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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 08:27

 

LE SAUVETEUR HÉROÏQUE

 

 

Ce hardi marin était aussi un sauveteur courageux. On ignore nombre exact de personnes qu'il a sauvées. Les multiples décorations reçues pour faits de bravoure indiquent qu'elles furent nombreuses. L'un de ses sauvetages eut une fin si originale qu'elle mérite d'être contée.

En 1847, il commandait la goélette "La Bretonne", mouillée dans la rade de Palerme. De la plage où il se trouvait avec John Box, un marin anglais dont le voilier n'était pas très loin du sien, il aperçut deux canots siciliens que des matelots essayaient de faire avancer par des coups de rames saccadés. Les passagers, trop nombreux pour la taille de la barque, firent bientôt basculer l'embarcation. Les marins, peu doués pour l'héroïsme, se sauvèrent à la nage, laissant les malheureux barboter dans l'eau en poussant des appels au secours.

N'écoutant que leur courage, les deux hommes, après s'être dévêtus entièrement, plongèrent et sauvèrent un à un tous les baigneurs improvisés. Puis, comme s'il s'agissait d'une simple baignade, ils revinrent tranquillement pour se rhabiller. Stupeur ! .... Des voleurs, ou des farceurs, avaient subtilisé leurs vêtements ! La police, que les cris des naufragés avaient attirée jusqu'au rivage, trouva les deux héros dans "le costume du Père Adam", comme on disait alors pudiquement. Cette tenue, jugée peu réglementaire par les pandores, leur valut un procès-verbal pour attentat à la pudeur. Malgré leurs protestations véhémentes, il ne fut tenu aucun compte des circonstances, pourtant largement atténuantes ! .... La loi, c'est la loi ! Ils durent payer l'amende ! Cette mésaventure renforça l'amitié des deux marins qui décidèrent d'échanger leurs prénoms. Le Bris adopta le surnom de John, tandis que Box répondit à celui de Jean-Marie !

Cet épisode tragi-comique n'empêcha pas Le Bris d'intervenir chaque fois que des vies étaient en danger. Sur la mer, les occasions ne manquent pas. En février 1849, une forte tempête soufflait sur la Manche. En trois heures, trois navires sombrèrent en voulant entrer dans le port de Boulogne. Grâce à d'habiles manœuvres dues à sa grande expérience, Le Bris put faire entrer sa goélette à l'abri des digues. Ne pouvant rester inactif alors que des marins risquaient la mort, il apporta aux secours son aide efficace. Six heures durant, les sauveteurs luttèrent pour essayer de sauver marins et vaisseaux. Sans succès. Le Bris rassembla un nouvel équipage avec lequel il bondit dans une barque.

- Souquez ferme les gars ! Il faut qu'on les sauve !

Hélas ! La mer était trop forte, les vagues trop violentes. Le canot chavira. Excellent nageur, il regagna la rive. Allait-il abandonner ? Non ! Il sauta dans une autre barque, suivi par des marins boulonnais, et repartit à l'assaut des éléments déchaînés. A force de persévérance, nos héroïques sauveteurs parvinrent à sauver sept hommes voués à une mort certaine. Aux félicitations que lui adressèrent les autorités, il répondit, à leur grande surprise :

- C'est égal ! Si j'avais été albatros, que de peines de moins, et combien de sauvetages de plus ! Si l'on pouvait manœuvrer en l'air comme eux, on s'abattrait sur les bâtiments en détresse et on repêcherait, un à un, les gens en danger ! ........

Son rêve de voler venait de trouver un allié de taille : son désir de sauver des vies. Désormais il allait lutter pour concilier ces deux sentiments afin que le rêve devienne réalité.

Jean-Marie Le Bris s'était marié une première fois en 1844, avait eu trois enfants dont l'un était mort très jeune. Sa femme mourut en 1854 et il se remaria la même année avec celle qui secondait sa première épouse dans le petit commerce de porcelaine qu'elle tenait. Il était souhaitable de donner une autre mère à ses deux enfants.

La nouvelle Madame Le Bris ne leur était pas inconnue. Elle les avait pris en affection, s'efforçant de suppléer, par sa gentillesse, l'absence de la mère. Elle déchargea son mari de ces préoccupations familiales pour lesquelles l'homme des grands espaces se sentait mal à l'aise. Il eut ainsi l'esprit libre pour se consacrer à la réalisation de son rêve. Mais comme un rêve ne nourrit pas un homme, encore moins une famille, il fallait bien trouver un travail plus lucratif. Il fit de nombreux voyages au long cours, qui l'emmenèrent de l'Atlantique à la Méditerranée, puis pratiqua le cabotage le long des côtes de la Manche et de l'Océan.

Après son second mariage, soucieux de ne pas délaisser trop longtemps sa famille, et surtout désireux de se livrer à la réalisation de son rêve, il accepta le commandement de "La Coquette", robuste bateau qui faisait la navette entre Douarnenez et Brest pour le transport du fret.

 

(à suivre...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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