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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:40

 

 

 

Les anciens ont sans doute entendu parler, comme moi, du curé de Ménil-Gondouin, et cela en des termes ironiques, voire offensants. Ce sont en général ceux qui le connaissaient le moins qui en parlaient le plus. Et la rumeur aidant, plus on s’éloignait, plus l’information arrivait déformée, plus l’œuvre du brave curé était ridiculisée.

Car ceux qui l’ont connu ont toujours su que c’était un homme doté d’une foi profonde, que l’exercice de son sacerdoce pendant les 48 années qu’il passa à Ménil-Gondouin fut au-dessus de tout reproche. C’était un Normand d’un courage exemplaire, d’une grande force de caractère, ce qui n’excluait pas une originalité qui était prise parfois pour de l’extravagance. Mais cet homme au regard malicieux (il suffit de regarder son portrait pour s’en convaincre) avait un solide bon sens et les pieds sur terre.

Voyons donc ce que l’abbé Paysant a réalisé à Ménil-Gondouin, sinon pour réhabiliter sa mémoire, du moins pour remettre les pendules à l’heure, si je puis me permettre cette expression familière.

Victor Paysant est né à Fel (Orne) en 1841. Son père était tonnelier, le jeune Victor dut l’aider, comme cela se faisait alors. Doué manuellement, il développa cette adresse qu’il manifestera et concrétisera plus tard. Après des études au Petit Séminaire de Sées, il entra au Grand séminaire de la même ville en 1863, pour être ordonné prêtre quatre ans plus tard. Son premier poste sera Ceaucé où il restera six ans.

C’est donc en 1873 qu’il est nommé curé de Ménil-Gondouin. Il y restera jusqu’à sa mort en 1921.

Ménil-Gondouin est alors une commune rurale située sur la frange orientale du Massif Armoricain, dont le sol difficile se prêtait plus à l’élevage qu’à la culture. La population, en baisse constante depuis une cinquantaine d’années, comptait environ 500 habitants à l’arrivée de l’abbé Paysant.

Après avoir visité chaque famille, l’abbé se trouva confronté au problème de l’église. Elle était neuve, mais pas totalement terminée. Cela ne serait rien si elle n’avait été construite sur un terrain marécageux, qui plus est dans une cuvette. Les eaux pluviales se donnaient rendez-vous dans la nef…….

Il fallut donc creuser tout autour un fossé rempli de grosses pierres afin de faciliter l’évacuation des eaux. Drainer pour éliminer l’humidité. L’abbé entreprit courageusement cette lourde tâche, en plus de son ministère. "J’ai moi-même remué et transporté douze mille brouettées de terre…."dira-t-il. Et s’il fut aidé par ses paroissiens, il fut la cheville ouvrière, le "rassembleur", pour tout dire, l’âme de la paroisse. Cela dura douze longues années.

Mais ce qui rendra l’abbé Paysant célèbre (et je suis certain qu’il n’avait pas cherché cette célébrité), c’est la décoration extérieure et intérieure de l’église. il a voulu en faire un "musée à la gloire de Dieu". Son église devint "l’Eglise vivante et parlante", un "immense reliquaire", un "musée chrétien". On peut dire qu’il réussit certainement au-delà de ses espérances, pour la plus grande satisfaction de ceux qui le comprenaient : ses paroissiens. Et si les ironistes se sont déchaînés, c’est qu’ils n’avaient rien compris !

Au cours de ces longues années, l’abbé Paysant a fait graver ou peindre sur les murs intérieurs des citations en français et en latin tirées des Evangiles ou de l’Écriture Sainte. Il a aussi accumulé dans l’église d’innombrables statues, tableaux, images, symboles, souvenirs. Cette nouvelle église remplaçait trois anciennes églises, il fallait donc garder tous les trésors qu’elles contenaient depuis un millénaire. Pendant trente ans, il a fouillé les ruines, partout où il pensait trouver une représentation pieuse, ou ce qui en restait. Il a tout conservé, car tout était respectable, même si cela donnait une impression de bric-à-brac. A ceux qui lui reprochaient ce trop plein, il répondait invariablement : "Mais c’est un musée ! Un musée catholique et mille ans d’histoire, non seulement écrite, mais présentée, et très intéressante pour qui sait comprendre…."

Si de nos jours on s’ingénie à sauver et protéger les œuvres d’art du passé, à cette époque, on ne s’intéressait pas à la sauvegarde des œuvres d’art, fussent-elles religieuses. Il faudra attendre le début du XXè siècle pour voir la création d’une "commission diocésaine d’architecture et d’archéologie". L’abbé Paysant avait à cette date sauvegardé et installé dans son église l’essentiel des œuvres d’art. Son mérite n’en est que plus grand. J’ajoute que ces statues anciennes sont au moins aussi belles que les nouvelles en plâtre peint de couleurs guimauve…….

Et puis, si l’Eglise honore les saints, les statues, tableaux, images, en sont la représentation matérielle qu’il faut vénérer.

Ce qui sautait aux yeux en arrivant devant l’église, c’était sa décoration extérieure. J’ai parlé de l’intérieur, l’extérieur n’avait pas été oublié. La façade était couverte de formules, légendes, prières, notices, ex-voto (surtout dedans). Bref, tous les murs étaient recouverts, dedans comme dehors, des dalles du sol à la voûte représentant le ciel. C’est ce foisonnement qui frappait….et amusait. L’abbé Paysant considérait cela comme une invitation à la prière. L’ensemble ressemblait à un immense livre d’images.

La chose n’est pas nouvelle. Au XVIIè siècle, en Bretagne, Dom Michel Le Nobletz et le Père Maunoir n’ont pas fait autre chose lorsqu’ils ont représenté des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament sur des peaux de mouton, agrémentées de formules choc, pour faciliter l’enseignement les fidèles. Des bandes dessinées avant la lettre (voir dans l’Almanach du Breton 2002 "Les bandes dessinées de Michel Le Nobletz", du même auteur). Le support a changé, c’est tout.

Après la mort de l’abbé en 1921, les statues, qui aux dires de certains "encombraient" l’église, furent enlevées et enterrées. Cela ressemble fort à un vaste nettoyage, une grande lessive…. Certes il y en avait beaucoup. Mais fallait-il tout enlever ?….On les remplaça par des statues modernes. On a retrouvé il y a peu de temps des statues enfouies dans la terre. Il y en a peut-être d’autres. Les décorations extérieures de son église vivante ont ét effacées par le temps... Elles sont devenues illisibles...

Pour terminer, je peux dire que s’il est parfois difficile de créer quelque chose, il est encore plus difficile de continuer lorsque l’initiateur n’est plus là !……

Mais... depuis quelques années, on a redonné à cette église son lustre d'antan. Les décorations extérieures ont été ravivées. L'église fait partie du patrimoine ornais et ce n'est que justice...

(A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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