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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 08:56

 

 

Scène 4


(le père, la mère)

 

La Marie

Qu’est-ce qu’elle a la mère ?… Avant que tu rentres, elle n’a fait que tout critiquer ce que je faisais. Elle m’a reproché d’être trop gaie, de rire… bref, de vivre. Je me demande bien quelle mouche l’a piquée…

 

Le père

Ne t’inquiète pas. C’est sa crise hebdomadaire !

 

La Marie

Justement. Je trouve que c’est de plus en plus rapproché. Avant, elle nous jouait cette scène tous les 6 mois environ. Bientôt, on aura droit au grand air de l’acte 3 tous les jours !

 

Le père

Oh !…Tu sais, moi… j’en prends, j’en laisse. Mais j’avoue que cette fois, elle a fait fort ! Figure-toi qu’elle m’a reproché de t’aimer plus qu’elle. Tu vois un peu le travail…..

 

La Marie

Et que lui as-tu répondu ?

 

Le père

Je lui ai dit que je l’aimais autant que toi, mais différemment…. bien sûr…

 

La Marie

Autant que moi… Tu aimes ta mère autant que moi… C’est bon à savoir !

Le père

Mais ce n’est pas la même chose, évidemment ! C’est formidable quand même ! Je ne peux plus dire un mot sans être attaqué de front ! Ma parole, tu me cherches toi aussi ! Tu ne vas tout de même pas t’imaginer….

 

La Marie

Je n’ai pas besoin de m’imaginer. Il me suffit de constater. Tu aimes ta mère autant que moi. C’est clair !

 

Le père

Mon Dieu ! Que les femmes sont compliquées !… On me l’avait dit, mais alors à ce point… D’abord ma mère, ensuite ma femme… C’est mon jour de chance ! Si ça continue, je ne pourrai plus dire un mot sans la présence de mon avocat !

 

La Marie (négligemment, comme si rien ne s’était passé)

Et…. à part cela, que t’a-t-elle dit d’autre ?

 

Le père

Elle m’a menacé d’aller à l’hospice !

 

La Marie

Si ça pouvait être vrai !…

 

Le père

Voyons, Marie… Tu sais bien qu’elle dit cela parce qu’elle est contrariée, parce qu’elle a peur que nous la mettions à l’hospice sans lui demander son avis. C’est sa hantise. En réalité, elle souhaite rester avec nous. Et tant qu’elle pourra rester, elle restera.

 

La Marie

Je comprends. Tant qu’elle peut nous embêter encore un peu… ne nous en privons pas ! On serait trop heureux sans elle ! Elle nous manquerait !…

 

Le père

Voilà que tu exagères encore ! Tu passes d’un extrême à l’autre.

 

La Marie

Oui… Sans doute… Mais c’est parce que je commence à en avoir assez de cette situation ! Je fais tout ce que je peux, j’ai supporté beaucoup… Si en plus je dois supporter sa mauvaise humeur… C’est trop pour moi !

 

Le père

Au fond, elle a mal accepté notre mariage…

 

La Marie

Ah bon !… Et ça lui sort comme cela au bout de 25 ans… Eh bien ! Dis donc… Elle a pris le temps de la réflexion ! Vous êtes des petits rancuniers dans ta famille…

 

Le père

Ce n’est pas après toi qu’elle en a… Elle en a après ma femme, quelle qu’elle soit !…. N’importe laquelle !… Si je m’étais marié avec une autre, cela aurait été la même chose.

 

La Marie

Marié avec une autre femme… N’importe laquelle !… Comme tu y vas !… Tu aurais sans doute voulu te marier avec une autre que moi !

 

Le père (piqué au vif)

Mais non… Décidément, tu es pleine d’imagination aujourd’hui !… Qu’est-ce que tu vas inventer encore… Seulement… je dois avouer que beaucoup auraient voulu se marier avec moi !… J’avais le choix !… Je t’ai choisie parmi bien d’autres !

 

La Marie

J’ai eu de la chance en quelque sorte d’être remarquée par toi… Oh ! Comme c’est agréable à entendre !… Et mon Dieu, que les hommes sont mufles ! Vous avez vraiment l’art de mettre les pieds dans le plat ! Vous n’avez pas du tout l’art et la manière de dire les choses…

 

Le père

Quoi ?… La manière… Mais je n’ai rien dit de désagréable ! Au contraire, puisque je te dis que je t’ai choisie parmi bien d’autres. Tu devrais être contente !

La Marie

C’est bien ce qui est désolant ! Je devrais me réjouir… Pour toi, c’est un compliment ! Tu nous a toutes alignées conte un mur et tu as chanté : « Pouf ! Ce sera toi qui seras ma femme ! »… Tu aurais tout aussi bien choisir la Gertrude !…

 

Le père

La Gertrude… Que vas-tu imaginer… D’abord, elle a des grands pieds… Et puis, elle a des taches de rousseur sur tout le corps.

 

La Marie (surprise)

Sur tout le corps… Comment tu sais cela ?…

 

Le père (se rendant compte qu’il a trop parlé et ne sachant trop que répondre)

Je ne sais pas moi… Tout le monde sait ça !…

 

La Marie

Ah oui ?… Tout le monde sait que la Gertrude a des taches de rousseur sur tout le corps ?… Je n’étais pas au courant. Elle a dû faire une exposition publique en mon absence…

 

Le père (de plus en plus gêné)

Je ne sais pas… Enfin, c’est de notoriété publique ! Et puis tu m’embêtes à la fin ! Je ne sais pas ce que vous avez toutes les deux aujourd’hui… Ma mère d’abord, ma femme ensuite… Ce n’est pourtant pas ma fête !

(Silence. Ils se regardent tous les deux. )

 

La Marie

Allez… je sais qu’au fond tu es plus bête que méchant !…

 

Le père

C’est gentil de me dire cela… Tu veux t’essayer à la muflerie, toi aussi ?…

 

La Marie

Mais non !… Tu vois, on ne fait que dire des bêtises ! Et puis, on n’a pas eu de nouvelles de Justin depuis longtemps. Voilà bientôt 3 mois qu’il est à la caserne. Sa dernière lettre remonte à 1 mois. Depuis, rien. Je m’inquiète….

 

Le père

Mais que veux-tu qu’il lui arrive ? Il est bien entouré, il n’est pas seul. S’il lui était arrivé quelque chose, nous aurions été prévenus. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

 

La Marie

Je sais, mais c’est plus fort que moi. Alors, cela me rend nerveuse… et je dis n’importe quoi... Allez… mon petit Firmin…

 

Le père

Ah ! Non ! Pas toi !

 

 

La Marie

Mon gros Firmin… Ça va comme cela ? Mais on cause… on cause... Les enfants vont bientôt rentrer de l’école. Je demande un armistice !

 

Le père

Moi je propose la paix !… Voilà 25 ans que nous sommes mariés. T’ai-je rendue malheureuse ?

 

La Marie

Oh non !… Au contraire… mais comme j’étais inquiète par le silence de Justin, les réflexions de ta mère m’ont énervée.

 

Le père

Je te comprends. Et comme je sens qu’elle en fera encore d’autres, il faut qu’elles glissent sur toi comme l’eau sur les plumes d’un canard.

 

La Marie

J’ai eu peur que tu dises : …d’une oie…

(Ils rient tous les deux et s’embrassent. A ce moment, entre leur fille Madeleine.)

 

A suivre...

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Published by Gerard Nedellec
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