Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 09:46

 

 

Les tempêtes sont fréquentes sur les côtes bretonnes. Comme la côte est rocheuse et découpée, les naufrages y étaient fréquents autrefois, naufrages suscités parfois par ceux qu'on a appelé « les naufrageurs ». Mais si la civilisation a fait disparaître cette macabre coutume, il n'en reste pas moins vrai que voici deux siècles les produits rejetés par la mer lors d'un naufrage étaient guettés par les autochtones.

Dans la baie d'Audierne, il y avait un sauvage qu'on appelait Philopen. Il régnait sur ces étendues maritimes, armé d'un croc de fer, à la recherche de quelque épave que le flot aurait rejeté.

D'où venait-il ? On ne le sait exactement. On pense qu'il avait été déposé tout enfant par l'équipage d'un navire étranger sous le porche de l'église de Tréguennec. Il avait grandi seul sur la grève et ne connaissait d'autre loi que la sienne. Vêtu d'un manteau de toile goudronnée qui le protégeait des intempéries, on voyait sa grande silhouette fantomatique sauter de rocher en rocher.

Il vivait dans une cabane, quelques pierres recouvertes d'un toit en gazon. Son lit était fait d'algues séchées et sa fortune se composait, outre son croc de fer, son instrument de travail, d'une cruche de terre. Quelques pêcheurs cherchèrent à l'approcher. Peureux, il s'enfuyait. Une fois il ne put refuser la lutte. Yan-Bras, le lutteur de Scaër, vint le provoquer. Mais Philopen le serra contre sa poitrine et laissa Yan-Bras retomber raide. Depuis, personne ne s'avisa de le rencontrer.

Un jour cependant, on vit s'approcher de sa tanière une mendiante comme on en rencontrait beaucoup en Bretagne à l'époque. Comment la mendiante avait-elle réussi à apprivoiser le sauvage ? Désormais on ne les voyait jamais l'un sans l'autre, courant sur les rochers après les tempêtes en quête de butin. La Révolution passa, la République, l'Empire. Philopen et sa compagne ne s'intéressaient à rien d'autre qu'au bruit du vent et l'annonce d'une tempête.

Un jour, on vit Philopen courir comme un fou, seul, le long des rochers, en poussant des cris de douleur. Puis on ne le vit plus. Une patrouille de douaniers s'enhardit à entrer dans la cabane. Tout était calme et silencieux. Au fond, sur un lit de varech, il virent la mendiante morte. Accroupi près d'elle, lui tenant les deux mains, Philopen semblait veiller. En s'approchant, ils s'aperçurent qu'il était mort également...

Gérard Nédellec

(A plus...)

Partager cet article

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche

Liens