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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:47

 

 

 

Autant dire ... un dialogue de sourds...


Nous sommes au milieu du XIXè siècle à la foire de Guibray près de Falaise (ou à Lessay dans la Manche, à moins que ce ne soit un de ces marchés hebdomadaires qu'ils ne manqueraient pour un empire...). Deux braves Normands sont attablés au cabaret devant une moque de cidre. La discussion est… passionnante. Je vous la livre telle que je l’ai ouie lors d’un de mes voyages dans le temps…

- « Alors, dame…

- J’te crois… dame !

- Sur et certain que j’te dis… Dame !

Silence. Puis au bout d’un petit moment :

- … Qué qu’t’en dis, té ?

- Mé ?... Eh ben… J’ pense comme té !

- Je me doutais ben qu’ tu pensais comme mé !

- Pisque j’ te l’dis !

- C’est bé ce que j’ me disais !

- C’est sûr et certain que j’ te dis !

- J’ pense ben !

- Oui, je te l’acertaine !

- Mé itou !

- Ma fé…

- Mé n’n’tout ! (moi non plus)

- J’ai pas dit ça…

Nouveau silence pesant. Ils prennent la lourde moque et boivent goulûment en se jaugeant du coin de l'œil. Tant causer donne soif ! Puis au bout de quelques minutes, le dialogue palpitant reprend.

- C’est ben ce que j’ me disais…

- Qué que-tu disais ?

- Que j’ pensais comme té !

- Bié sûr ! Mais là, faudrait voir à voir…

- C’est pas tout vu.

- Dame non !

- Je te l’ fais pas dire…

- C’est jamais tout vu !

- Sûr et certain !

- Alors là, dame…

- Mé, j’ te dis : ça s’ pourrait ben !

- Ça c’est sûr ! Si en cas…

- Et la bourgeoise, qué qu’elle en dit ?

- Oh ! La bourgeoise… Alle dit rien !

- Rien ?

- Brin !

- La bourgeoise… tu sais ben…

- Ma fois, oui ! J’ comprends…

- Si qu’il fallait que les bourgeoises pensent à c’t’heure…

- Ça c’est ben vrai… Mé, c’que j’en dis…

- Nos n’saurais pu où donner d’la tête…

- Les bourgeoises, c’est bien pour faire la soupe…

- Et s’occuper des enfants...

- Quand qu’y en a…

- C’est ben c’que j’dis…

- Alors, voilà…

- Voilà…

Nouveau silence. Ils finissent leur moque de cidre, s’essuient la bouche d’un revers de manche et se lèvent.

- Jusqu’à…

- Jusqu’à… »

Puis d’un pas pesant, ils sortent sur la place, éblouis par la lumière crue du jour. Ils se sont donné rendez-vous jusqu’à… Jusqu’à quoi ou jusqu'à quand au juste ? Bien malin celui qui pourrait le dire. Jusqu’à la prochaine foire sans doute où ils reprendront leur conversation pleine de rebondissements…

 

Pierre Dac a bien résumé ce genre de situation dans une phrase dont il avait le secret, et qui peut s'appliquer à tous ceux qui parlent, qui parlent, jusqu'à ce qu'ils trouvent enfin quelque chose à dire... 

« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler, sont les deux principes fondamentaux de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir ! »

 

Fermez le ban... et à plus...

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Published by Gerard Nedellec
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commentaires

Josette 23/09/2013 17:15

C'est ben s'que j'me disais!

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