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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 08:56

 

 

Il y a quelques années, j'ai écrit  une pièce de théâtre... enfin... j'ai commencé... Ensuite, d'autres projets se sont présentés... La pièce est restée dans mes cartons. Valait-elle "le coup"... comme on dit couramment ? 

Je vous laisse juges... Voici le début.


ACTE 1

 

 

Personnages

 

Une famille de ruraux : le père Firmin, la mère la Marie, La cinquantaine chacun.

Les enfants. Le fils aîné Justin 22 ans, au service militaire (on en parlera, mais on ne le verra pas)

Madeleine, 14 ans

Jacques, 12 ans

Victoire, 10 ans

la grand-mère Firminine, mère de Firmin, 85 ans

 

 

 

Scène 1

( La Marie, la grand-mère)

 

(La scène se passe dans le milieu du XXè siècle, dans la salle commune de la ferme. Assise à la table, la Marie, sans âge particulier mais pas trop âgée, épluche des légumes pour faire la soupe tandis que la grand-mère tricote dans un coin, un chat sur les genoux. Pendant toute la conversation, la Marie continue à éplucher les légumes. Elle prend son temps pour ne pas avoir terminé avant la fin de la scène…..Si elle a fini avant, elle ne fait rien d’autre. La grand-mère vieillit mal et jalouse sa bru. Les deux femmes se chamaillent sans arrêt.

 

La Marie

C’est-ti pas malheureux qu’au XXè siècle, on n’ait encore pas trouvé l’moyen d’éplucher des oignons sans pleurer… Ma parole, une vraie madeleine ! On va croire que je viens d’enterrer toute ma famille !… (elle s’essuie les yeux) Il paraît qu’il n’faut point s’essuyer les yeux, mais plutôt regarder d’l’eau qui coule… Y z’en ont de bonnes !… J’vais quand même pas aller au ruisseau regarder l’eau couler !… Parce que l’eau courante chez nous, c’est quand j’cours la chercher au puits ! Plus j’cours vite, plus elle est courante ! Y n’connaissent pas ça en ville… C’est comme mes oignons. Pour des bons oignons, c’est des bons oignons ! Ça ferait pleurer un régiment ! C’est pas comme ceux achetés en ville. Ça n’vaut rien ! Des oignons minuscules tout juste bons à jouer aux billes !

Et puis, pourquoi qu’ils font pleurer, les oignons ?… Je vous l’demande ! Ça n’devrait pas être permis. Pourtant, un oignon, c’est pas triste ! Il doit y avoir dedans des gaz qui se dégagent quand on les épluche. La prochaine fois, je vais mettre les lunettes de motocycliste de mon homme.

 

 

 

 

La grand-mère

Vous n’faites que d’geindre, la Marie ! Toujours à critiquer ça ou ça… De mon temps, on ne se plaignait point. On épluchait les oignons, même les échalotes, sans maugréer. Pas besoin de lunettes de motocycliste ! C’est bien une idée à vous ! Vous avez toujours eu des idées bizarres….

 

La Marie

Oui, ce que vous appelez des idées bizarres, moi je les appelle des idées modernes, des idées d’avant-garde…

 

La grand-mère (pouffant)

Ah ! Eplucher des oignons avec des lunettes de motocycliste… c’est une idée d’avant-garde !… Alors, mettez donc une tenue de scaphandrier pendant que vous y êtes !…Tenez, c’est vous qui me faites pleurer… de rire !

 

La Marie

Vous n’exagérez pas un peu, là ?… Comme d’habitude…

 

La grand-mère (reprenant son sérieux)

Il n’empêche. De mon temps, on avait du courage, ce n’est pas comme maintenant ! Vous vous plaignez sans arrêt, pourtant vous avez le confort moderne. La commune n’a-t-elle pas construit un lavoir couvert pour protéger les laveuses ? C’est du luxe ! En plus, ça a dû coûter cher !… C’est facile avec l’argent des autres… De mon temps, on devait aller laver le linge au ruisseau, qu’il pleuve ou qu’il neige. Vous voudriez peut-être qu’ils chauffent l’eau du lavoir ?…

 

La Marie

Non ! Plutôt que chauffer l’eau du lavoir, je préfèrerais une machine qui lave le linge à ma place, à la maison ! Il paraît que cela existe…

 

La grand-mère

Oui, en Amérique !… Vous êtes trop exigeante, la Marie ! Et pourquoi pas aussi pendant que vous y êtes une machine qui lave la vaisselle à votre place ?… Et une machine qui épluche les légumes… et les coupe en petits morceaux… Et un balai qui balaie tout seul… De mon temps…

 

La Marie

Je sais ! De votre temps… Vous ne savez dire que cela. De votre temps… C’est parce que vous étiez jeune, c’est tout ! Vous avez la nostalgie de vot’ jeunesse. Encore, vous n’avez eu qu’un fils…

 

La grand-mère

Peut-être, mais il m’a donné du mal comme quatre, le Firmin !

 

La Marie

Parce que vous croyez qu’il ne m’donne pas d’mal à moi, le Firmin ?… Vot’ Firmin ?… C’est bien simple : vous avez fait tous ses caprices quand il était petit. Un fils unique… Vous l’avez trop gâté !

 

 

La grand-mère

Fallait pas l’prendre !… Il n’aurait pas été en peine pour trouver une femme, mon p’tit Firmin ! Il était si mignon dans sa petite barboteuse… (d’une voix émue)

 

La Marie

Peut-être, mais dans cette tenue, il aurait eu du mal à trouver une femme !… Allez, la mère, c’est vot’ fils et c’est aussi mon mari. On n’va pas se chamailler encore une fois !… Il a ses qualités et ses défauts, comme tout le monde. Personne n’est parfait. Acceptons-le comme il est.

 

La grand-mère (soudain très lasse)

Vous avez raison, la Marie… Qu’est-ce que vous voulez, c’est plus fort que moi. Dès qu’on attaque mon petit Firmin…

 

La Marie

Mais je ne l’attaque pas, votre petit Firmin…Et puis d’abord, ce n’est plus votre petit Firmin !… Il a cinquante ans quand même ! A cet âge-là, je le vois mal en barboteuse… Maintenant c’est mon mari et le père de mes enfants… les siens aussi d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi je dis ça…

 

La grand-mère

Mais il sera toujours mon petit Firmin… Et moi, je suis sa mère !… (d’une voix vibrante) Il n’est pas ingrat…

 

La Marie

Non… C’est plutôt un maigre…

 

La grand-mère

On ne peut pas parler sérieusement avec vous. Vous tournez toujours tout en dérision.

 

La Marie

Je ne vais quand même pas pleurer ! Ça suffit avec les oignons ! On peut bien rire un peu, non ?

 

La grand-mère

De mon temps, on était sérieux, on ne riait pas…

 

La Marie

Oui, on avait toujours le bec pincé comme si l’on avait peur qu’en l’ouvrant cela ferait des courants d’airs qui enrhumerait les dents…

 

La grand-mère

Vous voyez ?… ous tournez tout à la rigolade. Pas moyen de parler sérieusement…

 

La Marie

Et qu’est-ce qu’on fait depuis une demi heure vous croyez ?… Ce qu’on a dit est tellement sérieux… que je me demande si c’est vraiment nous qui avons parlé… On a énoncé quelques vérités premières. D’abord, tout était bien mieux de votre temps. Ensuite, vous avez connu votre fils avant moi. Enfin, je suis plus jeune que vous. Oui, je sais : vous ne l’avez pas dit clairement. Mais avouez que vous y pensez. Voilà trois vérités vraies, que même Monsieur de La Pallice lui-même n’aurait pas reniées !…

 

La grand-mère

Mais je ne connais même pas ce Monsieur de La... Pallice... Laissez donc les étrangers à l'écart de nos histoires de famille... Décidément, il vous est réellement impossible d’être sérieuse un instant ! Mon fils est bien plus sérieux que vous !

 

La Marie

Je vous crois ! Il a de qui tenir ! Un vrai bonnet de nuit qu’il était quand je l’ai épousé ! J’y ai mis bon ordre. Maintenant, il plaisante comme moi. Il est même parfois plus drôle que moi ! C’est un rigolo dans son genre, le Firmin ! Il a dû être contrarié pendant longtemps, y s’défloule ! Un peu de gaîté ne fait pas de mal dans une maison, non ?… De plus, mon aîné Justin tient de moi pour cela. Cela me fait penser qu’on n’a pas eu de nouvelles de lui depuis un bon moment. Depuis qu’il est parti à l’armée, ça fait tout drôle. La maison paraît vide. C’est qu’il tenait sa place, le Justin ! Lui et son père, ce qu’ils pouvaient me faire rire !…

 

La Grand-mère (d’un air pincé)

Evidemment, moi je ne vous fais pas rire !

 

La Marie

Eh bien ! Si, justement !….Vos grands airs offusqués m’ont toujours fait rire…

 

La grand-mère (outrée)

Oh !…

 

(A ce moment le père, Firmin, entre)

 

A suivre...

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Published by Gerard Nedellec
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