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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 08:32

Je ne pouvais décemment pas ne pas vous parler de notre poète national et angevin, l'un des plus connus de la littérature française qui en compte pourtant beaucoup... C'est un texte que j'ai écrit pour l'almanach de l'Anjou.

 


 

C’est peut-être l’Angevin le plus célèbre….et sa "douceur angevine" nous est sortie à chaque occasion… Le sonnet dont est extraite cette formule est sans doute l’un des plus connus de la littérature française. "Heureux qui, comme Ulysse…" Mais après ?... Que sait-on de son auteur ?

Joachim du Bellay est né en 1522 au château de la Turmelière en Anjou. Quand il est mort début 1560, il n’avait pas encore 38 ans. C’est jeune, même à cette époque… Pourquoi est-il mort si jeune ?

On possède peu de renseignements sur son père Jean du Bellay. C’était un homme de guerre qui remporta plus de maladies que de victoires. Il se maria en 1504 avec Renée Chabot de Liré. Un fils naquit aussitôt, René. Joachim naîtra en 1522. C’est donc "un enfant de vieux", conçu sous l’emprise de la boisson comme le raconte Francis Ambrière qui a écrit un livre sur le poète angevin. Les enfants qui naissent dans ces conditions particulières sont rarement robustes. Du Bellay ne dérogera hélas pas à la règle.

Par contre ils sont d’une très grande sensibilité, parfois maladive. Sa souffrance transparaît sans cesse dans son œuvre. « J’ai le corps maladif » dit-il dans "Les Regrets". (sonnet 39). De plus, son père, déçu certainement de ce fils fragile, se désintéressa de lui. Joachim avait 9 ans lorsqu’il perdit ses parents. Il fut élevé par des étrangers au château de la Turmelière, dans un cadre campagnard qui le préserva de maladies graves. A 19 ans, à l’automne 1541, sa santé donna quelques soucis à son frère qui vint passer deux mois près de lui.

Il part étudier le droit à la faculté de Poitiers, apprend le latin, rédige ses premières poésies, fait la connaissance de Ronsard avec qui il écrit "Défense et illustration de la langue française" en 1549. La même année il fait paraître "L’Olive", à la façon de Pétrarque. Mais ce travail acharné et harassant s’accorde mal avec sa fragilité naturelle. Le surmenage intellectuel chez un sujet jeune mais fragile, on pense aussitôt à la tuberculose, bien que le mot ne soit pas prononcé. Il parle seulement de fièvres cruelles qui le rongent. Fin 1549 il est donc atteint de tuberculose pulmonaire qui l’immobilise pendant deux années. Parallèlement, il perd l’ouïe, comme son ami Ronsard.

Il parle de cette affection dans ses œuvres notamment un sonnet de "L’Olive".

 

« Alors que les fièvres cruelles

Mes os vont ronger de si près,

Qu’ils n’ont quasi plus de mouelles… »

 

Ce qui n’est pas d’une gaîté folle… D’ailleurs, ses œuvres sont empreintes d’une certaine tristesse nostalgique. Il doit certainement souffrir. De plus, on sent qu’il n’est pas heureux. L’a-t-il jamais été ? Le sera-t-il un jour ?

Malheureusement la tuberculose ne va pas le laisser en paix. Elle récidivera plus tard. Cependant au bout de deux années de repos, Ronsard pouvait écrire en écho aux vers cités plus haut : « Mortes sont les fièvres cruelles »… Hélas !... Elles n’étaient pas mortes… Il suffit de le relire pour s’en convaincre.

Le répit dans sa maladie lui fait envisager le voyage à Rome avec son cousin le cardinal Jean du Bellay dont il est l’intendant. Mais les voyages à cette époque n’étaient pas de tout repos. Le froid ramène la fièvre. Sursaut de la tuberculose ? Peut-être, accompagnée d’une toux qui met le feu à sa gorge.

 

« Ce Montgibel, qu’horrible je dégorge,

Et ce Caucase englacé de froideur

Ont engendré la forcénante ardeur

Qui bout et fume en l’antre de ma gorge. »

 

La surdité dont il est atteint est vraisemblablement une conséquence de la tuberculose. Surdité qui l’isole du monde et le renforce dans sa tristesse naturelle. Mais cela ne l’empêche pas d’écrire, comme pour un autre sourd génial de composer des symphonies… Le remède principal était alors la saignée, qui n’est pas vraiment appropriée pour le traitement de la tuberculose. Mais c’est ainsi qu’on soignait les tuberculeux, il y a encore un peu plus d’un siècle. Mesurez par là la chance que vous avez de vivre dans notre siècle et ne vous plaignez plus !

C’est surtout en automne que la tuberculose le prenait. Depuis la première atteinte en 1549 elle ne l’avait pas lâché. Au fil des années, elle s’est aggravée. Il publia "Les Regrets" en 1557 et "Les Antiquités de Rome" en 1558. Il y évoque la nostalgie de son pays natal et le mépris pour la futilité de la vie romaine. Il rentre en France en 1558 et reprend sa place parmi les poètes de cour. La mort du roi Henri II en 1559 l’attriste profondément. En automne de la même année il se sent très mal et voudrait rejoindre l’Anjou pour Noël. Ses amis lui déconseillent ce voyage long et fatigant, surtout dans son état.

Le 1er janvier 1560 il dîne chez un ami angevin de Paris. Après le repas, en pleine nuit, il rentre seul chez lui. Il meurt soit en route soit une fois rentré, on ne sait. Que s’est-il passé ? On a parlé d’apoplexie. C’est ce qu’on dit chaque fois qu’un décès brutal frappe quelqu’un. Mais…apoplexie à 37 ans ?... Pourquoi pas… mais quand même !... Alors, que s’est-il réellement passé ? Le professeur Roger Amsler propose la version suivante :

Le poète était fragilisé par une maladie récurrente. Il sort en pleine nuit par un froid glacial, après un repas qui a dû être copieux dans une maison amie. C’est donc le froid qui l’a tué, parce que la maladie l’avait affaibli.

Il était arrivé "au bout du rouleau", selon une expression familière mais qui s’applique bien à son cas.

Joachim avait vécu une existence chétive et douloureuse. Il est mort mais laisse des vers qui ne mourront jamais. La flamme qui l’a consumé éclaire toujours son œuvre.


(à suivre... certainement...)

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Published by Gerard Nedellec
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