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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 09:01

 

Vous attendiez la suite... La voici... Et ce n'est pas terminé...

 

Scène 2


(La Marie (qui ne restera pas longtemps), Firmin, la grand-mère)

 

(Firmin entre, et va s’asseoir en bout de table, sa place. Il est habillé comme un paysan des années 1930, casquette sur la tête, moustache.)

 

La Marie

Faut qu’j’aille chercher d’l’eau au puits. Une soupe sans eau…

 

Le père, Firmin

C’est ça. Cours chercher ton eau courante……(puis s’adressant à sa mère) Qu’est-ce qu’il y a, la mère ? T’as l’air surprise de me voir. J’aurais-ti mis ma culotte à l’envers ?… J'aurais-ti la moustache de travers ?…

 

La grand-mère

Mais non, mon p’tit Firmin. C’est ta femme…..Elle n’fait que d’m’asticoter depuis une demi heure !

 

Le père

Ah bon ! Elle masticote… De quel côté ? Pas du côté de son dentier, j’espère !

 

La grand-mère

Si tu t’y mets toi aussi… Tu ne prends plus rien au sérieux. Ce n’est pourtant pas ainsi que je t’ai élevé ! Tu n’étais pas comme cela quand tu étais petit !

 

Le père

Cela me semble évident ! Je ne suis pas à 50 ans comme à 10 !… Mais je crois que tu te fais des idées, la mère. Ce n’est pas la première fois que tu te plains de la Marie. Tu as toujours été un peu jalouse d’elle, car elle t’avait pris ton petit Firmin… n’est-ce pas ? Mais enfin…Tu sais bien que je n’allais pas rester toujours vieux gars… pour te faire plaisir… La Marie est ma femme, et toi tu es ma mère. Voilà. Combien de fois faudra-t-il te le répéter ?… Tu nous ressors ce plat réchauffé de temps en temps… Mon petit Firmin par-ci, mon petit garçon par-là… Avec une barboteuse… un bonnet sur la tête et des petits sabots aux pieds... Une barboteuse !… Comme un gros poussin qui aurait les pattes trop longues... Tu ne pourrais pas au moins me mettre un pantalon ?…

 

La grand-mère

Oh non ! Pas encore ! Une culotte courte d’abord !…

 

Le père

Tu es extraordinaire ! Plus tu vieillis, plus tu me vois rajeunir… Bientôt je vais me retrouver dans un berceau habillé de langes... L’ennui, c’est que je vieillis moi aussi.

 

 

La grand-mère

Mais tu es plus jeune que moi ! A ton âge, le travail ne me faisait pas peur. Il n’y a encore pas si longtemps, j’allais chercher l’eau au puits.

Le père

Cela remonte quand même à une quinzaine d’années…

 

La grand-mère

C’est bien ce que je dis… Il n’y a pas si longtemps… C’est depuis mes 85 ans que je baisse un peu.

 

Le père

Ça fait un mois, quoi ! Et depuis un mois, tu te sens moins bien. Eh bien, mais ce n’est pas mal du tout ! Moi, je ne sais pas si j’arriverai à 85 ans !

 

La grand-mère

Oh mais !… La Marie, elle te soignera quand je ne serai plus là !… Je voudrais être une petite souris pour voir cela !

 

Le père

Ça y est ! Tu recommences ! Il faut vraiment que tu comprennes une fois pour toutes : tu n’es plus la seule femme de ma vie… Je n’ai plus 8 ans…

 

La grand-mère

Bien dommage !… Tu étais mignon à cet âge-là…

 

Le père

Allez… Cesse de parler du passé. Tu te fais du mal. Il faut accepter le présent. Assez de jérémiades ! Tu n’as pas à te plaindre après tout ! Tu n’es pas bien ici ? On te garde à la maison… avec nous !

 

La grand-mère (vivement)

Encore heureux !… Je suis chez moi, ici ! C’est la maison de ton père ! Et de ton grand-père avant lui... Et encore de ton arrière-grand-père… et de ton arrière…

 

Le père

Je le sais. Tu me l’as assez dit !… Vas-tu remonter ainsi jusqu’aux Gaulois ?… Laisse donc les morts en paix ! Pour le moment, cette maison est la nôtre. Reprocherais-tu à la Marie d’y habiter ?… On t’a gardé la plus belle chambre. La plus grande. Lorsque les enfants sont nés, il a fallu se pousser un peu pour que tu gardes tes aises, mettre deux dans la même chambre. Quatre enfants, ça prend de la place ! Elle aurait bien été utile, la grande chambre. Tu aurais pu te contenter d’une petite. Jamais tu ne l’as proposé. Pourtant, tu savais qu’on était à l’étroit. La Marie, elle a eu du mérite d’élever quatre enfants dans ces conditions.

 

La grand-mère (suffoquant d’indignation)

Mais j’étais chez moi !

 

Le père

Alors c’est nous qui sommes chez toi ! Excuse-nous ! C’est bien ce que je dis : tu ne sais pas t’adapter !

 

 

 

La grand-mère

M’adapter ?… Mais je ne fais que cela, m’adapter ! J’ai accepté que vous veniez vivre ici, dans ma maison, je me suis contenté d’une petite chambre… tandis que vous occupiez toute la maison !

 

Le père

Quel culot ! Tu appelles une petite chambre… une chambre de 20 m² au moins ! La plus grande, la plus belle…

 

La grand-mère(d’un air pincé)

J’aurais peut-être dû partir pour vous laisser la place ?… Si je suis de trop et que je vous gêne… je pourrais aller à l’hospice !

 

Le père

Ah ! Voilà les grands mots ! L’hospice !… Celui-là aussi tu nous le sers de temps en temps. Ma parole, c’est à croire que tu souhaites y aller !…

 

La grand-mère

C’est toi qui voudrais que j’y aille ! Tu prends tes désirs pour des lanternes…

 

Le père

Ou tes réalités pour des vessies …

 

La grand-mère

Tu vois ?… Tu détournes la conversation par ce que tu crois être une plaisanterie.

 

Le père

Mais non ! C’est toi qui confonds les vessies avec les lanternes… On dit : prendre ses désirs pour des réalités, et des vessies pour des lanternes.

 

La grand-mère

Tu me fais une leçon de français maintenant ?… C’est nouveau. Tu aurais dû être maître d’école ! Je n’ai pas parlé de vessie ! Et puis, tu pourrais être poli avec ta mère !…

 

Le père

Je voulais te faire rire, mais c’est raté !

 

La grand-mère

Me faire rire… Alors que tu veux me mettre à l’hospice… C’est bon pour les vieux…

 

Le père

Parce que toi, tu es jeune !… On devrais te mettre à l’école maternelle !…

 

La grand-mère (avec un sanglot dans la voix)

Tu te moques de ta vieille mère…

 

Le père

Arrête ! Je sens un sanglot qui me monte dans le coin de l’œil !…

La grand-mère

Tu es incorrigible. Tu seras donc toujours moqueur ?…

 

Le père

Mais je ne me moque pas de toi !… Tu sais bien que je ne voudrais pas te faire de peine. J’essaie de dédramatiser une situation… qui n’est d’ailleurs pas dramatique. Comme d’habitude, tu exagères. J’ai dit et je répète que cette maison est la nôtre, tu y es à ta place, comme nous, comme les enfants. Mais ce n’est plus la tienne à toi toute seule. Tu comprends cela, non ?… Faut-il te faire un dessin ?

 

La grand-mère (air pincé)

Je comprends ! Je suis trop vieille. Je ne sers plus à rien ! Je suis inutile !… Ah !…Que c’est dur de vieillir… Vous verrez ça… Vous vieillirez, vous aussi….

 

Le père

Mais je t’ai dit qu’on vieillit déjà !…

 

La grand-mère

Tu préfères ta femme à ta mère…

 

Le père

Qu’est-ce que tu vas chercher là ! Tu sais bien que tu es ma mère et que je t’aime. Que veux-tu que je te dise de plus ?

 

La grand-mère

Oh ! Mais je vois bien que tu aimes ta femme plus que moi !

 

Le père

Evidemment, j’aime ma femme. Est-ce interdit ? Mais j’aime aussi ma mère. Seulement, je ne t’aime pas de la même façon. Je t’aime d’un amour filial, et ma femme d’un amour… matrimonial ! (s’animant) Enfin quoi, tu te places sur le même plan que ma femme, alors que vous êtes à deux niveaux différents !

 

La grand-mère (d’une voix aigre)

Evidemment ! Je suis au niveau inférieur !…

 

Le père

Vous êtes… Vous êtes… Et puis, tu m’agaces à la fin ! Tu voudrais peut-être que j’aime ma femme comme une mère ?… Ou que je t’aime comme ma femme ?… Tu ne vois pas qu’il y a une différence, quand même ?…

 

La grand-mère

Tu mélanges tout.

 

Le père

Je mélange tout !… Elle est bien bonne celle-là !… Qui est en train de tout embrouiller ?… Hein ?… Je te le demande. A-t-on vu une mère entrer en concurrence avec sa bru ?… Tu voudrais peut-être que je la quitte pour rester avec toi ?…

 

La grand-mère

Tu étais plus gentil quand tu étais petit. Un jour tu m’as dit que tu n’aimerais personne d’autre que moi ! Tu m’avais même dit que tu te marierais avec moi…

 

Le père

Oui… C’est possible… Et… j’avais quel âge ?…

 

La grand-mère

Quatre ans !…

 

Le père

Quatre ans ! Bigre ! J’étais un enfant précoce !… Je voulais déjà me marier !

 

La grand-mère

Mais je savais bien que tu ne te marierais pas avec moi….

 

Le père

Quand même !… Tu savais cela ?… Tous les enfants disent ça à leur mère… Et alors, je suis marié avec la Marie depuis déjà… Au fait, depuis combien de temps ?….C’était en été… Voyons….de quelle année ?… Je m’souviens qu’on était allé en voyage de noce à l’Exposition coloniale à Paris… On a visité aussi le zoo de Vincennes… Le temple d’Angkor… enfin, une reconstitution… Mais l’année… Alors là, c’était avant-guerre, c’est tout ce dont je me souviens !

(A ce moment la Marie revient du puits avec un seau d’eau)

 

(A suivre...)

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Published by Gerard Nedellec
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