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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 10:12

 

Hier soir la 2 comme on disait autrefois... présentait une émission sur Sarah Bernhardt. On n'a pas tout raconté... et il m'est revenu à l'esprit ce texte que j'ai écrit pour l'almanach du Normand 2013... Je vous le livre.

 

 Sarah Bernhardt est devenue comédienne grâce  au duc de Morny...

 

Le duc de Morny ne s'est pas contenté de lancer Deauville... Il a aussi lancé Sarah Bernhardt... si l'on peut dire... Laissez-moi vous conter la chose...

Nous étions à la fin des années 1850. La jeune Sarah Bernhardt, une quinzaine d'années, posait à se mère quelques problèmes : qu'allait-on bien pouvoir faire d'elle ? Sa mère la voyait comme elle, protégée par des personnages importants et influents... courtisane disons le mot... Ou alors mariée à un beau parti... La jeune Sarah pour le moment voulait prendre le voile...

Un matin, sa mère lui dit :

- « Après déjeuner, il y a conseil de famille...

Voilà qui ne rassure pas Sarah ! On va certainement décider de son avenir...

La voici donc dans le salon avec, outre sa mère, d'autres membres de la famille, plus le baron Larrey, le duc de Morny et un vieil ami de la famille, M. de Meydieu, qui lance aimablement :

-Alors, c'est pour toi, ma fille, qu'on dérange tant de braves gens qui ont vraiment autre chose à faire que de s'occuper d'une morveuse ?

Ce qui est le comble de la muflerie, on en conviendra...

Tous ces « braves gens » discutent donc du sort de la gamine sans y mettre les formes, sans grande délicatesse... Le sieur de Meydieu a donné le ton... En faire une courtisane... il n'est même pas besoin d'y songer... Elle est trop maigre ! La robe dans laquelle elle est fagotée montre une désolante absence de poitrine et des épaules osseuses... Sarah Bernhardt écrira plus tard qu'on la trouvait « maigre à faire pleurer une oie »...

Elle peut entrer chez Charlotte et ses filles... qui est modiste boulevard des Capucines. On peut aussi lui faire acquérir une plus grande culture générale, à quoi celui que Sarah appelle « l'odieux » répond dédaigneusement :

-Pour quoi faire ?...

Un dégourdi note alors que les cent mille francs de dot prévus permettront à la jeune fille de trouver toujours preneur, malgré ses défauts physiques...

-Mais je ne veux pas me marier ! Je veux entrer au couvent ! Répète Sarah...

-Dans ce cas, il te faudra beaucoup d'argent... et tu n'en as pas...

-J'aurai celui de mon père !

-Pas sans le mariage.

-Alors j'épouserai le bon Dieu !

Bref, on n'avançait pas. Aucune proposition ne trouvait l'agrément de l'intéressée ou de sa famille.

Pendant tout ce temps, le duc de Morny, très élégant, l'air blasé comme il convient, se tenait dans l'embrasure d'une fenêtre du salon. Il est venu parce qu'il aime bien Sarah. Mais ces discussions l'ennuient profondément. Elles prennent un tour écœurant qui lui déplait. Il pense donc que sa présence n'est plus utile. Il décide donc de s'en aller. Cependant, comme il aime bien la gamine, en passant près d'elle, il lui tape légèrement l'épaule et lance de façon à être entendu de tous :

-Savez-vous ce qu'il faut faire de cette enfant ? La mettre au Conservatoire !

Cette idée saugrenue surprend certes, mais comme on n'en avait pas d'autre, elle est adoptée à l'unanimité.

Alea jacta est : Sarah Bernhardt ne sera ni courtisane ni religieuse, mais comédienne. Ainsi en a décidé le conseil de famille...

Encore fallait-il qu'elle fût admise au Conservatoire ! Le concours d'entrée est très sélectif. Puisque Morny en a eu l'idée, qu'il fasse ce qu'il faut ! Le directeur est Auber, célèbre compositeur qui a alors 78 ans. Il ne peut rien refuser à Morny et promet d'examiner le cas de Sarah « avec bienveillance »...

Mais il ne faut quand même pas qu'elle soit ridicule. Elle travaille donc et prépare une scène de L'École des femmes. Mais elle n'a prévu personne pour lui donner la réplique. Alors, chose inouïe, elle récite la fable de La Fontaine Les deux pigeons. Cela ne s'est jamais fait, le jury qui doit décider de son sort est surpris mais l'un d'eux dit « Tant mieux, ce sera plus vite fait ! »... sous les rires de ses confrères, ce qui montre que les chances de la jeune fille étaient inexistantes...

Elle commence donc :

« Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre.

L'un d'eux s'ennuyant au logis... »

Mais elle s'arrête soudain, désorientée. Va-t-elle pleurer... ou partir ? Auber lui fait signe de continuer.

-Continuez, mon enfant.

Sarah se reprend, domine son anxiété et continue. Elle va montrer ce dont elle est capable ! Sa voix s'affermit peu à peu, devient plus éloquente et les membres du jury, un instant amusés voire ironiques, sont pris sous le charme de cette voix si chaude, si particulière, dont l'actrice saura jouer avec talent. La banale fable prend dans sa bouche toute sa puissance émotionnelle.

C'est dans un silence attentif qu'ils écoutent cette « voix d'or ».

Bien entendu, Sarah est reçue.

 

Allez, à plus...

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Published by Gerard Nedellec
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