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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 08:18

Voici quelque chose  que vous connaissez sans connaître... Le mot vous est certainement inconnu, comme il l'était à moi... Mais la "chose" en question vous est  familière car vous avez sans doute lu de telles "joyeusetés" ...

Ce texte est paru dans l'almanach du Normand 2010.

 

 

 

Késaco ?...

Voilà que j'emploie maintenant des mots... que je ne connais même pas ! Enfin... si, mais je le connais depuis peu... depuis cinq minutes. Alors, qu'est-ce qu'un késaco... je veux dire... un kakemphaton ? Dans un vers, c'est une rencontre involontaire de sons bizarres qui donne un énoncé incongru, équivoque, ridicule, voire déplaisant. Rassurez-vous, je vais vous donner des exemples !

Je ne retiendrai que l'aspect ridicule donc amusant... dans le seul but de vous distraire.

Donc, notre Corneille national, a commis des kakemphatons ! Oui, et même deux beaux !

Avez-vous étudié sa pièce « Polyeucte » lorsque vous étiez à l'école ? Moi oui, c'était en première je crois, et il y a de cela fort longtemps... Mais j'avoue que ce kakemphaton m'avait échappé... à moins que les bons frères chez qui j'étais alors nous l'ai soigneusement « ôté de notre vue »...(« cachez ce kakemphaton que je ne saurais voir... » )

Dans la première scène du premier acte, il se glisse imperceptiblement au fil des mots. Néarque et Polyeucte discutent et ce dernier veut montrer qu'il aime sa femme malgré la décision qu'il va être amené à prendre (se faire baptiser) et qui causera sa perte. Il répond donc à Néarque :

« Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule ».

Le kakemphaton se trouve dans le second vers et je vais vous laisser chercher car je n'écris jamais de gros mots...

Il en a commis un second dans « Horace » lorsqu'il écrit :

« Je suis Romaine, hélas, puisque mon époux l'est »...

Une question me taraude : L'a-t-il fait exprès ?... Car j'ai du mal à croire qu'il ne s'en soit pas aperçu... Il a dû vouloir s'amuser un peu... Amusons-nous donc avec lui... Je précise... quand même... qu'il a modifié la fin du vers... un peu plus tard... car le « poulet » aurait risqué de tuer la pièce comme l'a fait le « vieil hareng saur » dont il va être question...

Il ne sera pas le seul à produire des vers aussi curieux. En 1837, Adolphe Dumas écrivit une œuvre « Le camp des Croisés » dans laquelle on peut lire ces vers :

« Je sortirai du camp, mais quel que soit mon sort,

J'aurai montré du moins comme un vieillard en sort ! »

Lorsque la pièce fut jouée en 1838, « le vieil hareng saur » causa son désastre. A ce sujet, on attribue ce kakemphaton à Alexandre Dumas, similitude de nom, et même à Victor Hugo. On ne prête qu'aux riches...

A peu près à la même époque, deux auteurs, Dumanoir et Clairville, se mirent ensemble pour écrire un pastiche : « Caracalla ». Dans cette œuvre que n'aurait pas reniée Alphonse Allais ou même Pierre Dac, on pouvait lire... en vrac :

-« Un pâtre m'a sauvé. Le peuple pour t'abattre

Avait de mon tombeau donné la clé au pâtre... »

-« ... Mais je ne suis pas mort

Et je sors du tombeau comme un vieillard en sort... » (encore !)

-« ...Mais, Romaine, l'es-tu ?

Car jamais les Romaines ne mâchent leurs réponses... »

-« ... et de Commode longtemps je fus le secrétaire »...

(Ils avaient dû fréquenter le même bahut...)

Mais dans ce cas précis, le calembour est amusant certes... mais voulu...

Vous ai-je diverti ? Alors, continuons...


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Published by Gerard Nedellec
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