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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 07:59

A la demande générale, voici la fameuse dictée dont je vous ai parlé... Vous l'aurez voulu !

 

 

Dictée à proposer (sans illusion) à ceux qui sont fâchés avec l'orthographe…..

 

La nouvelle courut comme une traînée de poudre ce matin-là : il a encore sévi ! De qui pouvait-il bien s'agir ? Du vampire de Düsseldorf ? De Jack l'éventreur ? Que nenni ! Le nom dont chacun voulait bien libérer sa conscience par une réaction cathartique, mais n'osait articuler les quatre syllabes, était Bernard Pivot.

Cet aimable dilettante au professionnalisme sous-jacent, à la bonhomie désarmante, avait pris l'habitude chaque année, flanqué d'acolytes stipendiés, de concocter des dictées pleines de paradigmes abscons, de morphèmes abstrus, d'accords subtils, de phrasés arachnéens et d'amuïssements captieux, dans lesquels il se vautrait avec concupiscence comme dans le lucre ou le stupre, tel Sardanapale ou Caligula. Il lisait cette phraséologie savamment redondante d'une voix melliflue, avec un air paterne (mais austère), voire patelin, devant un parterre d'érudits émérites et de béjaunes ignares qui feignaient de tomber en catalepsie à chaque incongruité langagière. Auraient-ils voulu le faire qu'ils eussent perdu la face devant des compétiteurs prêts à leur tailler des croupières à chaque détour de monème.

(fin de la dictée pour les élèves de CP)

Désigné au début sous l'appellation gentillette de "dictée de Pivot", bien qu'il n'en fût pas l'auteur entièrement, le salmigondis orthographique s'appelait maintenant "les Dicos d'or", et allait prendre place dans le cœur des Français entre les Césars du cinéma et les Sept d'or de la télévision, quoique le nom prêtât à confusion. Pour certaines oreilles jobardes en effet, les Dicos d'or pouvaient faire penser aux dinosaures, tyrannosaures, et autres lézards géants de l’ère secondaire.

Ce dimanche matin donc, on s'aperçut que le galimatias amphigourique habituellement déversé sur les ondes nationales dans le cadre somptueux que s'étaient choisi les organisateurs n'était pas cette fois-ci totalement dénué de sens et chacun se répétait à l'envi les formules à l'emporte-pièce du texte, les idiotismes mâtinés de latin, les tropes polis pour être au net, les métaphores sibyllines, regrettant l'un un empêchement rédhibitoire, l'autre des impedimenta imprévisibles, qui les avaient empêchés, disaient-ils, de participer à ces festivités qu'ils savaient pourtant récurrentes.

Eussent-ils pu le faire, combien de fois n'auraient-ils point fauté devant toutes ces difficultés accumulées comme autant de peaux de bananes glissées sous leurs pas incertains ? Il fallait bien qu'ils se fissent une raison : cette épreuve n'était pas pour eux. Maudissant le nom abhorré et le vouant in petto aux gémonies, ils se dispersèrent sans bruit et rentrèrent au bercail regarder Dorothée* à la télévision.

 

 

 

*Ce texte datant de quelques années, on pourra remplacer Dorothée, totalement inconnue actuellement (excuse-moi Dorothée, mais c’est ainsi…..) par l’animateur (trice ?…) de son choix.

 

(Voilà une dictée dans laquelle Mérimée soi-même aurait fait moultes fautes ! C’est normal : il ne connaissait pas Pivot !…)

(Je vous aurais prévenus !... A plus...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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