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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 08:35

 

Connaissez-vous Paul Féval ?… Voyons cela… Vous dites… Paul Féval ?… Peut-être… Vaguement…

Vous connaissez "Le Bossu ?"… Je pense bien !… "Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira "ta" toi !… "(ce pataquès fait souvent partie de la citation…)

Eh bien Paul Féval est l’auteur de cet immortel chef-d’œuvre du roman de cape et d’épée : "Le Bossu" !

Mais s’il fut en son temps plus lu que Balzac, aussi célèbre qu’Alexandre Dumas, reconnu par ses pairs, Paul Féval tomba brusquement dans l’oubli lorsqu’il effectua une remise en question qui l’amena à revenir à la foi de son enfance. Les foules sont versatiles dit-on. Allez savoir pourquoi on brûle ce qu’on a adoré (et réciproquement… ). Ses œuvres retrouveront plus tard le succès. Ses œuvres… Je devrais dire son œuvre maîtresse, "Le Bossu", car pour beaucoup, il semble que Paul Féval n’ait rien écrit d’autre… Pourtant, notre Breton a écrit près d’une centaine de romans !… (certains avancent le nombre de 250 : je n’ai pas vérifié : peu importe…)

Paul Féval est né à Rennes le 28 novembre 1817, dans une vieille famille de robe (ce qui ne signifie pas qu'ils étaient dans la haute couture... mais dans la magistrature;...). Son grand-père fut procureur général au Palais de Justice. Son père, conseiller à la cour royale de la ville, habitait un vieil hôtel ayant appartenu à la famille Blossac-La Bourdonnaye. Ses modestes revenus suffisaient à peine pour entretenir une femme et cinq enfants.

Le jeune Paul allait souvent en vacances chez un oncle du côté de Redon. Cette atmosphère rurale, où le folklore breton était vivace et où les idées de la Chouannerie n’avaient pas encore totalement disparu, le marqua profondément. Il s’en inspirera pour écrire de nombreux ouvrages, dont "La première aventure de Corentin de Quimper", les "Contes de Bretagne" et bien d’autres.

Mais n’anticipons pas… Avec une telle famille, c’est donc tout naturellement que Paul Féval fit des études de droit et revêtit la robe d’avocat. Mais au fond de lui il ne se sentait nullement à l’aise dans ce vénérable monument où il serait appelé à plaider : le Palais de Justice de Rennes.

Sa première plaidoirie eut la particularité de ne pas exister... et d’être aussi la dernière… Son fils raconte. “ Par inadvertance, il avait glissé dans sa serviette, le jour de sa première plaidoirie, au lieu et place de ses notes, un ouvrage d’Alfred de Vigny. Selon la formule d’usage, le président lui ayant dit : "Maître, vous avez la parole", Féval ouvrit… sa serviette… et resta bouche bée… ”

Peut-être en fut-il ravi au fond de lui-même … Il n’avait d’autre alternative que monter à Paris. Pour le barreau rennais, la perte n’était pas bien grande... Mais la littérature romanesque gagnait beaucoup, bien qu’elle n’en sût encore rien…

A Paris, il fallait bien vivre. Il travailla un temps dans la banque. Mais il était plus attiré par la littérature que par la finance. D’autre part, l’esprit de lucre ne lui convenait pas. Il exerça "mille métiers, mille misères" et ne mangea pas tous les jours à sa faim. Stimulé par les deux "vedettes" littéraires bretonnes de l’époque, Chateaubriand et Lamennais, il commença quelques récits, mais ne trouva pas d’éditeur.

Cependant, grâce à des recommandations rennaises, des journaux royalistes ouvrirent leurs pages à sa plume fertile. Ses premiers ouvrages étaient empreints de l’esprit breton qu’il avait découvert lorsqu’il était gamin gambadant dans les landes du côté de Redon. Eugène de Mirecourt prétendait même que pour mieux se mettre dans la peau de ses personnages, Féval écrivait ses romans vêtu du costume complet du paysan léonard, “ avec la perruque longue et retombant par derrière, le large chapeau sur la tête et les pieds dans d’énormes sabots. ” Le costume breton a toujours attiré la raillerie (et la jalousie). Avait-il besoin de cela pour pénétrer dans l’âme de ses personnages ? Ses plus connus (on pense à Lagardère, mais il y en a d’autres) ne sont pourtant pas Bretons.

"La revue de Paris" publia en 1841 "Le club des Phoques", un récit d’une grande originalité. C’est le début du succès. On lui commanda de réécrire le livre "Les mystères de Londres", paru en Angleterre, dont la première traduction s’était avérée impubliable. C’était un ouvrage dans la veine des "Mystères de Paris" d’Eugène Sue. Féval s’attela à cette tâche avec ardeur. En 1843-1844, "Les mystères de Londres" parurent sous forme de feuilleton. Féval avait donné à l’ouvrage son style fait de verve, de dynamisme et de rebondissements. Il trouva plus judicieux de signer son œuvre du pseudonyme de sir Francis Trolopp, qui faisait à ses yeux plus couleur locale… Le succès fut immédiat.

C’était la grande époque du roman-feuilleton, un genre inauguré en 1838 par Francis Wey dans "La Presse" avec "Les Enfants du Marquis de Gange". Le succès incita d’autres journaux à publier des romans-feuilletons. De grands noms s’illustrèrent, les plus connus étant Eugène Sue, Alexandre Dumas père, et bien sûr Paul Féval.

Mais certains considéraient ce genre comme mineur, et déniaient aux auteurs de romans-feuilletons le droit d’être de véritables hommes de lettres.

"Le Bossu" parut en 1857 (ou 1858, les auteurs ne sont pas d’accord….) dans "Le Siècle". Rappelons-nous qu’un épisode paraissait chaque jour, qu’il fallait attendre le lendemain pour connaître la suite, et parfois plusieurs mois pour savoir la fin… Le suspense était haletant… (bien que ce mot n’existât pas encore dans ce sens) Les auteurs étaient alors payés à la ligne, ce qui provoquait quelques abus, Dumas par exemple multipliant les Ha !… Ho !… Tiens !… (un par ligne évidemment…) ce qui obligea les journaux à décréter que chaque ligne ne serait comptée que si elle était remplie au moins aux trois quarts…

Parmi les titres nombreux de Paul Féval, citons "Les amours de Paris", "La Quittance de Minuit", "Le Fils du Diable", "Le roi des Gueux", "La Fée des Grèves", "Le capitaine Fantôme"... Il y en a comme cela près de cent, peut-être plus. Il fut l’ami de Dickens.

Ses tentatives pour entrer à l’Académie Française furent des échecs. On pensait sans doute qu’un feuilletoniste n’avait pas sa place parmi la docte assemblée. On lui préféra des gens réputés plus sérieux, même s’ils n’avaient pas sa notoriété… et qui sont complètement oubliés de nos jours...

Le succès amena la richesse. Mais Féval n’avait rien d’un financier, je l’ai dit. Il spécula et perdit. Sa popularité baissa. Il se tourna alors vers la religion catholique et écrivit "Les Etapes d’une conversion", ne gardant pas rancune à ses contemporains pour leur ingratitude. Philosophe, il disait : “ Les Bretons n’ont jamais eu de chance, sauf les Nantais pourtant qui regardent toujours où ils posent le pied ”... Boutade ?…

Atteint de paralysie en 1880, il mourut en 1887.

Son œuvre par contre ne mourra jamais.

(A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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