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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:55
 

Lorsque l’on évoque la mémoire de Richard-Lenoir, sait-on qu’il s’agit en réalité de deux hommes, associés pour une œuvre commune : François Richard et Joseph Lenoir ?….A la mort de Lenoir, Richard a pris le nom de Richard-Lenoir pour immortaliser l’œuvre commune. On peut donc dire que Richard-Lenoir, c’est surtout Richard.

François Richard est né le 16 avril 1765 à Epinay sur Odon, canton de Villers-Bocage, dans le Calvados. Ses parents, Jacques Richard et Marie Madelaine Jardin, étaient cultivateurs, peu fortunés comme la majorité des gens de son époque. Ils habitaient la ferme d’Outre l’eau au bord de l’Odon. Il suivit l’école d’Epinay, puis celle de Villy-Bocage lorsque ses parents déménagèrent.

Rien ne laissait présager sa destinée. C’était un enfant intelligent qui voulait réussir. Il lui fallait donc quitter la ferme paternelle et pour cela gagner un peu d’argent. Comme il comptait vite et bien, il alla tenir les registres de Denis Duclos qui gérait le marché aux bestiaux de Villers-Bocage, qui se tenait tous les mercredis.

Ayant amassé un petit pécule, il partit pour Rouen en 1782. Mais le travail était aussi difficile à trouver que de nos jours. Employé aux écritures chez un marchand de toiles, son patron jugea qu’il écrivait mal. Richard le quitta pour devenir garçon limonadier dans un café. Son séjour rouennais dura 4 ans. En 1786 il monta à Paris où il ne put trouver qu’un emploi de garçon limonadier, café de la Victoire, rue St Denis. Décidément !……Patiemment, il économisa et lorsqu’il eut 1000 F, il jeta son tablier blanc aux orties et se lança dans le commerce.

Il acheta quelques pièces de basin anglais. Cette étoffe croisée est particulière : la chaîne dans sa longueur est de fil, et sa trame dans sa largeur de coton. Objet de luxe et de contrebande, ce tissu était très cher et très recherché. Richard gagna 6000 F en 6 mois dans cette activité spéculative : acheter en fraude des cotonnades anglaises et les revendre beaucoup plus cher. Malheureusement, il fut victime d’un faiseur d’affaires peu scrupuleux. Non seulement il perdit tout ce qu’il avait, mais il contracta des dettes, ce qui l’amena tout droit à la prison de la Force. Nous étions en 1789, l’année où tout bascula. Les esprits étaient échauffés, l’émeute était dans l’air.

La manufacture de papiers peints Réveillon fut attaquée et incendiée en avril, ce qui permit aux prisonniers de la Force de s’évader. Richard put reprendre son commerce de tissus. En janvier 1791, il épousa Marie Françoise Allavoine, fille d’un fabricant d’objets en étain. Son commerce redevint florissant et il éprouva le besoin de s’associer. Il rencontra un compatriote, Joseph Lenoir, d’Alençon, qui spéculait sur la vente des biens nationaux. Les deux hommes avaient tout pour s’entendre. Lenoir tempérait l’audace de Richard par une prudence circonspecte.

Nos deux spéculateurs décidèrent alors de cesser leur activité illégale. La France se heurtait au monopole onéreux des Anglais puisqu’elle manquait de cotonnades. Pourquoi ne pas en fabriquer plutôt que se hasarder dans un commerce illicite ? Ils décidèrent donc de se lancer dans la fabrication de cotonnades. Encore fallait-il des métiers à filer. Ceux qui existaient, les mules-jennies, étaient d’origine anglaise puisqu’ils avaient été inventés par Samuel Crompton entre 1774 et 1779. Inutile de dire que leur exportation vers la France était interdite ! Mais il se trouve toujours un malin qui déjoue les interdits.

Le Gantois Bauwens avait tenu un commerce de produits exotiques en Angleterre. Il acheta en cachette des machines à filer, les démonta et parvint à les acheminer en Belgique, cachées dans des balles de café et des caisses de sucre. Puis il les remonta et créa la première filature mécanique en Flandre. Nos deux Normands eurent vent de la chose et s’y intéressèrent vivement. Ils décidèrent de construire leurs propres machines, et furent aidés en cela par un prisonnier anglais spécialiste des filatures.

Dès 1799, les premières filatures “ Richard-Lenoir ” furent installées, principalement dans l’Orne et le Calvados. Pour cela, ils achetèrent d’anciens biens nationaux, domaine bien connu de Lenoir. Ainsi l’abbaye bénédictine d’Alençon en 1800, l’abbaye St Martin de Sées en 1802, l’abbaye d’Aunay-sur-Odon en 1804. Dans cette dernière, des travaux d’amélioration furent nécessaires. Deux ans après, l’établissement produisait 20 tonnes de coton et filait environ 600 pièces de basin. Chaque filature donnait de l’ouvrage à toute une population de tisserands qui travaillaient chez eux sur des métiers à bras.

Dans le même temps, Napoléon avait pris des mesures propres à protéger les usines françaises en interdisant l’importation de tissus anglais. Les affaires des deux associés étaient florissantes et leur renommée très grande.

Lenoir mourut en 1806. Richard tint à garder le nom de son associé et ami puisqu’il prit alors le nom de Richard-Lenoir. Mais le coton venait d’Amérique. L’embargo décrété par les Américains empêcha toutes les filatures d’être approvisionnées. Celle d’Aunay resta presque seule à fonctionner. Les taxes d’entrée des cotons obligèrent Richard à emprunter. Il aurait pu liquider l’affaire et se retirer avec de substantiels revenus. Il ne voulut pas laisser ses ouvriers dans la misère et tenta de lutter une fois de plus.

En 1810, malgré cela, Richard-Lenoir faisait travailler environ un dixième des broches de filatures françaises et 8% des métiers à tisser. Il fut fait chevalier de la légion d’honneur et membre du conseils des manufactures.

Cependant l’affaire n’était plus aussi prospère. La fin de l’Empire et l’invasion étrangère amenèrent dans leurs fourgons les cotonnades anglaises. Les prix de nos fabrications chutèrent, ce qui provoqua la ruine de Richard.

Réduit à la misère, oublié de tous, celui qui avait été à la tête de 14 millions et doté la France d’une immense industrie, mourut à Paris en 1839.

 

(à plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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commentaires

Josette TERRY 04/07/2011 16:45


Cette histoire de Richard-Lenoir me rapelle ma grandmere qui me disait avoir travaille avec ses parents qui etaient tisserands et qui travaillaient chez eux sur des métiers à bras.


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