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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 07:55

 


De nos jours, on a facilement tendance à juger les gens que l'on rencontre ou qui nous entourent.

L'autre jour, je rentrais chez moi. Comme je m'approchais de la porte, une dame surgit derrière moi et marmonna quelque chose entre ses dents. Je me retournai, elle s'approcha de moi et dit :

-Je suis chargée par l'institut Ipsos de faire un sondage. Vous connaissez ?

-Non, répondis-je.

Pourtant, je connaissais cet institut de nom... Mais je ne voulais pas lui donner de fausses espérances car je n'avais pas l'intention de répondre à son questionnaire. Est-ce bien utile ?... J'ajoutai donc :

-Je doute fort que j'entre dans la tranche d'âge que vous recherchez... Habituellement, je ne conviens pas à mes sondeurs potentiels... Alors...

-Mais si, mais si ! s'empressa-t-elle de répondre, vous convenez très bien !

-Vous ne connaissez pas mon âge...

-Mais je vois bien que vous devez avoir dans les 60 ans...

Une inconsciente... ou une flatteuse...Je décidai de rompre là. 

-Excusez-moi, mais je n'ai pas grand temps actuellement...

-Mais ce ne sera pas long... Quelques minutes seulement...

-Sans doute, mais je rentre des courses et je suis fatigué...

-Justement ! Vous allez vous asseoir et vous vous reposerez pendant que je poserai mes questions...

-Mais... fis-je ingénument... je ne vois pas de sièges ici...

Nous étions dehors, je le rappelle. Cette dame annonçait clairement son intention d'entrer chez moi, ce que je ne voulais pas.

-Ah ! fit l'impertinente, je vois que j'ai affaire à un dur-à-cuire !

J'étais catalogué ! Un dur-à-cuire !

-Vous ne m'avez même pas dit quel était le thème de votre sondage, répondis-je. Si vous l'aviez fait, et si le sujet m'avait intéressé, peut-être que...

Elle ne me laissa pas le temps de continuer et dit d'une façon peu élégante :

-Je n'ai pas de temps à perdre avec vous !

Puis elle tourna les talons et alla sonner chez mon plus proche voisin...

C'est ainsi que depuis ce jour-là, je suis un dur-à-cuire !

Mais à la réflexion, qui était le ou la dur-à-cuire dans cette affaire ?...

(à plus...)

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 10:16

 

 

Michel était un copain d'enfance. Nous avons commencé notre cursus scolaire à l'école maternelle tenue par les religieuses. Nous étions vers la fin des années 1930. Nous nous sommes suivis ensuite jusqu'au brevet. J'ai poursuivi mes études comme on dit, avec le ferme espoir de les rattraper... tandis que Michel entrait dans la vie active.

Son père était marin pêcheur. J'ai oublié de vous dire que nous étions à Douarnenez, qui à cette époque avait encore une certaine importance en tant que port de pêche. Il était donc tout naturel que Michel fût marin pêcheur aussi... et cela malgré une absence de pied marin qui se traduisait par un beau mal de mer dès que le bateau entrait dans la haute mer. Il me l'a avoué plus tard : les années n'y ont rien fait, il a toujours eu le mal de mer quand il naviguait ! Qu'à cela ne tienne : son père était marin, il devait l'être aussi ! « Tu seras marin, mon fils ! »... Et vogue la galère... et galère surtout...

Nous nous sommes retrouvés beaucoup d'années plus tard. Il était en retraite, moi aussi... Sans doute ai-je voulu le retrouver car je doute fort qu'il aurait eu la même idée. Le passé, c'est le passé... Néanmoins, il fut content de me revoir, et réciproquement... Il habitait à Douarnenez, au-dessus du port, qui fut le théâtre de ses exploits. Désormais en retraite, il naviguait un peu, pour accompagner des touristes en mal... non pas de mer... mais de poisson frais que l'on pêche le long de nos côtes. Pour lui, comme il voguait entre les côtes, principalement dans la baie de Douarnenez, il ne souffrait pas trop de mal de mer. Et puis, cela lui rapportait quelques sous... ce qui n'était pas négligeable car sa retraite de marin pêcheur ne devait pas être très importante...

Son père était mort assez jeune, comme beaucoup de marins hélas... Comme il n'avait ni frère ni sœur, il était resté vivre avec sa mère, ne voulant certainement pas la laisser seule. Mais avait-il des désirs d'émancipation ? En avait-il eu quelquefois ? J'en doute... Il se trouvait bien ainsi. Maman faisait la popote et tenait la maison, Michel naviguait, puis voguait de ci de là à l'heure de la retraite. Et puis sa mère était morte, il s'était retrouvé tout seul.

C'est à ce moment que je l'ai revu. Je suis allé le voir chez lui. Sa chambre était une sorte de réduit minuscule, dans lequel un lit de fer tenait presque toute la place. Une petite cuisine, guère plus grande, lui permettait de cuisiner quelques plats, principalement du maquereau à l'eau... Je lui dis qu'il pourrait préparer le poisson différemment et surtout d'une façon plus appétissante. Du maquereau à l'eau... Je ne sais pas si vous avez essayé, mais déjà le maquereau est un poisson assez rustique... Alors, à l'eau... et uniquement à l'eau... Devant ma surprise, il me dit :

-Mais j'aime ça !

Cela changeait tout...

Il me fit entrer dans la chambre de sa mère... enfin... celle qu'elle occupait lorsqu'elle était de ce monde... Une fort belle chambre, spacieuse, claire, agréable, dans laquelle rien n'avait changé depuis le décès de son occupante. On y entrait en n'oubliant pas de chausser les patins... Un sanctuaire...

Je lui fis remarquer qu'il serait bien mieux dans cette chambre, puisqu'elle était désormais libre... Il me répondit :

-Mais je suis bien là-bas !

Il ne lui était jamais venu à l'esprit de venir s'installer dans la chambre de ses parents ! Cela peut se comprendre, surtout à cette époque.

Décidément, ses goûts étaient bien modestes... J'avais pourtant remarqué dans la chambre de nombreuses faïences de Quimper, et pas des petites : de véritables œuvres d'art. A cette époque, les faïences de Quimper, HB et Henriot, avaient une bonne réputation et se vendaient assez cher. Des pièces comme les siennes valaient dans les 5 000 francs... C'était sa marotte, son dada, son luxe... Il en possédait … un certain nombre...

J'admirais ces pièces. Il me dit aller à Quimper en acheter une à deux fois par an. Pour cela, il prenait le car.

-Tu te rends compte, me dit-il, je paie 20 francs pour aller à Quimper, et autant pour revenir... C'est cher !

Je restai sans voix... Que répondre en effet à cela ? Il n'hésitait pas à dépenser 5 000 francs pour acheter de telles pièces, et trouvait que 40 francs aller-retour, c'était cher...

Je suis resté un certain temps avant de le revoir. Un jour, je me suis présenté devant sa maison. Une personne étrangère m'a ouvert. Michel était mort l'hiver précédent... Il n'était pas très âgé, le même âge que moi... Il n'avait fait aucun excès durant sa vie... trop de maquereau à l'eau peut-être... De quoi était-il donc mort ? On me dit que ce fut subit, sans plus d'explication.

Je me dis alors : mais à qui sont donc allées toutes les œuvres d'art de la chambre de sa mère ? A des cousins... sans doute... Ont-ils apprécié à leur juste valeur ? Qui le dira jamais ?...

(A plus...)

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:27

 

 

Dire que le niveau de l'orthographe est en nette baisse en France est une évidence. Que dis-je une évidence... c'est un truisme !

Qu'on me pardonne cet anglicisme... J'eusse dû dire... une vérité de La Palisse !

De plus en plus d'articles sont consacrés à ce sujet et tous leurs auteurs avouent que les jeunes font de plus en plus de fautes dans les textes qu'ils  écrivent, les CV par exemple. Il ne s'agit donc pas d'élèves de CM 1 ou CM 2... De nombreux sites proposent des moyens adaptés pour lutter contre ce fléau et nombreux sont aussi les jeunes qui y adhèrent. C'est bien... mais bien dommage d'en être arrivé à...

Pourquoi et comment cela a-t-il pu se faire ?

Les causes sont multiples et variées... Il ne s'agit pas d'accuser tel ou tel... Le problème est plus général et dépasse largement le cadre scolaire. S'il faut désigner des responsables, c'est la société toute entière qui est fautive... Mon propos n'est pas d'accuser, mais de rassurer : l'orthographe peut s'acquérir à tout âge, à condition d'être motivé !

Il suffit... de bien posséder les règles de base en grammaire et conjugaison, d'avoir sous la main un bon dictionnaire, et voilà !

Et voilà !... Vous pensez que j'en ai de bonnes... D'abord, pour bien posséder les règles de base, il faut les apprendre... Ensuite, pour utiliser correctement un dictionnaire, il faut connaître l'ordre alphabétique.

Sans doute, mais c'est possible ! Il suffit de le vouloir et d'en prendre les moyens. Il existe de nombreux manuels qui peuvent aider en rappelant les règles de la conjugaison, de l'orthographe et de la grammaire.

L'orthographe est partout utile. Le serveur d'un restaurant qui rédige le menu « du jour » et qui écrit « cruditées » au lieu de « crudités »... Est-ce grave , docteur ? Oui, car ce serveur marque sur le menu des fautes d'orthographe, alors qu'on n'en sert pas ! Bien entendu, je plaisante... un peu...

Beaucoup sont persuadés que l'orthographe n'est plus très utile. N'avons-nous pas des ordinateurs « intelligents »... qui corrigent les fautes ? Cela me fait penser au buvard qui effaçait les fautes et dont on parlait autrefois. Pour rire, évidemment ! Cela me fait également penser à ceux qui croient que l'apprentissage du calcul n'est plus indispensable, puisque nous avons des calculatrices. Erreur !

J'ai vu un jeune qui, devant additionner 2 et 2, a, devant moi, utilisé sa calculatrice pour le faire... laborieusement... Si je ne l'avais pas vu, je n'aurais pas cru qu'une telle chose fût possible.

 

Quand on écrit un texte, on est toujours à la merci d'une faute de frappe ou d'une étourderie. J'en sais quelque chose, moi qui suis à mon 10è livre... J'ai la chance d'avoir une amie qui relit mes textes, car je pourrais les relire vingt fois de suite, je passerais sur mes erreurs sans les voir, tant elles sont intégrées dans mon esprit. Il faut un œil neuf !

 

Alors ! Que faire ? Reprenez des cours d'orthographe (et autres...) si vous le pouvez, et pas uniquement par nécessité. La langue française a perdu l'importance qu'elle avait au cours des siècles passés. N'ajoutez pas votre pelletée de terre pour reboucher sa tombe ! Elle vit encore !

 

Et si modestement à mon niveau je peux vous aider, contactez-moi par l'intermédiaire du blog. Je verrai ce que je peux faire...

( A plus...)

 

 

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:24

 

 

Aristide Boucicaut est considéré à juste raison comme le créateur de ce qu’on appelle couramment maintenant les grands magasins. En ce milieu du XIXè siècle où la révolution industrielle naissante va transformer tous les secteurs d’activité, il donne au commerce une impulsion décisive grâce à une idée simple : vendre plus mais moins cher…..Relisez le livre d’Emile Zola “ Au Bonheur des Dames ” ou revoyez le film du même titre d’André Cayatte si vous en avez l’occasion……

Mais revenons à Aristide Boucicaut. Il est né à Bellême dans l’Orne le 14 juillet 1810. Son père tenait une petite boutique de chapeaux. Il commença sa carrière commerciale en vendant du tissu. Mais il n’était pas fait pour végéter. Il suivit un commerçant ambulant comme il en existait beaucoup alors et après quelques mois de pérégrinations, il monta à Paris. Il avait 19 ans. Les débuts furent difficiles, il fallait vivre. Il s’occupa tant bien que mal jusqu’à ce qu’il trouve un emploi de vendeur dans un magasin de nouveautés situé rue du Bac, “ Le petit Saint Thomas ”.

Son ambition et ses qualités commerciales le feront nommer chef du rayon des châles. Ce n’est qu’un début. Dans ce magasin d’inspiration chrétienne mais où la notion commerciale est loin d’être absente, Boucicaut apprendra beaucoup. Le fondateur du “ Petit Saint Thomas ”, Simon Mannoury, un Normand comme lui, s’attache à fidéliser le client par des pratiques inconnues à l’époque : bas prix, vente par correspondance avec franco de port, soldes, expositions occasionnelles. Il a même l’idée d’organiser des promenades à dos d’âne pour les enfants des clientes.

Nous sommes en 1834. Le midi, Boucicaut déjeune dans un petit bistrot tenu par une jeune fille de 18 ans, Marguerite Guérin, venue de Saône et Loire. Les jeunes gens sympathisent et en 1836, Aristide Boucicaut épouse Marguerite Guérin. Elle sera toujours sa fidèle collaboratrice.

En 1848 le “ Petit Saint Thomas ” ferme et Boucicaut fait la connaissance de Paul Videau qui tient un magasin situé pas très loin : “ le bon marché Videau ”. En quatre ans, les Boucicaut feront 50 000 F d’économies qu’ils mettront dans l’affaire Videau. Le magasin comptait alors 12 employés, son chiffre d’affaires se montait à environ 450 000 F. Cette association fut lucrative puisque dix ans plus tard, le chiffre d’affaires était monté à 7 millions de francs. Boucicaut voulait innover toujours plus, ce qui effraya Videau qui se retira de l’affaire.

En 1863, Boucicaut est seul maître à bord. Un compatriote, Henry-François Maillard, natif de Mortagne, lui prête l’argent nécessaire à ses projets. Ce Maillard avait fait fortune en Amérique en achetant des marchandises aux enchères pour les revendre en gros à des commerçants. La modicité du bénéfice était largement compensée par le volume des ventes. Boucicaut appliquera ces méthodes en y ajoutant son expérience acquise lors des années passées au “ Petit Saint Thomas ”. C’est ce qui fera la différence vis à vis de ses concurrents.

Nous sommes au début du Second Empire. Après des années de sommeil, l’économie française va faire un grand bond en avant. C’est l’époque de l’industrialisation, du grand essor économique, aussi bien dans l’agriculture, l’industrie, la banque, les communications, et bien sûr le commerce. On assiste à la naissance du capitalisme industriel, dans lequel Boucicaut prendra toute sa place. Mais le mot solidarité ne sera jamais absent de son vocabulaire.

Il a compris que le meilleur moyen de stimuler ses employés est d’en faire non pas uniquement des travailleurs exploités et laissés lorsqu’ils ne peuvent plus assurer leur service, mais des collaborateurs conscients que la qualité de leur travail profite à la maison, et réciproquement qu’elle ne les laissera pas lorsqu’ils seront vieux. Il s’agit là d’une politique sociale en avance sur les idées de l’époque. Le personnel ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’il l’a surnommé “ Le Juste ”.

Un employé qui a l’espoir de passer second, puis chef de comptoir, travaillera avec plus d’ardeur. C’est la promotion au mérite et non à l’ancienneté. A une époque où la sécurité sociale n’existait pas encore, Boucicaut crée une Caisse de Prévoyance et une Caisse de retraite dont le financement est assuré par les bénéfices de l’entreprise. “ En instituant la Caisse de Prévoyance, dit-il, nous avons voulu assurer à chacun de nos employés la sécurité d’un petit capital qu’il puisse retrouver au jour de la vieillesse, ou qui en cas de décès puisse profiter aux siens. (…..) Ils comprendront mieux que l’activité de leur travail, le soin des intérêts de la maison,(….) sont autant de devoirs qui tournent au profit de chacun. ”

Dans le même temps, les locaux s’agrandissaient. Le 9 septembre 1869, est posée la première pierre du magasin de Boucicaut à la limite des VIè et VIIè arrondissements. Et c’est peut-être la première fois qu’on allait construire un immeuble spécialement conçu pour un grand commerce de nouveautés. La réalisation en avait été confiée à l’architecte Boileau et à l’ingénieur Eiffel (qui n’avait pas encore construit sa tour……). Deux novateurs de l’emploi du fer et du verre en architecture. Le fer pour sa solidité, sa légèreté et son élégance, le verre pour la lumière qu’il laisse passer.

Mais Boucicaut meurt en 1877, dix ans avant la fin de la construction de son magasin. Il laissait à sa veuve qui continuera son œuvre, une entreprise florissante de près de 2000 employés, avec un chiffre d’affaires qui avait multiplié par 160 celui de 1852 : 72 millions de F.

D’autres suivront son idée : Jules Jaluzot en 1865 (Le Printemps), Ernest Cognacq et sa femme Marie-Louise Jay en 1870 (La Samaritaine), Théophile Bader en 1895 (Les Galeries Lafayette). Mais c’est bien Aristide Boucicaut qui le premier créa un magasin accueillant librement la clientèle sans obligation d’achat.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 09:39

 

 

Sav' vous que d'pi que j'sieu dans l'patoué mayennais, je n'caose pus qu'comm' ça ! J'sè bin qu'ça fè drôle... mais j'y peux rin ! Les bouennes gens, i n'm'comprenn' pus ! Ah mais ! J'caose terjou l'français !

Sav' vous comment qui s'appellent nos cinq dais ? J'vas vous l'dire : le peuchot, c'ti-là qu'vous app'lez l'pouce ; pi dans l'ord' : le lèche-pot, le longué, le malagué, et c'ti-là que vous intitulez l'auriculaire, le p'tit bonhomme de riquiqui. Avouez qu'c'é bin pus drôle ! Pourqué l'auriculaire ? C'é-ti pasque on l'met dans l'oreille ? Mè non, pisque nos écrit Oreille, et point AUreille !

Alors ? Vous avez-ti eun' idée d'la chouse ? Point ?

J'm'en vas vous renseigneu !

Le p'tit dais s'appelle d'la sort' pasqu'il è l'pus p'tit de tous les dais ! Comment... le peuchot è pus p'tit ? P'têt bin, mais i l'è pu grous ! C'é bin le p'tit bonhomm' de riquiqui qu'è l'pu p'tit !

Mêm' l'sien d'nout vésin, l'gâ Firmin ; vou savez ? C'é eun remué d'germain o l'gâ Zidore, l'sien du Ruissiau : c'é pourtant eun' vrai aspergau ! I m'sure bin deu mèt' ! É bin, j'vous acertaine qu'son p'tit bonhomme de riquiqui n'è point pu grand qu'les aotr' !

Alors, j'vos è-ti convaincus ?

Por à présent, j'vas termineu mon discours en vous disant que le p'tit bonhomme de riquiqui, i s'appelle aossi le p'tit doigt du paradis ! C'é ti pas joli, ça ?

 

(Et bien entendu... si certains mots ou expressions vous semblent obscurs, vous pouvez toujours me demander de vous donner les explications idoines. J'ai essayé de rester dans le domaine du compréhensible... Mais c'est du patois, tel qu'on le parlait il y a encore quelques décennies dans nos campagnes. C'est le premier langage de nos aïeux. Respectons-le...)

 

A plus...

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 09:19

 

 

 

Après avoir risqué la mort en Belgique, nous voici en Alsace où je retrouvais mes parents pour des vacances communes. Ils avaient une tente, nous avions notre « camping-car » modèle 1961, motorisé et carrossé par la maison Citroën, habillé par les établissements Nédellec...

Comme nous, ils aimaient les grands espaces et nous avons décidé un jour de partir à l'assaut du Grand Ballon. Après avoir cahoté sur les chemins qui n'en étaient pas, bringuebalé sur des pentes nullement vertigineuses mais qui offraient néanmoins des moments de frissons, nous sommes arrivés finalement dans un endroit vaguement plat, bien dégagé, où nous avons décidé d'installer notre camp pour la nuit. Le temps était merveilleusement beau.

J'aidai mes parents à monter leur tente. Mon frère étant jeune et vaillant, n'avait pas besoin d'aide pour planter la sienne. C'était une petite canadienne de couleur orange, basse de plafond... mais parfaite pour la station allongée. Pour notre part, la 2 CV essaya de trouver un endroit à peu près plat pour ne pas glisser lorsque nous serions couchés... Le paysage était grandiose. Nous étions en altitude, pas au sommet quand même, mais en pleine montagne, seuls, isolés, perdus dans un autre monde...

Le son cristallin des clochettes des troupeaux qui paissaient dans les environs se faisait parfois entendre dans la douceur de cette belle soirée d'août. Nous apercevions même les vaches au loin qui broutaient tranquillement. C'était le bonheur à l'état pur. Le repas se prolongea un peu, il faisait si bon respirer le bon air de la montagne. De petites étoiles scintillaient dans un ciel d'un bleu profond. L'air était doux, embaumé d'un parfum indéfinissable, et nous sentions que nous allions passer une nuit merveilleuse et inoubliable. Elle le fut pleinement, mais pas dans le sens où nous l'avions prévu...

Le repas s'éternisa un peu, nous étions si bien. Vers 22 heures, chacun regagna sa chambre : mes parents leur tente, mon frère sa petite canadienne, et nous notre palace roulant... Nous avions laissé dehors la table recouverte de la nappe en plastique qu'une brise légère agitait. Rien à craindre d'éventuels voleurs ! Qui viendrait s'égarer dans cet endroit perdu, totalement « hors du temps » ?

Vers minuit, je fus réveillé par le bruit des clochettes. Écartant légèrement le rideau, je vis que les vaches entouraient notre campement. Elle cherchaient de l'herbe, rare en cet endroit. Nous avions justement choisi cet endroit pour son manque de végétation. Il aurait été plus judicieux qu'elles allassent plus loin où l'herbe est plus fournie ! Mais allez donc faire comprendre cela à des vaches... De plus, un taureau les accompagnait. Il ne portait pas de clarine autour du cou et son aspect était nettement moins engageant que ses compagnes débonnaires. Il allait et venait, comme l'aurait fait un chien de garde. En réalité, c'était un taureau de garde... Il avait la charge du troupeau... si l'on peut dire, et prenait très à cœur cette responsabilité.

Indifférentes à leur protecteur, les vaches circulaient entre les deux tentes et la voiture. L'ennui, c'est que les tentes sont fixées par des tendeurs qui les maintiennent fixement au sol. A chaque pas, les vaches risquaient de se prendre les pattes dans l'un de ces tendeurs et personne ne pouvait deviner ce qui se serait passé. La vache aurait trébuché, le taureau aurait pris peur... Dans une telle situation, un animal est imprévisible. Qu'aurait-il fait ? Il semblait pourtant inoffensif...

Soudain, il s'immobilisa net devant la petite tente orange de mon frère et se mit à mugir sourdement, la patte droite grattant le sol dans une attitude nettement agressive... Tout le monde était réveillé mais personne ne bougeait. Cela dura une éternité. Les vaches continuaient leur petite promenade entre les tentes et insensiblement s'éloignaient de nous. Au bout d'un moment, voyant que les bêtes s'en allaient, le taureau les suivit et bientôt le troupeau fut loin.

Nous décidâmes de plier la petite tente car il était possible que les bovins reviennent. Mes parents pensèrent être plus à l'abri dans un abri « en dur ». Ils prirent donc place dans leur voiture, avec mon frère qui n'avait plus de tente. Bien leur prit car une demi heure plus tard, le troupeau revint, toujours accompagné de leur cerbère cornu... Les vaches recommencèrent leur balade entre piquets et tendeurs, avec la grâce de papillons ou d'abeilles butinant des fleurs... Le taureau ne les quittait pas et fut intrigué, non par la tente qui avait disparu, mais par la table de camping dont la toile volait au vent. Nous l'avions complètement oubliée, pensant qu'elle ne représentant aucun danger.

Erreur ! Le taureau, voyant ce pan de plastique qui bougeait, alla s'imaginer je ne sais quoi... Il se remit en garde, naseaux au sol, patte grattant le sol et soulevant la poussière, poussant des mugissements menaçants.

Dans leur voiture, mes parents ne faisaient aucun geste. Derrière nos rideaux, nous semblions à l'abri. En passant entre tentes et voitures, les vaches bousculaient la 2 CV qui tanguait comme un navire par gros temps... Le taureau avait quitté la contemplation de la toile plastique de la table et suivait les vaches dans leur gymkhana... Il secouait notre voiture sans se rendre compte que ses occupants étaient morts de peur. Cela dura... longtemps. Je n'osais soulever le rideau de peur de me trouver nez à nez avec le monstre... Au bout d'un moment, ma femme me dit : « Il est parti ? » Voulant me rendre compte, je poussai légèrement le rideau... Derrière la glace, à dix centimètres de mon visage, deux gros yeux globuleux au milieu d'une masse noire me regardaient. Le mufle du taureau semblait vouloir avaler la voiture... Je me retins pour ne pas crier. Je repoussai vivement le rideau et répondit : « Oui... Il est parti »... Pieux mensonge... mais je ne voulais pas affoler ma femme et céder à la panique. Avait-il eu le temps de me voir ? On dit que les bovins n'ont pas très bonne vue... Leur acuité visuelle est nettement inférieure à celle de l'homme, leur reconnaissance visuelle est réduite et l'odeur joue un grand rôle dans leur perception. Dans notre cas, les odeurs particulières dues au moteur ou autres organes pouvait masquer notre propre odeur. Je décidai donc qu'il ne m'avait pas vu... mais cela ne m'empêcha pas de trembler...

Dans leur voiture, mes parents en revanche étaient parfaitement visibles. Mais apparemment aucun animal n'en eut conscience... si je puis dire. Personne ne bougeait. Les voitures représentaient des masses sombres. Les vaches savaient parfaitement les éviter dans leurs déplacement, même si elles faisaient osciller notre voiture. De même l'œil des bovins voit les mouvements en accéléré ; c'est pourquoi notre taureau était effrayé par la toile de la table qui bougeait. Car son attitude était due à sa peur.

Dans cette affaire, tout le monde avait peur ; mais la masse du taureau était nettement plus impressionnante ! Face à lui, nous n'aurions pas pesé lourd. Avait-il peur de ce bout de plastique qui s'agitait au vent ? Personne ne peut le dire...

Le ballet des vaches et du taureau dura un très long moment. Le troupeau s'éloignait un peu et revenait, comme attiré par nous. Nous profitâmes d'un moment d'éloignement pour replier la table. Que la nuit fut longue.. Il n'était pas question de partir sans la tente de mes parents. Mais la démonter demandait plus de temps que ne nous laissait le troupeau. Et puis, avec notre harnachement sur le toit, nous n'aurions pu aller très loin sur ce terrain cahoteux. Nous étions paralysés par la peur.

Sur le coup de 6 heures du matin, un homme se pointa venant d'on ne sait où. Le troupeau, taureau en tête, se rangea docilement derrière lui sans qu'on ait eu besoin de lui indiquer ce qu'il devait faire, et suivit l'homme qui marchait d'un pas décidé. En moins de deux minutes les vaches s'étaient éloignées. Nous sortîmes de nos voitures, encore sous le coup de la grande frayeur que nous avions vécue, les jambes flageolantes, l'air hagard... Toujours pratique, ma mère décréta qu'un « bon jus » nous remettrait d'aplomb. Inutile de dire que le rangement de notre campement fut vite expédié. Vers 7 heures, nous quittâmes cet endroit idyllique... où nous avions eu si peur.

Décidément, les vacances réservent leur lot de surprises ! Dans ce cas, comme dans celui de la panne en Belgique, cela aurait pu se terminer tragiquement.

 

(A plus...)

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 09:18

 

C'est vrai : j'étais parti en pyjama. Pour conduire, cela n'avait aucune importance. Mais là... J'enfilai donc un imper et repris ma faction. Soudain une voiture se présenta. Je m'avançai pour lui faire signe, pas trop quand même car j'ignorais sa réaction. Surpris certainement de rencontrer un quidam en pleine nuit, il stoppa derrière moi et descendit.

-Je suis en panne. Voulez-vous m'aider à pousser ma voiture sur la berme ?

L'air ahuri de l'automobiliste me fit répéter la question. Il me regardait d'un drôle d'air. Évidemment, un imper sur un pyjama... cela se voyait comme le nez au milieu de la figure... Mais je n'obtins pas davantage de réponse, exceptés quelques mots prononcés dans une langue inconnue. Un coup d'œil à sa voiture confirma qu'il s'agissait pourtant d'un Belge. Je réalisai alors qu'il était Flamand. Par gestes, je lui indiquai ce que j'attendais de lui. Il hocha la tête pour montrer qu'il avait compris, et nous poussâmes la 2 CV. A deux, la chose était plus aisée. Au volant, ma femme dirigea la voiture de façon qu'elle soit rangée bien parallèlement à la route et entièrement sur la berme. Elle était large, ai-je dit, mais la voiture occupait entièrement l'espace et la route était toute proche... Il fallait pourtant s'en contenter. Je remerciai chaleureusement mon aide, qui remonta dans sa voiture en me regardant comme s'il avait eu affaire à un échappé de l'asile...

Je retrouvai ma chambre sur pneus... mais ayant oublié d'ôter mon imper, je dus me contorsionner pour l'enlever dans cet espace réduit... D'autre part, il me fallut regonfler le matelas si je voulais dormir. Comme je ne voulus pas sortir le tout pour gonfler plus facilement, je m'installai tant bien que mal sur la partie déjà gonflée afin que mon poids ne s'oppose pas à l'entrée de l'air. A genoux, penché en avant, je m'échinais à pomper mais j'étais loin d'avoir mes aises... Et comme d'autre part il pleuvait, j'eusse voulu sortir le matelas, je n'aurais pu le faire. Il me fallut pomper et pomper encore... Mais comme les Shadoks n'existaient pas à cette époque puisqu'ils ont vu le jour quelques années plus tard, je ne savais pas que je pompais... Je croyais que je gonflais le matelas...

Au bout d'une petite heure, peut-être moins, nous étions prêts à rendormir. Ah mes amis ! Quelle nuit ! Des camions se sont mis à circuler vers 2 heures du matin, c'est à dire peu de temps après notre endormissement... Ils passaient à peu de distance, nous frôlant presque. Chaque fois la 2 CV était secouée, ballottée. Mais tel un navire dans la tempête, elle résistait bravement. Ces secousses nous ont certainement bercés car nous avons dormi... peu et mal certes... mais nous avons fait ce que nous pouvions, compte tenu des circonstances. Avec le recul, je me dis que c'était très dangereux... et que nous avons tout simplement risqué notre vie. Mais le ciel était avec nous, puisque je suis toujours là pour vous narrer la chose... Et je vous assure que ce sont pas des menteries...

Inutile de dire qu'au lever du jour, nous étions debout ! C'est une façon de parler, car pour se mettre debout dans notre habitacle, il fallait se lever de bonne heure... ce que nous avons fait ! Dire que nous étions frais et dispos serait... exagéré... J'ai ouvert la portière pour sortir... côté opposé à la route bien sûr... et je suis tombé dans le trou ! Il était impossible de faire autrement, la porte s'ouvrait sur un profond fossé... Lorsque nous sommes arrivés, l'obscurité nous a empêchés de remarquer cet immense fossé dans lequel nous aurions pu faire basculer la voiture lorsque nous l'avons poussée.

Cette chute me réveilla complètement. Il ne pleuvait plus, mais tout était trempé ; le fond du fossé était même plein d'eau. Je n'avais pas prévu de bain de pieds à cette heure matinale... Le petit déjeuner attendra que nous soyons installés plus confortablement... mais je tins à me raser. On a les coquetteries qu'on peut... J'utilisais alors la mousse à raser avec blaireau et rasoir mécanique. J'installai la cuvette d'eau sur le capot, je m'assis sur un siège pliant, et j'entrepris de couvrir ma figure de mousse. Il fallait voir la figure des automobilistes qui passaient et me découvraient, le rasoir à la main, très absorbé dans ma tâche ! Ils ne pouvaient s'empêcher de tourner la tête vers moi, l'air ahuri, au risque de terminer leur course dans le fossé... Heureusement, personne n'a connu un sort aussi funeste... car j'aurais été reconnu responsable avec le motif : « A distrait des automobilistes qui passaient avec un rasoir et la figure couverte de mousse... »

Maintenant, il fallait se sortir de cette situation. Par chance, un garage Citroën se trouvait à peu de distance. Je m'y rendis, le garagiste remorqua ma voiture jusqu'à chez lui. Il décréta que la batterie était déchargée, ce que j'avais déjà deviné... et qu'il fallait donc la remplacer par une batterie neuve. Ce qui fut fait. Il ne me proposa pas de la recharger, ce qui aurait eu le même effet. N'ayant que peu de connaissances en matière d'automobile, j'acceptai avec joie l'achat d'une batterie neuve. Cela nous permettait de continuer notre périple. Au diable l'avarice !

Lorsque je suis rentré à la maison et que j'ai parlé de cet incident à mon garagiste attitré, il a froncé les sourcils et m'a parlé des charbons de la dynamo qui devaient être grillés. Ce sont eux qu'il aurait fallu changer, et non la batterie ! Si je ne faisais pas, ma batterie se déchargerait à nouveau. C'était le cercle sans fin... Je le crus et il changea les charbons qui effectivement étaient grillés. J'ignorais totalement la présence de charbons sur la 2 CV ! J'avais encore beaucoup à apprendre... Résumons : deux cardans, des charbons... Qu'allais-je encore découvrir ? Le garagiste belge m'avait vu venir avec mes gros sabots... Il m'a vendu une batterie neuve et en a gagné une bonne, la mienne, qui n'était pas morte et qu'il suffisait de recharger.

Mais pour le moment, nous devions rejoindre l'Alsace où nos parents nous attendaient pour des aventures aussi palpitantes...

(à plus..)

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 18:27

 

Nous avions décidé de visiter la Belgique. Après une journée passée à Bruxelles, nous quittâmes la ville en fin d'après-midi. Prochaine étape : Namur. Nous roulions donc allègrement sur la nationale Bruxelles-Namur. Le temps était beau, un peu lourd, orageux. Au bout de quelques kilomètres, nous aperçûmes une forêt qui nous tendait les bras. Les jours sont longs en été, mais il était temps de prévoir notre point de chute. Nous nous engageâmes dans la forêt. C'était une magnifique futaie, aux grands arbres élancés. Notre 2 CV trouva une place parfaite, bien à l'horizontale. Nous sortîmes la table et les sièges pliants, et mangeâmes de bon appétit.

- « Quel calme ! Voilà un endroit idéal, pas trop loin de la route, mais suffisamment pour ne pas être gênés par le bruit des voitures. »

Vraiment le coin idéal... Nous retrouvâmes notre lit douillet... sans les péripéties du premier jour... Néanmoins, l'entrée « au lit » était un peu... acrobatique... Je parie que vous n'êtes jamais entré à quatre pattes dans votre lit ! C'était notre quart d'heure de sport de la journée... Il fallait bien tout ce temps pour trouver une position convenable. A chaque mouvement, la 2 CV, bonne fille, nous accompagnait en tanguant d'avant en arrière et en roulant de gauche à droite. Il fallait avoir le pied marin ! Puis, les rideaux installés, nous sombrâmes dans le sommeil.

Vers minuit, de sourds grondements nous réveillèrent. Malgré les rideaux, notre chambre était éclairée violemment pendant de brefs moments. Je les écartai prudemment : des éclairs zébraient le ciel d'un noir d'encre.

- « Un orage ! Avec tous ces grands arbres qui nous entourent, ce n'est pas prudent de rester ici... Il faut partir !

-Partir ? Répondit ma femme. Mais... pour aller où ?

-Je ne sais pas... Dans un endroit où il n'y aura pas d'arbres comme ceux-ci. Imagine que la foudre tombe sur celui sous lequel nous nous trouvons. Nous serions écrasés sans avoir eu le temps de réagir.

Dehors, les grondements du tonnerre devenaient de plus en plus rapprochés et les éclairs de plus en plus nombreux. Le vent commençait à souffler. Une tempête se préparait.

-Filons vite pendant qu'il est encore temps ! Quand la pluie tombera, nous serons bloqués ! Pas le temps de rentrer le siège, nous allons juste un peu plus loin... »

Il a quand même fallu rentrer les affaires se trouvant sous la voiture, et en route ! Avez-vous essayé de conduire sans siège ? Eh bien moi non plus. A défaut de siège, je pris la jerricane d'eau et la plaçai au bon endroit afin de m'asseoir dessus. Mais le matelas étant toujours gonflé, l'assise était trop haute et surtout la jerricane n'était pas stable : elle oscillait dangereusement, au risque de perturber la conduite.

Je dégonflai donc la moitié du matelas, côté volant, et plaçai la jerricane. La stabilité était meilleure mais conduire dans ces conditions était néanmoins risqué... A la guerre comme à la guerre ! La voiture s'ébranla doucement pour retrouver la nationale. Quand je freinais trop fort, mon « siège-jerricane » reculait... et je devais me replacer rapidement car mes pieds se trouvaient dans le vide. Il fallait donc effleurer les pédales et ne pas aller vite pour garder la maîtrise du véhicule. De plus, le siège sur le toit ne tenait pas beaucoup. J'ai dit qu'il était juste maintenu, pas attaché solidement. Il offrait une grande prise au vent, la vitesse l'aurait déséquilibré et nous aurions vu notre siège s'envoler... Le vol de nuit est interdit pour les sièges de 2 CV ! En cahotant sur le sentier inégal, la voiture rejoignit la nationale. Je pris ma vitesse de croisière : 20 km/h.

A cette heure tardive, la circulation était heureusement réduite. Cependant quelques bolides nous doublèrent... Conduire dans ces conditions n'est guère facile et je ne conseille à personne d'essayer. J'allais doucement pour ne pas faire tomber mon chargement et ne pas être obligé de freiner brutalement pour me retrouver au fond de la voiture...

Nous avancions prudemment. A notre droite, toujours la forêt. Elle ne finira donc jamais ? J'écarquillais les yeux pour mieux voir la route, mais la visibilité était de moins en moins bonne. Je savais que les phares de la 2 CV n'éclairaient pas très fort... mais là, tout de même... On ne voyait presque plus rien. Y avait-il de la buée sur le pare-brise ? Non bien sûr puisque le petit volet de la vitre était relevé. Alors, que se passait-il ?

Il me sembla que la voiture ralentissait. Pourtant, j'appuyais sur l'accélérateur. Soudain, je réalisai que le moteur allait s'arrêter, et la voiture également bien entendu... Dans un réflexe, j'essayai de la ranger sur la berme, qui par chance était assez large à cet endroit. Mais la voiture s'immobilisa, moitié sur la berme, moitié sur la route, tandis que la lumière s'éteignait complètement. Une tentative de remise en marche m'apprit que la batterie était déchargée.

La panne... A minuit et demi, sur la nationale Bruxelles-Namur ! Je descendis pour constater la gravité de la situation. Je ne pouvais pas laisser la voiture ainsi, c'eut été dangereux. J'entrepris donc de la pousser, tandis que ma femme, au volant, tentait tant bien que mal de la diriger. Mais cette foutue bourrique de 2 CV ne voulait rien entendre ! Les roues avant étaient bloquées dans la terre meuble de la berme. On croit que la 2 CV est facile à bouger car elle remue facilement quand on la secoue. On s'imagine même qu'on la soulèverait... sans effort. Essayez donc ! Elle colle à la route...

Que faire ? Il fallait me faire aider ! Je décidai d'arrêter la prochaine voiture et me mis à guetter.

- « Tu devrais mettre quelque chose sur ton pyjama... dit soudain ma femme. Cela ne fait pas très sérieux !

( à suivre...)

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 08:54

 

Dans notre hâte d'étrenner notre nouveau logement de vacances, nous partîmes un soir vers 17 h... pour aller coucher une cinquantaine de kilomètres plus loin, dans un fossé... enfin... au bord d'un fossé plus exactement ! Il eut été plus raisonnable de ne partir que le lendemain matin... Mais à 25 ans, croyez-vous qu'on réfléchisse à tout ça ?

Nous avons quitté la nationale et pris une petite route sur la droite. Nous nous sommes arrêtés sur la berme, légèrement en pente. Peu importe ! Nous étions pressés d'inaugurer notre saison touristique... Le siège avant fut enlevé, hissé sur le toit, recouvert d'un plastique pour le protéger d'une pluie éventuelle et maintenu par quelques tendeurs, uniquement pour empêcher le plastique de s'envoler. Le petit matériel prit place sous la voiture. Le temps était beau, pas de pluie à l'horizon. J'étalai le matelas pneumatique sur la totalité du plancher de la voiture et entrepris de le gonfler. J'avais trouvé plus pratique de procéder ainsi : entrer le matelas dégonflé plutôt que gonflé. Il se prêtait mieux aux manipulations. Il sera ensuite simple de le gonfler...

J'avais un gonfleur. Je m'installai sur le matelas et me mis à pomper vigoureusement. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire... Au bout de quelques minutes, le volume du matelas n'avait pratiquement pas bougé. Je suais dans l'étroit habitacle, à genoux, recroquevillé, mal à l'aise. Quelque chose empêchait le matelas de se gonfler ! Mais quoi ?

Je regardai autour de moi, vérifiant que l'embout du gonfleur pénétrait bien dans la valve du matelas. Et je recommençai à pomper. Rien à faire ! Ma femme s'étonnait aussi du maigre résultat. Ce matelas diabolique ne voulait pas être gonflé ! Comment allions-nous pouvoir dormir ? L'idée de retourner à la maison nous effleura... Mais revenir, c'était reconnaître son échec ! Il n'en était pas question ! Quand le vin est tiré, il faut le boire... dit-on. Quand le matelas est étalé, il faut le gonfler !

C'est alors que ma femme dit avec son bon sens coutumier :

- « Ce serait peut-être plus facile si tu gonflais le matelas en dehors de la voiture au lieu d'être dessus ! Ton poids est un obstacle... et ce n'est pas un petit poids... »

Ça, c'était vrai ! Elle avait peut-être raison... et je pouvais toujours essayer. Je n'avais pas d'autre solution car je me rendais compte que je n'y arriverais pas. Je sortis le matelas, l'étendis sur le capot et entrepris de le gonfler. Cette fois, je sentis avec bonheur l'air pénétrer dans l'enveloppe caoutchoutée. Ça y est ! Il se remplissait doucement... mais sûrement. L'opération prit... un certain temps... Certes, c'était laborieux, mais je voyais le résultat de mes efforts. Je le gonflai « à bloc », puis l'introduisis dans la voiture. Nous ne fûmes pas trop de deux car plein comme une outre, il se prêtait moins bien aux manipulations. Mais un matelas pneumatique n'est pas un bloc de bois... et au bout de quelques minutes, il intégra parfaitement son emplacement. On aurait d'ailleurs dit que la 2 CV avait été construite autour du matelas...

Le repas fut vite expédié. Après avoir tout rangé sous la voiture pour que rien ne dépasse et soit visible, nous nous glissâmes dans notre chambre avec délectation... Mais quelque chose clochait... La sensation n'était pas celle que nous espérions. Nous rebondissions sur le matelas trop gonflé comme si nous avions été sur des ressorts. Nous n'avions pourtant pas l'intention de faire du trampoline... Le moindre mouvement était amplifié par la trop grande élasticité de notre « lit »... L'air est compressible et élastique... Nous en avions la preuve éclatante ! Notre situation était pleine de rebondissements... Encore, n'avions-nous pas tout vu...

Dormir dans de telles conditions nous sembla impossible. Il fallait réduire la pression et pour cela j'ouvris la valve du matelas afin de laisser l'air s'échapper. Comme nous étions dessus, la sortie du fluide se fit nettement plus vite qu'au remplissage. Je réalisai alors pourquoi j'avais tant de mal à gonfler lorsque j'étais dessus. Mon poids était un obstacle... rédhibitoire ! Ma femme avait raison... Il faut que je vous avoue que je n'avais jamais utilisé de matelas gonflable. Ceci explique cela.

Il fallut vider au moins la moitié de l'air pour que notre corps trouve une place confortable pour la nuit. Les prochaines fois, nous saurions... C'est ainsi qu'on apprend...

Les rideaux « épinglés », nous enfilâmes notre sac de couchage et nous allongeâmes pour essayer de dormir. Nous avions choisi de mettre nos têtes vers l'arrière, car la hauteur « sous plafond » était plus grande... J'avais donc les pieds sur les pédales de frein et de débrayage... qui me gênaient parfois lorsque j'effectuais un retournement... D'autre part, j'ai dit que la voiture était un peu en pente. Ce détail nous avait échappé... comme bien d'autres. Si l'avant avait été plus haut que l'arrière, nous aurions eu les jambes surélevées, position idéale pour dormir... Mais la voiture penchant vers le fossé, j'avais tendance à rouler de bâbord à tribord... Ce n'était plus une voiture : c'était un navire de haute mer !

Malgré tous ces petits inconvénients, nous passâmes une bonne nuit. Quand on est jeune, on dort partout... Cela change avec l'âge...

Ce premier soir avait servi de « générale »... Nous tiendrons compte des modifications à apporter... Tous les matins, il fallait dégonfler le matelas, le plier, remettre le siège avant et tout le matériel qui avait passé la nuit sous la voiture. Une jerricane en plastique jaune nous donnait l'eau dont nous avions besoin. Un camping-gaz permettait de la chauffer pour prendre un café chaud. Quand on est jeune, on n'est pas difficile... Cela change aussi avec l'âge...

 (à suivre...)

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:17

 

 

Voici maintenant une nouvelle série : les aventures de Deudeuche, la 2 CV...

 

 

Cette année-là, c'était je crois en juillet 1961, nous avons décidé d'utiliser notre 2 CV, non seulement comme moyen de locomotion, mais encore comme restaurant et hôtel. En clair, plutôt que payer une chambre d'hôtel souvent trop chère pour notre petit budget, nous avons décidé de dormir dans notre voiture.

Vous me rétorquerez que nous n'avions rien inventé puisqu'un tel moyen de voyage existe : le camping-car. Vous n'avez pas bien lu la date : 1961... A cette époque, le camping-car n'existait pas... ou était à ses débuts. La 2 CV peut donc être considérée comme le premier « hôtel roulant », maniable et populaire. Du moins, la nôtre...

Mais attention ! Comme elle n'était pas aménagée pour cela, il fallait la préparer soigneusement à recevoir des dormeurs... La 2 CV a la particularité de pouvoir être vidée entièrement de ses deux sièges, avant et arrière. Il s'agit dans les deux cas d'une banquette deux places, simple châssis en aluminium ou en duralumin, recouvert d'un tissu légèrement molletonné et suffisamment solide pour recevoir des voyageurs. Les deux places ne sont pas d'un seul tenant. Au milieu, pour assurer la solidité de l'ensemble, on a placé dans le sens de la largeur un montant rigide. Lorsque deux personnes sont assises... et je pense plus particulièrement aux deux places arrière... ça va. Mais si un troisième larron... ou une troisième larronne... veut prendre place à l'arrière, l'un des trois se trouve automatiquement assis sur ladite barre et je ne lui promets pas un grand confort... C'était souvent le lot des jeunes enfants... dont les muscles sont élastiques et les os « en cours de formation »... donc adaptables... La 2 CV est une voiture de quatre places... pas cinq ! Faites-vous une raison...

Encore doit-on s'estimer heureux car lorsque j'étais petit, mes parents avaient acheté une Simca 5, la puce de la route, qui n'avait que deux places. Je devais me contenter de l'arrière qui n'était nullement prévu pour un troisième voyageur, fût-il petit. J'étais assis tout bonnement sur le plancher, et roule cocotte ! Mais revenons à notre camping-car personnel...

Comme il n'était pas question d'enlever le siège avant, fort utile pour s'asseoir et conduire correctement (quoique... mais n'anticipons pas...), je l'avais gardé, n'enlevant que le siège arrière, inutile puisque nous n'étions que deux. Lorsque la voiture se transformera en chambre d'hôtel, il suffira de sortir le siège avant. Vous voyez, c'est simple...

Cependant, il y avait un petit inconvénient. Le plancher de la 2 CV n'est pas plat comme vous pourriez le croire. L'arrière est surélevé par rapport à l'avant. Ce « détail » risquait de nous poser un sérieux problème.

Après avoir étudié cette question sous tous les angles, j'en arrivai à la conclusion qu'il suffisait de combler la partie basse, pour la mettre au même niveau que la partie haute. Et voilà !

Et voilà... Mais comment ? Et puis, enlever le siège avant... Mais où le mettre ? Dehors certes... Mais en cas de pluie... Nous n'avions prévu aucun abri. Pas le confort paisible d'une tente bien sûr ! Décidément, la chose était plus ardue qu'il n'y paraissait au départ ! L'idée d'accrocher le lit sur roulettes à la voiture m'effleura un moment... juste pour rire. Mais je n'allais pas me laisser abattre ! Le moment venu, je résoudrai ces difficultés l'une après l'autre. Chaque chose en son temps !

Voyons d'abord la dénivellation du plancher. Il fallait quelque chose pour combler cet espace. C'est tout... Fabriquer un faux plancher ? Trop compliqué ! Empiler des cales en bois ? Trop encombrant ! C'est alors que me vint l'idée d'y étendre le vieil édredon très fourni que nous n'utilisions pas. Il suffirait ensuite de poser le matelas gonflable par dessus, et le tour serait joué ! L'air est un fluide qui sait s'adapter à toutes les surfaces et compenser les trous et les bosses... Solution adoptée avec succès !

Car bien entendu, il n'était pas question d'emmener des lits de camp ! Réfléchissez un peu... Des lits... dans une voiture... Si notre 2 CV était bien l'ancêtre du camping-car, elle n'en avait encore ni les ressources ni les commodités ! Un matelas pneumatique permettrait de « gommer » les petites différences de niveau qui persisteraient. Un calcul précis nous indiqua que le matelas entrait entièrement dans l'habitacle. Un matelas deux places, avec deux poches d'air séparées pour pouvoir le gonfler plus facilement l'une après l'autre. Une fois posé, il ne restait plus de place pour autre chose... Qu'importe ! Nous serions sur le matelas, et les quelques sacs d'affaires personnelles se répartiraient autour de nous...

Passons maintenant au siège avant. Où le mettre le soir à l'étape ? Après de sérieuses cogitations, je me dis qu'il ne pouvait être mieux que sur le toit ! Il n'est pas très lourd, la chose ne devrait pas poser de difficultés. Le reste du matériel serait dissimulé sous la voiture. Nous risquions peut-être de nous faire voler pendant notre sommeil, mais quand on est jeune, on ne pense pas à cela !

Rien oublié ? Cherchez bien... Il manque quelque chose. Les rideaux aux fenêtres ! Quand nous serions dans notre chambre-lit, personne ne devait nous voir. Ma femme confectionna des rideaux en grosse toile bleue. Je tendis une ficelle tout autour de la voiture... à l'intérieur évidemment. Il suffisait de fixer les rideaux avec des épingles à linge. Et voilà. Cette fois-ci, tout y est !

( à suivre...)

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