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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 08:49

 

Je vais vous parler maintenant d'un précurseur méconnu de l’aviation : Jean-Marie Le Bris. Bien entendu, vous n'avez jamais entendu parler de lui... Pourtant, il fut le premier homme à s'élever du sol, certes pas par ses propres moyens, mais quand même... L'idée de l'avion était là ! Alors, chaussez vos lunettes... (Ah bon ! Vous n'en portez pas... Alors, ne chaussez pas vos lunettes...)  et lisez. Il me faudra plusieurs jours pour vous narrez le premier vol de ce pionnier.

Let's go !  Comme disent les Anglo-Saxons... Allons-y comme nous disons...


 

Ne cherchez pas le nom de Jean-Marie Le Bris dans les dictionnaires ou encyclopédies usuelles. Il ne s'y trouve pas. Par contre, vous trouverez celui de Joseph Le Brix, pionnier de l'aviation, et je me demande si l'on ne confond pas les deux hommes ! La pratique de la locomotion aérienne ne semble commencer qu'avec Clément Ader. Il est assurément l'inventeur du mot "avion", nom qu'il avait donné à son appareil. Personne ne songe à contester ses mérites. Mais il n'est pas le premier homme à s'être élevé au-dessus du sol en 1890. Un Breton avait réalisé cet exploit 34 ans plus tôt : Jean-Marie Le Bris !

 

 

LE MARIN

 

 

Jean-Marie Le Bris est né le 25 mars 1817 à Concarneau, troisième garçon de Michel-Marie Le Bris et de Perrine-Rosalie Riou. Son père, capitaine de barque, quitta bientôt la navigation et vint habiter Douarnenez avec sa petite famille où on lui proposa la place de Maître de quai.

Le jeune Jean-Marie reçut une instruction sommaire que sa vive intelligence et son sens pratique lui permettront d'approfondir au cours d'une vie riche et agitée. Il n'avait pas onze ans quand son père le fit embarquer comme mousse. Pour un enfant dont les principales activités consistaient à sauter de barque en barque, à grimper aux mâts, à passer le plus clair de son temps sur le port, il ne pouvait en être autrement.

Pendant six ans, il roula sur tous les océans. Etant très observateur, la navigation n'eut bientôt plus de secret pour lui, d'autant plus qu'il consolidait ses connaissances pratiques par l'étude des livres.

A 17 ans, le voici matelot, puis à 19, second du brick "Le Paul". En 1837, l'heure du service militaire étant arrivée, il se présenta à Brest à la caserne de la Marine qui dominait alors le port militaire. Le nouveau marin de l'Etat allait parfaire son éducation par la pratique de la discipline et la rigueur militaires. Ce n'était d'ailleurs pas un novice qui s'embarqua sur la corvette "L'Héroïne". Ce bateau partait pour les mers australes afin de protéger les baleiniers français dont certains devaient subir les attaques des indigènes. La perspective d'un long voyage ne l'effrayait pas. C'est heureux, car la croisière durera 25 mois.

Un tour du monde de plus de deux ans au cours duquel le navire doublera le Cap de Bonne Espérance et le redoutable Cap Horn. C'est aussi durant ses moments de repos que Jean-Marie fera la connaissance des grands oiseaux planeurs : albatros, frégates, pétrels. Leur vol feutré et élégant, leurs évolutions gracieuses, intéressa au plus haut point notre homme. Qui n'a jamais eu l'envie de glisser dans l'air comme les oiseaux ?

De nombreuses tentatives avaient été effectuées depuis trois siècles par des chercheurs pittoresques, inventeurs d'étranges machines destinées à évoluer dans les airs. Malheureusement pour eux et pour la science, leurs essais se soldèrent par des échecs.

Pas tout à fait néanmoins, car leurs travaux serviront à d'autres qui les perfectionneront. L'idée de voler était "dans l'air", si j'ose dire ....... et ceci, depuis Icare et Dédale ! Puisque les oiseaux volaient, il fallait imiter ces volatiles et doter l'homme d'une paire d'ailes mobiles capables de le soutenir dans l'air et pourquoi pas, de le faire avancer ! Les premiers essais de vol plané se terminèrent pas des fractures. Un serrurier de Sablé dans la Sarthe, Besnier, imagina même qu'on pouvait nager dans l'air comme dans l'eau. Il adapta sur ses épaules un système composé de deux bâtons munis de volets en tissu que l'on pouvait actionner avec les pieds. Il réussit uniquement quelques sauts planés mais l'expérience est assez amusante pour être signalée.

D'autres inventeurs construisirent des machines volantes à ailes fixes ou battantes. Si l'on put en faire décoller du sol, elles étaient trop petites pour emporter un homme.

Jean-Marie Le Bris avait certainement eu connaissance de ces travaux et rêvait peut-être devant les grands oiseaux qui évoluaient dans le sillage du navire avec une aisance naturelle du jour où il pourrait les imiter.

Lorsque le bateau se trouvait à des milles des côtes, perdu entre le Cap de Bonne Espérance et le Cap Horn, ces oiseaux étaient les seuls êtres vivants que les marins rencontraient. Leur grande distraction consistait à les attraper à l'aide d'une ligne sur laquelle était fixé un appât. Lorsqu'ils étaient ramenés sur la dunette, "ces rois de l’azur, maladroits et honteux, laissaient piteusement leurs grandes ailes blanches comme des avirons traîner à côté d'eux", comme l'écrira plus tard Baudelaire dans son célèbre poème "L'albatros".

Le Bris, que seul l'aspect aéronautique intéressait, se contentait d'observer leur comportement, principalement le balancement de leurs ailes, leur changement de position suivant les courants aériens, le frémissement parfois imperceptible des grandes plumes blanches et grises.

- « Le secret du vol est là ! ..... disait-il fréquemment. A moi de le découvrir !

Mais comment le connaître ? Il avait regardé de près des oiseaux attrapés par ses camarades. Peu à l'aise sur les planches, ils lançaient des coups de leur bec crochu en direction des imprudents qui voulaient s'approcher trop près. Pas question dans ces conditions de leur demander d'étendre leurs ailes afin d’en mesurer l’envergure !

- Demande-lui poliment ! ....... Il acceptera peut-être ! .......

- Vous pouvez vous moquer ! ...... Il n'empêche que si je pouvais effectuer toutes les mesures nécessaires ........ j'en saurais un peu plus !

- Tue-le ! ..... Tu pourras le manipuler sans difficulté ! lança quelqu'un.

- Le tuer ?..... Vous n'y pensez pas ! Je ne suis pas un tueur !

- Comme tu veux ! Ce que j'en dis, c'est pour te rendre service. Si tu désires vraiment observer un tel oiseau de près, il n'y a qu'une solution : tue-le et étudie-le après !

Jean-Marie resta silencieux. Son camarade avait raison. Il faut savoir ce qu'on veut dans la vie ! Et Jean-Marie voulait connaître le secret du vol des albatros !

- Après tout, je fais une expérience scientifique ! fit-il pour se donner bonne conscience. Je dois tuer cet animal pour compléter mes observations ! Le progrès est à ce prix !

Il put ainsi compter, calculer, mesurer, étudier l'ossature des ailes, leur mobilité, la position des plumes, leur agencement régulier. Il nota tout.

- Bigre ! fit-il, près de trois mètres d'envergure !

Mais à part cette observation intéressante, il ne découvrit rien qui lui fit comprendre avec certitude la raison du vol des grands oiseaux. Aucun secret ne se dissimulait sous les plumes touffues. Il considéra avec lassitude l'albatros qui gisait à ses pieds et s'assit sur des cordages enroulés. Poussée par un joli vent, la corvette filait bon train. Dans son sillage, les grands planeurs aux ailes mouvantes semblaient le narguer.

- Tiens ! fit-il brusquement en saisissant l'oiseau mort par les ailes ouvertes, envole-toi ! Va rejoindre tes congénères si tu le peux !

A sa grande surprise, il sentit que ses mains allaient lâcher leur prise.

- Mais, ma parole, il veut s'envoler !

Il recommença en le maintenant plus fermement. Les ailes déployées face au vent, l'oiseau mort devenait plus léger. Il dut serrer plus fort pour ne pas que l'animal lui échappe. Il refit cette expérience plusieurs fois, obtenant le même résultat.

- Je crois que j'ai trouvé ! lança-t-il à ses camarades. Il faut que je note cela si je veux m'en souvenir plus tard !

Il écrivit donc ce qu'il considéra comme les grandes lignes de sa théorie.

" L'homme, la nacelle, le vaisseau aérien doivent se modeler sur ce qu'il y a de plus grand dans la nature. ..... Les grands volatiles ne font aucun effort. Ils se livrent à la brise qui les porte d'autant mieux qu'elle est plus fraîche. Ils s'assoient sur l'air agité, les ailes étendues, et puis, une fois soutenus, les moindres battements leur suffisent pour se diriger dans tous les sens. Voler, c'est glisser. Ils montent comme des cerfs-volants, par un glissement. Ils descendent aussi le plus souvent en glissant, mais à la faveur de leur poids. Veulent-ils être entraînés par le vent ? Ils mettent leurs ailes en éventail. Enfin, ils gouvernent par la combinaison de leurs trois moyens : le poids, les ailes et la queue."

Vingt-cinq mois après son départ, "L'Héroïne" franchissait le goulet de Brest le 3 août 1839. Moins d'un an plus tard, Jean-Marie Le Bris redevenait civil. Il fallait bien vivre. Il trouva plusieurs embarquements car c'était un marin accompli, passa avec succès son brevet de Maître de cabotage en 1843. C'était alors un homme doté d'une force peu commune, énergique, déterminé, compétent.

  (A suivre...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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