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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 08:36

 

Dans la lignée des farces et des farceurs, voici une histoire extraite de mon livre "Maine, les histoires extraordinaires de mon grand-père"...

 

De tous temps, il y a eu des personnes qui adoraient faire des farces à leur prochain. C'était plus fort qu'eux et si parfois la plaisanterie n'était pas toujours du meilleur goût, n'oublions pas que cela se passait il y a fort longtemps et qu'on avait pas alors toutes les distractions de maintenant... Ceci explique peut-être cela...

A Evron, le roi des farceurs s'appelait Petitbois, qui demeurait rue de Sainte-Gemmes. On ne compte plus le nombre de tours, tromperies, mystifications, qu'il a commis et si parfois il exagérait un peu, il ne voulait qu'une chose : faire rire, fût-ce au détriment de son ou ses meilleurs amis... Toujours à l'affût d'une plaisanterie, il ne résistait pas dès qu'il en entrevoyait l'ombre d'une...

Un jour, un habitant des paroisses situées au Nord-Ouest de Montaigu, et qu'on surnommait les Bas-Vessiers, allez savoir pourquoi, était installé dans les Vieilles Halles pour vendre sa marchandise. Il tenait un panier d'œufs dans les bras et les proposait aux clients pour quatre sous et demi la douzaine. Petitbois arrive, fait celui qui veut vérifier de plus près la qualité des œufs et subrepticement, avec son couteau, coupe la chaignette qui tenait le pont de la culotte du vendeur.

Vous savez ce qu'est une culotte à pont, je vous l'ai expliqué. Donc obligatoirement le pont tombe... pour la plus grande joie des personnes présentes. Bientôt toute la Halle éclate d'un rire énorme, tonitruant. Le bonhomme finit par s'apercevoir qu'il est la cause de ce déferlement de rires et pour cacher ce qui ne devait pas être vu, en un geste machinal, il laisse choir à terre son panier d'œufs afin de remédier au désordre de sa tenue...

Bien sûr les œufs se cassent... Mais notre farceur ne voulait que faire rire. Il paie les dégâts, mais le vendeur d'œufs lui a gardé longtemps une certaine rancune...

 

Je ne vous conseille pas de faire de telles farces car il faut assumer ensuite... D'autant plus qu'il arrive parfois que se réalise l'adage : tel est pris qui croyait prendre... Écoutez plutôt...

Un beau jour, Petitbois qui se promenait dans la campagne arrive à la ferme de la Rousselière, tenue par la mère Loison. Comme il la connaît, il entre afin de se faire payer un coup de cidre. La fermière était en train de baratter sa crème pour faire du beurre. Elle laisse sa baratte pour aller chercher un pichet de cidre dans le cellier.

Pendant ce temps, Petitbois, toujours aux aguets, entend miauler et remarque sous le lit une portée de petits chats. Immédiatement, il entrevoit une belle niche à faire ! Il saisit un petit chat blanc, le jette dans la baratte, replace le couvercle et se met à baratter consciencieusement. Quand la fermière revient, il lui dit qu'il n' pas voulu laisser la crème reposer...

-Vous êtes ben aimable, M. Petitbois. Buvez donc un coup d'cid' ! Vous allez voir comme il est bon ! Il est d'la dernière récolte !

Le lendemain était jour de marché. Comme d'habitude, Petitbois déambulait entre les allées, en quête d'un mauvais coup... je veux dire... d'une farce, bonne ou mauvaise... Il rencontra ses amis Cosnard et Dauphinière. Il leur raconta bien sûr sa farce de la veille, le chat dans la crème qui allait se retrouver dans le beurre...

A ce moment arrive Mme Loison qui vient vendre son beurre.

-M. Petitbois, lui dit-elle, je viens de porter du beurre à votre dame car la mère Thomas à qui il était destiné n'en voulait pas aujourd'hui. J'espère que cela vous fera plaisir !

Plaisir ? Voire... Dans la motte de beurre, Petitbois retrouva quantité de minuscules poils blancs avec en prime le cadavre du pauvre minet de la Rousselière...

 

Et voici maintenant ce que j'appellerai sa dernière farce. Petitbois était bien malade et venait de recevoir l'extrême-onction des mains de l'abbé Dubourgneuf. Notre farceur était unanimement connu et malgré ses farces pas toujours heureuses comme vous avez pu le constater, on l'aimait bien. C'était une figure évronnaise qui allait disparaître et sous les Halles, les conversations allaient bon train. On se rappelait avec de grands rires ses meilleures facéties, mais on déplorait sa fin inévitable. Les larmes succédaient aux rires...

Soudain, M. Nourry, le cirier, dit à M. Mouette et aux autres :

-Regardez ! Voici la servante de notre cher malade qui vient par ici. Ne serait-ce point pour nous annoncer une triste nouvelle ?

-M. Mouette, et vous aussi M. Nourry, dit-elle, venez vite. Mon maître veut vous voir. Vous êtes ses amis les plus intimes et aussi ses plus proches voisins. Il désire vous parler.

Fiers d'avoir ainsi été remarqués parmi tous les autres présents, les deux bonshommes se dépêchent de se rendre au Coq Hardi où habite leur ami Petitbois.

Ils arrivent tout haletants et le trouvent couché avec une figure livide, lui qui était habituellement plutôt rougeaud de mine.

-Ah ! Mes bons amis ! Fit-il en les voyant. Toi, Mouette, mets-toi ici auprès du lit, et toi Nourry, passe de l'autre côté dans la ruelle.

L'embonpoint de ce dernier lui posa quelques difficultés à s'insinuer entre le lit et le mur...

-Mes chers amis, continua Petitbois, je n'ai pas voulu faire le grand saut sans vous voir. Ce matin, j'ai mis de l'ordre à mes affaires et M. le Curé m'a dit que j'étais propre comme un sou neuf... ce sont ses mots... Il est probable que ce soir le souperai à la table des saints apôtres...

Mais une chose me contrariait... Je voulais en mourant être placé comme notre divin Rédempteur. Et, mes chers amis, grâce à votre bonne et fidèle amitié, aussi à votre amabilité, mes souhaits sont réalisés. En effet, Jésus est mort entre deux larrons... je meurs de même...

Vous imaginez aisément la tête des deux larrons... Ils auraient volontiers boxé cet incorrigible farceur qui même sur son lit de mort n'hésitait pas à se livrer à une dernière facétie...

Une heure plus tard, M. Petitbois était mort. Il emportait avec lui le souvenir de la tête ahurie de ses deux amis... Il est mort le sourire aux lèvres...

 

Allez, à plus...

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Published by Gerard Nedellec
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commentaires

Josette 08/10/2014 11:44

Comme toujours ce compte est amusant.
A bientot!

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