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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 17:54

 

 

Pour le grand continent austral

Deux p'tits Français s'en vont

Ils laissent novembre noir

Et les jours monotones,

Ils s'en vont dans le soir,

Un vilain soir d'automne.

 

Hélas quand ils arrivent c'est déjà le printemps

Et les deux p'tits Français en sont tout étonnés.

 

Les feuilles qui étaient mortes

Sont toutes ressuscitées !

A-t-on mis d'la colle forte

Pour bien les attacher ?

 

Et les deux p'tits Français

Habillés en hiver

Sont plutôt stupéfaits

Avec leur pullover.

 

Mais d'où arrivez-vous, habillés de la sorte ?

Venez-vous du pôle nord, ou bien de Sibérie ?

Regardez le soleil et mettez-vous en short !

Prenez un grand chapeau : vous êtes en Australie !

 

C'est c'que nous allons faire :

Vous penserez à nous

Quand froidure et hiver

Vous glaceront partout...

 

Allongés tout joyeux

Sous les frangipaniers,

Nous fermerons les yeux

Sous le ciel printanier.

 

J'arrête ma chanson,

J'arrive à l'épilogue,

Je vais couper le son.

Rendez-vous sur mon blog...


(A suivre... of course !...)

 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 07:10

 

 

L'aut' jour, en surfant sur le Net comme i disent, v' là ti pas que je m' trouve catalogué parmi les faces de bouc... Vos savez, ceusse qui sont des amis sans s' connaître, mais qui s'envoient des messages comme si c'étaient des amis d'enfance... Comment ça, c'est « face book » qu'il faut dire ? N'empêche que ça se prononce tout pareil. Alors, si à moi ça me plait de dire « face de bouc »... j' sieu ben lib', quand même !

J' vas même pus loin... Vos vous rappelez p' têt'  qu'il y a ben longtemps, i y avait eune émission à la télé qui s'intitulait « Goldorak ». J' m'en souviens ben passe que j'étais à c' te moment-là maît' d'école. Mes élèves, i n'fésaient que d'caoser de Goldorak... Et mé, qui n' connaissait point c' t' oisiau-là, j' comprenais « gueule de rat »... Et je m'disais comme ça : mé qu'est-ce qu'i z'ont à causer des gueules de rats ? Je n' comprenais ren de ren... Asteure, c'est pareil itou. Face de bouc, gueule de rat, même combat ! Mais j' continue...

 

Et même, un peu pus loin, v' là que j' me r' trouve parmi les copains d'avant !

V' là cor' aut' chose !

I disaient même quels étaient mes goûts, ce que j'aimais, et tout et tout...

Je m' demande ben comment i z' ont pu savouèr tout cha ! Passe que moué, je n' leur ai ren dit ! Brin du tout !

Alors ? Ce n' s' rait-ti pas passe qu'i y a un aut' zigoto qu'aurait l' même nom qu' mé ?

C'est vrai ça, maint' nant qu' j' y pense... Je n' vois pas d' aut' explication.

Passe que mé, tous ces trucs et machins de face de bouc et copains de je n'sais pas trop d'où, je m' méfie ! Nos n'sait jamais !

N'empêche, que cela m'a foutu un sapré coup : mé qui m'croyais unique...

( A plus...)

 

 

 

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 08:39

 

 

 

Jean Victor Moreau fait partie des jeunes généraux de la Révolution qui avaient leur bâton de maréchal dans leur giberne.

Son père était procureur au bailliage de Morlaix. Il naquit dans cette ville en 1763. Sa jeunesse se déroula à Rennes où il fit des études de droit. Il passa avec succès sa licence tout en se donnant les airs de nonchalance de quelqu’un que les honneurs n’intéressaient pas. En réalité, s’il le cachait bien, il était follement ambitieux. A 25 ans, il devint prévôt des étudiants en droit et prit à ce poste le goût du commandement qu’il ne quittera plus.

En 1790 il franchit le pas et forma une compagnie de canonniers dans la garde nationale de Rennes, dont il devint le capitaine. Un an plus tard, il prit la tête d’un bataillon de volontaires bretons avec le grade de lieutenant-colonel, et partit pour l’armée du Nord. Désormais, son étoile ne cessera de monter, comme celle d’un jeune Corse encore inconnu mais qui fera parler de lui…..Napoléon Bonaparte.

S’il le soutient lors du coup d’Etat du 18 Brumaire, les deux hommes, aussi ambitieux l’un que l’autre, vont peu à peu se jalouser, chacun voyant en l’autre un rival.

En 1800, Moreau remportera sur les Autrichiens la victoire décisive de Hohenlinden. Mais s’il n’a pas trempé directement dans la conspiration de Pichegru et Cadoudal contre Bonaparte, du moins n’a-t-il rien fait pour les en dissuader. Belle occasion pour éloigner un concurrent dangereux.

Le général Moreau est condamné à l’exil en Amérique. Il reviendra en 1813 pour se mettre au service des Russes et sera tué par un boulet français devant Dresde.

Et vous ne voyez toujours pas de statue en vue…..Attendez !


Il fallait que d’abord je plantasse le décor……


(Voilà que je me mets à écrire des vers...)


A l’époque de ses succès dans l’armée du Nord, le général Moreau aura une liaison avec Ida de Saint-Elme, preuve s’il en fallait, qu’il pouvait mener de front les combats guerriers et les joutes amoureuses.

Sa passion amoureuse (une Saint-Elme ne pouvait que mettre le feu…..aux hommes….) l’amena à commander une statue en marbre de sa belle. Nous y voilà ! La dite belle posa donc pour le sculpteur Lemot qui ne resta pas insensible aux charmes que la jeune personne lui dévoilait si généreusement. On peut sculpter le marbre et ne pas être……de marbre. Et comme pour la jeune personne fidélité rimait avec frivolité, elle fit profiter le brave Lemot qui n’en demandait pas tant de sa grande ouverture d’esprit……en lui montrant que le repos du sculpteur….valait le repos du guerrier.

En revenant de l’armée, Moreau découvrit son infortune : celle qu’il présentait comme sa femme devant ses collègues et les membres du Directoire profitait de son absence pour se conduire d’une façon indigne. (Joséphine en fera autant vis à vis de Bonaparte…..mais cela est une autre histoire)

Il entra dans une grande colère et rompit toutes relations avec la jeune femme trop volage. Il était plus à l’aise face à des adversaires fussent-ils redoutables, que devant une "faible" femme, fût-elle armée de sa seule vertu…….Sage réaction (que n’aura pas son "rival" Bonaparte….)

Et la statue ?……Lemot venait de terminer le modèle grandeur nature en terre cuite et allait acheter le marbre dans lequel la belle serait sculptée pour l’éternité. Mais voilà : Moreau ne voulait plus, et pour cause, de la statue. Après avoir eu l’original dans les bras, Lemot avait la copie sur les bras…….

Que faire ?…….Il voulait pourtant récupérer les fonds dépensés. Une commande avait été passée, il convenait de l’honorer. Mais Moreau ne voulait plus en entendre parler : Lemot ne fut pas payé.

Dégoûté de la tournure des événements, il essaya d’oublier l’encombrante statue en la mettant dans un coin. Un jour qu’il avait la visite de Sophie Gay, dont la fille Delphine Gay, future Madame de Girardin, est plus connue, il lui dit :

-« Emportez-là, je vous la donne, délivrez-moi de cette vendue invendue…. »

Ravie de l’aubaine, Sophie emporta chez elle la statue qui lui plaisait. Mais posséder la statue en terre cuite ne lui suffisait pas. Elle ignorait les raisons qui avaient amené le général Moreau à rompre avec l’infidèle Ida. Elle désirait la statue terminée. Elle décida donc de demander l’aide financière de ses amis pour permettre à l’artiste de fixer dans le marbre son chef-d’œuvre.

Lemot accepta, mais modifia la tête du modèle, prétextant que c’était "la partie faible" de l’œuvre……Effectivement !…….Ida de Saint-Elme déclara d’ailleurs avec une naïveté qui n’excluait pas l’immodestie : « J’ai mieux que cela !…… » On s’en était douté !…….

Et la statue terminée fut exposée au Louvre. Joséphine de Beauharnais, femme Bonaparte, la trouva parfaite pour décorer la galerie de Malmaison qu’elle venait d’acheter. A moins que ce ne soit pour faire un pied de nez à Moreau…..

Ce qui est vrai, c’est qu’en 1801, le général Bonaparte acheta une Bacchante en marbre de François-Frédéric Lemot. La pauvre Ida était donc devenue une Bacchante !…….Grandeur….et décadence !

Beaucoup plus tard, dans ses "Mémoires d’une Contemporaine", Ida de Saint-Elme évoqua à peine ses relations avec le général Moreau. Peut-être était-ce parce qu’il n’avait pas su voir la braise qui couvait sous le marbre ?……

Par contre, elle parla abondamment de ses amours avec le maréchal Ney dont elle fut la maîtresse. Et bien évidemment, pas un mot sur Lemot……et les avatars de la statue commandée par le vainqueur de Hohenlinden……

Le général Moreau aura les deux jambes emportées par un boulet français devant Dresde alors qu’il combattait sa patrie sous uniforme russe. Sur la dernière lettre qu’il enverra à sa femme avant de mourir, il écrira : «  Ce coquin de Bonaparte est toujours heureux ! » Toujours Bonaparte...

 

(A plus...)

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 08:29

 

 

 

Il y avait autrefois sur la côte sud de Bretagne une auberge pimpante tenue par un couple d'aubergistes sympathiques et affables. Comme la façade était entièrement blanche, les voyageurs avaient pris l'habitude de la désigner sous le nom d'auberge blanche et les propriétaires avaient accepté cette appellation. L'auberge blanche était réputée à la ronde pour son accueil chaleureux et les voyageurs qui circulaient dans la région en avaient fait leur étape favorite. On disait même que leurs chevaux, qui y trouvaient aussi leur pitance, la connaissaient si bien qu'ils n'était pas besoin de les conduire pour qu'ils trouvent leur chemin.

Par un beau soir du mois de septembre, alors que Youen, l'aubergiste, prenait le frais sur le seuil après une chaude journée comme l'automne sait en réserver dans ce coin de Bretagne, un cavalier se présenta tout couvert de poussière. Cependant, son maintien et ses vêtements indiquaient un personnage important. Il s'approcha de l'aubergiste, porta sa main à son couvre-chef et demanda de la voix de celui qui a l'habitude de commander:

- « Je voudrais souper ce soir chez vous, puis avoir une chambre pour la nuit. Bien sûr, vous vous occuperez aussi de mon cheval !

- Faites excuse mon bon Monsieur, répondit Youen en soulevant aussi son chapeau, mais si je puis vous fournir à souper et m'occuper de votre cheval, il ne m'est pas possible de vous donner une chambre car les six que nous possédons sont occupées par des voyageurs qui se rendent à la foire de Guémené. Vous m'en voyez navré.

- Cela est fâcheux... répondit le cavalier... Mon cheval trouvera le gîte et le couvert... et son maître restera dehors ! Cela ne se peut !

- Monsieur, croyez bien que j'en suis fort marri... Mais l'auberge est pleine et je ne puis vous proposer que la chambre rouge.

- Eh bien ! Qu'attendez-vous alors ?

- C'est que... depuis que je suis ici, je n'ai donné cette chambre que deux fois. Les deux hommes qui l'ont occupée avaient le lendemain matin les cheveux aussi blancs qu'ils étaient noirs la veille...

- Essayez-vous de me dire qu'il y a des revenants dans votre chambre rouge ?

- Par ma foi, oui Monsieur !

- Alors, prions Dieu et la Vierge, et allez faire du feu dans cette chambre car j'ai froid ! »

Après avoir soupé, le voyageur monta se coucher. Les murs de la chambre étaient d'un rouge sang, avec au fond un grand lit fermé par des rideaux. Le reste était totalement vide. Le vent sifflait lugubrement dans la cheminée et les flammes jetaient sur les murs des grandes taches rougeoyantes.

Après une courte mais ardente prière, le voyageur se coucha, l'âme en paix.

Vers minuit, il fut réveillé par des bruits bizarres. Quelqu'un tirait les rideaux du lit. Il se redressa et voulut descendre, mais ses pieds touchèrent un objet glacé. Il vit devant lui un cercueil recouvert d'un grand drap noir parsemé de larmes argentées, avec quatre cierges aux coins. Il se tourna vers un autre côté mais le cercueil fut plus rapide et lui barra à nouveau le passage.

Cinq fois il essaya de descendre de ce maudit lit, cinq fois le cercueil se retrouva sous ses pieds pour l'empêcher de descendre. Il comprit alors qu'il était vain de continuer. Il s'agenouilla sur le lit, se signa et demanda d'une voix sourde:

-« Qui es-tu et que veux-tu ? Parle sans crainte, c'est un chrétien qui t'écoute.

Du cercueil sortit alors une voix caverneuse qui dit:

- Je suis un voyageur comme toi, assassiné par ceux qui tenaient l'auberge avant celui qui y vit maintenant. Hélas pour moi, je suis mort en état de péché et depuis tout ce temps je brûle dans les flammes du purgatoire.

- Que veux-tu pour soulager ta peine ?

- Il me faut six messes dites à l'église de Notre Dame du Folgoat par un prêtre en étole noire et blanche; ensuite un pèlerinage à Notre Dame de Rumengol par un chrétien qui le dédiera à mon intention. »

Dès qu'il eut terminé de présenter sa requête, les cierges s'éteignirent, les rideaux se fermèrent et la chambre retrouva le calme. Profondément ému par cette détresse, et désireux de la soulager, le voyageur, qui était un fervent chrétien, pria longuement avant de trouver le sommeil. Le lendemain, il conta par le menu l'affaire à son hôte et lui déclara :

  • « Je suis M. de Pontcallec, un nom fort connu et respecté en Bretagne. Je vous assure que je ferai dire les six messes et j'accomplirai le pèlerinage à Rumengol pour libérer ce pécheur. Son âme sera délivrée et votre auberge retrouvera sa quiétude et les voyageurs pourront y dormir sans crainte. »

Un mois plus tard, la chambre rouge avait perdu sa couleur sang. Elle était redevenue une chambre comme les autres, aux murs blancs et gais. Elle avait retrouvé son mobilier : en plus du lit, une grosse armoire de chêne, des chaises, et surtout, un crucifix accroché au mur...

La parole de M. de Pontcallec avait été tenue.

 

 

( à plus...)

 

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 14:09

 

 

 

Y en a qu'ont des parents qui sont d'la même région.

Et même, on me l'a dit, qui sont du même patelin.

Dans mon cas, c'est pas ça, pas la même situation,

J'm'en vas vous l'expliquer, écoutez don un brin.

 

Du côté maternel, sont tous de souche normande

Du côté paternel, i sont de purs Bertons.

Et mé parmi tout cha, qu'est-ce que j'sieu, j'vous l'demande,

J'sieu-ti Berton-Normand, ou ben Normand-Berton ?

 

A vrai dire, c'te chose-là ne me préoccupe guère.

L'un ou l'aut', ça n'fait rin, et j'vous prie d'croir' qu'c'est vrai.

J'ai fait, y a queu'qu'z'années mon service militaire,

Et cha prouve que je sieu un excellent Français !

 

Quand mon père a choisi sa femme en Normandie,

Qu'est-ce qu'il a entendu, et ça faisait du foin !

« Y n'y a donc point d'bell' filles dans toute la Bertonnerie,

Pour aller en trachi eun' qui souè aussi loin ? »

 

Chez ma mère, c'est pareil, partout la même chanson,

On li dit : les Bertons, c'est ben comme les Français,

Il y en a parmi eux, p'têt' ben, qui sont des bons,

Mais à coup sûr, y a d'aut', sûr' ment qu' c'est des mauvais !

 

Et j'me pose une question, après ces belles formules :

Dans quelle catégorie que j'me place, dites-le don !

Pour vos aider un brin, faut que j'récapitule :

Je sieu un bon Normand ou un mauvais berton ?

 

J'habitais la Bertagne presque jusqu'à 20 ans.

Et pis je sieu parti, véyez qu' j'sieu pas chauvin,

Dans le pays d'ma mère ; j'sieu resté 28 ans.

Et d'pis bintôt 30 ans, v'là que j'sieu Angevin !

 

Alors, dites mé don, vous qu'avez d' l'instruction,

De quel pays que j'sieu, pasque mé, je n' le sais !

Normand ou Angevin ? P'têt ben aussi Berton ?

Eh ben, ma j'vas vos l'dire : j'cré ben que j'sieu Français !

 

(A plus...)

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 18:03

 

 

Guillaume Anfrye de Chaulieu est né au château de Beauregard à Fontenay-en-Vexin en 1639 (département de l’Eure actuel). A cette époque, les cadets de familles nobles devaient entrer dans les ordres. Comme il se trouvait dans cette situation peu enviable et qu’il était impossible de s’y soustraire, bien qu’il n’eût pas la vocation, il devint donc l’abbé de Chaulieu, car sa famille possédait la seigneurie de Chaulieu, actuellement dans la Manche.

Si l’Histoire le connaît sous ce nom, il fut fort peu abbé, et plutôt bel esprit, poète, et pour tout dire, libertin. C’est donc tout naturellement qu’il rangea sa soutane au rayon des accessoires inutiles…..Il projeta tout d’abord de se lancer dans la diplomatie. Il s’était fait de bonnes relations, notamment auprès du duc de Bouillon (et surtout de la duchesse…..). Il connaissait bien les frères Vendôme, descendants d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées. Avec de tels appuis, une voie royale lui était ouverte, pensait-il. Il se rendit donc à la cour de Jean III Sobieski roi de Pologne. Mais à part une dépense fort élevée, il n’obtint rien de positif. Déçu, il rentra à Paris et décida de se consacrer à la poésie. Nous étions alors en 1676. Il versifia donc…..

Fervent adepte d’Epicure, il consacra désormais sa vie à la recherche du plaisir, adoptant la devise d'Horace "“ carpe diem ”, qui est plus une invitation à découvrir le plaisir dans le seul fait de vivre, plutôt qu’une recherche inconsidérée du plaisir à tout prix. En clair, la paix de l’esprit et de l’âme, la liberté intérieure, l’amour, contribuent à être heureux. Le libertinage raffiné plutôt que la débauche honteuse.

Il fréquenta alors le Temple, un salon où Philippe de Vendôme, le Grand Prieur, réunissait des hommes d’esprit , des libres penseurs, adeptes d’Epicure. Là, Chaulieu donnait libre cours à sa verve. Mais les plaisirs plus bassement matériels n'étaient pas oubliés. Le repas occupait une place importante. Ne fait-il pas partie des plaisirs simples de la vie ?…..Ces Messieurs aimaient beaucoup l’omelette au lard. Goûts simples on le voit…..On trouvait là autour de la table les habitués, comme le chevalier de Bouillon, le marquis de La Fare, Chaulieu bien sûr, mais aussi parfois La Fontaine, ou encore Ninon de Lenclos qui ne dédaignait pas les parties fines.

Le lendemain, Chaulieu se sentait inspiré pour célébrer la beauté des femmes, glorifier les vertus du vin, louer les délices de l’amour et ses pièges délicieusement subtils. On l’avait surnommé “ l’Anacréon du Temple ”, poète grec dont les écrits ont inspiré la poésie dite anacréontique, dont Chaulieu, mais aussi Ronsard, sont les représentants les plus connus. Mais notre abbé ne se contentait pas de parler de l’amour.

C’est ce que lui avait répondu le vieux chanoine Maucroix qui faisait les yeux doux à une femme de réputation douteuse. Chaulieu lui reprochait de conter encore fleurette à son âge. Maucroix avait montré avec esprit la différence entre dire et faire :

“ A ne rien vous cacher nous sommes bien contraires.

Vous le faites sans parler, j’en parle sans le faire ”……

En 1703, Charles Perrault meurt. Son siège à l’Académie Française se trouve libre, et Chaulieu pense que la place est pour lui, d’autant plus que le duc de Vendôme le protège. Mais le roi n’aimait pas Vendôme ! D’autre part, la morale trop libre de Chaulieu ne lui plaisait pas. Il fit élire le Président Lamoignon, lequel refusa cet honneur qu’il n’avait pas sollicité. Louis XIV ravala sa rancœur et proposa l’abbé de Rohan, futur cardinal et évêque de Strasbourg, qui fut élu. Depuis cette époque et pour ne pas se heurter au refus d’un nouvel élu, l’Académie décida que nul n’obtiendrait un siège s’il n’avait auparavant manifesté son intention en allant solliciter les suffrages des autres Immortels.

Chaulieu fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua à se livrer à son activité favorite dans les jardins d’Epicure. Mais les bons repas finement arrosés vont lui apporter la goutte, la maladie des bons vivants…..Il souffre mais continue à versifier, si bien que Voltaire écrit à ses correspondants en parlant de Sa Majesté Prussienne, le roi Frédéric II : “ Vous avez peut-être ouï dire, messieurs, que l’abbé de Chaulieu faisait de très jolis vers après ses accès de goutte; et moi, je vous apprends que ce roi en fait dans le temps même que la goutte le tourmente. ”

Mais les années passaient inexorablement. A 80 ans, il tombe amoureux de Mademoiselle de Launay, future Madame de Staël. “ Vous rendre heureuse…vous donner des plaisirs ” lui écrit-il….sérieusement. Elle lui répond finement que chacun donne ce qu’il peut, pas plus….

Sentant venir sa fin, et souhaitant être enterré dans le cimetière de son village natal, il légua à l’église 4 000 livres pour les frais et la célébration d’une messe annuelle à sa mémoire. Ce libertin qui chantait la gloire du vin au sortir de table où il avait bu plus que de raison, mourut le 27 juin 1720, plus dignement qu’il n’avait vécu. Il avait dit peu avant : “ La mort est simplement le terme de la vie….Pourquoi craindre Dieu puisqu’il est l’infinie bonté ? ”…..

Un moine fut chargé de transporter son corps dans sa dernière demeure terrestre. Voulut-il oublier sa triste mission ? Toujours est-il qu’il s’enivra dans une auberge et y resta endormi. C’est un valet qui termina le voyage et se présenta au curé de Fontenay. Ce dernier crut à une farce de l’impénitent abbé et refusa tout net l’entrée à l’église. Ce cercueil contient des pierres ou une bûche, se dit-il. Point n’est besoin de prières ! Arrivés au cimetière, on ouvrit le cercueil. Stupeur du curé qui reconnut son confrère revêtu de ses ornements sacerdotaux. On revint illico à l’église pour les prières d’usage. Mais cet incident en avait choqué plus d’un et le malheureux curé fut puni par l’archevêque de Rouen de deux mois de séminaire……..

(à plus...)

 

 

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 09:00

 

 

Et maintenant une histoire à vous faire dresser les cheveux sur la tête... si du moins vous en avez (de cheveux... et de tête...)

 

 

Dans les veillées autrefois, lors des longues soirées d’hiver, devant un feu dans lequel on avait jeté une bourrée, la famille et les voisins se réunissaient pour écouter des histoires. Les histoires de fantômes et revenants étaient très prisées. Les jeunes enfants se cachaient sous les jupes de leur mère et l’auditoire frissonnait. Car il s’agissait d’histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête… En voulez-vous un exemple ? Vous l’aurez voulu !

Il y a très très longtemps, dans le pays de Bray, dans un château fort qui dominait l’Epte, vivait un puissant seigneur. Il était redouté de tous car dur avec les autres, comme il l’était avec lui-même. Il avait une fille, Alix, dont la beauté était grande. Les jeunes seigneurs des alentours voulaient tous l’avoir comme épouse. Son cœur avait choisi un beau voisin, Robert de Tierceville. Mais allez savoir pourquoi, les pères n’ont que rarement les mêmes opinions que leurs enfants… Le père avait donc choisi un autre prétendant, le sire de Bezancourt. Il ne voulait pas d’autre gendre que lui…

La fille essaya bien de résister au désir de son père, en vain. Une fille doit obéir en tout à son père ! De désespoir, Alix faillit mourir de chagrin. Robert de Tierceville ne fit pas que faillir : il trépassa de douleur en se rendant compte qu’il n’aurait jamais Alix. On l’enterra comme son rang l’exigeait et on n’y pensa plus.

On n’y pensa plus ? On aurait certes voulu ne plus y penser. Mais voilà : on l’aperçu de nombreuses fois, errant seul dans la forêt, comme une âme en peine – ce qui ici prend tout son sens – murmurant à voix à peine audible le doux nom d’Alix. Même certains affirmèrent avoir vu son âme voleter dans la forêt sous la forme d’une flamme bleue.

Alix résista longtemps mais un jour, lasse et résignée, elle accepta comme mari le sire de Bezancourt. La cérémonie de mariage se déroula d’abord avec tout le faste voulu comme il sied à la fille d’un puissant seigneur.

Alors que la noce, mariés en tête, allait pénétrer dans l’église pour la cérémonie religieuse, un fantôme apparut enveloppé d’un linceul. Il fit un geste, saisit Alix par le bras et se dirigea vers le cimetière, suivi par toute l’assistance comme si elle était ensorcelée. Resté seul au bas des marches de l’autel, le prêtre criait à la diablerie mais était incapable de bouger.

Arrivé devant une tombe ouverte, un prêtre inconnu en sortit et bénit les deux ex fiancés. Car le fantôme était celui de Robert de Tierceville. Saisie d’un délire diabolique, toute la noce se mit à danser devant la tombe ouverte. Au bout d’un moment le spectre s’écria d’une voix… sépulcrale :

- « Retirez-vous maintenant tous.

Puis s’adressant à Alix et désignant la tombe :

- Voici notre lit nuptial… »

Alix et Robert entrèrent dans le caveau, se couchèrent. La pierre tombale se referma.

On ne revit plus jamais Alix…


 (Brrr... A plus...)

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 09:01

 

 

 

Voici une histoire que j’ai retrouvée sur un vieux grimoire enfermé dans une vieille malle poussiéreuse et couverte de toiles d’araignées. Je l’ai traduite…..avec beaucoup de mal. Certains noms sont restés illisibles. J’ai dû compléter comme j’ai pu….Je vous la livre in extenso.

 

“ Les chasses du Marquis de K. (Kergadiou ? Kerbuzulic ?…) étaient réputées. Aucun des seigneurs des alentours, et même de plus loin parfois, n'aurait manqué ces grandes réunions automnales. Le gibier était fort abondant, et surtout, la table excellente. Le marquis savait recevoir ses hôtes.

Ce jour-là donc, après une journée passée à courir les bois, alors que les manants avaient battu les halliers pour y débusquer le gibier, les seigneurs et leurs gentes dames se pressaient dans la grande salle, autour d'une table richement garnie. Le vin aidant, les conversations allaient bon train. On parla de la chasse évidemment, et la discussion glissa vers les plaisirs de la table. Maintes recettes, toutes aussi originales les unes que les autres, furent évoquées. C'est alors qu'un jeune vicomte de P. (Penthièvre ? Poher ?) qui n'avait pas encore parlé, sans doute car il se trouvait en bout de table, n’étant que vicomte dans une assemblée où le moins titré était marquis, laissa tomber doctement :

- Tout cela ne vaut pas l'anchois tel que mes gens le préparent.

Le silence se fit et les regards se tournèrent vers lui avec curiosité. Que voulait ce jeune freluquet, simple vicomte, qui se permettait d’interrompre les grandes personnes ? Qui a donc bien pu l’inviter ? se demanda le marquis de K. ?….Mais puisqu’il était son invité, il lui fallait faire bonne figure. Il se redressa un peu, lissa sa fine moustache et laissa tomber dédaigneusement :

- L'anchois ? ...... Que diable nous parlez-vous d'anchois !

- Eh oui, l'anchois ! persista notre vicomte. Mais laissez-moi vous narrer la chose. Permettez que je m’installe mieux ?…

Il se leva et alla s’asseoir au centre de la table, poussant légèrement le duc de B. (Brasparts ? Begantruc ?) et continua le plus naturellement du monde.

- Vous prenez une olive bien mûre, vous ôtez le noyau et y introduisez l'anchois. Attention, suivez bien. Vous placez l'olive dans un étourneau, l'étourneau dans une perdrix, la perdrix dans un coq de bruyère, le coq de bruyère dans une dinde, la dinde dans un daguet. Vous embrochez le tout et vous faites rôtir au feu de bois.

Devant l'air ahuri de ses compagnons, le jeune vicomte ajouta, après quelques instants de silence :

- Les vrais gourmets, dont je fais partie, ne mangent que l'anchois.

- Mais......fit un convive, et le reste ?....... Qu'en faites-vous ?

- Voyons !….répondit le vicomte offusqué, à la cuisine.....pour nos gens....... ”

 

A plus...

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 09:10

 

 

 

 

Georges Boulanger est né à Rennes en 1837. En 1886, il était ministre de la Guerre. Beaucoup comptaient sur lui pour reprendre l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne. On le surnommait "le général La Revanche", ou encore "le Rédempteur de la France". Ni plus, ni moins…..

C’était l’époque où la revue du 14 juillet se déroulait à Longchamp. Cette année-là, les Parisiens étaient venus nombreux applaudir leur nouvelle idole. Le soir, ils allaient au caf’conc’ (café concert), notamment à l’Alcazar, où Paulus chantait son dernier succès : "En revenant de la revue". Les plus anciens s’en souviennent certainement car on l’a chanté bien longtemps après. Paulus, c’était la super vedette de l’époque. Il faisait partie des "gambilleurs", un genre du caf’conc’ qui en comportait plusieurs.

Les paroles de la chanson disaient « ….Moi, j’faisais qu’admirer not’ brav’ général Négrier ». (un général qui s’était illustré pendant la guerre de 1870-71, chose rare…..)

Pris d’une inspiration géniale, il remplace le nom de Négrier par celui de Boulanger. Ce fut un triomphe. Il dut reprendre sa chanson une seconde fois, sous les acclamations de la foule. C’est ainsi que cette marche joyeuse et typiquement franchouillarde devint en quelque sorte l’hymne des déçus de tous bords (il y en avait déjà !….Si, si….)

La critique s’empara de cette modeste chanson. Anatole France écrivit dans "Le Temps" : « ….et comme Boulanger rime avec admirer, c’est l’hymne des braillards, c’est la Marseillaise des mitrons et des patronnets, des bobines et des calicots qui pensent régénérer la France. » Et toc !

Jules Lemaître, plus pondéré, estimait que c’était "une excellente chanson populaire, d’une grosse verve, aisée et copieuse".

Et not’ brav’ général dans tout cela ?….N’ayant pas osé franchir le pas qui l’aurait amené à la présidence de la République, il se suicida "comme un sous-lieutenant", selon le mot de Clemenceau, sur la tombe de sa maîtresse.

(A plus...)

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 17:02

 


Roulant l'autre jour dans ma petite auto, j'écoutais à la radio du bord... un peu de musique classique pour me changer les idées de cette circulation exubérante. Le titre était quelque chose comme « Le one-step du Massif Central » d'un certain Borodine... interprété par l'orchestre de chambre de la radio kalmouke... Comment cela, cette œuvre n'existe pas ?... Vous prétendez que le titre exact est « Dans les steppes de l'Asie centrale » ? Si ça vous fait plaisir... De toutes façons moi j'écoute, je ne prends pas de notes... Hier j'écoutais « L'ouverture du canif du bat' d'Af' »... Encore une erreur... Eh bien, trouvez donc le titre exact puisque vous êtes si malin, et envoyez-le moi ! Et dites-moi par la même occasion qui en est l'auteur... Je vous donne un détail : c'est un Normand...

Bref ! Je disais donc que je roulais paisiblement dans mon automobile. J'allais sortir de la ville, la circulation était moins dense. Soudain, débouchant d'un parking, une voiture surgit et faillit m'emboutir. Je l'évitai adroitement, ayant pris des cours près d'un toréador en retraite qui m'avait appris l'art de l'esquive. Je m'arrêtai un peu plus loin, mon agresseur potentiel en fit autant. Je n'avais aucune intention de lui faire de vifs reproches, cela n'aurait servi à rien. Nous avions évité l'accident, c'était l'essentiel. Et l'essentiel, c'est le principal, n'est-il point vrai ?

Mais lui avait des intentions nettement belliqueuses. Il était pourtant en tort puisqu'il sortait d'un parking privé... Un mauvais rictus lui déformant la bouche, il me lança d'une voix peu amène :

-Alors, Ducon, on ne peut pas faire attention ?

Je le considérai calmement et répondis d'une voix posée :

-Mais dites donc, vous pourriez être poli, au moins !

-Comment ça, poli... s'étrangla-t-il...

-Eh bien, oui. Vous pourriez dire au moins : « Monsieur Ducon » !

Ah mais !

(A plus...)

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