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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 06:31

Voici un texte extrait de mon livre "Un soldat de l'ombre", comme je vous l'ai promis...

 

 


 

Voilà un titre qui peut surprendre. Rire ?... Avions-nous vraiment le cœur à rire ?... Certes non, mais le Français est ainsi fait : il rit, même dans les pires situations… Il rit en serrant les poings, en pestant contre ces visiteurs indésirables qui deviennent de plus en plus envahissant… il rit en grinçant des dents… mais il rit !

Il faut dire que c’était la seule arme qui nous restait : le rire, la moquerie, la dérision… On se racontait ces histoires sous le manteau. On se moquait de la lourdeur de l’esprit germanique. C’était une façon de résister qui pouvait être parfois dangereuse car si les Allemands sont longs à comprendre, ils comprennent un jour. Et là, ils se rattrapent… Officiellement, par devant, les Français montraient des visages neutres, fermés, qui pouvaient laisser croire aux occupants que le spectacle parfois risible de leur toute puissance les avait impressionnés. La Rochefoucauld l’avait bien dit : « La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges qu’on nous tend »… pour bien entendu ne pas y tomber.

A la libération, on a recueilli toutes ces histoires. Mais déjà elles faisaient moins rire… Et puis le temps a passé, elles n’amusaient vraiment plus personne… Le moment était venu de se retrousser les manches et de travailler.

Alors, si vous le voulez bien, rappelons-nous… Certaines histoires étaient tellement "d’époque" que je ne suis pas certain qu’elles fassent rire encore maintenant… Voyons cela…

Lorsque les Allemands sont entrés à Paris, la vie s’est arrêtée. Puis peu à peu elle a repris, notamment dans les petits théâtres de Montmartre qui s’étaient fait une spécialité des revues humoristiques. Mais la situation n’était plus tout à fait la même. La censure allemande veillait… On ne pouvait plus raconter ce qu’on voulait. Pas question de se moquer de ces "Messieurs" !... Il fallait demander l’accord aux services compétents. Mais les Allemands avaient du mal à comprendre l’esprit gaulois…

Dans ce petit théâtre, un tableau avait échappé à la vigilance des censeurs. Il paraissait tellement anodin… Le rideau s’ouvrait. Sur la scène, un personnage pas très dégourdi était assis devant une table sur laquelle était posée une cuvette remplie d’eau. Armé de ciseaux, il découpait consciencieusement des petits bouts de papier qu’il posait sur l’eau de la cuvette. Puis il soufflait doucement dessus d’un air important.

Entrait alors un ami qui s’étonnait.

- « Mais mon pauvre vieux, qu’est-ce que tu fabriques avec tes petits bouts de papier et ta cuvette ?

Et l’idiot répondait d’un air ingénu :

- Je prépare le débarquement en Angleterre…

A cette époque, les Allemands étaient persuadés qu’ils allaient pouvoir d’un seul pas de leurs grandes bottes franchir la Manche et réduire l’Angleterre qui résistait, seule. Une armée d’invasion avec tout son matériel se massait dans les ports autour de Dunkerque. Mais voilà ! Il y avait un "hic"… Il fallait aux Allemands la maîtrise du ciel. Et malgré les promesses de Goering, grâce au courage des aviateurs Britanniques comme de la population civile qui pliera sous les bombes mais ne rompra pas, le maréchal ventripotent et imbu de sa personne ne pourra offrir à son führer un ciel libre de tout avion anglais. Le débarquement sera alors reporté sine die… et n’aura jamais lieu…

Mais lorsque parut ce sketch, ils y croyaient encore… Aussi, des gens bien intentionnés allèrent rapporter aux censeurs teutons ces paroles apparemment inoffensives… On les jugea défavorables voire préjudiciables au prestige du grand Reich... On alla trouver l’acteur et on le menaça de le suspendre aux fourches patibulaires en cas de récidive…

Le lendemain, le public avait été averti de l’incident, le théâtre était plein. Il n’y avait plus un strapontin de libre. Comme aucune instruction officielle n’était parvenue au directeur du théâtre, il décida de maintenir la scène contestée. On retrouva l’idiot en train de découper gravement des petits bouts de papier, de les placer sur l’eau d’une cuvette et de souffler dessus. L’ami entra et demanda :

- Mais qu’est-ce que tu fabriques avec tes bouts de papier et ta cuvette ?

Silence.

- Eh ! Mon vieux ! Tu m’entends ?... Je te demande ce que tu fabriques avec tes bouts de papier et ta cuvette ?

Nouveau silence. L’ami se fâcha et lança d’une voix peu aimable :

- Alors, espèce d’idiot ! Tu ne sais pas ce que tu fais avec tes bouts de papier et ta cuvette ?

Et l’idiot répond d’un air entendu :

- Je suis idiot, c’est vrai… Mais je ne le suis tout de même pas assez pour le dire ! »

Les Allemands jugèrent cette version acceptable… Mais ils ne comprirent jamais pourquoi elle remporta un succès d’hilarité beaucoup plus grand que la première…

Voilà ! Et je ne suis pas certain que cela vous ait fait rire… Mais je vous assure qu’en 1940, elle faisait rire aux larmes nos concitoyens…

Celle-ci peut-être……

 

Dès le début de l’occupation, les Allemands ont occupé tous les organes vitaux de notre pays, notamment la presse. Ainsi un nouveau rédacteur en chef est arrivé tout droit de Berlin pour s’occuper du nouveau journal "Pariser Zeitung". Mais peu au courant des habitudes françaises, il désira s’initier auprès d’un typographe.

- « Le chapeau, explique ce dernier, est un préambule, souvent en caractères penchés, placé au-dessus d’un article important qui demande quelques explications préalables.

- Chabeau, gut ! chabeau…

- La légende est placée au-dessous d’une photo pour expliquer ce qu’elle représente.

- Gut ! léchende !...

- La manchette est un titre en gros caractères disposés sur toute la largeur de la première page, et qui indique l’information la plus importante.

- Manjette !... Ya !... Ch’ai pien gompris !...

- Maintenant si vous voulez bien, nous allons passer à un exercice pratique pour voir si vous avez tout compris.

Le typographe déplie un exemplaire du "Pariser Zeitung". Sous un titre, on peut lire :

Nous devons ces documents très importants à l’obligeance d’un des Européens les plus convaincus de l’heure présente, notre éminent ami son excellence M. X…

- Qu’est-ce que c’est ?

- Z’est un chabeau !

- Très bien. Continuons. Voici une photo.

La photo représente des soldats allemands jouant de l’harmonica sur une place d’un village récemment conquis sur les Russes.

- Cha, Ch’est une léchende !

- Parfait. Et ceci en gros caractères :

NOS ARMÉES VICTORIEUSES SUR TOUS LES FRONTS IMPOSENT LA CERTITUDE DU SUCCÈS FINAL DE NOS ARMES AU MONDE ENTIER.

- Ach !... za, ch’est une manjette…

- Non… pas tout à fait… Il faut distinguer deux cas. Si c’est un lecteur allemand qui le lit, c’est effectivement une manchette. Mais si c’est un lecteur français, c’est encore une légende.

- Ach !...Mein Gott !... Que la lanke vranzaise est gombliguée !... »

 

Une dernière histoire, celle-ci plus familière… et plus franchouillarde…

Chaque jour depuis qu’il était arrivé à Paris, le soldat Fridolin allait boire un petit coup au bistro du coin tenu par Ernest.

Et chaque fois, notre Ernest l’accueillait en souriant par un tonitruant : Salut grand con !...

Au début, la langue française était peu familière aux envahisseurs. On pouvait se permettre quelques… écarts de langage… Mais très vite il faudra se méfier. Le soldat Fridolin répondait par un guten tag poli et l’on en restait là…

Un jour cependant, il s’enhardit et demanda à Ernest avec un accent tudesque à couper au couteau :

- « Qu’est-ce que c’est un… grand con ?...

- Ah !... répondit Ernest en se grattant le menton… grand con, cela veut dire…Voyons cela… grand conquérant !... C’est cela ! grand conquérant !

- Ach !... Gut !...

Le Germain réfléchit un peu et dit en fronçant les sourcils

- Nein ! Nein !... Moi pas grand con… Moi… petit con… Mais Hitler… grand con !...  »

Et voilà comment on se vengeait alors des Allemands qui avaient envahi notre sol. Bientôt viendra l’heure de la résistance active……

 

(A suivre...)

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Published by Gerard Nedellec
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