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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 07:40

 

Voici une histoire que j'ai écrite pour l'Almanach du Breton 2009 et que certains ont peut-être lue.

Pour les autres, la voici  dans son intégralité...

 

Gilbert Renault, plus connu sous le nom de Rémy qu’il adopta dans la clandestinité, est né à Vannes en 1904. Il répond tout de suite à l’appel du 18 juin 1940 et rejoint Londres. Le général De Gaulle le renvoie en France occupée où il créera le réseau de renseignements la "Confrérie Notre-Dame". Il échappera aux Allemands grâce au dévouement sans limite de ses camarades, que beaucoup paieront de leur vie. Il a laissé ses souvenirs dans « Mémoires d’un agent secret de la France libre » et écrit d’autres comme « La ligne de démarcation ».

On connaît moins les talents de conteur qu’il a montrés dans son livre « Les bonnes histoires du colonel Rémy ». Car il s’agit bien d’histoires. Je lui laisse la parole : « Vraies pour certaines et le reste pouvant y prétendre, les histoires que je rapporte ici n’ont d’autre prétention que d’éveiller une gaieté dont la vertu tonique, parfois alliée à l’émotion, m’a permis de traverser sans y laisser trop de plumes les vicissitudes d’une existence déjà longue en conservant une nature résolument optimiste. »

Parmi ces multiples histoires, j’en ai extrait une que je m’en vais vous raconter à ma façon. On pourrait l'appeler : une histoire de nez...

Georges Bonnet est né en Dordogne en 1889 (la même année que De Gaulle, Charlie Chaplin…et Hitler…mais c’est un pur hasard !). Avocat, il se tourne vers la politique. Peut-être le fait qu’il était neveu par alliance de Camille Pelletan n’y était pas étranger. Il occupa de nombreux postes ministériels de 1924 à 1940. En avril 1938, il devint ministre des affaires étrangères, poste qu’il conserva jusqu’en septembre 1939. Le 6 décembre 1938, il signa avec son homologue allemand, Von Ribbentrop, un accord destiné à être la pierre angulaire d’un renouveau franco-allemand. Dans l’esprit tortueux d’Hitler, cet accord avait surtout pour but d’endormir les démocraties occidentales afin de lui donner le temps de préparer la guerre qu’il voulait.

Lorsque Georges Bonnet arriva au Quai d’Orsay en 1938, un petit fonctionnaire de cette grande maison se réjouit car il était lui aussi natif de la Dordogne. Il y a cinq ans de cela, il avait eu un petit garçon et avait demandé à son député Georges Bonnet d’être son parrain, comme cela se pratiquait souvent à cette époque. Et voici que son député, qui plus est parrain de son fils, devient ministre des affaires étrangères, donc son patron.

L’homme crut sa fortune faite. De sa plus belle écriture, il écrivit à son ministre pour lui demander respectueusement s’il acceptait de venir à sa table fêter les cinq ans de son filleul. Avec son amabilité coutumière, Georges Bonnet accepta, y mettant comme unique condition que le héros de la fête, son filleul, soit aussi présent au dîner, ce qui semble pour le moins normal…

Lorsqu’ils reçurent la réponse du ministre-parrain, les parents de l’enfant firent un peu la grimace. Ils n’avaient pas imaginé que le ministre exigerait la présence de l’enfant au dîner. C’est que… voilà : Bonnet était affublé d’un appendice nasal… très prononcé, qui se voyait… comme le nez au milieu de la figure. Cette exigence changeait tout ! Il allait falloir demander au petit garçon de tenir sa langue. A cinq ans, c’est difficile.

- « S’il parle de son nez, dit le père, ce serait fichu ! Adieu ma promotion ! Aussi, ajouta-t-il à sa femme, débrouille-toi pour arranger ça !

La mère prit donc le petit garçon à part et lui dit :

- Ton parrain va venir dîner. Mais il ne faudra pas parler. S’il te parle, tu diras seulement : oui parrain, ou non parrain. C’est tout. Ne t’avise pas à ajouter autre chose ! Et si tu fais bien ce que je te demande, on n’attendra pas Noël pour t’offrir le beau train électrique qu’on a vu tous les deux aux Galeries Lafayette. Tu m’as bien compris ?

- Oui maman. Je serai sage pour avoir le train électrique !

Le dîner se déroula parfaitement bien. Le père et la mère étaient certes très inquiets, car qui sait ce qui peut passer par la tête d’un enfant de cinq ans ?... L’enfant resta parfaitement sage, répondant par oui ou non, sobrement, comme sa mère le lui avait demandé. Sans doute pensait-il au train électrique promis ! Les parents eux, avaient le nez du ministre plein la tête et ne pensaient qu’à une chose : pourvu qu’il ne parle pas de son nez !

Le ministre apprécia le repas et complimenta la mère pour la tarte aux fraises qu’elle avait confectionnée et qui était excellente. Un peu soulagée, elle dit alors :

- Avec votre permission, Monsieur le Ministre, votre filleul va maintenant vous dire bonsoir. Il n’est pas habitué à se coucher tard.

- Je vous en prie, répondit-il. Faites comme chez vous… Je comprends que les enfants doivent se coucher tôt. Ce soir, il aura fait une petite entorse au règlement… Mais c’est exceptionnel.

- Dis bonsoir à ton parrain, mon enfant, fit la mère.

Sagement l’enfant dit :

- Bonsoir parrain !

- Quel brave petit ! fit Georges Bonnet qui, pour faire bonne mesure, l’embrassa sur les deux joues.

L’enfant sortit dignement avec sa mère et le père, ravi, se voyait déjà promu au grade supérieur.

Au bout d’un moment, soulagée et souriante, la mère revint avec le café.

- Si vous le voulez bien, fit-elle, nous allons prendre le café à la table.

- Volontiers répondit le ministre.

Elle posa la cafetière sur la table, plaça une tasse devant chacun, remplit la tasse de son hôte et lui demanda avec son plus beau sourire :

- Et pour vous, Monsieur le Ministre, combien de morceaux de sucre dans votre nez ?... »

(à suivre...)

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Published by Gerard Nedellec
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