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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 07:44

 

LA CONSTRUCTION DE L’OISEAU ARTIFICIEL

 

 

 

Il ne lui manquait plus qu'un endroit propice à ses travaux. Il lui fallait, outre la proximité de Douarnenez, le calme, la discrétion, et surtout un terrain d'expérimentation suffisamment grand. Un fermier lui loua une grange pour installer son atelier dans le hameau de Tréfenteg (on écrit aujourd'hui Tréfeuntec) sur la commune de Plonévez-Porzay. La plage de Sainte-Anne-la Palud toute proche constituait un terrain d'action rêvé pour ses essais. Le décor était planté, il ne restait plus au futur inventeur qu'à mettre en pratique sa théorie.

Chaque fois que "La Coquette" revenait à Douarnenez, il gagnait son atelier par des chemins côtiers qui abrégeaient la distance en longeant les plages du Ris, de Treizmalaouen, de Kervel. Dans le silence de son nouveau domaine, il commença à dessiner le plan d'un oiseau gigantesque en prenant modèle sur "ces rois de l'azur" dont il avait admiré les évolutions dans les mers du sud. Puis il passa à la réalisation concrète. Elle lui demanda de longs mois car la durée de ses escales était relativement courte.

Peu à peu, l'albatros prit forme, un albatros de bois et de toile de quinze mètres d'envergure, à la silhouette légère, au galbe harmonieux, mais à la charpente solide et résistante.

Le corps fuselé de la machine, qu'on appellera d'ailleurs plus tard le fuselage, ressemblait à celui d'un oiseau. Il était constitué d'une armature de frêne, recouverte de toile tendue imperméabilisée et terminée par une queue faisant office de gouvernail, construite de la même façon. La toile recouvrant les ailes pouvait être tendue ou relâchée afin de leur donner un angle d'inclinaison variable.

Le pilote se tenait debout dans cette barque spéciale. Pour effectuer les différentes manœuvres, il actionnait deux leviers reliés aux longerons. Il les avait munis de ressorts compensateurs afin de les manipuler sans trop d'efforts.

Son idée du début avait mûri. Il avait compris que le vol exigeait l'incidence variable des ailes, le gauchissement, et la déformation des extrémités de la voilure afin de déplacer le centre de gravité selon les besoins.

La machine avait fière allure. Elle avait été fabriquée avec toute la rigueur voulue, les commandes réclamant un soin spécial car c'est d'elles que dépendrait la réussite de l'expérience, ce dont notre inventeur ne doutait pas.

Il lui restait à régler la question de l'envol. Dans les expériences réalisées par ses prédécesseurs, ils se laissaient tomber d'un endroit élevé, réalisant ensuite un vol plané plus ou moins long jusqu'au sol. Un autre précurseur de l'aviation, le Lyonnais Mouillard, avait construit son propre appareil qu'il décrivait ainsi : "un bâti léger en perches souples et fortes de châtaignier, ayant la forme du corps d'un oiseau."

La ressemblance entre les deux engins est flagrante, avec une différence de taille : celui de Le Bris était fignolé, tandis que Mouillard avouait que le sien "était mal conçu", et que "c'était une ébauche". Toujours est-il qu'avec "cette ébauche", ce dernier s'élança le 10 octobre 1856 du toit d'une maison, et parcourut une assez grande distance avant de se poser.

Il s'agissait d'un vol plané sans ascension préalable. Le Bris, lui, voulait s'envoler seul, nous dirions maintenant décoller, pour employer un verbe que l'on n'utilisait pas dans ce sens précis à l'époque.

Il est probable que Le Bris fut informé des essais de son concurrent. Il était impatient mais devait attendre un temps favorable, notamment un vent bien orienté car il avait compris qu'il lui faudrait attaquer le vent à une vitesse satisfaisante pour s'envoler. Comment donner cette vitesse à son albatros ? Sur terre, seul le cheval était susceptible de tirer son engin pour lui donner la vitesse suffisante. Et encore, il n’en était pas certain…..Il avait bien pensé à un bateau lancé toutes voiles dehors. Mais il préféra pour plus de sécurité la solution terrestre.

Cela réglé, il existait encore d'autres problèmes car l'appareil n'avait pas de roues. Certes, les frères Félix et Louis du Temple avaient, la même année 1856, construit un aéroplane modèle réduit, qu'ils eurent l'idée de munir de roues. Il possédait aussi une hélice entraînée par un mouvement d'horlogerie. Ils avaient pris modèle sur la machine de deux Britanniques, Henson et Stringfellow, construite en 1847, présentant tous les organes essentiels d'un avion moderne, ainsi que d'un moteur à vapeur, malheureusement trop faible pour entraîner cette masse.

En marin qu'il n'avait jamais cessé d'être, Le Bris pensa au lancement d'un navire, posé sur son berceau de bois jusqu'à son entrée dans l'eau. Il plaça sa barque ailée sur un ber qui la maintiendrait avant son envol et qu'il libérerait dès que la vitesse serait suffisante. Le fermier qui lui louait la grange accepta de prêter sa charrette et son cheval le plus fringant. Une corde solide reliant la charrette à l'appareil permettrait de le tirer dès qu'il aurait quitté le ber, et lui faire prendre de la hauteur. Elle se déploierait au cours de cette manœuvre jusqu'à ce que le pilote juge l'altitude convenable pour évoluer seul.

Tout étant ainsi pensé, il ne restait plus qu'à attendre un jour favorable.

 

Voici une photo représentant  Jean-Marie Le Bris dans son "Albatros"... (photo d'époque...)

 

L-Albatros-de-Jean-Marie-Le-Bris.jpg 

(A suivre...)

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Published by Gerard Nedellec
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