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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 18:52

 

Une histoire d'un genre encore différent , extraite d'un recueil qui n'est pas encore paru et qui ne le sera vraisemblablement pas... Son titre ? "Histoires abracadabrantes"... vous l'aurez vite remarqué...  Mais vous aurez peut-être la primeur des histoires les plus intéressantes...

 

 


La salle à manger de ce grand restaurant parisien était presque remplie en ce beau dimanche de printemps. L'élégance se voulait raffinée. On se sentait entre gens de bonne compagnie. Le homard "Thermidor" côtoyait la langouste "Bellevue". Le veau Orloff fraternisait avec le gigot à la Mirabeau. Le caneton rouennais "à la Philéas Gilbert" saluait la poularde "à la Bernier". La pauchouse bourguignonne congratulait la bourride marseillaise.

La Coulée de Serrant répandait ses flots dorés délicieusement fruités. Le Meursault rivalisait avec le Chablis, le Chambertin avec le Nuits-Saint-Georges, le Château-Pétrus avec le Château-Ausone. Le Mouton-Rothschild trinquait avec le Mouton-Cadet.

 

Des serveurs vêtus comme des princes russes glissaient entre les tables, tenant d'une main experte les plats dont la composition était d'abord un régal pour l'œil.

Des sommeliers en tenue de gala faisaient sauter les bouchons avec une désinvolture qu'une longue expérience rendait naturelle.

Un parfum de bien-être, mêlé au fumet des mets servis, flottait sur cette assemblée de gens à l'aisance confortable et discrètement voyante...

Tout respirait une satisfaction profonde, un bonheur réjoui. Les conversations étaient en harmonie : douces, détendues, discrètes, savantes.

Soudain, la porte s'ouvrit, un individu aux manières populaires et à la tenue négligée se présenta et lança d'une voix forte :

- « Je suis le roi Richard !

De surprise, un garçon faillit renverser la sauce sur l'habit du baron d'Agneaux, un autre manqua d'éborgner un ancien Président du Conseil avec l'antenne d'une langouste "Bellevue" couvant ses médaillons comme une poule ses poussins. C'eût été un comble ! Le sommelier sursauta et aspergea le châle en cachemire de la femme du sous-préfet de Porspoder d'une giclée de Moulin-à-vent.

Le maître d'hôtel qui servait des suprêmes de turbotin "Raquel Meller" à une tablée de membres du Conseil d'Administration du Crédit Auvergnat avala son dentier de saisissement.

- Je suis le roi Richard ! continua l'intrus d'une voix gouailleuse en s'avançant légèrement.

Le silence s'était établi dans la salle où l'on aurait entendu voler un chronomètre en or. Tous regardaient avec gêne ce personnage qui n'était même pas en habit et avait osé les interpeller sans être présenté. Le directeur appela discrètement la police qui arriva peu après. Deux agents se saisirent du quidam qui déclarait pour la sixième fois :

- Je suis le roi Richard !

Ils l'emmenèrent et le calme retomba sur la docte assemblée.

- C'est curieux, fit la marquise de Grand Air, je l'aurais cru plus grand !

- Qui donc ? lui répondit l'amiral Larima.

- Le roi Richard, voyons !

- Mais ma chère, il est mort voici près de huit siècles.

- Déjà ? Comme le temps passe !

Pendant que cette conversation fort instructive se déroulait dans la salle du grand restaurant qui retrouvait sa sérénité et où le cliquetis des fourchettes et couteaux avait repris, le roi Richard était conduit directement au commissariat. On l'enferma dans une cellule tandis qu'il déclinait son identité pour la vingtième fois.

- Cet individu est bizarre, fit un agent. D'habitude, ils se prennent pour Napoléon... ou Charlemagne ! C'est le premier qui se prétend le roi Richard... Mais, qui est donc le roi Richard ?

- Bah ! répondit son voisin, qui ne le savait pas davantage, ce doit être un roi de France quelconque... Quelle importance ! Le roi Richard ou le roi René ou le roi Charles, c'est un roi qui est tellement vieux, qu'il doit être mort actuellement ! Passe-moi plutôt ses papiers : je les range dans le tiroir de droite. Le commissaire les trouvera demain à son retour. En attendant, ajouta-t-il au prisonnier, on dort calmement et en silence !

Le lendemain, dès son arrivée, le commissaire prit connaissance des papiers de l'individu qui se morfondait dans la cellule depuis la veille. Sur sa carte d'identité, il put lire son nom : Richard Leroy.

- Mais… Qu’est-ce qui vous a pris de pénétrer dans ce restaurant où, manifestement, vous n’aviez rien à faire ?

- C’est tout simple répondit le sieur Richard Leroy. Je venais d’apprendre que j’étais embauché à la cuisine de ce restaurant.

- A la cuisine ?… Dans ce palace ?... Vous ?…

- Oui ! Pourquoi ?… Ah ! Je comprends : je venais d’être pris comme plongeur !… Pas comme cuisinier ! Alors je me suis trompé de porte tout simplement !

- Eh bien, on peut dire que vous avez fait sensation !

- Sensation désagréable je le crois... Au lieu de plonger dans le petit bain, j’ai directement plongé dans le grand bain !

- J’ai peur que votre situation soit compromise. Quelle idée d’interpeller ainsi les clients ?

- Je pense que c’est un reste de mon ancien rôle. Je jouais au théâtre aux armées, je devais entrer en scène en déclarant d’une voix assurée : Je suis le roi Nabuchodonosor ! Malheureusement, j’ai tout mélangé. Je suis entré sur la scène complètement paralysé par le trac en bredouillant : je suis le roi Nadobu…..Nachonodobu…..Badonochodobu……..Nabadadabodudodo……Et puis zut et zut !… Je suis le roi des andouilles !

Le commissaire n’avait pu s’empêcher de sourire.

- Alors, continua notre acteur improvisé, j’y pensais en entrant, par distraction, par la grande porte du restaurant, et je me dis que je pourrais m’annoncer ainsi : je suis Le roi Richard….Vous comprenez ?

- Je vois…

- Et vous aurez remarqué que j’ai dit mon nom sans me tromper ! "

 

(to be followed... of course !)

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Published by Gerard Nedellec
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