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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 08:55

 

- Avoue que tu t’es moqué de moi. Sinon, tu ne partiras pas chez toi !

La punition prenait une autre tournure. Etre privé du bonheur de retrouver sa famille….Allait-il avouer une faute qu’il n’avait pas commise ?….Il pourrait alors partir. Ou s’entêter dans son refus ? Il resterait là, seul avec ces gens…

Il n’avait que 7 ans, mais déjà beaucoup de caractère. Il se raidit et répondit :

- Non et non, je ne peux pas dire que je me suis moqué de vous car ce n’est pas vrai ! Non ! Non !

Les autres enfants partirent donc et Jacques resta. Par la fenêtre de la cuisine, il vit partir ses camarades. Il se raidissait pour ne pas laisser paraître son chagrin. Debout près de lui, la femme semblait s’amuser de ce spectacle.

- Allez…fit-elle d’une voix doucereuse, dis moi que tu as menti et j’appelle tes parents pour qu’ils viennent te chercher !…..De plus, je ne t’appellerai plus le petit Machin…..Alors, mon petit Jacques, avoue que tu t’es moqué de moi !….

Le serpent du Paradis terrestre s’était personnifié dans la mégère……

Raide dans sa douleur, les yeux secs, les poings serrés, la mâchoire crispée, les sourcils froncés, Jacques répondit :

- Non ! Je n’ai pas menti !

C’était vrai : il n’avait pas menti. Mais est-ce que cela valait la peine de s’entêter dans sa bonne foi et sacrifier quelques jours de vacances avec sa famille ? N’aurait-il pas mieux valu dire : oui, j’ai menti !….et partir avec les autres ?….Quelle importance cela aurait-il eu, puisqu’il savait, lui, qu’il n’avait rien à se reprocher !

Il fut donc consigné dans sa chambre où, resté seul, il put laisser couler ses larmes. Des larmes de gamin de 7 ans privé de la douceur familiale par la méchanceté d’une drôlesse soucieuse de l’autorité qu’elle n’avait pas….

Ces vacances furent terribles, car étant seul, il avait tout à faire. Il se plongeait dans le travail pour oublier. La quarantaine avait été néanmoins un peu adoucie puisqu’il était seul avec le couple. Il mangeait avec eux, mais en bout de table, comme un pestiféré….

Cinq jours plus tard, les enfants revinrent et racontèrent ce qu’ils avaient fait durant leurs vacances. Toutes ces paroles pénétraient dans le cœur de Jacques comme autant de poignards. Et la vie continua, Jacques était toujours tenu à l’écart, mais il s’y habituait. La rancœur tenace de la femme n’avait d’égale que son obstination à le faire avouer :

- Tu as menti ! Tu t’es moqué de moi !….

- Non !

Deux mois après l’événement, cela aurait pu être risible. Mais déjà les vacances de Pâques se profilaient….Qu’allait-il se passer ? Allait-elle céder ?

Une semaine avant cette date, elle réitéra sa demande :

- Dis-moi que tu as menti et tu pourras aller en vacances. Sinon….

Ça y est ! Ça recommençait !…Du chantage pur ! Allez Jacques ! Dis oui à cette femme ! Tu as montré la force de ton caractère. A quoi bon continuer pour satisfaire l’orgueil pointilleux d’une marâtre ?….

Mais Jacques s’entêtait dans sa réponse.

- Non, j’ai dit que je ne me moquais pas de vous. C’est la vérité. Je ne mérite pas la punition.

- Ah !…Tu ne la mérites pas !….Petit menteur ! Tu n’es qu’un sale garnement sans cœur !…..Un bon à rien !…..Je sais que tu te moquais de moi. Sinon, pourquoi aurais-tu ri ?…..

Comment aurait-elle pu comprendre qu’un enfant rit de tout et de rien, sans aucune idée de moquerie ?

Le matin des vacances, elle essaya une nouvelle fois.

- Alors, petit Machin, vas-tu avouer ?…..

Ces paroles eurent l’effet d’un coup de fouet sur l’enfant. Etre ainsi traité….Il se cabra et répondit aussi sèchement que ses 7 ans le permettaient :

- Non ! Je n’ai rien à avouer !….

- Eh bien, mais ça ne fait rien ! Tu resteras ici encore ! Ah ! Faut-il que tu l’aimes, notre pension, pour vouloir y rester même pendant les vacances !….

Il fut mis au piquet pendant que les parents arrivaient l’un après l’autre pour prendre leurs enfants. Seul dans son coin, il ruminait sa rancœur en essayant de ne pas pleurer pour ne pas donner ce plaisir à sa tortionnaire. Dans la cour, il entendait le bruit confus des voix.

Il allait être encore une fois privé de vacances. Avait-il eu raison de s’entêter ?….N’aurait-il pas mieux fait d’avouer, même si ce n’était pas vrai, pour avoir la paix ?….Ces questions se bousculaient dans sa tête de gamin de 7 ans.

Soudain, il lui sembla reconnaître une voix familière. Maman !….C’était bien la voix douce de sa maman qu’il entendait !…N’ayant pas été prévenue par la mauvaise femme, un oubli certainement, elle était venue le chercher, et lui resterait là !…Seul avec ses bourreaux ! C’était trop pour lui. Il courut vers la fenêtre en criant : maman !….

Mais la mégère avait entendu. Elle rentra rapidement dans la cuisine, suivie par la maman de Jacques.

- Le petit Jacques (Tiens !…Elle ne disait plus le petit Machin !…) a été bien méchant !…dit-elle d’une voix mielleuse. On n’a pas été très gentil avec moi, hein, mon petit Jacques ?…

Jacques aurait eu envie de lui cracher son mépris à la figure. Mais il ne la regardait pas. Il ne voyait que sa mère, sa mère qui allait repartir sans lui…..

- Alors, mon petit Jacques, continua-t-elle de la même voix, tu avoues t’être moqué de moi et avoir menti ?

Sa mère, ignorant tout de l’affaire, le regardait surprise.

- Jacques aurait menti ?….fit-elle. Ce n’est pas dans ses habitudes. Qu’a-t-il donc fait de si mal ?

- Oh !….Ce n’est rien…..Une bêtise d’enfant….Il s’est moqué de mon dentier quand il était au catéchisme, et ne veut pas l’admettre. Il va gentiment dire qu’il a menti, et ce sera terminé…..Sinon, je serai encore obligée de le garder. Vous comprenez, il faut de la discipline, sinon, nous serions vite débordés par tous ces galopins !….

- C’est vrai, Jacques ?….

Jacques regardait sa mère et la femme dont les petits yeux méchants et le sourire malveillant annonçait des jours pénibles s’il persistait dans son refus. Sa mère était là, près de lui. Il n’allait pas la laisser partir seule !…

- Oui !…cria-t-il. Je me suis moqué de vous !…….

- Ah !…Je savais bien ! Tu vois, mon petit Jacques, il faut toujours dire la vérité. N’est-ce pas, Madame ?

- Certes !…..fit-elle.

Mais au fond d’elle-même, la mère se disait qu’il faudrait tirer cela au clair. Son Jacques ne mentait jamais. Il ne fut pas long à préparer ses affaires. Peu de temps après, il montait dans la voiture qui prenait la route de la maison. Là, enfin, il éclata en larmes en disant d’une voix hachée par les sanglots :

- Ce n’est pas vrai….Je ne me suis pas moqué d’elle…Je n’ai pas menti…Mais je n’ai pas voulu rester encore chez eux.

- Je te crois mon enfant ! répondit simplement la mère.

Restée sur le perron, la femme regarda la voiture s’en aller avec un sentiment de triomphe.

- Tu vois ?…dit-elle fièrement à son frère, il faut toujours être ferme avec les enfants ! Ils finissent toujours par avouer !….Ce sont des garnements qui passent leur temps à faire des coups en douce. Et même, je ne jurerais pas qu’ils ne se moquent jamais de nous…..J’ai surpris celui-là, mais les autres !….Ce sont des ingrats ! Après tout ce que nous faisons pour eux…..Il faut les dresser !

Elle rentra dans la cuisine et dit en refermant la porte :

- A la rentrée, nous devrons être encore plus impitoyables avec les enfants !….Que veux-tu, c’est dur, mais c’est pour leur bien ! »……..

 

(je précise que c'est une histoire vraie. Seuls les noms ont été changés... A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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