Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 18:41

 

 

 

Voici une légende qu'on racontait autrefois dans les veillées et qui se transmettait de générations en générations. Comme beaucoup de légendes, elle comportait une part de vérité et on pouvait en tirer une morale. La Fontaine s'est peut-être inspiré de cette histoire quand il a écrit sa fable ''Le savetier et le financier''... On peut retenir un enseignement parmi d'autres : l'argent ne fait pas le bonheur ! On ajoute parfois : il en faut certes, mais sans plus... D'autres disent : pourvu qu'il y ait un petit billet qui pousse l'autre... et Boris Vian ajoutait : l'argent ne fait pas le bonheur... de ceux qui n'en ont pas... Je sais... Cette citation a été attribuée à Pierre Dac... On ne prête qu'aux riches !

Mais revenons à nos moutons... si je puis dire...

 

Il y a de cela très très longtemps, vivait dans son beau château un seigneur tellement riche qu'il n'était pas obligé de travailler et passait ses journées à musarder, à flâner, si bien qu'il se trouvait désœuvré et s'ennuyait fort. Il regardait avec pitié et une certaine condescendance les malheureux qui étaient obligés de travailler dur du matin au soir pour gagner de quoi vivre chichement. Aussi, étant voué à l'inactivité, il ne savait rien faire de ses dix doigts.

A l'ombre du château, dans une misérable cabane, vivait un humble vannier qui gagnait pauvrement sa vie en tressant des corbeilles. Pour cela, il devait aller chercher des joncs au bord des ruisseaux des alentours s'il voulait obtenir la matière première pour son travail. Cela lui prenait beaucoup de temps, qui s'ajoutait à celui passé à confectionner ses paniers ou corbeilles. C'est dire que les journées n'étaient pas assez longues et qu'il travaillait dès le lever du soleil jusqu'à son coucher, et encore continuait-il parfois à la lueur d'une chandelle fumeuse...

Il aurait pu maudire le sort qui lui était contraire, et envier le riche seigneur qui faisait bombance tous les jours et passait ses journées dans le plus parfait désœuvrement... Mais jamais il ne s'était plaint ! Jamais il n'avait proféré la moindre récrimination ! Quand il avait vendu ses paniers, il s'achetait de quoi manger un peu, et se serrait la ceinture quand la vente était mauvaise. Que sa bourse soit garnie... ou plate, il gardait toujours une humeur égale, toujours plaisantant, toujours chantant quelque chanson joyeuse, comme si le roi avait été son cousin et qu'il eût été l'homme le plus fortuné du monde.

Cela agaçait au plus haut point son voisin le seigneur qui entrait dans une colère noire dès qu'il l'entendait chanter, ce qui arrivait souvent.

-Comment, éructait-il, ce maudit vannier n'a pas un liard vaillant, est plus pauvre que Job lui-même ! Il ne doit pas manger tous les jours à sa faim ! Pourtant, il chante comme s'il avait le ventre plein et possédait tous les trésors de l'univers ! Et moi, dont les coffres regorgent de tant de trésors que je ne sais qu'en faire, qui pourrais si j'en avais le désir m'offrir tous les plaisirs du monde, moi le seigneur de ce lieu, je suis triste et grincheux, je me morfonds tellement dans mon grand château, je m'ennuie comme une croûte derrière une malle ! Oui, je suis jaloux de ce gueux ! Cela ne peut plus durer ! Maudit vannier, je vais te clore le bec de belle façon !

Il appela ses gens :

-Hola vous autres mes valets ! Qu'on aille bien vitement me brûler cette misérable cabane de ce misérable vannier et que dans une heure il n'en reste plus que cendres !

Les valets exécutèrent l'ordre donné par leur seigneur. Comme la cabane était en bois, elle flamba comme une torche. En revenant de sa cueillette de joncs, portant le volumineux fagot sur l'épaule, le vannier ne put que constater que la disparition de son logis dont il ne restait que des cendres fumantes.

Un court instant il fut saisi par le découragement. Il y avait de quoi et j'en connais plus d'un qui auraient abandonné la lutte et seraient partis loin... Pas lui ! Très vite il serra les poings et décida que les choses ne s'arrêteraient pas là. Bien entendu, il avait deviné d'où venait ce coup bas. Mais que pouvait-il faire, pauvre vannier, contre son riche et puissant seigneur ?

On lui avait parlé, il y a longtemps, d'un magicien fameux, dont on disait qu'il avait au moins 100 ans... et dont la réputation de magie s'étendait sur toute la contrée. Voilà un homme qui, à défaut de l'aider, pourrait au moins lui donner des conseils. Il alla le trouver et raconta sa mésaventure, demandant humblement un conseil.

-Mon ami, dit le sorcier, cela m'est facile de te donner plus qu'un conseil et je vais te rendre ce service car tu es un brave et honnête vannier, tandis que ton seigneur est le seigneur le plus malveillant, le plus nuisible et le plus inutile qu'on puisse trouver. Je vais lui donner une leçon dont il se souviendra j'en suis sûr !

Au même moment, sans qu'il puisse expliquer comment cela s'était produit, la vannier se retrouva sur une île inconnue, en face de son seigneur tant redouté. Vous dire leur surprise à tous les deux serait superflu je pense car vous l'imaginez aisément. Mais ce n'était pas cela qui les inquiétait : ils étaient entourés par des sauvages qui tournaient autour d'eux en poussant des cris nettement inamicaux, en agitant des immenses sagaies. Il était clair qu'ils voulaient les tuer...

-Grâce ! Implora le vannier. Ne me tuez pas ! Je vous apprendrai des tas de choses que vous ne connaissez point et qui vous seront fort utiles ! Demandez-moi et vous verrez !

-Soit ! Nous acceptons de voir... Et ton compagnon ?

-Oh, mon compagnon... je ne m'en soucie guère ! Demandez-lui ce qu'il sait faire... Peut-être cela vous conviendra-t-il !

-C'est d'accord, nous attendrons pour lui comme pour toi...

Aussitôt, le vannier commença d'abord par rechercher de lianes fines qui pouvaient remplacer le jonc, et se mit à l'ouvrage avec ardeur. Il apprit à ces hommes sauvages comment on fabriquait des paniers et des corbeilles, fort utiles pour rapporter les oiseaux tués dans leurs chasses, les poissons pêchés dans la mer, ou encore les fruits cueillis aux arbres. Ces hommes ignorants furent tellement contents qu'ils voulurent faire du vannier le roi de leur île. En même temps, comme le seigneur n'avait pu rien leur apprendre, ils l'avaient attaché à un arbre et s'apprêtaient à le tuer à coups de flèches. Pourquoi en effet garder et nourrir une personne qui ne rendrait jamais le moindre service et serait toujours inutile ?

Au moment où l'un des sauvages bandait son arc pour décocher une flèche mortelle, le ciel devint d'un noir d'encre, tandis que le tonnerre se mit à gronder très fort et que des éclairs sillonnèrent le ciel. La mer se creusa et s'enfla tant qu'elle se dressa toute bouillonnante au-dessus de l'île, emportant le vannier et le seigneur qui se retrouvèrent comme par miracle devant le sorcier centenaire au milieu de la forêt.

-Alors, mauvais seigneur, dit-il, cette leçon t'aura-t-elle profité ? Ton or t'aura-t-il été d'un quelconque profit, si tu n'es pas capable de produire quelque chose d'utile ? D'après toi, à quoi servent les richesses si ce n'est pour en faire profiter son prochain ? Et dis-moi donc à quoi cela sert-il de vivre sur la terre si ce n'est pour secourir son frère malheureux ? Je suis curieux d'entendre ta réponse !

-Tu as raison, répondit le seigneur la tête basse et tout contrit. Oui cette leçon m'aura profité, j'ai compris ce que tu as voulu m'enseigner à travers ces épreuves. Je jure que désormais je ferai au vannier, mon ami, autant de bien que je lui ai fait de mal !

Le seigneur tint parole. A l'endroit où se dressait sa misérable cabane, il fit construire une coquette maisonnette et lui donna en plus un bon quart de sa fortune. Ainsi le vannier vécut riche, continuant à chanter et à plaisanter, et continuant aussi à fabriquer ses paniers et corbeilles en osier (il avait préféré ce matériau plus noble que le jonc...) car, disait-il : « le travail est vraiment la source de toutes les joies, de toutes les richesses. ».

Le seigneur pour sa part, accueillait avec bienveillance tous les miséreux qui venaient frapper à la porte du château. De plus, il avait voulu imiter son ami le vannier et s'était mis aussi au tressage de l'osier. Il ne s'ennuyait plus et même... on le dit... il s'était mis à chantonner tout en travaillant... Lui aussi pensait, comme La Fontaine le dira beaucoup plus tard, « que le travail est un trésor ! »

 

(Extrait de mon dernier livre : "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père")

 

Allez, à plus...

Partager cet article

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article

commentaires

Josette 09/06/2014 00:00

Je n'avais jamais entendu cette histoire. Merci!

Présentation

Recherche

Liens