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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:29

 

Fréhel est une chanteuse qui exerçait son art voici un siècle... ou presque... J'ai écrit ce texte pour l'almanach du Breton 2005 ou 2006...

 

 

 

Marguerite Boulc’h est née à Paris le 14 juillet 1891 mais ses parents étaient Bretons. Son enfance se déroule dans les quartiers populaires de Paris. Elle en gardera une gouaille et un accent « parigot » qui la rendront célèbre au cinéma, comme sa voix « rauque, comme venant du ventre » (Maurice Chevalier) fera d’elle l’âme de la chanson réaliste de l’entre-deux guerres.

Elle a cinq ans lorsqu’elle commence à chanter en accompagnant un vieil aveugle en quête de quelques pièces de monnaie. Elle exercera ainsi plusieurs petits métiers afin de pouvoir manger à sa faim. C’est ainsi que, démarcheuse à domicile, elle rencontre dans sa loge la reine du music-hall du moment, Caroline Otero, plus connue sous le nom de la belle Otero, célèbre courtisane de la Belle époque, pour proposer une crème de beauté pour celle qui enflammait tout Paris par sa beauté… Elle refuse la crème… mais séduite par le culot de la gamine d’une quinzaine d’année, mais aussi son physique et sa voix, elle lui propose de débuter à l’Univers avenue de Wagram, sous le nom de Pervenche. Ce sera le début d’une grande carrière.

Le succès est immédiatement au rendez-vous. La jeune Pervenche chante pendant deux ans les airs de Montéhus. Sa beauté séduit Robert Hollard, dit Roberty, professeur de chant et comédien, qui l’épouse. Ils auront un enfant qui ne survivra pas. Ce drame influera profondément sur la vie de la jeune femme et marquera le début de sa lente déchéance.

Elle va désormais s’appeler Fréhel, en hommage au cap Fréhel de sa Bretagne d’origine et devient une grande vedette. Sa beauté, sa voix chaude et puissante, sa force d’interprétation, séduisent un public conquis. Son mari l’ayant délaissée pour Damia, elle se console dans les bras de Maurice Chevalier. Mais ce dernier la laisse pour Mistinguett. Cette seconde rupture la brise moralement. Si sa carrière professionnelle est brillante, sa vie privée est un désastre. Lasse de la vie, elle tente de mettre fin à ses jours, sans succès heureusement car le public n’a pas encore connu la grande Fréhel. Elle décide de partir pour les pays de l’Est où elle se jette à corps perdu dans la drogue et l’alcool, les plaisirs faciles. Son absence durera une dizaine d’années. L’ambassade de France à Constantinople la rapatrie en 1922, droguée, méconnaissable et vieillie prématurément.

Mais son public ne l’a pas oubliée, ce qui lui permet de faire son retour sur scène à l’Olympia en 1924. La jeune et mince Pervenche a laissé la place à une femme forte aux traits accentués par l’alcool et la drogue. Mais sa voix a gagné en force, en émotion et en puissance dramatique. C’est déjà la grande actrice qu’elle sera bientôt.

Sa voix bouleversante qui semble sortir aussi bien du ventre que du cœur, sa crudité, ses couplets réalistes, sa faconde bien parisienne, font d’elle l’une des chanteuses les plus populaires du music-hall. De 1928 à 1936, Fréhel est en pleine gloire. Columbia, la grande firme française, lui permet d’enregistrer ses plus grand succès, accompagnée par l’orchestre dirigé par Pierre Chagnon, ainsi que son accordéoniste attitré, Alexander. Ses chansons sont réalistes, populaires, avec un texte simple mais fort. Elles racontent une histoire, grise ou noire habituellement, bien dans le style de l’époque. Les nommer toutes serait fastidieux. Citons pour mémoire Sous les ponts, Un chat qui miaule, La valse à tout le monde, La java bleue

Ces chansons reflètent l’image d’un Paris populaire et besogneux, tel que le représentent les films de l’époque. Justement… C’est au cinéma que Fréhel montrera son immense talent. Son physique de femme marquée par les excès qui ont failli la détruire, son accent « parigot », sa présence unique sur scène et donc sur l’écran, contribueront à faire d’elle une vedette incontournable du cinéma des années 1930.

De 1930 à 1940 elle tournera dans une vingtaine de films, de Cœur de lilas à L’entraîneuse. Et même si elle n’avait pas son nom en haut de l’affiche, son allure de femme usée par la vie mais à la puissance dramatique intacte puisque collant de très près à la dure réalité qu’elle a connue, les marquera tous.

Parmi les plus connus citons Pépé le Moko avec Jean Gabin, Le roman d’un tricheur de et avec Sacha Guitry, La rue sans nom de Pierre Chenal, La rue sans joie d’André Hugo.

Elle tournera encore en 1949 Un homme marche dans la ville de Marcel Pagliero et Maya de Raymond Bernard. Mais les vicissitudes de la vie la font plonger dans les paradis artificiels où elle pense retrouver un certain réconfort. Hélas ! Ils la plongent davantage dans la déchéance.

Un jour de 1948, alors qu’elle allait être emmenée dans un car de police car elle était ivre, elle se mit à chanter La java bleue avec tant de vigueur, comme au temps de sa splendeur, que les passants ébahis se sont attroupés devant celle qui il y a quelques années encore les enchantaient par sa gouaille parisienne. Le panier à salade est reparti à vide…

Mais c’était si j’ose dire son chant du cygne… Elle est morte seule, abandonnée de tous, dans une chambre d’un hôtel misérable le 3 février 1951, un univers de misère, de débine et de poisse qui l’avait suivie tout au long de sa vie mais d’où curieusement elle avait tiré sa force, sa puissance, son authenticité.

Elle aura été abandonnée mais pas oubliée. Des générations d’artistes seront influencées par cette grande dame de la chanson.

A plus...

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Published by Gerard Nedellec
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