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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 08:34

 

Les enfants ronchonnaient pour la forme mais promettaient. Chaque fois que l’un d’eux venait lui rendre visite, elle disait :

- N’est-il pas beau, mon rhodo ?....Regardez-moi c’te feuillage, et ces fleurs quand qu’il y en a !....Pour sûr, c’est qu’il est dans une bonne terre !....Aussi, gardez-le bien précieusement !.....

- Il est bizarre, ton rhodo !....disaient-ils. Ses fleurs sont jaunes. D’habitude, les fleurs de rhodo sont rouge carmin !....

- C’est vrai, répondait-elle. Mais il existe aussi des rhodos jaunes. C’est pus rare, mais y en a. A preuve !....D’ailleurs, c’te rhodo, il a de bonnes raisons d’êt’ jaune !....Et puis, moi j’préfère les rhodos jaunes !

- Ne te fâche pas, la mère ! Tu fais ce que tu veux chez toi !.....

Rentrés chez eux, ils disaient :

- Elle nous casse les pieds avec son rhodo !....Elle n’en a que pour lui !

- Si je pouvais, je le couperais !....

Il n’empêche ! Lors de la floraison, en avril-mai, le rhododendron développait ses superbes fleurs jaune d’or. La façade de la petite maison en était toute éclaboussée….La mère Mautorte venait alors s’asseoir près de son rhodo favori. Là, elle se laissait aller à une douce torpeur. Elle s’assoupissait même parfois.

Un jour, elle fut hospitalisée à Bayeux pour une affection bénigne, mais à son âge le médecin avait préféré ne pas prendre de risques. Chaque fois que ses enfants venaient la voir, elle leur serinait les oreilles avec son rhodo :

- Occupez-vous ben d’lui pendant que j’sieu pas là ! disait-elle.

- Mais tu sais bien que les rhodos, il ne faut pas trop les arroser ! répondaient-ils. C’est toi qui nous l’as dit.

- P’têt !....Mais occupez-vous d’lui quand même ! C’est qu’il m’est précieux, ce rhodo-là !....

- Oui…plus précieux que nous ! fit l’un d’eux mezza voce.

La mère avait toujours eu l’ouie fine. Elle entendit cette remarque acerbe et répondit :

- Mais vous, mes enfants, vous êtes hors concours ! Vous n’allez tout d’même pas être jaloux d’un pauvre rhodo ?....

- Ben !.....Parfois, on se demande si tu ne préfères pas ton rhodo à nous !

- Quand même pas ! Mais si j’vous dis que c’te rhodo m’est précieux, vous pouvez m’croire ! Aussi, je répète, prenez-en bien soin !

Elle guérit et rentra chez elle. La vie continua, la mère Mautorte vieillissait doucement. Elle était toujours aussi attachée à son rhodo. Un jour d’avril, elle eut une attaque cérébrale. On la porta sur son lit, ses enfants accoururent. Elle voulait parler mais aucun son ne sortait de ses lèvres. Elle s’agitait en semblant désigner quelque chose. Les enfants crurent comprendre qu’elle s’inquiétait pour son rhododendron.

- Mais ne t’inquiète pas ! Nous en prendrons soin de ton rhodo !....

Elle cherchait manifestement à dire quelque chose. Mais quoi ?....Les enfants étaient penchés au-dessus d’elle. Elle faisait de grands efforts pour parler, essayant de se soulever. Sa bouche se contracta et elle dit soudain : Louis…..rhodo…..Du moins, les enfants affirmèrent-ils l’avoir entendu dire ces mots.

Louis et rhodo !....Toujours cette hantise qu’ils ne s’occupent pas de son arbre favori ! Même sur son lit de mort !....Ah !...Elle exagérait quand même !....Quant à Louis, personne ne s’appelait ainsi à leur connaissance ! Leur père se prénommait Léon ! Le grand-père Victor !.....Serait-ce un cousin inconnu ?.....Comme elle était fort agitée, dans le but de la calmer, l’un d’eux dit :

- Oui…Louis….et ton rhodo…Compris…..On s’en occupera….

Elle sembla alors soulagée. Son visage se détendit, elle se laissa retomber sur le lit, ferma les yeux et mourut.

- Qu’a-t-elle voulu dire par Louis ?....Tu as compris, toi ?....

- Rien de rien ! J’ai dit que j’avais compris pour qu’elle retrouve la paix. Et toi ?

- Brin !....

Après l’enterrement, les enfants se réunirent. L’aîné continua à s’occuper de la ferme, les autres se partagèrent quelques sous. Un bien maigre héritage en vérité !....

- C’est quand même étonnant, fit l’un d’eux. J’aurais cru qu’ils avaient quelques économies. Il semble me rappeler que pendant la guerre, ils ont gagné beaucoup d’argent !

- Ils l’ont apparemment dépensé !....

- Je voudrais bien savoir ce que signifiait ce Louis qu’elle nous a dit avant de mourir !....

- Un amour de jeunesse….peut-être !....

- En tous cas, son rhodo, je ne veux plus en entendre parler !....Je crois que je suis vacciné contre les rhododendrons pour longtemps !

Ils vendirent la petite maison au rhododendron. Ils ne voulaient plus voir cet arbuste somptueux : il leur rappelait trop leur mère. C’est un jeune couple qui l’acheta. Ils avaient trouvé le rhododendron superbe, mais pensèrent qu’il était mal placé. Ils attendirent le mois de décembre pour le déterrer et le replanter dans un endroit plus approprié où il pourrait montrer sa magnificence : un peu d’ombre et un peu de soleil.

Le jeudi 5 décembre 1991, après son travail, le mari entreprit de déterrer le rhodo. Il n’avait pas choisi cette date parce qu’elle marquait le 200è anniversaire de la mort de Mozart. Non : je vous assure que c’était un pur hasard…Bref, il commença à creuser tout autour afin de bien dégager les racines et pouvoir le replanter avec succès. Une chance : le rhododendron se transplante assez facilement. Notre homme avait su choisir le moment favorable.

Soudain, son louchet heurta quelque chose de dur. Un caillou plus gros que les autres sans doute !....Il décida de le contourner. Au bout d’un quart d’heure, il aperçut un coffre en bois cerclé de fer. Tiens ! Il déterra soigneusement le rhodo et entreprit de dégager ce coffre bizarre. Quand ce fut fait, il se pencha pour le sortir de son trou. Il était trop lourd. Que pouvait-il bien contenir ?....

Il appela sa femme pour l’aider. A eux deux, ils eurent beaucoup de mal à extraire le coffre du trou où il semblait enterré depuis longtemps.

- Ça pèse au moins une tonne ce machin-là !...

- Peut-être pas une tonne….fit la femme plus pratique, mais pas loin de cent kilos !....Heureusement que je suis aussi forte que toi !...

Ils l’emmenèrent dans la cuisine et le posèrent sur le sol. La serrure était rouillée, un coup de marteau la fit céder. Ils soulevèrent délicatement le couvercle…..et poussèrent un cri.

Leurs yeux ébahis découvrirent un amoncellement de pièces d’or comme ils n’en avaient jamais vues. L’or du père et de la mère Mautorte !.....

 

(à suivre...)

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Published by Gerard Nedellec
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