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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 18:34

 

 

 

La légion d’honneur est de nos jours une décoration très répandue (trop peut-être, mais ce n’est pas notre propos….). Si actuellement de nombreuses femmes peuvent arborer au revers de leur manteau ce petit ruban rouge, récompense de leurs mérites ou leur talent, il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant de nombreuses années, cette prestigieuse décoration a été réservée aux hommes. Sans doute parce qu’on pensait que le talent (comme le rire) était le propre de l’homme…..

La Révolution de 1789 a supprimé les décorations (et bien d’autres choses….). On donnait aux braves qui s’étaient distingués un "fusil d’honneur". Mais lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Bonaparte a senti que cela ne suffisait pas et qu’il fallait créer une nouvelle décoration. C’est ainsi que le 29 floréal an X (19 mai 1802) il organisa une Légion d’honneur divisée en cohortes et destinée à récompenser les services et les vertus des militaires mais aussi des civils. La première promotion date du 24 septembre 1803. Des hommes, bien sûr….

Certains avancent que Napoléon 1erdécorera trois femmes, à titre exceptionnel évidemment ! Mais comme les archives ont été perdues, il n’en existe aucune preuve. Il s’agirait d’une religieuse, Anne Biget, et de deux "combattantes" (à moins que ce ne soit des cantinières qui risquaient aussi leur vie) : Virginie Ghesquière et Marie-Jeanne Schelling.

Mais la première femme dont on soit sûr, qui a été décorée de la Légion d’honneur, est Angélique Duchemin, femme Brulon, lieutenant d’infanterie, plusieurs fois blessée sur les champs de bataille du Premier Empire. Ajoutons que ce fut par Napoléon III, sous le Second Empire.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ?….Reprenons donc par le commencement.

Angélique Marie Josèphe Duchemin est née à Dinan en 1772. Elle y passa sa jeunesse, et à l’âge de 19 ans, fit la connaissance d’un sympathique garçon qu’elle épousa. Il s’appelait Brulon et était caporal aux armées.

A cette époque, le France était en guerre contre presque toute l’Europe. Ceux qui se sont engagés pour sauver la Patrie en 1792 sont restés sous les drapeaux pendant près d’un quart de siècle, puisqu’aux guerres de la Révolution ont succédé celles de l’Empire. Encore faut-il ajouter qu’il fallait avoir de la chance pour échapper aux batailles de plus en plus meurtrières, de Valmy à Eylau.….ou Waterloo….

Le caporal Brulon n’eut pas cette chance, puisque peu de temps après son mariage il trouva la mort dans un engagement. Voilà notre Angélique veuve. Allait-elle rentrer sagement à Dinan et pleurer son époux disparu en filant sa quenouille au coin du feu ?……Non ! Elle prit une décision impensable de nos jours, même irréalisable, mais qui s’explique par le besoin pressant de soldats.

Elle pensa que son mari étant mort, il lui fallait tout simplement le remplacer ! Elle revêtit l’uniforme de feu le caporal Brulon, se présenta devant le colonel du 42è régiment d’Infanterie et lui tint ce mâle langage :

- « Mon colonel, mon mari le caporal Brulon qui servait dans votre régiment, a été tué. Je viens le remplacer….

A-t-il eu le temps de réaliser ? Les hommes à cette époque portaient les cheveux longs, comme les femmes. Sous l’uniforme, l’illusion était parfaite. La patrie avait besoin de volontaires. C’était l’époque de la levée en masse. Le colonel accorda l’autorisation.

Voilà donc notre veuve Brulon caporal (caporale ?….) dans le 42è Régiment d’Infanterie ! Elle commençait une carrière brillante, mais courte. Très vite, son courage et son énergie firent merveille, si bien qu’au bout de quelques mois, elle fut nommée sergent (à moins qu’il faille dire sergente….)

Son régiment se trouve alors en Corse, nouvellement française. Profitant de cette période de troubles, Paoli, qui avait déjà lutté contre la monarchie française après qu’elle eût acheté l’île, revient dans les "fourgons" anglais. Sir George Eliot prend même le titre de vice-roi de Corse…..ce qui est mal accepté par les insulaires.

De nombreux combats ont lieu, où le sergent Brulon se distingue. A Linico, tous les servants d’un canon ont été tués. N’écoutant que son courage, elle manœuvre elle-même la pièce. A Gesco, elle est blessée d’un coup de sabre en défendant le fort. Elle continue néanmoins la lutte, sa blessure n’étant pas trop grave.

Imaginant mille ruses, elle traverse les lignes ennemies de nuit, arrive à Calvi où elle entraîne les femmes à sa suite, leur fournit des armes, les initie rapidement au maniement. La petite troupe ainsi formée prend l’ennemi à revers.

C’est au cours de cet engagement qu’elle sera blessée grièvement à la jambe par un éclat de bombe. Cela met fin à sa carrière militaire. Elle est infirme, elle n’a que 22 ans !……

Mais ses exploits s’étaient répandus dans l’armée. Trois ans plus tard, elle est admise aux Invalides où elle finira ses jours. Nous n’en sommes pas encore là !

Pour reconnaître ses mérites et la récompenser de ses exploits, elle est nommée lieutenant. Désormais elle sera le lieutenant Brulon, et arborera fièrement les épaulettes d’officier sur son uniforme. Le temps passa. Les régimes succédèrent aux régimes. L’Empire, la Restauration (la première….puis la deuxième), la Monarchie de Juillet, la Deuxième République, le Second Empire…..

Un jour en 1851, Napoléon III visita les Invalides. On lui parla du lieutenant Brulon et de ses exploits. Impressionné, il lui remit solennellement la croix de la Légion d’honneur.

Ainsi, elle avait été la première femme officier. Elle sera la première "chevalière" de la Légion d’honneur !

Elle mourra aux Invalides en juillet 1859, âgée de 87 ans. Elle y avait passé 62 années de sa vie…..Une rue de Dinan porte son nom.

 

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 19:01

 

Emile Zola, le grand écrivain auteur de la série des Rougon-Macquart, envisagea un jour d’écrire un livre qui prendrait place dans cette série illustre. Comme il faisait les choses consciencieusement, il voulut s’imprégner de son sujet, et pour cela il vint s’installer avec sa femme à Sainte-Marine, près de Bénodet, pas très loin de Quimper, dans le sud Finistère. Cela se passait vers 1880-85.

Zola désirait écrire un roman breton dans lequel il étudierait l’âme bretonne. Vaste programme !....Il loua donc la maison rose, ou si l’on veut le château de Kerbirinil, située au bord de l’Odet, à peu de distance de la mer. Là, dans le silence et le calme paisible de ce coin de Bretagne, sa femme s’occupant des nécessités matérielles, le grand homme put se consacrer entièrement à son ouvrage.

Il avait amené avec lui ses notes et différents documents qu’il jugeait utiles. Il n’avançait aucun chiffe dont il ne fut certain. En outre, le Ministère de l’Intérieur lui expédiait par la poste des statistiques, rapport officiels et médicaux, concernant la consommation d’alcool et ses conséquences sur la criminalité et l’aliénation mentale.

A cette époque, la Bretagne avait la mauvaise réputation d’être un pays où l’on buvait beaucoup. Le cidre sans doute, mais aussi l’alcool de cidre, le lambig, déformation d’alambic, comme dans un autre genre les lanternes magiques ont donné les termagis…..

Notre écrivain se frottait les mains à la réception de ces documents, non qu’il se félicitât de l’imprégnation alcoolique des Bretons. Mais il allait pouvoir appuyer son roman sur du concret, du solide, du vrai…..Cependant, les notes impersonnelles ne lui suffisaient pas. Il lui fallait se rendre compte par lui-même, se mêler à ce peuple qu’il voulait étudier. Il prenait alors le bac (le pont n’existait pas encore….) et arrivait à Bénodet, louait une voiture chez Hamon et parcourait la région, Pont-L’abbé, Fouesnant, Concarneau. Il poussa même jusqu’au pays de Léon, de Tréguier.

Il interrogeait, observait, notait. Rentré à Sainte-Marine, il délaissa son ouvrage et se consacra à autre chose. Que s’était-il donc passé ? Pourquoi avait-il abandonné ?

Il avait compris qu’on ne connaît pas une région comme la Bretagne en trois mois ! Il faut trois fois sept ans pour la connaître ! Il aurait certes eu la possibilité d’écrire un livre ordinaire, sans originalité, sur la Bretagne. Mais Zola se refusait à écrire des platitudes, des poncifs ! La Bretagne n’est pas banale, il s’en était rendu compte. Plutôt que d’écrire des banalités, il a préféré ne rien écrire du tout. Alors il avait eu l’honnêteté et l’intelligence de réaliser qu’il n’avait plus rien à faire là. Il rentra donc à Paris. C’est pour cela qu’aucun livre sur la Bretagne ne figure dans les Rougon-Macquart !.....Doit-on le regretter….ou s’en féliciter ?......

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 10:25

 

 

 

 

Il n’est point besoin actuellement de vanter les charmes de la Bretagne. Mais il y a deux siècles ?…….

Oublions "le chartier embourbé" de notre fabuliste national pour lire ces lignes que Cambry écrivait en 1799 dans son "Voyage dans le Finistère" : « J’aurai l’occasion de le démontrer : ce pays est, sans exception, le plus champêtre et le plus pittoresque de la France. » La reconnaissance du pittoresque de notre région date donc d’un peu plus de deux siècles !…….Mais que voulait-il dire par là ?

Il convient de rappeler qu’il y a un peu plus de deux siècles, les artistes avaient fait de l’Arcadie, cette région de la Grèce ancienne, le lieu privilégié de l’innocence et du bonheur. C’est devenu un pays imaginaire et idéal où vivent des bergers au cœur pur dans un paysage à la tranquille beauté.

Les peintres de cette époque ne peignaient que les paysages qui en valaient la peine, qui présentaient tous les caractères de la beauté. Il n’est que de citer les Français Claude Lorrain ou Nicolas Poussin, et le Hollandais Ruysdael pour s’en convaincre. Les paysages dignes du pinceau d’un peintre étaient alors qualifiés de pittoresques. On se référait volontiers à la culture classique et le monde rustique représenté sur la toile faisait penser à l’Arcadie, ce monde calme et serein au bonheur tranquille.

Le meilleur exemple est donné par le tableau de Poussin "Les bergers d’Arcadie", que l’on peut admirer au Louvre. On y voit quatre bergers réunis devant la tombe d’un pasteur sur laquelle est inscrit « Et in Arcadia ego » (Et moi aussi, j’ai vécu en Arcadie). Le paysage paisible qui les entoure répond bien aux canons de l’époque. On aimerait y vivre. Le bonheur est là, simple mais aussi fragile.

Actuellement, on trouve un chemin creux pittoresque. Il en fallait plus alors. Il fallait des endroits merveilleux, des ruines somptueuses, des cascades ruisselantes, des forêts féeriques, des chaos grandioses. Mais direz-vous, la Bretagne possède tout cela !…..Oui, mais voici deux siècles, de tels sites étaient loin des axes de circulation.

Pourtant, ceux qui le pouvaient, découvraient des endroits charmants. Ainsi en 1782, Desjobert arrive devant le Scorff et écrit dans ses "Notes d’un voyageur" : « Cet endroit est pittoresque, on y voit d’un côté la ville et le port de Lorient et de l’autre le château de Trisaven (…) sur le bord de la rivière. » Le pittoresque pointait déjà le bout de son nez……

L’influence de Rousseau était très grande. Son amour de la nature avait fait des émules et on était sensible au charme des sites tourmentés propices à la rêverie. Nous ne sommes pas loin du romantisme. A ce sujet, s’il faut attendre encore un demi siècle pour voir le triomphe de l’école romantique, il faut rappeler que ce mot est apparu en France en 1778. De pittoresques, les paysages devinrent romantiques.

Mais il faudra attendre que soit passée la tourmente révolutionnaire et ses suites pour que l’on s’intéresse au tourisme. Les premiers guides signalent les richesses à voir en les représentant par une lithographie (non, pas encore de photo…..).

C’est ainsi que la Bretagne prend des allures d’Arcadie, du moins aux dires de certains. Souvestre, passant par L’Hôpital-Camfrout, n’écrit-il pas dans "Le Finistère en 1836" : « ….Vous êtes en Arcadie, au milieu des ruisseaux gazouillants, des vergers ombrageant les fontaines, des bocages où retentit la trompe de sureau des pâtres. » Puis passant à Quimperlé : « Ce n’est plus la Bretagne, ce n’est plus la France, c’est l’Arcadie ; c’est une de ces vallées antiques décrites par les idylles où résonnent le murmure des eaux, le bourdonnement de l’abeille, les mugissements lointains des troupeaux. » Toujours la réminiscence d’un pittoresque classique où les pâtres et les troupeaux occupent une place privilégiée.

C’était cela qu’on remarquait en Bretagne à cette époque. De nos jours, exception faite pour des sites grandioses comme Huelgoat ou la Pointe du Raz (je ne peux les citer tous…..), on trouve de jolis coins pittoresques dans toutes les régions de France.

Mais ce qui fait le charme de la Bretagne ce sont ses bords de mer (La mer faisait peur voici deux siècles. On ne trouvait aucun pittoresque dans ses côtes déchiquetées, avec une mer souvent houleuse), ses calvaires, ses dolmens et menhirs, ses costumes colorés, ses superbes coiffes fines.

Il y a deux cents ans, la Bretagne était pittoresque parce qu’elle répondait aux canons de la beauté agreste décidés par ces Messieurs de la ville.

De l’Arcadie, on passera à l’Angleterre. Le jardin à l’anglaise deviendra à la mode au XVIIIè siècle car il réalise bien mieux (paraît-il….) la communion entre le château à la campagne qui l’entoure. Ecoutons simplement Brousmiche ("Voyages dans le Finistère en 1829, 1830, 1831") parler du domaine de Kerliver en Hanvec : « ….La terre de Kerliver est un délicieux jardin anglais…. »

Bien sûr, on aura compris qu’il ne s’agit que de domaines dans lesquels le menu peuple n’a pas sa place.

Maintenant, tous les coins et recoins de Bretagne, des plus modestes aux plus majestueux, sont mis en valeur et appréciés à leur juste valeur.

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 11:31

Saviez-vous que j'sieu en train d'écrire eun' livre su l'patois ? Je n'vous l'avais point dit ?

Eh bin, si ! Vré de vré !

Mais attention ! Pâ n'import' quel patois ! Le patois du Bas Maine... ou si vô préférez le patois mayennais.

I z'ont de vieux causement dans c'te région-là !

Mais, si qu'j'réfléchis bin, l'patois, eh bin, c'est le languège que parlaient nos ancêtr' aot'fois !

Mais si, bouenne gens ! Cé comme j'vous l'dis !


J'ons l'air de plaisanteu, mais j'vous acertain' qu' cé vré !

 

Cé t' un contrat, comm' y disant, que m'a proposeu m'n'éditeu, vos savez, l'z'éditions CPE à Romo ! Je précis' pou les ceuz qui n'sav'tent pas : Romorantin.

 

Et vos savez d'qua ? Eh bin, j'dois l'termineu pou la fin l'l'anneu ! Aussi sec !

Aussi, j'sieu bin occupeu asteur !  En pus dé almanachs que j'ons bin euteu obligeu d'laisseu tombeu... momentanément, bin sû !

Tout ça, ça m'fè d'l'ouvrège...

Mais vos aurez r'marqueu que j'cause couramment l'patois mayennais.. .Cé terjou ça !

Mais l'temps pass' et l'ouvrège ne s'fè point !

J'vas vos laisseu pou an'hui.

Rendez-vos au printemps 2012 : l' liv'  y s'ra sans doute paru et vos pourrez l'trouveu chez vot' librair' préféreu...

Ah ! J'ons oublieu : son tit' :

Queuqu' chose comme "Patois et chansons de nos grands-pères dans le Bas-Maine"

ou bin un tit' que j'vas leu proposeu :

"Causement, vieux languège et vieilles chansons de nos grands-pères dans le Bas Maine"

Cé ti pas mieux ?

Allez, à pus !

 

 

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 13:19

 

 

 

Noël Roquevert a tourné dans sa longue carrière près de 180 films. Il avoue lui-même : “ Eh oui…..178 films, c’est tout ”…..Si son nom fut rarement en haut de l’affiche, il sera l’un des acteurs les plus populaires de sa génération et tournera avec les plus grands.

En 1951, il tourna (entre autres…..) “ L’agonie des aigles ”, une sombre histoire de demi-soldes après la chute de l’Empire. Il restait une scène à tourner, mais Christian-Jaque l’attendait à Grasse pour interpréter le rôle du sergent Fier-à-Bras dans le film “ Fanfan la Tulipe ” dont les vedettes étaient Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. Il prit donc le train pour Nice. Là, une voiture l’amena à Grasse où il retrouva toute l’équipe du tournage.

Comme le film comportait de nombreuses scènes à cheval, tous les acteurs et actrices durent d’abord prendre des leçons d’équitation. Cet entraînement quotidien de deux heures dura le temps nécessaire pour que tous se sentent à l’aise sur un cheval. Pour Roquevert, qui avait alors 59 ans (on ne le dirait pas quand on le voit virevolter à l’écran, n’est-ce pas ?….) c’était assez fatigant.

Malheureusement, alors que le tournage allait commencer, l’acteur était très malade. Il tenta de retarder la première scène, d’autant plus qu’il s’agissait du combat au sabre l’opposant à Gérard Philipe sur le toit d’une maison. Ce n’était pas la peur, mais la crainte de ne pas pouvoir terminer le film. On lui fit comprendre que s’il reculait encore, on trouverait un autre acteur pour son rôle. Il se décida donc en se disant : “ Si je me casse la gueule, tant pis, on n’en parlera plus ! ”

Il se retrouva donc sur le toit avec Gérard Philipe, un sabre à la main. Il faisait beau. Nos deux hommes commencèrent à ferrailler. Noël se sentait de mieux en mieux. Oublié le mal. Tout se passa bien.

Ce duel, comme les autres, avait été réglé par un cascadeur. Il n’empêche que les sabres n’étaient pas en bois…..Gérard avait 30 ans, Noël 59…..Le double…..Le combat se déroulait à 10 mètres du sol. A la fin, Noël devait tomber à la renverse et s’affaler sur le toit d’une remise qui s’effondrait sous son poids. Il se retrouvait sur le sol au milieu des poutres du toit.

Bien évidemment tout cela avait été réglé. Une scène comme celle-là était filmée en plusieurs séquences que l’on raccordait au montage. Un cascadeur, Gil Delamare, devait le doubler pour la chute. On avait disposé un filet pour le recevoir. Malheureusement, il était pourri (le filet….pas Gil….). Il fallait donc trouver autre chose. On demanda aux pompiers de Grasse de prêter leur toile de saut. Ils acceptèrent. La toile fut tendue par une vingtaine de personnes, Gil Delamare sauta. La scène était filmée sous différents angles car il n’y aurait pas de seconde prise……Coupez ! Plan suivant ! Roquevert, à plat ventre sur le toit, était prêt. Les poutres sciées ne tenaient que par un fil. Moteur ! On lâchait les fils, le toit s’écroulait avec l’acteur. Delamare devait continuer pour le reste de la chute. Il s’est blessé en tombant sur un outil qui traînait.

Le travail a continué. Est arrivée la scène où Roquevert tombait dans une fosse dans laquelle s’écoulait le purin provenant des écuries situées à côté. Elle était profonde au point que l’acteur disparaîtrait complètement dedans. Or seuls ne devaient dépasser que sa tête et une main tenant le sabre. On disposa des sacs de sable dans la fosse pour en diminuer la profondeur.

Ainsi rassuré, Roquevert se plaça au bord de la mare. Pour donner l’impression du réel, on avait disposé quelques canards attachés par un fil car ils ne voulaient pas rester là. Action ! Comme il disait son texte, une fougasse (espèce de mine) éclata dans un bruit assourdissant. Bien qu’il s’y attendît, il fut surpris. Le souffle de l’explosion avait coupé le sien…..Il tomba dans la fosse comme convenu mais voulant reprendre sa respiration, il avala du purin……Il avoua n’avoir pas aimé…..

Il n’y avait pas que des scènes mouvementées. Le sergent Fier-à-Bras était amoureux de la gitane interprétée par Gina Lollobridgida. Pour lui plaire, il sacrifia sa moustache, sans succès. La belle gitane aimait Fanfan la Tulipe……On se souvient peut-être….qu’elle était assez décolletée. Dans une scène, elle se baissait. A chaque fois, l’un des deux pensionnaires….de son opulente poitrine se montrait au balcon….si j’ose dire. Elle en était contrariée. Mais notre brave Noël, pour la rassurer certainement, lui disait :

-“ Mais ne t’inquiète donc pas, Lollo, il ne tombera pas. Quand bien même il chuterait, je tendrai la main pour le protéger……

L’actrice ne se déplaçait jamais sans sa chienne, un berger allemand de grande taille…et son mari, Milko Skofic. Pour la taquiner, Roquevert lui demanda un jour lequel elle préférait…..Elle répondit en souriant avec ce délicieux accent qui lui allait si bien :

- Lequel ?….Ho !…Elle pour lé jour, mais loui pour la nouit…..

Au cours d’une scène virile, celle où on l’enlevait dans la cour d’un couvent, on l’empoignait sans ménagement et on la jetait sur le dos d’un cheval. Au cours de l’action, la tête de l’actrice heurta une poutre du plafond assez bas. Résultat, les yeux “ au beurre noir ” et une incapacité de travailler pendant quelques jours. Il fallut modifier les plans. Noël Roquevert eut aussi une rotule cassée lors d’un combat avec Gérard Philipe. Cette blessure n’eut aucune conséquence sur la suite car le film était pratiquement “ dans la boîte ”. Nombreux aussi furent les cascadeurs et figurants qui se blessèrent, tant le film demandait des exploits physiques.

Gérard Philippe resta pour Roquevert une énigme, comme d’ailleurs pour tous les acteurs avec lesquels il joua. Il avoua : “ Je n’ai jamais pu le connaître. ” Michel Simon avait fait le même aveu, après avoir tourné avec lui “ La beauté du diable ”.

“ Fanfan la Tulipe ” sortit en 1952 avec le succès que l’on sait. Noël Roquevert avait déjà enchaîné avec “ Les détectives du dimanche ”, puis “ Sidi bel Abbès ”……la roue continuait de tourner….Il avait encore 20 ans de succès devant lui…..

 

(J'ai écrit cet article pour l'Almanach du Breton il y a quelques années, d’après le livre de Yvon Floc’hlay : “ Noël Roquevert l’éternel rouspéteur ” Editions France Empire, le seul livre écrit sur ce grand acteur douarneniste comme moi... et que j'ai eu l'occasion de rencontrer...)

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 09:12

 

Ce jeudi matin-là, il y avait catéchisme à l'église comme tous les jeudis, dans cette paroisse du Bas-Maine. M. le Curé fait bien asseoir tous le quegniots (enfants) sur les bancs, des enfants rieurs et espiègles comme le sont tous les enfants, joueurs et insouciants comme le veut leur âge... Nous sommes en Carême, à deux semaines de Pâques, l'occasion de rappeler le sens des grands événements qui se préparent. M. le Curé entreprend de leur expliquer la Passion du Christ, comment il fut cloué sur une croix, avec un luxe de détails afin de les sensibiliser.

- « Quèqu' vous en pensez, les enfants ? fit-il.

Mais les quegniots ne pensaient rien, occupés qu'ils étaient à causer entre eux... Le curé insista :

-Des clous longs comme le bras ! Et qu'on enfonce avec une masse par là, et encore par là ! Et vlan ! Et vlan ! Vous vous rendez-ti compte ? Des clous immenses et des masses énormes... Alors, les enfants, vous n'en pensez rin ?

Mais les enfants ne répondent pas, occupés à leurs babillages innocents... L'abbé s'anime un peu plus :

-M'enfin... C'te pauv' Jésus qu'on a accroché avec des clous si longs et si gros... Tout de même... Cela ne vous dit rin ?

Alors le petit Jacques, qui vient juste d'avoir ses 8 ans, lève son petit doigt et dit d'une voix fluette :

-Bin... fallait bin qu'i tient ! »

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 08:02

 

 

Après les différentes boissons qu’a connue la Normandie, il est tout naturel de terminer par le roi des alcools, sa majesté le Calvados. Mais tout d’abord, il faut parler de l’appareil qui le fabrique, l’alambic.

Il nous vient d’Italie, et plus précisément des Arabes. Vous savez….certainement que les Normands sont allés en Italie vers le début du deuxième millénaire. Mais si !….Rappelez-vous, Roger de Hauteville et Robert Guiscard….Bref ! Les Normands prirent Salerne en Campanie, au sud de l’Italie. Cette ville possédait alors une école de médecine fort réputée, dans laquelle toutes les cultures se côtoient. Les Normands trouvèrent un appareil inconnu en occident, appelé du nom arabe al ambic (le vase). Ils le ramenèrent chez eux en Normandie.

A cette époque lointaine, ce sont les alchimistes qui furent les premiers distillateurs en produisant des alcools réservés à la médecine. Ce produit de la distillation prolongeait l’existence, on l’appela tout naturellement “ eau-de-vie ”. Mais cette eau-de-vie ne titrait que 20 à 25°. On l’appelait aussi “ esprit de vin ”. C’est pour cela que l’on appelle encore les alcools des spiritueux. On découvrit qu’il fallait une seconde distillation pour obtenir “ l’âme du vin ”.

En Normandie, on utilisait le même alambic que pour distiller le vin dans d’autres régions. Au début, la production de calvados fut réservée à l’usage personnel. Chaque cultivateur qui possédait des pommiers avait droit à tant de litres de calvados : 10 litres d’alcool pur, ce qui correspond à 20 litres d’eau-de-vie vieillie. S’il voulait être exonéré des taxes, il était interdit d’en vendre, ou même d’en donner. C’est peu pour une famille qui met, si j’ose dire, le calvados à toutes les sauces. (Napoléon avait autorisé 40 litres….) Lisons ces confidences de quelqu’un du cru : “ On n’peut tout d’même pas chervi un café sans eun’ goutte et eun’ rinchette. Qu’esch’qu’on dirait dans l’pays…qu’on n’chè pas r’cevé les gens….Et pis y a l’évaporation….Chè qui n’en reste pas biaucoup dans l’tonneau, au bout d’queques années !…..Et pis, y fôt ben s’choigner l’hivè…quand qu’on est malade. Avè les drèts, ché bitôt pus chè qu’les r’mèdes….et pis chè pas chi bon….Même pou les bêtes, chè ben utile des fois… ” Tout est dit….et j’espère que vous avez compris ! C’est du patois normand, c’est comme cela que parlaient nos ancêtres….il y a encore un demi siècle ! Mais revenons à notre calvados….

Donc, la goutte….car il faut bien lui donner le nom local….servait à tout. On en frictionnait les nouveau-nés pour les ragaillardir, on en donnait aux enfants pour chasser les vers. La goutte avait pensait-on des vertus médicinales. On en mettait en quantité égale avec du cidre chaud pour confectionner le flip, le chasseur de grippe…On en mettait dans le café, mais cela donnait lieu à un certain cérémonial. Je vous parle de mes souvenirs qui datent d’un demi siècle. Permettez-moi de vous raconter la chose. Cela ne se passe sans doute plus ainsi…..Pour deux raisons : la goutte ne coule plus à flots….et la conduite des automobiles demande des idées claires…..

Nous sommes donc vers 1950. Vous étiez en visite chez un Normand. On vous recevait sur le pas de la porte, on causait. Au bout d’un certain temps, comme vous faisiez mine de partir, on vous disait : “ Mais vous entrerez bien un peu ! ” Pardi, vous étiez venu pour cela, vous entriez donc….On vous faisait asseoir, et la conversation continuait. Au bout d’une heure que vous étiez sur votre chaise à parler de tout et surtout de rien, et vous vous leviez en disant : “ Va falloir que j’aille…. ” On vous disait alors : “ Vous allez ben prendre quèque’chose ! ” Vous vous rasseyiez. La maîtresse de maison allait alors chauffer du café dans une casserole. Quand il avait bien bouilli, on vous le versait dans une tasse et on posait devant vous une topette de calva. Et on bavardait encore. Vous attendiez qu’on vous en propose. Nenni ! Vous attendiez. Alors, on vous disait aimablement : “  creusez donc ! ”….Traduction : buvez un peu de café pour faire de la place à la goutte ! Ce café bouilli était….imbuvable. Un peu de calva lui aurait donné des couleurs…..Mais rien ne venait. Il fallait donc le boire. Car quand le café est bouillu, il faut ben l’bère, s’pas ?….

Vous aviez donc vidé la moitié de la tasse en cachant une grimace. Alors sans prévenir, on vous remplissait la dite tasse de goutte. “ Allez, à la bonne vôtre ! ” vous disait-on joyeusement. Vous buviez ce breuvage en cachant une autre grimace…..car c’était fort…..de café. Lorsque vous aviez bu le tout (il fallait bien ! Sinon, on vous y aurait obligé !….), on vous disait d’une voix entendue : “ Attendez ! J’vas vous donner d’la vieulle !…. ” Eh oui ! Vous aviez eu droit à de la goutte récente, faite il y a peu, 50-60° minimum….On allait vous donner maintenant le nectar de la pomme, du calva “ hors d’âge ”, 40 ou 50 ans de fût……Vous disiez en tendant votre tasse : “ Un peu alors…car… ”. Mais vous n’aviez pas le temps de terminer votre phrase, que votre tasse était remplie du liquide ambré. Car dans la tasse encore tiède, c’est meilleur, n’est-ce pas ?….Vos oreilles vous chauffaient déjà….Vous étiez rouge….Il fallait pourtant avaler la totalité du contenu. C’est dommage car ce nectar était tout bonnement délicieux ! Il aurait fallu commencer par lui !…..

Quand vous sortiez, vous sentiez le vent frais…..même si c’était le plein été. Et vous rentriez….tant bien que mal. Lorsqu’une autre fois vous rendiez visite à des Normands, je suis sûr que vous teniez compte de cette expérience…..comme je l’ai fait….

Voilà quelques souvenirs sur le calva. Vous ne vous attendiez pas à ce que je vous explique comment on le fabriquait….Top secret !

(A  plus...)

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:55
 

Lorsque l’on évoque la mémoire de Richard-Lenoir, sait-on qu’il s’agit en réalité de deux hommes, associés pour une œuvre commune : François Richard et Joseph Lenoir ?….A la mort de Lenoir, Richard a pris le nom de Richard-Lenoir pour immortaliser l’œuvre commune. On peut donc dire que Richard-Lenoir, c’est surtout Richard.

François Richard est né le 16 avril 1765 à Epinay sur Odon, canton de Villers-Bocage, dans le Calvados. Ses parents, Jacques Richard et Marie Madelaine Jardin, étaient cultivateurs, peu fortunés comme la majorité des gens de son époque. Ils habitaient la ferme d’Outre l’eau au bord de l’Odon. Il suivit l’école d’Epinay, puis celle de Villy-Bocage lorsque ses parents déménagèrent.

Rien ne laissait présager sa destinée. C’était un enfant intelligent qui voulait réussir. Il lui fallait donc quitter la ferme paternelle et pour cela gagner un peu d’argent. Comme il comptait vite et bien, il alla tenir les registres de Denis Duclos qui gérait le marché aux bestiaux de Villers-Bocage, qui se tenait tous les mercredis.

Ayant amassé un petit pécule, il partit pour Rouen en 1782. Mais le travail était aussi difficile à trouver que de nos jours. Employé aux écritures chez un marchand de toiles, son patron jugea qu’il écrivait mal. Richard le quitta pour devenir garçon limonadier dans un café. Son séjour rouennais dura 4 ans. En 1786 il monta à Paris où il ne put trouver qu’un emploi de garçon limonadier, café de la Victoire, rue St Denis. Décidément !……Patiemment, il économisa et lorsqu’il eut 1000 F, il jeta son tablier blanc aux orties et se lança dans le commerce.

Il acheta quelques pièces de basin anglais. Cette étoffe croisée est particulière : la chaîne dans sa longueur est de fil, et sa trame dans sa largeur de coton. Objet de luxe et de contrebande, ce tissu était très cher et très recherché. Richard gagna 6000 F en 6 mois dans cette activité spéculative : acheter en fraude des cotonnades anglaises et les revendre beaucoup plus cher. Malheureusement, il fut victime d’un faiseur d’affaires peu scrupuleux. Non seulement il perdit tout ce qu’il avait, mais il contracta des dettes, ce qui l’amena tout droit à la prison de la Force. Nous étions en 1789, l’année où tout bascula. Les esprits étaient échauffés, l’émeute était dans l’air.

La manufacture de papiers peints Réveillon fut attaquée et incendiée en avril, ce qui permit aux prisonniers de la Force de s’évader. Richard put reprendre son commerce de tissus. En janvier 1791, il épousa Marie Françoise Allavoine, fille d’un fabricant d’objets en étain. Son commerce redevint florissant et il éprouva le besoin de s’associer. Il rencontra un compatriote, Joseph Lenoir, d’Alençon, qui spéculait sur la vente des biens nationaux. Les deux hommes avaient tout pour s’entendre. Lenoir tempérait l’audace de Richard par une prudence circonspecte.

Nos deux spéculateurs décidèrent alors de cesser leur activité illégale. La France se heurtait au monopole onéreux des Anglais puisqu’elle manquait de cotonnades. Pourquoi ne pas en fabriquer plutôt que se hasarder dans un commerce illicite ? Ils décidèrent donc de se lancer dans la fabrication de cotonnades. Encore fallait-il des métiers à filer. Ceux qui existaient, les mules-jennies, étaient d’origine anglaise puisqu’ils avaient été inventés par Samuel Crompton entre 1774 et 1779. Inutile de dire que leur exportation vers la France était interdite ! Mais il se trouve toujours un malin qui déjoue les interdits.

Le Gantois Bauwens avait tenu un commerce de produits exotiques en Angleterre. Il acheta en cachette des machines à filer, les démonta et parvint à les acheminer en Belgique, cachées dans des balles de café et des caisses de sucre. Puis il les remonta et créa la première filature mécanique en Flandre. Nos deux Normands eurent vent de la chose et s’y intéressèrent vivement. Ils décidèrent de construire leurs propres machines, et furent aidés en cela par un prisonnier anglais spécialiste des filatures.

Dès 1799, les premières filatures “ Richard-Lenoir ” furent installées, principalement dans l’Orne et le Calvados. Pour cela, ils achetèrent d’anciens biens nationaux, domaine bien connu de Lenoir. Ainsi l’abbaye bénédictine d’Alençon en 1800, l’abbaye St Martin de Sées en 1802, l’abbaye d’Aunay-sur-Odon en 1804. Dans cette dernière, des travaux d’amélioration furent nécessaires. Deux ans après, l’établissement produisait 20 tonnes de coton et filait environ 600 pièces de basin. Chaque filature donnait de l’ouvrage à toute une population de tisserands qui travaillaient chez eux sur des métiers à bras.

Dans le même temps, Napoléon avait pris des mesures propres à protéger les usines françaises en interdisant l’importation de tissus anglais. Les affaires des deux associés étaient florissantes et leur renommée très grande.

Lenoir mourut en 1806. Richard tint à garder le nom de son associé et ami puisqu’il prit alors le nom de Richard-Lenoir. Mais le coton venait d’Amérique. L’embargo décrété par les Américains empêcha toutes les filatures d’être approvisionnées. Celle d’Aunay resta presque seule à fonctionner. Les taxes d’entrée des cotons obligèrent Richard à emprunter. Il aurait pu liquider l’affaire et se retirer avec de substantiels revenus. Il ne voulut pas laisser ses ouvriers dans la misère et tenta de lutter une fois de plus.

En 1810, malgré cela, Richard-Lenoir faisait travailler environ un dixième des broches de filatures françaises et 8% des métiers à tisser. Il fut fait chevalier de la légion d’honneur et membre du conseils des manufactures.

Cependant l’affaire n’était plus aussi prospère. La fin de l’Empire et l’invasion étrangère amenèrent dans leurs fourgons les cotonnades anglaises. Les prix de nos fabrications chutèrent, ce qui provoqua la ruine de Richard.

Réduit à la misère, oublié de tous, celui qui avait été à la tête de 14 millions et doté la France d’une immense industrie, mourut à Paris en 1839.

 

(à plus...)

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 13:17

 

 

 

 

Dans les campagnes normandes autrefois, comme dans presque toutes les campagnes de France, le catéchisme passait avant l'école. Il était possible de manquer cette dernière mais surtout pas le catéchisme ! Il avait lieu le jeudi, jour de congé à cette époque, et le dimanche après la messe.

Les petits de 7 ans suivaient « le petit catéchisme ». On considérait que c'était l'âge de raison et que l'enfant pouvait assumer ses péchés... Ils apprenaient des prières par cœur : le « Notre Père », le « Je vous salue Marie », en français, et le « Credo » en latin.

A 8 ans ils étaient prêts pour le « grand catéchisme » où une instruction religieuse leur était administrée plus que donnée. Je dis cela car pour certains elle tombait comme grêle sur les blés...

Le jeudi ils devaient assister à la messe basse à 8 heures. Elle était suivie du catéchisme. La même opération se déroulait le dimanche. Il y avait les vêpres à 2 ou 3 heures l'après-midi, auxquelles les « catéchisés » devaient assister. Les paroissiens étaient presque tous là.

Avant la communion se déroulait « l'examen » que venait faire passer le prêtre d'une paroisse voisine, ce qui intimidait les enfants. Mais il ne posait pas de questions trop difficiles, tous devant être admis. A quoi servait-il alors ? devez-vous vous demander. Attendez ! Il y avait un classement et le jour de la cérémonie le premier des garçons récitait le « renouvellement des vœux du baptême » tandis que la première des filles récitait « la Consécration à la Sainte Vierge ». Leur mère avait la faveur insigne de quêter à la messe et aux vêpres, occasion inespérée pour faire admirer leur robe neuve et les bijoux de famille... De plus, la famille du premier garçon invitait le curé au repas du midi et du soir. Alors, allez savoir pourquoi, c'était toujours l'enfant d'une famille de notable de la commune et donc aussi fortunée... qui avait cet honneur. J'ajoute que les premiers se devaient d'avoir les plus beaux cierges, qu'ils laissaient ensuite au curé. Il n'y avait pas de petits profits...

Mais revenons à l'examen... Ensuite, les enfants participaient à la retraite de communion qui se déroulait pendant les trois jours précédant le dimanche de la communion. Ils manquaient donc l'école. Aucune importance !

La journée de retraite commençait par une messe basse à laquelle succédait une récréation pendant que le curé allait se restaurer (il était à jeun depuis la veille au soir). Mais interdiction aux garçons de se mêler aux petites filles... et réciproquement ! Allez savoir ce que ces gaillards auraient fait ! Pour les trajets, les unes partaient quelques minutes avant les uns... Pas de promiscuité !

Les futurs communiants répétaient les prières qu'ils devraient réciter ensemble : « Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres... » Qui n'a pas récité cela ? Et dites-moi qui a compris cette phrase ? Les plus dégourdis affirmaient que les pompes de Satan, c'étaient ses chaussures... Ou encore ils devaient apprendre des cantiques « Je suis chrétien, voilà ma gloire »... ou « Le voici l'Agneau si doux, le vrai pain des anges... » Il fallait que tout soit bien au point pour le dimanche.

Le samedi soir la retraite se terminait par la confession. L'enfant dressait par écrit la (longue... ) liste de ses péchés, pour ne pas en oublier. De toutes façons, le curé l'aidait à débusquer les « péchés de chair »... par des questions insidieuses mais indispensables... A cette époque, les « choses sexuelles » étaient traquées comme la peste... et même plus !

Une dernière recommandation avant le grand jour : ne rien absorber après minuit ! Il fallait un estomac parfaitement vide pour recevoir l'eucharistie ! Interdiction même de se laver les dents le dimanche matin de peur d'avaler une goutte d'eau par mégarde !

Le grand jour est arrivé. L'église est décorée de fleurs blanches, le bedeau s'active à sonner les cloches. Les communiants arrivent et prennent place pour l'office qui commence habituellement à 10 heures. Les garçons portent un costume bleu marine avec un brassard blanc au bras gauche, les filles sont habillées comme des mariées. Les familles des communiants ont bien recommandé à leur parentèle d'être généreux à la quête. Les hommes, qui avaient prolongé leur station au café du coin, « l'office des hommes » comme certains ont le culot de dire, viennent pour la quête car leur absence serait remarquée et dénoncée... Et la quête... c'est quand même la partie la plus « intéressante » de l'opération...

Après la communion le bedeau passe avec le pain béni offert par les parents des premiers. Les enfants, à jeun depuis la veille au soir, se jettent sur cette manne... car il est déjà midi. Ils sortent sur la place en procession et les parents peuvent les récupérer. Il ne faut pas perdre de temps car les vêpres sont à 2 ou 3 heures et le curé n'aime pas que les enfants soient en retard.

Les chants sont plus vifs que le matin, même M. le curé a le verbe plus haut et le teint plus coloré...

La sortie, toujours en procession, signe la fin de la partie religieuse. Mais dans une ferme, communion ou pas, il y a toujours de l'ouvrage et il va bien falloir s'y atteler avant le repas du soir.

 

(A plus...)

 

 

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 09:05

 

 

Un mois après l'attaque surprise des Allemands du 10 mai 1940, les armées françaises sont en repli... stratégique. En clair, tout... ou presque... s'écroule... Le général de Gaulle a été nommé sous-secrétaire d'Etat à la guerre. Que ne l'avait-on écouté lorsqu'il préconisait l'emploi des chars... Mais l'heure n'était plus aux jérémiades. Pour le moment, il propose le remplacement du général Weygand par le général Hutziger comme généralissime. Il propose aussi de continuer la guerre en se repliant en Bretagne. C'est ce qu'on appellera d'une façon parfois ironique « le réduit breton »...

Le président du Conseil, Paul Reynaud, semble convaincu. Il déclare:

- « Plutôt que de retraiter vers le sud, ne serait-il pas plus sage de rassembler les forces qui subsistent dans la presqu'île armoricaine, comme une main tendue vers l'Angleterre et l'Amérique ? »

Les généraux Georges et Weygand trouvent ce projet extravagant et freinent des quatre fers. Mais Reynaud tient à son idée, d'autant plus que Churchill l'approuve en demandant s'il ne serait pas possible d'établir une tête de pont sur l'Atlantique, en Bretagne par exemple. Cela conforte Reynaud qui répond que la question est à l'étude et qu'un commandant est désigné pour ce nouveau front : le général Altmayer, et que le ministère des Travaux publics est chargé de ramener sur place le matériel de la ligne Maginot...

Reynaud mandate de Gaulle pour aller à Rennes afin de prendre contact avec les responsables de la défense de l'ouest. Faute d'avion, le général, qui se trouve alors à Bordeaux, fait la nuit du 14 juin, la route en voiture. Il arrive à 10 h à Rennes. Le général Altmayer n'étant pas encore là, de Gaulle commence la réunion avec le général Griveaux commandant la 11è région (Nantes) et le capitaine de frégate Cusset représentant le préfet maritime de Brest.

On déploie une carte de la Bretagne. Deux lignes de résistance sont prévues. La première suit le Couesnon et la Vilaine. La Xè armée est prévue pour occuper cette position. On pense disposer de 18 divisions franco-brittaniques, une division belge, et d'autres divisions en cours de débarquement. La seconde ligne ira de St Brieuc à Lorient.

Quimper est pressentie comme capitale et les divers corps constitués de l'Etat se partagent les lieux d'accueil.

De Gaulle était pour la Bretagne, bien qu'il ne se fît pas d'illusions, mais il pensait que si le gouvernement s'y repliait, il n'aurait plus tard d'autre issue que celle de partir par la mer.

Pendant ce temps les Allemands s'enfoncent de plus en plus dans le pays et bientôt l'idée du réduit breton aura fait long feu... L'Histoire allait trop vite en ces heures tragiques.

L'heure de Pétain allait sonner. Celle du général de Gaulle aussi...

 

(A plus...)

 

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