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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 08:58

 

Bien que né à Doué la Fontaine dans le Maine et Loire, au hasard des pérégrinations de ses parents comédiens, Noël Bénévent, plus connu sous le pseudonyme de Noël Roquevert est un vrai Douarneniste... comme moi... Je l'ai d'ailleurs croisé un jour il y a très longtemps, à la librairie Jugant rue Voltaire...

Voici un texte que j'ai écrit pour l'Almanach du Breton  il y a quelques années... J'ai puisé mes sources dans le livre qu'a écrit  Yvon Floc'hlay et que je cite en référence. C'est à ma connaissance le seul livre écrit sur ce grand comédien...

Mesdames, Messieurs les auteurs de biographies, à vos plumes !

 

 

Noël Roquevert a tourné dans sa longue carrière près de 180 films. Il avoue lui-même : “ Eh oui…..178 films, c’est tout ”…..Si son nom fut rarement en haut de l’affiche, il sera l’un des acteurs les plus populaires de sa génération et tournera avec les plus grands.

En 1951, il tourna (entre autres…..) “ L’agonie des aigles ”, une sombre histoire de demi-soldes après la chute de l’Empire. Il restait une scène à tourner, mais Christian-Jaque l’attendait à Grasse pour interpréter le rôle du sergent Fier-à-Bras dans le film “ Fanfan la Tulipe ” dont les vedettes étaient Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. Il prit donc le train pour Nice. Là, une voiture l’amena à Grasse où il retrouva toute l’équipe du tournage.

Comme le film comportait de nombreuses scènes à cheval, tous les acteurs et actrices durent d’abord prendre des leçons d’équitation. Cet entraînement quotidien de deux heures dura le temps nécessaire pour que tous se sentent à l’aise sur un cheval. Pour Roquevert, qui avait alors 59 ans (on ne le dirait pas quand on le voit virevolter à l’écran, n’est-ce pas ?….) c’était assez fatigant.

Malheureusement, alors que le tournage allait commencer, l’acteur était très malade. Il tenta de retarder la première scène, d’autant plus qu’il s’agissait du combat au sabre l’opposant à Gérard Philipe sur le toit d’une maison. Ce n’était pas la peur, mais la crainte de ne pas pouvoir terminer le film. On lui fit comprendre que s’il reculait encore, on trouverait un autre acteur pour son rôle. Il se décida donc en se disant : “ Si je me casse la gueule, tant pis, on n’en parlera plus ! ”

Il se retrouva donc sur le toit avec Gérard Philipe, un sabre à la main. Il faisait beau. Nos deux hommes commencèrent à ferrailler. Noël se sentait de mieux en mieux. Oublié le mal. Tout se passa bien.

Ce duel, comme les autres, avait été réglé par un cascadeur. Il n’empêche que les sabres n’étaient pas en bois…..Gérard avait 30 ans, Noël 59…..Le double…..Le combat se déroulait à 10 mètres du sol. A la fin, Noël devait tomber à la renverse et s’affaler sur le toit d’une remise qui s’effondrait sous son poids. Il se retrouvait sur le sol au milieu des poutres du toit.

Bien évidemment tout cela avait été réglé. Une scène comme celle-là était filmée en plusieurs séquences que l’on raccordait au montage. Un cascadeur, Gil Delamare, devait le doubler pour la chute. On avait disposé un filet pour le recevoir. Malheureusement, il était pourri (le filet….pas Gil….). Il fallait donc trouver autre chose. On demanda aux pompiers de Grasse de prêter leur toile de saut. Ils acceptèrent. La toile fut tendue par une vingtaine de personnes, Gil Delamare sauta. La scène était filmée sous différents angles car il n’y aurait pas de seconde prise……Coupez ! Plan suivant ! Roquevert, à plat ventre sur le toit, était prêt. Les poutres sciées ne tenaient que par un fil. Moteur ! On lâchait les fils, le toit s’écroulait avec l’acteur. Delamare devait continuer pour le reste de la chute. Il s’est blessé en tombant sur un outil qui traînait.

Le travail a continué. Est arrivée la scène où Roquevert tombait dans une fosse dans laquelle s’écoulait le purin provenant des écuries situées à côté. Elle était profonde au point que l’acteur disparaîtrait complètement dedans. Or seuls ne devaient dépasser que sa tête et une main tenant le sabre. On disposa des sacs de sable dans la fosse pour en diminuer la profondeur.

Ainsi rassuré, Roquevert se plaça au bord de la mare. Pour donner l’impression du réel, on avait disposé quelques canards attachés par un fil car ils ne voulaient pas rester là. Action ! Comme il disait son texte, une fougasse (espèce de mine) éclata dans un bruit assourdissant. Bien qu’il s’y attendît, il fut surpris. Le souffle de l’explosion avait coupé le sien…..Il tomba dans la fosse comme convenu mais voulant reprendre sa respiration, il avala du purin……Il avoua n’avoir pas aimé…..

Il n’y avait pas que des scènes mouvementées. Le sergent Fier-à-Bras était amoureux de la gitane interprétée par Gina Lollobridgida. Pour lui plaire, il sacrifia sa moustache, sans succès. La belle gitane aimait Fanfan la Tulipe……On se souvient peut-être….qu’elle était assez décolletée. Dans une scène, elle se baissait. A chaque fois, l’un des deux pensionnaires….de son opulente poitrine se montrait au balcon….si j’ose dire. Elle en était contrariée. Mais notre brave Noël, pour la rassurer certainement, lui disait :

-“ Mais ne t’inquiète donc pas, Lollo, il ne tombera pas. Quand bien même il chuterait, je tendrai la main pour le protéger……

L’actrice ne se déplaçait jamais sans sa chienne, un berger allemand de grande taille…et son mari, Milko Skofic. Pour la taquiner, Roquevert lui demanda un jour lequel elle préférait…..Elle répondit en souriant avec ce délicieux accent qui lui allait si bien :

- Lequel ?….Ho !…Elle pour lé jour, mais loui pour la nouit…..

Au cours d’une scène virile, celle où on l’enlevait dans la cour d’un couvent, on l’empoignait sans ménagement et on la jetait sur le dos d’un cheval. Au cours de l’action, la tête de l’actrice heurta une poutre du plafond assez bas. Résultat, les yeux “ au beurre noir ” et une incapacité de travailler pendant quelques jours. Il fallut modifier les plans. Noël Roquevert eut aussi une rotule cassée lors d’un combat avec Gérard Philipe. Cette blessure n’eut aucune conséquence sur la suite car le film était pratiquement “ dans la boîte ”. Nombreux aussi furent les cascadeurs et figurants qui se blessèrent, tant le film demandait des exploits physiques.

Gérard Philippe resta pour Roquevert une énigme, comme d’ailleurs pour tous les acteurs avec lesquels il joua. Il avoua : “ Je n’ai jamais pu le connaître. ” Michel Simon avait fait le même aveu, après avoir tourné avec lui “ La beauté du diable ”.

“ Fanfan la Tulipe ” sortit en 1952 avec le succès que l’on sait. Noël Roquevert avait déjà enchaîné avec “ Les détectives du dimanche ”, puis “ Sidi bel Abbès ”……la roue continuait de tourner….Il avait encore 20 ans de succès devant lui…..

 

(d’après le livre de Yvon Floc’hlay : “ Noël Roquevert l’éternel rouspéteur ” Editions France Empire)

A plus...

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Published by Gerard Nedellec
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