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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 08:32

 

 

 

 

Tout le monde a un jour ou l’autre écrit avec un crayon Conté, sans savoir s’il s’agissait d’une marque ou un nom. En fait, c’est le nom de son inventeur, Nicolas Jacques Conté. Conté est donc devenu, comme bien d’autres, un nom propre….bien commun.

Nicolas Jacques Conté est né à Saint-Céneri, près de Sées, dans ce qui deviendra l’Orne, en août 1755, dans une famille modeste. Orphelin de son père alors qu’il était jeune, il manifesta très tôt des dons manuels. C’est surtout dans le dessin que son jeune âge lui permettait d’exceller. Sa mère l’éleva comme un futur cultivateur, et le jeune garçon n’aurait pas refusé de suivre cette voie naturelle pour l’époque. Mais c’eut sans doute été dommage….De toutes façons, la destinée en décida autrement.

En ce XVIIIè siècle, l’agriculture comme l’industrie connaissaient une ère inventive qui n’était pas pour déplaire à l’ingénieux Nicolas Jacques. Mais qui pourrait bien faire attention à un modeste et jeune cultivateur ? Pas plus les grands propriétaires aristocratiques que ses voisins, plus enclins à jalouser un confrère jugé intelligent qu’à l’encourager dans ses essais d’amélioration de l’outil de travail.

Ses dons pour le dessin furent remarqués par l’évêque de Sées, Mgr Duplessis d’Argentré et Madame de Premesle, supérieure de l’Hôtel-Dieu. On lui demanda de décorer l’église, ce qu’il fit avec un tel succès que des commandes de portraits affluèrent. Il avait le coup de crayon sûr, ses portraits étaient ressemblants, les coloris vifs. Que demander de plus ?…..

Mais il considérait cette occupation comme un passe-temps certes lucratif, tandis qu’il suivait des études de physique et de mécanique. On l’avait chargé de tracer le plan d’une grande propriété située près d’Alençon. Un travail de cadastre long et fastidieux avec les outils de l’époque. Notre inventif Normand imagina et fabriqua lui-même un instrument qui lui permit de lever le plan plus rapidement. Sur sa lancée si j’ose dire, il fabriqua une machine hydraulique permettant d’élever les eaux. C’est d’autant plus remarquable qu’il ne connaissait pas les machines hydrauliques existantes.

Ces succès l’incitèrent à monter à Paris où, pensait-il, la fortune l’attendait. Certes, mais il faudra attendre un peu…..Il devait avoir 25 ans environ, il s’était marié, mais sa femme, bien qu’elle fût d’une origine distinguée, était aussi pauvre que lui.

A Paris, ils vécurent de ses portraits. Il prit le temps de suivre des cours de sciences où ses capacités furent remarquées par ses professeurs. Dix années passèrent ainsi lorsque éclata la Révolution de 1789. L’heure n’était plus aux portraits, mais Conté était désormais capable de se créer de nouvelles ressources.

La France, attaquée de toutes parts, la patrie en danger avait un urgent besoin de toutes les compétences. Conté allait pouvoir donner sa pleine mesure. Le Comité de salut Public rassemblait dans ses mains tous les pouvoirs. Il pensa utiliser les ballons, invention nouvelle des frères Montgolfier, pour les opérations militaires.

On créa une commission de savants dans laquelle Conté eut sa place, très vite la première. On créa une école aérostatique à Meudon, dont il fut nommé directeur. Mais les élèves étaient ignorants des choses de l’aérostation. Dans cet art nouveau, tout était à créer. Conté se dépensa sans compter…..Il dressa des plans, réalisa des expériences parfois dangereuses, inventa des instruments nouveaux, les fit exécuter par ses élèves. Un jour qu’il étudiait l’effet produit pas des gaz différents sur des vernis, un courant d’air entraîna l’hydrogène contenu dans un madras (une cornue) sur la flamme. Ce fut l’explosion dans laquelle il perdra l’œil gauche.

Remis de ses blessures, il fut nommé commandant en chef de tous les corps d’aérostiers après la bataille de Fleurus. C’est l’époque où on créa le Conservatoire des arts et métiers de la rue Saint-Martin. Avec Vandermonde, Leroy et Joseph Montgolfier, Conté en fut l’un des fondateurs.

Les crayons étaient devenus rares et chers. On ne savait utiliser que la plombagine venant d’Angleterre. La guerre avait fermé les portes. Conté se mit au travail, inventa la plombagine artificielle (mélange d’argile et de graphite) et fonda une fabrique dont les produits ont été connus depuis sous le nom de "Crayons Conté".

Mais le chef des aérostiers dut quitter ses travaux pour suivre l’armée. Il travaillait notamment sur un nouveau baromètre qu’il venait de soumettre à l’Institut. Le voici en Égypte avec Bonaparte qui avait amené avec lui des savants. Il allait une fois de plus montrer son savoir-faire, son immense talent. Tout le matériel envoyé de France avait disparu. Avec l’aide d’ouvriers adroits qu’il avait formés, il recréa tout. Des fonderies s’élevèrent. On y fabriqua aussi bien des caractères d’imprimerie, de la poudre, de la monnaie.

L’armée manquait d’uniformes. Conté fit fabriquer du drap. Tout manquait. Il fit fabriquer tout : instruments de chirurgie, sabres, lunettes astronomiques, loupes….Son intelligence encyclopédique lui permit de créer ou recréer tous les arts d’Europe.

Décidément, il savait tout faire ! Lorsqu’il rentra en France, avec quelques regrets, l’Égypte était prête à exploiter les pistes d’améliorations industrielles qu’il avait ouvertes. Il avait réalisé de nombreux dessins non pas sur la richesse culturelle de l’Égypte ancienne, mais sur la civilisation industrielle de l’Égypte moderne. Il lui fallait en effet illustrer le livre de l’expédition et pour cela il utilisa une machine de son invention.

Il retrouva le Conservatoire. Membre du Bureau consultatif des arts et manufactures au Ministère de l’Intérieur, toutes les nouvelles inventions passaient entre ses mains. C’est alors qu’il perdit celle qui était sa raison de vivre, sa femme. “ Je lui rapportais tous mes succès, disait-il parlant d’elle. Que me reste-t-il à présent ? ”

Mais la grande tristesse qu’il éprouvait ne l’empêcha pas de poursuivre son travail. Malheureusement sa santé donna des signes de défaillance, et malgré son courage, il mourut en 1805. Il n’avait pas encore 50 ans. Mais cette vie de cinquante années fut plus remplie qu’aucun autre.

On peut dire qu’il a bien travaillé pour la France. Précisons qu’il était aussi désintéressé qu’ingénieux. Il ne tira profit que de l’invention des crayons.

(à suivre... bien entendu...)

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Published by Gerard Nedellec
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