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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 09:26

 


Extrait de l'almanach du Normand 2010... un personnage pittoresque... que vous ne connaissez sans doute pas...

Le voici !

 

 


Paul Démarais débarqua à Honfleur en 1927. Il était pharmacien de première classe et vint s'installer place Hamelin à la place de la pharmacie Lelandais qui avait succédé au pharmacien Allais. C'était un « horsain » puisqu'il était originaire de la région d'Etretat. Ce n'est pas si loin que cela...

Il avait alors 55 ans et venait de l'Allier. Les raisons de son déménagement pour la cité des peintres sont assez obscures... mais les mauvaises langues murmurent que notre homme avait fait un séjour à l'asile de Moulins... Il occupa très vite le devant de la scène et eut la réputation de quelqu'un de compétent dans sa profession. Rappelons-nous qu'à cette époque le pharmacien fabriquait toutes les prescriptions ordonnées par le médecin, aidé par justement le préparateur en pharmacie. Les laboratoires pharmaceutiques n'existaient pas encore. Le pharmacien devait donc savoir parfaitement doser les différents ingrédients qui entraient dans la composition de ses préparations. A ce petit jeu subtil, Démarais avait acquis une expérience et un professionnalisme reconnu et apprécié.

Mais... et ce « mais » est important... son imagination débordante et son petit grain de folie... disons le mot... lui firent commmettre quelques excès.

Ainsi par exemple il avait composé des solutions médicamenteuses qui devaient soulager tous les maux de l'humanité souffrante... L'éventail était large : de la grossesse jusqu'à la chute des cheveux en passant par la tuberculose et l'obésité...

Le mal de mer également... Il inventa une sorte de potion magique qui connut un certain succès et qu'il baptisa le « passocéan »... Pour la traversée Honfleur-Le Havre, c'était suffisant... Il s'agissait d'un flacon à respirer en cas de malaise, et pendant que nos patients respiraient, ils ne pensaient plus à leur mal...

Il avait aussi publié une méthode pour apprendre l'anglais, appelée « Méthode de l'anglais Démarais pour apprendre à parler ». Il portait l'accent sur la prononciation et cela est louable à une époque où seuls comptaient la version et le thème anglais. Cela donnait ceci :

« Je suis content d'être ici ». « Aille êm glad tou bi hî-eu ».

« Voulez-vous manger avec moi ? » « Ouil you brekfest ouiz mi ? »

« Avec grand plaisir, mon cher ». « Ouiz grèt pléjeu, maille dîr »...

Original certes, mais c'est assez bien vu, n'est-ce pas ?

Cette méthode obtint le « Prix Broquette-Gonin » délivré en 1931 par l'Institut de France, ce qui prouve que la technique n'était pas si extravagante que cela...

En fait, le rêve et la réalité se côtoyaient sans cesse chez notre homme et bien malin celui qui pouvait déceler l'une dans l'autre... ou inversement. Dans les idées les plus folles, il y a souvent une once de bon sens... Ce qui est certain c'est qu'il avait un sens du commerce peu commun, un bagout intarissable et un culot monstre, le tout pimenté d'humour.

Il envoya un exemplaire de sa fameuse méthode à de grands personnages, politiques ou religieux (l'évêque de Bayeux par exemple) et reçut des réponses polies, aimables, encourageantes. Il ne fallait pas décourager des électeurs potentiels !

Fort de ces mots d'encouragement, Démarais publia « Le livre d'or de la méthode d'anglais Démarais d'Honfleur » afin de montrer que sa méthode était soutenue à la fois par l'Académie, l'Eglise et le monde politique.

Un autre ouvrage occupera un moment son temps : un petit opuscule, vendu 10 F, destiné à inciter ses concitoyens à réaliser des économies d'énergie (déjà !). Les conseils donnés étaient pour la plupart pleins de bon sens.

Mais cela ne suffisait pas à notre agité. Il fallait une dimension plus... enfin moins... bref un auditoire plus large. C'est ainsi qu'il réussit à se faire élire conseiller municipal en 1933. A partir de cet instant, il ne se « sentit » plus. Il alimentera la chronique honfleuraise par ses excès, son extravagance, sa démesure, ses colères vraies ou feintes, toutes dirigées vers les notabilités locales. Le maire d'Honfleur sera alors sa bête noire. Il fondera un journal car à son goût, la presse locale, « l'Echo honfleurais », ne lui donnait pas suffisamment la parole pour exprimer sa désapprobation. Ce fut « Le Journal des Ecrasés de la Nation », supposé défendre tous les opprimés, écrasés par une fiscalité pesante et une administration partisane.

Suivit la création d'un parti politique, « Le Parti National Humaniste », censé rassembler tous les mécontents. Les colonnes du journal des écrasés publièrent les 40 articles composant les statuts, entre les publicités pour les potions du Passocéan ou celles pour chauves désespérés et la méthode d'anglais dont nous avons parlé.

En 1939, il décida de se présenter à l'élection présidentielle et débarqua à Versailles où le Congrès réuni devait élire Albert Lebrun. L'heure n'était plus à la rigolade...

Mais son état mental empira et on dut l'interner au Bon Sauveur de Caen où il mourut dans la plus grande discrétion quelques années plus tard, on ne sait au juste quand...


(à plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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