Ho !…Elle pour lé jour, mais loui pour la nouit…..

Au cours d’une scène virile, celle où on l’enlevait dans la cour d’un couvent, on l’empoignait sans ménagement et on la jetait sur le dos d’un cheval. Au cours de l’action, la tête de l’actrice heurta une poutre du plafond assez bas. Résultat, les yeux “ au beurre noir ” et une incapacité de travailler pendant quelques jours. Il fallut modifier les plans. Noël Roquevert eut aussi une rotule cassée lors d’un combat avec Gérard Philipe. Cette blessure n’eut aucune conséquence sur la suite car le film était pratiquement “ dans la boîte ”. Nombreux aussi furent les cascadeurs et figurants qui se blessèrent, tant le film demandait des exploits physiques.

Gérard Philippe resta pour Roquevert une énigme, comme d’ailleurs pour tous les acteurs avec lesquels il joua. Il avoua : “ Je n’ai jamais pu le connaître. ” Michel Simon avait fait le même aveu, après avoir tourné avec lui “ La beauté du diable ”.

“ Fanfan la Tulipe ” sortit en 1952 avec le succès que l’on sait. Noël Roquevert avait déjà enchaîné avec “ Les détectives du dimanche ”, puis “ Sidi bel Abbès ”……la roue continuait de tourner….Il avait encore 20 ans de succès devant lui…..

 

(d’après le livre de Yvon Floc’hlay : “ Noël Roquevert l’éternel rouspéteur ” Editions France Empire)

A plus...

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 13:47

 

(suite de cette passionnante affaire... Comme j'étais à Bayeux hier, afin     d'interviewer" la Tapisserie de Bayeux pour l'Almanach du Normand    2012... vous avez dû attendre un peu... )

 

Ainsi Jeanne serait la demi soeur du roi et cette parenté expliquerait bien des étrangetés de sa vie...

On se souvient de son procès de Rouen où elle répondit à ses juges dans un français plus que correct et avec un bon sens remarquable. Comment la petite paysanne lorraine (ou champenoise...) connaisse si bien le français, alors que la langue parlée dans sa région prétendument natale, et la seule parlée dans son pays, est une sorte de dialecte proche du champenois ?

Et comment une paysanne connaît-elle l'art de la guerre, elle dont on dit qu'elle fut un brillant capitaine ? Il a bien fallu que quelqu'un lui apprenne ! On dit qu'un entraînement de 8 années est nécessaire pour devenir un « parfait cavalier ». Quelqu'un a certainement dû donner des leçons particulières à cette jeune fille dont on savait qu'elle n'était pas fille de paysans. Qui ? Un envoyé de la cour ?... Si c'est le cas, il ne peut s'agir d'une simple manante... Il a bien fallu qu'on apprenne à monter à cheval à cette « bergère » qui parcourt sans problème les 600 km séparant Vaucouleurs de Chinon...

Et peut-être ces précepteurs, en lui dévoilant ses origines nobles, lui ont-ils indiqué où était son devoir... celui de sauver la France... Et certains n'hésitent pas à ajouter que ce sont là peut-être ses voix...

Imaginez une seconde une jeune paysanne allant trouver Robert de Beaudricourt, capitaine royal à Vaucouleurs, et lui disant qu'elle veut aller trouver le roi à Chinon, à 600 km de là, en traversant des territoires infestés par les Anglais... Que lui répondrait-on ? De retourner à ses brebis... sans doute...

Eh bien non ! Beaudricourt la croit (après une petite enquête quand même auprès de Charles duc de Lorraine et de René d'An,jou... enquête concluante...n'est-ce pas étonnant ?) et la voilà partie pour Chinon avec une escorte digne d'une reine... dont Jean Collet de Vienne, l'inspecteur royal que le roi avait dépêché de Chinon avec son second l'archer écossais Richard pour vérifier la réalité des faits. Le roi aurait-il déplacé ainsi deux enquêteurs de la couronne pour un voyage aussi long (deux fois dix jours de cheval... ) s'il n'en avait pas senti la nécessité ?

Voilà Jeanne à Chinon. On connaît la suite... La voilà devenue chef de guerre. On lui donne une bannière qui ressemble à la bannière royale, et des éperons d'or, privilège des chevaliers ayant reçu l'adoubage traditionnel, et une armure payée par le trésor royal. Elle réclame et obtient l'épée de Du Guesclin que son « père » Louis d'Orléans avait achetée...

Alors, secret de polichinelle ? Elle même lèvera une partie du voile. En 1429, alors qu'elle était en compagnie de Charles VII, entre le duc Jean II d'Alençon. Il se souviendra quelques années plus tard des paroles exactes prononcées par Jeanne, paroles qui sur le moment ne l'avaient pas étonné. Elle lui aurait donné la bienvenue en disant : « Plus on sera ensemble du sang du roi de France, mieux cela sera. » (Alençon était aussi de sang royal).

Jeanne serait donc de sang royal... L'étude de ses armoiries le confirme : « d'azur à deux fleurs de lys d'or et une épée d'argent à la garde dorée, la pointe en haut, férue en une couronne d'or. » Il était fréquent à cette époque que les bâtards possédassent le droit d'avoir des armoiries aux couleurs de leur maison, mais avec une certaine différence, une brisure, qui les faisait reconnaître. Dans le cas de Jeanne, la troisième fleur de lys de la maison de France avait été remplacée par une épée.

Donc, si Jeanne est la demi soeur du roi, pourquoi l'a-t-il laissée brûler ? C'est vrai, il n'a rien fait pour la sauver... Eh bien, le procès de Rouen fut tronqué et l'évêque Cauchon était de mèche pour monter cette affaire. Le roi savait que sa « demi soeur » n'avait donc rien à craindre...

Jeanne sera déclarée hérétique puis relapse au cours de cette parodie de procès. Cauchon refusera de la traduire devant le Parlement de Paris, ce qui aurait sans doute signifié sa condamnation et sa mort certaines.

Elle fut conduite sur le bûcher de Rouen... Elle... ou une autre ? Une autre... évidemment ! Les prisons ne manquaient pas de sorcières condamnées à mort. Bref ! La condamnée « fut amenée du chastel le visage embronché au lieu-dit où le feu était prêt. » Embroncher signifie couvrir, voiler, pencher en avant avec l'idée de cacher. Un capuchon couvrait donc son visage. Dans ces conditions, qui peut affirmer qu'il s'agissait bien de Jeanne ?

Elle s'est donc échappée et on l'a retrouvée quelques années plus tard... sous le nom de la dame des Armoises...

Voilà l'affaire qui agite le microcosme franco-français... Mais vous n'êtes pas obligé de croire...

(à plus...)

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 07:50

 

En voilà un question ! ... Et pourtant... Je vais vous livrer une hypothèse (hardie !) de Jean Jacoby (reprise par Roger Senzig et Marcel Gay dans "L'affaire Jeanne d'Arc"), dans laquelle Jeanne appartenait à la Maison d'Orléans. Vous en croirez ce que vous voudrez. Pour ma part, je relate... Mais c'est bien plus q'une idée aussi sotte que grenue... comme disait autrefois un mien ami qui était manifestement fâché avec les lettres... 


Nous sommes en 1429. Après le honteux traité de Troyes de 1420 qui fit du roi d'Angleterre le roi de France, l'avenir des Anglais en France est prometteur. Les quelques rares poches de résistance de celui qu'on a appelé un peu dédaigneusement « le petit roi de Bourges » ((bien qu'il siégeât à Chinon...) étaient sur le point d'être enlevées. Parmi ces poches, Orléans qui résistait toujours, mais plus pour longtemps...

Alors que tout semblait perdu, voici que surgit une jeune fille prénommée Jehanne, qui rencontre le roi, le reconnaît parmi ses courtisans, le persuade de lui donner une armée qu'elle mènera à la victoire. Le roi la croit, on lui fournit une armée, et à partir de ce moment-là, et ce n'est pas le moins surprenant, commence le cycle de la reconquête...

Qui était-elle ? D'où venait-elle ? Etait-elle une folle, une sainte ou une sorcière ? Qui pouvait le dire... On l'a crue, c'est déjà pas mal !

Nous connaissons tous l'histoire oficielle... Il existe une autre thèse dont j'ai parlé et que je vais vous expliquer. Prenons les faits un par un.

Son nom d'abord. De son vivant, jamais Jeanne n'a dit s'appeler « d'Arc ». Aucun de ses contemporains ne l'a appelée Jeanne d'Arc... Jeanne d'Arc, nom fabriqué à postériori... et pourquoi ?

Lors de son procès à Rouen, lorsqu'on lui demande son nom, elle répond Jeanne en France ou Jehannette à Domrémy. Jamais Jehanne d'Arc... Dans ses lettres, elle affirme : « Moi, Jehanne la Pucelle... » On la surnommera d'ailleurs « la Pucelle d'Orléans »... ce qui semble doublement vrai comme je vais vous l'apprendre...

Sa date de naissance. A son procès, elle déclare avoir environ 19 ans, ce qui fixe sa date de naissance à 1412. C'est ce que l'Histoire a retenu. Mais il n'existe aucun document sur la naissance de Jeanne. Voyons maintenant le témoignage recueilli lors des procès de 1431 et 1456, celui d'une amie de la famille d'Arc, Hauviette de Sionne, qui a 45 ans en 1456 et avoue que Jeanne avait 3 ou 4 ans de plus qu'elle. Ce qui la ferait naître en 1407-1408, et non 1412.

D'autre part un autre témoignage, celui de Béroalde de Verville, qui aurait entendu, à Chinon début 1429, Jeanne répondre au roi qui lui demandait son âge : « mon âge se compte par trois fois sept »... soit 21 ans. Date de naissance dans ce cas : 1407... ou 1408.

Une lettre contemporaine des événements nous apprend qu'une troupe de cavaliers venant de Paris amena par une froide nuit d'hiver 1407-1408 un bébé chaudement enveloppé chez la famille d'Arc à Domrémy. Le bruit réveille les voisins qui voient les « porteurs de flambeaux », escorte réservée aux personnes royales. De là à imaginer que Jeanne n'est pas née à Domrémy mais y a été amenée secrètement, il n'y a qu'un pas ...

Mais qui était cet enfant amené dans le plus grand secret ? Que voulait-on cacher ?

En ce début du XVè siècle, le roi de France Charles VI avait sombré dans la folie. Son épouse, la reine Isabeau de Bavière, était renommée pour la légèreté de ses moeurs. Elle eut de nombreux amants dont Louis 1er d'Orléans, qui était le frère du roi Charles VI. Louis avait aussi du tempérament... comme on disait alors... Il avait eu en 1402 un fils de Mariette d'Enghien, qui sera « le beau Dunois », compagnon de guerre de Jeanne d'Arc... Mais n'allons pas trop vite...

Rien d'extraordinaire en ces temps... Seulement, en novembre 1407, un enfant serait né des amours adultérines de la reine et de Louis... un garçon prénommé Philippe mais qui aurait succombé peu de temps après... Dans son Histoire de France en 30 volumes (au XVIIIè siècle), l'abbé Claude Villaret parle de cette naissance illégitime et voici que dans la seconde édition Philippe devient Jehanne... nom qui sera maintenu dans les éditions suivantes. Vous avez dit bizarre ?...

Ne serait-ce pas l'enfant transporté dans le plus grand secret à Domrémy ? Comment effacer la faute « inavouable » de la reine, sinon de déclarer l'enfant sous un autre sexe, de l'emmener discrètement loin des regards malveillants, chez la famille d'Arc par exemple (et pourquoi cette famille plus qu'une autre ?...)

Si c'est vrai Jeanne serait la demi sœur du roi Charles VII, du poète Charles d'Orléans, du « beau Dunois », la belle-sœur du roi Henri V d'Angleterre, de Philippe le Bon duc de Bourgogne... Elle serait une fille de France, et réellement la « Pucelle d'Orléans »...

Si c'est vrai... Mais est-ce vrai ?

 

(texte que j'ai écrit pour l'almanach de l'Orléanais 2011... à suivre...)

 

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 08:52

 

 

ou : La crédulité n’a pas d’âge……

 

 

 

On connaît l’aventure arrivée à Monsieur Jourdain dans la pièce de Molière "Le Bourgeois Gentilhomme". On parlerait plutôt d’une "turquerie"…..puisque notre naïf avait été fait mamamouchi……C’était en 1770.

On peut penser que personne, dans la vie courante, ne peut être berné aussi grossièrement. Eh bien, on se trompe !

L’abbé de Saint-Pierre, né à Saint-Pierre-Eglise en 1658, habitait Caen dans le début des années 10 (1710 bien sûr !…..). Il écrivait des opuscules sur des sujets littéraires ou historiques. On connaît de lui (n’est-ce pas ?….) un "Projet de paix perpétuelle" dans lequel il proposait la création d’une ligue de souverains, avec un tribunal, dont le but était d’empêcher toute guerre. Utopiste ?…Qu’essaie donc de faire l’ONU depuis plus de 50 ans ?…….(et avant, la SDN….)

Il fut élu à l’Académie Française mais en fut exclu à la suite de son "Discours sur la Polysynodie" (système d’administration qui consiste à remplacer chaque ministre par un conseil). C’était, vous l’aurez compris, un original. Plus sérieusement, il a créé le mot "bienfaisance". C’est déjà ça !….

Un jour, il voit débarquer chez lui à Caen une ambassade coréenne. Des émissaires accoutrés à la mode pseudo-coréenne lui expliquent dans un charabia que l’empereur de Corée a lu et beaucoup apprécié ses écrits. En récompense de ses mérites littéraires, l’empereur le nommait marquis de Mitsou.

Il s’ensuivit une cérémonie ressemblant fort à la turquerie de Molière, avec remise d’un beau diplôme attestant son nouveau titre. Puis l’ambassade reprit le chemin du retour. La Corée, c’est loin, ne tardons pas !……

Vous avez certainement deviné qu’il s’agissait d’un canular. Des étudiants de l’Université de Caen avaient voulu rire aux dépens de cet académicien original et plutôt pittoresque.

Mais peu de gens furent au courant de cette supercherie et l’abbé se crut marquis, du moins pendant un certain temps, car il précisa sur ses publications, à la suite de son nom : "marquis de Mitsou en Corée".

Il trouvait cela normal !…..

C’est lui aussi que Voltaire railla dans une épigramme fort méchante……Il prétendait avoir vu un buste de l’académicien, si ressemblant, "qu’on ne sut voir si c’était chair ou pierre, tant le sculpteur l’avait pris trait pour trait". Au bout d’un moment, quelqu’un déclara : "Ce n’est là qu’un portrait ! L’original dirait quelque bêtise !"……

L’abbé de Saint-Pierre mourut à Paris à l’âge de 85 ans, ce qui n’est pas si mal pour l’époque…..

 

(A plus...)

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