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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 09:13

 

Toujours extrait de "De derrière les fagots" ...

 

Le train Jurques-Caen par Villers-Bocage allait partir. Il régnait une joyeuse animation en ce mois de juin 1926. Beaucoup de ces voyageurs se rendaient au marché de Villers qui a lieu comme chacun le sait tous les mercredis. C’était l’un des plus gros marchés de Normandie en ce qui concerne les veaux. Il s’en vendait des troupeaux. N’avait-on pas surnommé Villers “ Cach’ les vias ” ?….

Intéressons-nous à ce compartiment dans lequel ont pris place cinq femmes, des braves paysannes qui se rendent au marché, dont une tient sur les genoux son petiot d’un peu plus d’un an. En attendant le départ du convoi, elles parlent de la pluie et du beau temps. La locomotive halète à grands coups saccadés. Soudain, une secousse ébranle le wagon, manquant de faite tomber sur le pauvre gamin qui n’aurait sans doute pas survécu une grosse femme qui s’était levée pour caler son panier dans le filet. Le train démarre enfin. Il roule d’abord doucement avant de prendre sa vitesse de croisière, une vitesse folle : environ 40 km/heure.

Au bout de quelques minutes, l’une d’elles dit soudain :

-“ Sentous comme cha sent ?……

Toutes ces dames humèrent en se regardant l’une l’autre.

- Pour sûr que cha sent ! Et pas la rose cor !….surenchérit une autre.

Alors tous les regards se portèrent sur le pauvre gamin qui gazouillait joyeusement. Devant cette réprobation muette, sa mère rougit violemment.

- Vos n’allez tot d’même pas accuser c’te pauvre innocent ? qu’elle fit comme ça.

- Nos n’accuse personne mais nos constate que cha sent et d’qué de pas bon !

- Pisque j’vos dit que man petiot n’est pour rien dans c’t’affaire !

Mais les autres ménagères regardaient le pauvre enfant d’un mauvais œil. Pris d’une idée subite, la mère dit soudain :

- T’nez ! J’vas vos montrer que c’est pas lui !

Elle retourna l’enfant sur son devantet et entreprit de le démailloter. Puis elle montra fièrement à ses compagnes le petit derrière propre comme un sou neuf. Avec un air de triomphe elle ajouta tout en rhabillant son poupon :

- Y en a qui feraient mieux de s’taire !…..

La grosse femme qui avait eu bien du mal à s’asseoir et occupait au moins deux places prit cette remarque pour elle et répondit vertement !

- Ah ! Mais….Vos n’voudriez tot d’même pas que j’vous montre le mien !…..

Pendant cette conversation fort intéressante, le train était arrivé à Villers. La portière fut ouverte et l’on vit un bonhomme en blaude qui avançait un bras comme s’il voulait fouiller sous les cotillons de ces dames. Elles poussèrent de petits cris effarouchés.

- Eh ben !…qu’il fit le bonhomme, en v’la des affaires !….J’peux tot d’même reprendre mes livarots !…..

- Vos livarots ?….

- Dame oui, mes livarots !

Et devant ces dames toutes ébaubies, il sortit de sous la banquette un panier plein de fromages à l’odeur puissante.

- Je n’sieu tot d’même pas idiot ! qu’il fit le gars. Pour ne pas incommoder tout mon compartiment et me faire enguirlander pendant tout l’trajet, j’ai placé mon panier sous c’te banquette et j’sieu allé dans le wagon d’à côté….

Il ajouta devant l’air effaré des villageoises :

- J’sieu pas né d’la dernière averse, vos savez !…… ”

 

 

A plus...

 

 

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Published by Gerard Nedellec
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