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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 08:02

 

 

Après les différentes boissons qu’a connue la Normandie, il est tout naturel de terminer par le roi des alcools, sa majesté le Calvados. Mais tout d’abord, il faut parler de l’appareil qui le fabrique, l’alambic.

Il nous vient d’Italie, et plus précisément des Arabes. Vous savez….certainement que les Normands sont allés en Italie vers le début du deuxième millénaire. Mais si !….Rappelez-vous, Roger de Hauteville et Robert Guiscard….Bref ! Les Normands prirent Salerne en Campanie, au sud de l’Italie. Cette ville possédait alors une école de médecine fort réputée, dans laquelle toutes les cultures se côtoient. Les Normands trouvèrent un appareil inconnu en occident, appelé du nom arabe al ambic (le vase). Ils le ramenèrent chez eux en Normandie.

A cette époque lointaine, ce sont les alchimistes qui furent les premiers distillateurs en produisant des alcools réservés à la médecine. Ce produit de la distillation prolongeait l’existence, on l’appela tout naturellement “ eau-de-vie ”. Mais cette eau-de-vie ne titrait que 20 à 25°. On l’appelait aussi “ esprit de vin ”. C’est pour cela que l’on appelle encore les alcools des spiritueux. On découvrit qu’il fallait une seconde distillation pour obtenir “ l’âme du vin ”.

En Normandie, on utilisait le même alambic que pour distiller le vin dans d’autres régions. Au début, la production de calvados fut réservée à l’usage personnel. Chaque cultivateur qui possédait des pommiers avait droit à tant de litres de calvados : 10 litres d’alcool pur, ce qui correspond à 20 litres d’eau-de-vie vieillie. S’il voulait être exonéré des taxes, il était interdit d’en vendre, ou même d’en donner. C’est peu pour une famille qui met, si j’ose dire, le calvados à toutes les sauces. (Napoléon avait autorisé 40 litres….) Lisons ces confidences de quelqu’un du cru : “ On n’peut tout d’même pas chervi un café sans eun’ goutte et eun’ rinchette. Qu’esch’qu’on dirait dans l’pays…qu’on n’chè pas r’cevé les gens….Et pis y a l’évaporation….Chè qui n’en reste pas biaucoup dans l’tonneau, au bout d’queques années !…..Et pis, y fôt ben s’choigner l’hivè…quand qu’on est malade. Avè les drèts, ché bitôt pus chè qu’les r’mèdes….et pis chè pas chi bon….Même pou les bêtes, chè ben utile des fois… ” Tout est dit….et j’espère que vous avez compris ! C’est du patois normand, c’est comme cela que parlaient nos ancêtres….il y a encore un demi siècle ! Mais revenons à notre calvados….

Donc, la goutte….car il faut bien lui donner le nom local….servait à tout. On en frictionnait les nouveau-nés pour les ragaillardir, on en donnait aux enfants pour chasser les vers. La goutte avait pensait-on des vertus médicinales. On en mettait en quantité égale avec du cidre chaud pour confectionner le flip, le chasseur de grippe…On en mettait dans le café, mais cela donnait lieu à un certain cérémonial. Je vous parle de mes souvenirs qui datent d’un demi siècle. Permettez-moi de vous raconter la chose. Cela ne se passe sans doute plus ainsi…..Pour deux raisons : la goutte ne coule plus à flots….et la conduite des automobiles demande des idées claires…..

Nous sommes donc vers 1950. Vous étiez en visite chez un Normand. On vous recevait sur le pas de la porte, on causait. Au bout d’un certain temps, comme vous faisiez mine de partir, on vous disait : “ Mais vous entrerez bien un peu ! ” Pardi, vous étiez venu pour cela, vous entriez donc….On vous faisait asseoir, et la conversation continuait. Au bout d’une heure que vous étiez sur votre chaise à parler de tout et surtout de rien, et vous vous leviez en disant : “ Va falloir que j’aille…. ” On vous disait alors : “ Vous allez ben prendre quèque’chose ! ” Vous vous rasseyiez. La maîtresse de maison allait alors chauffer du café dans une casserole. Quand il avait bien bouilli, on vous le versait dans une tasse et on posait devant vous une topette de calva. Et on bavardait encore. Vous attendiez qu’on vous en propose. Nenni ! Vous attendiez. Alors, on vous disait aimablement : “  creusez donc ! ”….Traduction : buvez un peu de café pour faire de la place à la goutte ! Ce café bouilli était….imbuvable. Un peu de calva lui aurait donné des couleurs…..Mais rien ne venait. Il fallait donc le boire. Car quand le café est bouillu, il faut ben l’bère, s’pas ?….

Vous aviez donc vidé la moitié de la tasse en cachant une grimace. Alors sans prévenir, on vous remplissait la dite tasse de goutte. “ Allez, à la bonne vôtre ! ” vous disait-on joyeusement. Vous buviez ce breuvage en cachant une autre grimace…..car c’était fort…..de café. Lorsque vous aviez bu le tout (il fallait bien ! Sinon, on vous y aurait obligé !….), on vous disait d’une voix entendue : “ Attendez ! J’vas vous donner d’la vieulle !…. ” Eh oui ! Vous aviez eu droit à de la goutte récente, faite il y a peu, 50-60° minimum….On allait vous donner maintenant le nectar de la pomme, du calva “ hors d’âge ”, 40 ou 50 ans de fût……Vous disiez en tendant votre tasse : “ Un peu alors…car… ”. Mais vous n’aviez pas le temps de terminer votre phrase, que votre tasse était remplie du liquide ambré. Car dans la tasse encore tiède, c’est meilleur, n’est-ce pas ?….Vos oreilles vous chauffaient déjà….Vous étiez rouge….Il fallait pourtant avaler la totalité du contenu. C’est dommage car ce nectar était tout bonnement délicieux ! Il aurait fallu commencer par lui !…..

Quand vous sortiez, vous sentiez le vent frais…..même si c’était le plein été. Et vous rentriez….tant bien que mal. Lorsqu’une autre fois vous rendiez visite à des Normands, je suis sûr que vous teniez compte de cette expérience…..comme je l’ai fait….

Voilà quelques souvenirs sur le calva. Vous ne vous attendiez pas à ce que je vous explique comment on le fabriquait….Top secret !

(A  plus...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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