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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 16:15

 

Voici une autre histoire extraite du même livre.


 

Monseigneur Ménager était archevêque de Reims depuis 1973. Il avait pris l'habitude de visiter des congrégations religieuses, à moins qu'il ne fasse une tournée pastorale impromptue. Il aimait ces visites qui lui permettaient de rencontrer des gens simples et de bavarder avec eux. Dans ces occasions, lorsque les cérémonies étaient terminées, il se mettait en civil, sans doute pour passer inaperçu. Il avait participé activement au Concile de Vatican II, il n'était pas contre la modernité... au contraire...

Un soir, il revenait d'une tournée pastorale, incognito. Il ne roulait pas vite, se remémorant encore les excellents moments qu'il avait passés. Soudain, devant lui, marchant péniblement sur le bas-côté, il aperçoit un homme qui faisait de grandes embardées. Vraisemblablement, il avait sacrifié à Bacchus... comme on disait pudiquement... Disons clairement qu'il était en état d'ébriété... bref, qu'il était fin saoul ! L'évêque arrête sa voiture et demande :

-Où vas-tu ainsi, mon ami ?

-Mais... fit l'homme surpris, je rentre chez moi, pardi ! Ma journée est terminée et il a fait bien chaud ! Alors, j'ai bu parce que j'avais soif... et comme tu le vois, je suis complètement saoul !

-C'est déjà bien que tu t'en rendes compte... Heureusement que tu es à pied, tu ne risques pas de te tuer !

-Tu l'as dit ! Je suis peut-être saoul... mais je ne suis pas idiot ! J'ai laissé ma mobylette au chantier. Je suis trop saoul pour tenir dessus. C'est des coups à se casser la gueule !

-Voilà qui est raisonnable... Tu vois, il te reste quand même un peu de raison ! Et... tu habites loin ?

-Oh ! Y a bien 5 kilomètres... C'est pourquoi je prends habituellement ma mobylette. Mais ce soir...

-Veux-tu que je te reconduise chez toi ?

-Ma foi ! Tu es bien aimable... j' veux bien ! Toi au moins, tu es un chic gars ! C'est pas comme les jeunes de maintenant !

L'homme monte à côté de l'évêque et la voiture démarre. La conversation, si bien engagée, ne peut que se poursuivre.

-Tu vois, tu es quand même mieux qu'à pied ! Fait le prélat.

-J' pense bien ! Et j' te r' mercie encore.

-Quel est ton métier ?

-Eh bien, je suis maçon. Aujourd'hui, il a fait chaud, j'avais toujours soif. Alors j'ai bu comme un trou. Je sais que ce n'est pas bien, mais que veux-tu... j'avais tellement soif... tu comprends ?

-Oui, je te comprends...

-Et de plus, comme on avait fini le gros- œuvre d'une maison, on a planté un bouquet tout en haut, comme cela se fait d'habitude. Et après, voilà que le patron s'est amené et il a bien fallu arroser cela. Et en fin de compte, me voilà avec une sacré biture ! Mais c'est pas grave, ça va se passer et demain il n'y paraîtra plus. Ce qui m'inquiète un peu, c'est comment va m'accueillir ma bourgeoise...

-Tu es marié ?

-Ben oui ! Et j'ai trois enfants... alors, faut bien travailler pour gagner sa vie, quoi ! Tu sais mon gars, le métier de maçon, eh bien, y a pas plus dur. L'été, comme maintenant, il fait chaud. Tu restes toute la journée dehors et le soleil te tape sur le carafon... Alors, comme t'as soif, tu bois !...

-Mais, mon ami, tu pourrais boire de … l'eau …

-Tu rigoles ? De l'eau ? Mais tu veux ma mort, ma parole ! Donc, je te disais, l'été, on a chaud. Mais l'hiver, quand il fait bien froid, quand le vent souffle et que tu es tout gelé, alors, qu'est-ce que tu fais ?... Eh bien mon vieux, tu bois un bon coup pour te réchauffer !

-Au fond, fait l'évêque, été ou hiver, tu bois ?...

-Bien obligé ! C'est vrai qu'il faut être solide et courageux pour faire ce métier-là par toutes sortes d'intempéries. Mais c'est quand même beau de construire des maisons pour loger les familles. C'est pas ton avis ?

-C'est vrai, tu as raison, maçon, c'est un beau métier...

-Bon, c'est pas tout ça, va pas falloir que j'aille plus loin ! Me voilà arrivé. Tu peux m'arrêter là.

L'évêque descend et vient ouvrir la portière au maçon qui continue :

-Mais, toi, tu ne m'as pas dit ce que tu fais dans la vie. Tu dois bien être représentant de commerce, ou bien bureaucrate. T'as les mains blanches comme celles des demoiselles... Tu ne dois pas manier la truelle souvent !

-Pas souvent en effet... Je suis l'archevêque de Reims !

Interdit tout d'abord, le maçon éclate d'un gros rire :

-Ah ! Ah ! Elle est bien bonne celle-là ! Eh ben dis-don, mon vieux, c'est encore bien pire que moi ! Tu n'en as pourtant pas l'air, mais pour avoir trouvé ça tout seul, c'est que tu as pris une bonne biture, encore meilleure que la mienne !...

 

Allez, à plus !

 

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Published by Gerard Nedellec
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