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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 09:17

Un autre conte ? Allons-y !

 

 

Les animaux, un jour, voulurent élire un roi.

« Ce poste me revient, dit le lion, je crois…….

La raison en est simple, et tient en quelques mots :

On appelle le lion le roi des animaux ! »

 

- « Pourquoi ce sont toujours les lions qui sont rois ?…….

La mère s’était arrêtée dans sa lecture, surprise de la question de sa fille. Elle lui lisait comme chaque soir pour l’aider à s’endormir, quelques lignes d’un gros livre d’histoires intitulé « En vers et pour tous ». Mais là, elle avait les yeux bien ouverts, pétillants d’une curiosité inhabituelle.

- Dis maman, pourquoi ce sont toujours les lions qui sont rois ?

Les enfants posent de ces questions !…….Eh oui, pourquoi toujours les lions ?….Voilà une question que les adultes ne se posent jamais. Le lion est le roi des animaux, le roi de la jungle. Point final.

Eh bien, non ! Le lion n’a pas toujours été le roi des animaux. Ah !…..Je devine votre curiosité. Vous voudriez en savoir plus long ?….Eh bien, écoutez… je veux dire... lisez ...

 

Il y a de cela très longtemps, les animaux vivaient tous ensemble en bonne intelligence. Peu à peu des frictions apparurent entre eux. Les plus forts profitaient de leur force pour opprimer les plus faibles. Cela ne pouvait durer. Ils décidèrent un jour d’élire un roi qui ramènerait l’ordre et la paix. Ils se réunirent tous pour en débattre. Pour diriger les débats qui promettaient d’être houleux, on désigna le singe jugé le plus malin, assisté du renard.

- « Ce roi ne peut être que moi, dit le lion qui se posa d’emblée comme le prétendant le plus sérieux.

Mais d’autres contestaient sa candidature, prétextant qu’ils avaient, au moins, autant d’atouts que lui à ce titre.

- Je suis le plus fort de tous les animaux ! affirma péremptoirement l’éléphant. C’est moi qui dois être roi !

- Pardon, rétorqua le guépard. Moi, je suis le plus rapide. Je vous bats tous à la course quand vous voulez !

- Vous faites erreur, fit le rhinocéros. Voyez ma corne !……Admirez ma cuirasse !….Je puis résister à tout ! C’est moi le candidat idéal…..

- Pas si vite ! Ne suis-je pas le tigre royal ?….Aucun besoin de choisir un roi puisque je le suis déjà !…..

Ces paroles semblèrent refroidir l’ardeur des quatre autres prétendants. Un tigre royal !….Ils n’avaient pas pensé à cela…...Après un moment de surprise, le lion résuma l’opinion des autres en disant :

- Tigre royal…..Qui a décidé cela ?…..Pas nous certainement !

Les autres approuvèrent. Il crut bon d’ajouter d’un air patelin :

- Pour ma modeste part, il n’est point besoin d’ajouter le qualificatif de royal à mon nom : le lion est royal par nature. Dire lion royal serait dire deux fois la même chose…..

Le singe comme à son habitude, voulut monter son savoir. Il ajouta finement :

- Cela s’appelle un pléonasme…..

Mais on ne l’écoutait pas. Tous les animaux parlaient en même temps. Le singe essaya de rétablir le calme.

Il eut beaucoup de mal à obtenir le silence. Dans le brouhaha, il put lancer ces mots :

- Ecoutez, Si l’on organise une course, c’est le guépard qui gagnera. Si l’on choisit une épreuve de force, l’éléphant remportera sans conteste la palme. Je ne parle pas lion qui se dit roi par pléonasme….je veux dire par nature, et du bulldozer à corne…..Doit-on privilégier la force, la vitesse,….ou l’intelligence ?…..

Le silence s’était fait soudain. Personne n’avait pensé à cela. L’intelligence ?….Aucun des animaux candidats ne s’encombrait de cela.

- A qui penses-tu donc ?….demanda le lion.

- Mais…..fit timidement le singe….à moi !……

Une huée couvrit ces paroles. Le singe, roi des animaux !…..Passe encore qu’on le tolère pour mener les débats, à condition qu’il se contente de donner la parole aux grands, aux seigneurs, à ceux qui pouvaient prétendre au titre.

- Si je suis roi, dit le rhinocéros, je te prendrai comme bouffon !…..

Des gros rires saluèrent ces paroles. Le singe s’aperçut que sa proposition était prématurée. Par une pirouette dont il était coutumier, il s’écria :

- Donc, nous avons cinq prétendants au titre de roi : le lion, le guépard, l’éléphant, le tigre et le rhinocéros. Approchez, Messieurs !

Fiers d’être appelés « Messieurs », les cinq animaux se rangèrent sous la houlette du singe, heureux d’avoir retrouvé son emprise, toute provisoire certes, mais bien réelle. Pour le moment, à défaut d’être le roi, il était le maître, celui qui dirige, celui que l’on écoute. Les cinq puissants animaux étaient sagement placés devant lui.

Lequel allait être élu roi ?……

 

A ce moment, un aigle royal vint se poser dans un grand bruit de plumes sur un rocher devant l’assemblée. Il replia dignement ses puissantes ailes, jeta sur l’assistance un regard perçant, un regard d’aigle tout simplement, et déclara en redressant son cou musculeux :

- Je vois qu’on a encore oublié la gent ailée ! Ne suis-je pas royal moi aussi ?…..N’ai-je pas autant de droits que vous ? fit-il en s’adressant aux cinq prétendants.

Comme il terminait ces mots, un tout petit oiseau pas plus grand qu’un moineau vint se poser sur une branche et déclara en se dressant sur ses pattes frêles :

- Puisque c’est ainsi, je pose moi aussi ma candidature !…..

Le ciel tombant sur la tête de l’assistance n’aurait pas produit un effet plus grand. Comment ce petit oiseau pouvait-il prétendre être le roi des animaux ?

- Toi, minuscule avorton ! lança dédaigneusement l’aigle. Je t’écrase sous mes serres si je le veux…..

- Va-t-en, chétif oiseau, excrément de la terre !…..lança le lion qui avait entendu cela quelque part…..

Le rhinocéros s’étouffait d’indignation et ne put qu’articuler difficilement :

- Mais tu es….tu es….tu es…tout petit !

Tous se récriaient. Ils voulaient un roi, certes, mais un roi digne de ce nom…..Un roi qui présentait bien. Pas cette petite boule de plumes ébouriffées…..qu’on distinguait à peine.

L’agitation était à son comble. Le singe tentait vainement de rétablir le calme en lançant des « Messieurs, voyons !…. » qui se perdaient dans le tumulte.

 

Soudain, de grandes flammes s’élevèrent autour de ce congrès improvisé tandis qu’une épaisse fumée enveloppa les participants : la savane était en feu. Dans le feu de la discussion, ils n’avaient pas vu arriver le vrai feu, celui qui anéantit tout.

Il leur restait encore un peu d’espace, ils pouvaient s’enfuir, mais dans quelle direction ? S’ils allaient s’enfoncer dans le brasier au lieu de le fuir ?

Paralysés par la peur, rendus aveugles par la fumée, aucun n’osait bouger. Les candidats au poste de roi n’en menaient pas large. Ils tournaient comme des lions en cage…..

- Va voir de quel côté il faut partir ! criaient-ils au singe.

Mais ce dernier s’adressa à l’aigle :

- Toi qui te dis si fort et qui de plus voles dans les airs, va voir et indique-nous le chemin !

Mais l’aigle tremblait de toutes ses plumes sur son rocher, incapable de bouger.

- Je ne peux pas….disait-il d’une voix pitoyable. Il me faut plus d’espace pour m’envoler.

Alors, le petit oiseau qui jusque-là n’avait rien dit, s’écria :

- J’y vais, moi !

Il s’éleva comme une flèche et disparut. Au bout de longues minutes, alors que le feu gagnait et que les animaux allaient griller comme de vulgaires saucisses, le petit oiseau se montra au-dessus d’eux et cria :

- Par ici !….La ligne de feu n’est pas très large. C’est le moment de montrer ce dont vous êtes capables ! Courez vite et ne vous arrêtez pas !

Tous les animaux s’élancèrent dans la direction indiquée, dans une confusion où seul l’instinct de survie prévalait. Le singe avait sauté sur le dos du guépard, le plus rapide à ses yeux, et s’accrochait à son cou…..

La terre tremblait sous le piétinement des centaines d’animaux, l’air bruissait du crépitement des herbes qui brûlaient. Suffoquant à moitié, le troupeau arriva brusquement à une rivière et pénétra dans la fraîcheur bienfaisante de ses eaux, le guépard en tête.

Il était temps. Le feu était à leurs trousses mais s’était arrêté. La rivière n’était pas très profonde mais suffisamment large pour offrir un rempart à la coulée enflammée.

Ruisselants mais saufs, les animaux sortirent de l’autre côté de la rivière et s’arrêtèrent pour reprendre leur souffle. Devant eux, le petit oiseau s’était posé sur une branche basse et les regardait.

- Vous voyez ? Il suffisait de savoir par où aller !

La nuit tomba, chacun essaya de retrouver quelques forces. Le lendemain, les six prétendants se réunirent, discutèrent à voix basse. Les autres animaux s’étaient rassemblés et attendaient. Le lion s’avança et dit :

- Nous voulions un roi…..Pas un roi fort…Cela ne sert apparemment à rien !

- Mais moi j’ai couru vite, je suis arrivé le premier ! fit le guépard.

- Ah oui ! dit le tigre, et tu voudrais qu’on choisisse un roi qui court vite….pour fuir ! Un beau roi en vérité !

- Non, continua l’éléphant. Ni un roi rapide, ni un roi fort.

Le singe allait ouvrir la bouche, croyant qu’on se souvenait de ses paroles et qu’on allait faire appel à son intelligence. Mais l’éléphant poursuivit :

- Un roi capable d’aider ses sujets……Un roi utile ! Comme doivent être tous les rois !

Le singe baissa la tête. Non seulement il n’avait pas essayé d’être une aide pour les autres, mais il avait profité de la vélocité du guépard pour fuir…..

- Un roi qui sache nous sortir d’une situation délicate…..ajouta l’aigle.

Tous les regarda se tournèrent vers le petit oiseau qui rougit, mais sous ses plumes, cela ne se vit pas…..

- Oui, reprit le lion. Toi, dont je me suis moqué, comme les autres. Toi le petit qui as su te montrer si grand ! Toi qui nous as sauvés tous ! Oui, toi, tu seras notre roi ! Nous n’en voulons pas d’autre !

Un tonnerre d’applaudissements salua ces paroles. Le petit oiseau se tut un moment, et dit,

- Mais….je suis tout petit !….Je ne pourrai être qu’un petit roi !…..

- Peut-être, fit l’éléphant, mais tu as dans ta petite cervelle autant d’esprit de décision que nous tous rassemblés !

- Et même plus !….ajouta le rhinocéros.

- Alors, lança le tigre, tu seras notre roi. Mais comme tu es tout petit, tu seras notre…roitelet ! Et puisqu’il faut te trouver un nom de roi, nous t’appellerons……Roitelet 1er !

Il se tourna vers tous les animaux et dit d’un air solennel :

- Mes chers amis, je vous présente votre nouveau roi, Roitelet 1er, roi des animaux ! »

 

C’est ainsi que ce petit oiseau s’est appelé le roitelet. Après lui, d’autres animaux devinrent rois. Mais il avait trouvé son nom, il le garda. C’est ainsi que l’on rencontre encore des roitelets dans nos campagnes. Ils descendent peut-être du petit roi des animaux……

 

(à suivre...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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