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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 08:00

Vous connaissez la comtesse de Ségur écrivain pour enfants... Vous ne la saviez pas auteur d'un livre de pédiatrie...

J'ai écrit ce texte pour l'Almanach du Normand car la comtesse a vécu près de L'Aigle après son mariage avec Ségur. Je signale qu'elle est enterrée à Pluneret près d'Auray dans le Morbihan...

 

 

 

 

On connaît la comtesse de Ségur (née Rostopchine) par les livres pour enfants qu’elle a écrits, des “ Mémoires d’un âne ” au “ Général Dourakine ”, en passant par les inévitables “ Malheurs de Sophie ”, que nous avons tous lus un jour ou l’autre.(si, si, Harry Potter n’existait pas encore…).

Sophie Rostopchine est née le 1er août 1799 à Moscou. Son père, Fédor Rostopchine, étant le chambellan et favori du tsar Paul 1er, c’est tout naturellement ce dernier qui sera son parrain. Toute petite, elle s’inventera des histoires que les adultes ne comprennent pas. Plus tard, les enfants la comprendront. C’est son père qui ordonnera l’incendie de Moscou en 1812 alors que Napoléon venait d’y entrer. Mais ne nous égarons pas… Rostopchine tombera en disgrâce et se réfugiera à Paris en 1817 avec sa famille.

Là, Sophie rencontrera le comte Eugène de Ségur, descendant d’une noble famille de militaires et d’écrivains, pour le moment désargenté. Elle a 20 ans lorsqu’elle l’épouse le 14 juillet 1819. C’est une belle jeune femme, comme le montre le portrait de Devéria. Mais cela n’empêche pas son mari de courir après tous les jupons qui se présentent. Cela ne l’empêchera pas non plus de faire huit enfants à sa femme, de 1820 à 1835. La comtesse se fait une raison et s’enferme dans sa propriété des Nouettes, près de l’Aigle, où elle se consacre à l’éducation de ses enfants.

Et c’est là pensez-vous qu’elle va écrire tous les chefs-d’œuvre de la littérature enfantine de l’époque… Eh bien non !… Enfin si, mais pas tout de suite. Elle écrit tout d’abord un petit livre : "La santé des enfants", édité à ses frais. Elle a alors 56 ans et possède les connaissances acquises par l’éducation de huit enfants. (sept exactement car l’un mourra en bas âge). Elle ne prétend pas écrire un livre de médecine. Elle veut tout simplement faire profiter les jeunes mères de son expérience.

“ Que de fois, dira-t-elle, a-je vu de pauvres mères pleurer des enfants qu’elles auraient conservés si elles avaient pu prévenir la maladie ou, tout au moins, aider aux prescriptions du médecin par des soins éclairés ! ” Elle ajoute ce qui constitue comme une de ses motivations : “ Moi-même, j’en ai perdu un par ignorance des symptômes du mal qui me l’a enlevé et par une alimentation reconnue trop tard détestable. Mes premiers enfants ont fait des maladies graves qui ont nécessité des remèdes douloureux. J’aurais tout évité si j’avais eu les notions d’hygiène et de médecine que j’ai acquises plus tard et que je dois à un homme de talent et de conscience. ” Elle veut parler du docteur Mazier de l’Aigle, son médecin de famille.

Tout est dit dans ces quelques lignes. Ce qu’elle souhaite, c’est prévenir plutôt que guérir. Elle parle d’hygiène à une époque où l’on s’en souciait peu. Pour cela, son langage est nouveau.

Son livre commence par la description des principales maladies auxquelles les enfants sont confrontés. Elle y voit deux causes : refroidissement et mauvaise alimentation (ou trop riche selon les cas). Suivent des conseils d’hygiène enfantine.

L’alimentation doit être bien réglée. Inutile d’entrer dans les détails pour ne pas lasser, mais tout est expliqué clairement. Pas de bouillies avant 4 ou 5 mois… De la soupe à un an… De la viande à partir de 18 mois, s’ils ont des dents… Une seule fois par jour… Repas plus consistants à partir de 2 ans… Et défense de manger entre les repas…. Pas de pâtisserie, pas de bonbons… Coucher à 7 heures l’hiver, 8 heures l’été… Comme on le voit, des recommandations simples et de bon sens…

Pour éviter les refroidissements, elles sont aussi simples. Ne pas serrer l’enfant… Lui laisser les jambes libres (à cette époque, on emmaillotait soigneusement les enfants comme des momies… On le faisait encore il y a 50 ans. J’ai été momie… comme bien d’autres). Aérer sa chambre en son absence… Le sortir quand il fait beau…

Toutes ces recommandations sont toujours actuelles. Ce n’est pas parce qu’un livre a été écrit voici un siècle et demi qu’il est démodé… Il suffit d’adapter. On ne dit peut-être plus tout à fait les choses ainsi, mais l’esprit est le même.

La description des symptômes de la fièvre pourraient sortir d’un livre de médecine. “ Quand un enfant a de la fièvre, la tête est prise (…..) L’enfant a le regard lourd, la pupille est plus dilatée que d’habitude. Le cœur bat très fort, alors que le pouls est petit, quoique vif. La tête est chaude, le visage lourd et brûlant. ”

Suivent les "traitements" recommandés. Les "dérangements d’entrailles" étaient sans doute plus fréquents à l’époque. La comtesse s’y attarde et ses recommandations sont celles que l’on donne encore (lactéol et smecta mis à part !… ) : carottes et riz…

Elle préconise encore des remèdes pour soigner toux, écorchures, brûlures, piqûres d’insectes, empoisonnement par les champignons, maux de gorge… “ Il faut apprendre aux enfants dès l’âge de 15 à 18 mois à se gargariser : ils le feront s’ils vous le voient faire. ” (ça, c’est plus difficile certainement… Essayez quand même !…)

Comme on le voit, il s’agit d’un manuel de pédiatrie, même si le mot n’apparaîtra que plus tard vers la fin du XIXè siècle. Elle fait figure de novatrice, et cet aspect de son personnage méritait d’être connu.

Après cet essai, elle se lancera dans l’écriture des livres qui ont fait sa renommée. Le premier sera "Les Mémoires d’un âne" en 1860. Certes, ces livres eux ont bien vieilli… plus que son premier essai "La santé des enfants"…

Elle qui savait si bien soigner les autres sera une éternelle malade. Une migraine tenace lui empoisonnera la vie.

Elle mourra en 1874. Ce qu’on retiendra d’elle, ce seront bien sûr les nombreux romans pour enfants où elle fera vivre 200 personnages, dans des aventures dont la morale dépassée fait peut-être sourire de nos jours. En ce début du XXIè siècles, elles paraissent bien loin les "Petites filles modèles ! "……

 

(à suivre...)

 

 

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Published by Gerard Nedellec
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